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 Méditation tout en mouvement [Abraham]

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Kassima Jaslyn
Neutre Delta
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MessageSujet: Méditation tout en mouvement [Abraham]   Dim 1 Fév - 2:27

2014-11-16, 07:00 p.m., American Ballet Theater: Salle de représentation no.1




Muet. Le public s’était assis dans les chaises rouges du théâtre. Beaucoup de spectateurs faisaient partie des familles des danseurs, d’autres étaient des critiques envoyés par diverses compagnies. Depuis sept mois, la compagnie américaine avait affiché un nouveau projet innovateur : une danse contemporaine d’inspiration ukrainienne. L’ajout de trois harpistes professionnelles fut exigé de la part de l’orchestre. Ils recommandèrent les plus fines musiciennes, et les plus méticuleuses. Leur talent demeurait des plus rares et des plus raffinés. Le responsable du projet, Liam Niartz, avait placé une phrase saisissante en tête d’affiche : Une méditation tout en mouvement. Peu importait la classe des spectateurs, tout admirateur de danse classique ou contemporaine entendait la rumeur de cette histoire splendide racontée par la danse. Deux danseuses étoiles avaient pu composer la majorité des duos qui ornaient le spectacle. Vlada et Kassima, étrangères aux teints hâlés, avaient convaincus les juges du théâtre de leur crédibilité grâce à leurs numéros incroyables. Vlada, jeune étoile récemment admise parmi les meilleurs, admirait sa fausse jumelle. Vêtues d’un costume semblable, elles semblaient identiques avec toutes ces dentelles et ces fards bleutés.

Seule la longue natte blanche de Kassie la différenciait en compagnie de ses mouvements hypnotiques dont l’expérience avait forgé la délicatesse et la simplicité. À sept heures tapantes du seize novembre 2014, les portes furent verrouillées. Les rangs étaient complets, et le silence régnait. C’est alors que la musique commença, aussi royale que puissante envahir  la salle de représentation. Elle n’était pas la première sans raison : son architecture ancienne offrait une domination indéniable au partage harmonieux du son. La scène était aussi faite en pente afin d’offrir une meilleure vue de la scène aux rangées du fond.

Le premier rang comptait trente sièges, dont deux occupés par Kassima et Alfonsio. À la gauche de la danseuse étoile se trouvait une jeune femme adulte dont la moitié du visage était recouverte par un pansement blanc. Un homme plus âgé l’accompagnait, et lui vantait les mérites des jeunes danseuses du théâtre. Deux autres hommes discutaient en toute tranquillité de leurs côtés. Au bout de quelques minutes, à la suite du discours routinier du responsable, les danseuses envahirent la scène et leurs corps semblèrent composés de pierres tant chaque mouvement les faisait bondir si haut et retomber si dur. Certaines s’avéraient beaucoup si minces que leurs côtes semblaient dévorer leurs hanches. D’autres avaient des maquillages si grossiers que leurs lèvres rouges coulaient sur leur menton. Dans les coulisses, certaines remplaçantes estampaient les résidus de leurs vomissements de leurs costumes. Vlada entra sur scène lorsque les premières notes s’évadèrent des mains des harpistes. Trois pirouettes décrivirent son entrée, aussi époustouflante que prévisible. La grande danseuse de quinze ans atteignait un mètre quatre-vingt sans compter sa taille squelettique. Il était possible d’observer chaque côte dessinée sous les dentelles couleur chair. Son dos entièrement ouvert laissait voir des faux tatouages : deux ailes dorées parfaitement visibles en raison de son teint basané. Un natte d’un blond châtain virevoltait sur ses épaules, et traçait des cercles à sa suite. Un danseur la monta au bout de ses bras, et se mit à courir sur la scène pour la faire voler.

Au début de la soirée, lorsque l’orchestre arriva pour la grande générale qui précédait la première représentation du spectacle, Kassima s’était présentée aux harpistes et leur avait offert des bouquets de fleurs en guise de bienvenue. Ensuite, elle s’occupait de divertir son cher Alfonsio avec des charades et des marionnettes jusqu’au début de la grande première. Jusqu’à la dernière minute avant l’heure fatale, à la gauche des deux hommes qui discutaient depuis un bon moment, la jeune mère avait enchaîné grimaces et imitations pour faire rire aux éclats son fils. Seul un maquillage très prononcé aux fards azurés lui donnait une allure singulière. Lorsque le jeu de la troisième harpiste entra en scène, soit vingt minutes après le début du spectacle, lors du premier son émis de son instrument, une lumière aveuglante inonda le siège de l’adolescente. Ses mains se tendirent, et agrippèrent deux tuyaux de métal attachés à la scène. L’entrée de la deuxième danseuse étoile stupéfia plusieurs spectateurs, et tira deux ou trois sifflements d’appréciation dans les premiers rangs. Se tenant sur ses paumes, Kassima plia son abdomen vers l’avant, déposa ses chaussons rigides sur les planches. Formant une roue, elle marcha ainsi une minute entière pendant laquelle Vlada vint se coucher sous l’arc formé par son corps. Chacune échappa un sourire, effleura la main de l’autre. Grimpant sur les pointes de ses chaussons, la jambe droite de Kassie se dressa. Vlada s’empara du trench coat de sa partenaire, alors que celle-ci se releva enfin à l’aide du seul appui de son autre jambe.

Basculant vers l’avant, les premiers gestes se voulurent maladroits puis si naturels que l’évolution fut saisie à l’intérieur de son rôle. Le personnage semblait perdue, égarée, anéantie. Deux faux tatouages, semblables aux ailes dorées de l’autre danseuse étoile, brillaient sur ce dos dénudé d’un bleu splendide. Les mouvements de la nouvelle venue s’avérèrent d’une expertise rare, des plus particulières et fluides. Elle semblait voler, de par ses bases en danse classique. La nature de sa  thématique possédait une pure bipolarité : française par les transitions traditionnelles et japonaises par ses mouvements inédits. La jeune adolescente, du haut de ses 18 ans, semblait se désarticuler de tous les côtés, se martyriser en atterrissant sur la pointe de ses orteils. Et pourtant, elle avait une confiance déstabilisante. Le grand fard bleu ciel qui ornaient la partie supérieure de son visage accentuait des pupilles lilas. Ondulant leurs bras telles des ailes, les deux solistes s’éloignèrent puis se percutèrent à plusieurs reprises. Leur combat à mort avait commencé.

Du côté des spectateurs, la majorité de l’assemblée semblait absorbée par l’histoire. Quant au gamin blond assis à côté du siège vide, il semblait s’ennuyer. Il s’endormit même. Plus loin, la jeune femme au visage voilé retira son pansement désormais envahi de rouge. La peau portait d’horribles cicatrices de brûlure, sans compter le creux sombre qui restait sous son sourcil gauche. Il lui manquait un œil, ses mains fouillaient discrètement son sac à main afin de trouver de nouveaux pansements. L’homme qui l’accompagnait lui pointa la scène, et de laisser tomber son visage défiguré pour une fois. Un contact visuel fut établi, l’espace d’un seconde, entre Kassima et la jeune blessée. Vlada appuya son front sur sa partenaire, sa jumelle, la dominant par le grandeur et l’intimidant par son contact. La plus expérimentée fit un grand écart latéral, repliant sa jambe sur l’épaule de sa consœur pour monter à son niveau. Elle se laissa tomber : une chute aussi véritable que maîtrisée. Sa réception fut d’une fragilité toute délicate. Lorsqu’elle remonta sur ses pieds, Vlada suivit les mouvements de Kassima, l’encadrant sur chacune des pirouettes, des arabesques et des pas de danse.
Quant aux premiers spectateurs, vers la droite, la jeune femme blessée fut aspirée par le couple de femmes. En particulier, la jeune étrangère maquillée de bleu clair capta toute son attention. Elle ressentit encore plusieurs douleurs au niveau de son œil manquant, intriguée par la récidive de telles sensations.

Toutefois, pour les deux heures restantes, elle comptait bien endurer ce détail. Le spectacle se poursuivit sans l’ombre d’un entracte, laissant les spectateurs ankylosés se débrouiller avec leurs inconforts. Sans même s’apercevoir de ce changement, son œil à découvert recommença à croître. Là où régnait une parcelle d’ombre, le nerf optique ressentit plusieurs chocs puis une masse de chair naquit. Cette dernière émit du liquide interstitiel qui devint bientôt une masse blanche et opaque. Elle forma toutes les couches de l’œil graduellement, un quart d’heure suivant l’autre jusqu’au fonctionnement complet de la pupille. Les images extérieures furent perçues par le nerf optique, remise à l’endroit à l’intérieur de l’encéphale puis assimilées par la mémoire visuelle de la jeune femme. La peau commença à se reformer aussi, s’affiner, redevenir souple et fraîche, illuminée d’un éclat singulier.

Le spectacle se termina, applaudit trois fois de suite par l’assemblée. Les sifflements jaillirent, et réveillèrent le pauvre Alfonsio qui ronflait la bouche grande ouverte sur son siège trop confortable. Kassima fut saisie par deux autres danseurs qui l’arrêtèrent pour la calmer. Une musique classique automatisée reprit les reines, laissant l’orchestre monter sur scène pour recevoir des applaudissements. Les danseurs laissèrent place aux musiciens. Cependant, la jeune femme ouvrit son nouvel œil et libéra un cri aigu. Plusieurs danseurs lui portèrent attention, témoin de cette étrangeté. Kassie, encore ivre de la danse classique, peinait à tenir debout. Quelque chose semblait l’avoir épuisée, mais aucun fait ne pouvait expliquer ce vide soudain d’énergie vitale. Elle crut toutefois recommencer à prendre des forces depuis l’interruption de son rôle. Vlada vint la soutenir, l’aider à s’approcher du bord de la scène pour recevoir encore la joie des spectateurs. Roxanne bondit sur le bord de la scène, surprise de voir des deux côtés, saisit le chausson de Kassima, tirant sur sa jambe comme si elle était une poupée de chiffon. Un gardien de sécurité entra sur scène, sépara la spectatrice affolée de la danseuse étoile.


« C’est elle! C’est elle! »

L’homme descendit au premier rang et expliqua les règlements très stricts quant aux débordements comportementaux ayant lieu au théâtre. Il lui intima de se calmer puis de lui expliquer la situation. Le public commença à sortir par les grandes portes de bois, laissant les artistes retourner dans l’arrière-scène. Kassima, littéralement sonnée par cette intervention à son égard, laissa sa partenaire de tête d’affiche s’esquiver dans les coulisses. La jeune mère se mit à genoux sur la scène, encore vêtue de son costume flamboyant, et jeta un regard en direction de son fils. La sécurité emmena la jeune femme guérie et l’homme qui l’accompagnait de l’autre côté de la salle. Brûlante, Kassima prit la bouteille d’eau que lui avait laissée une remplaçante et l’avala rapidement.  Le petit blondinet ouvrit ses grands yeux gris, et courut sur le côté de la scène pour grimper les marches.

« Mamma! Mamma! Est-ce que c’est fini? La m’dame là-bas criait si fort qu’elle m’a réveillé! »
« Al, ne court pas si vite. C’est glissant ici. »
Formula la douce voix de la danseuse, qui songeait à ses nouveaux cours de chant. Il lui fallait développer de nouvelles compétences afin d’impressionner son manager. Or, elle n’arrivait qu’à chanter une dizaine de secondes et s’essouffler deux minutes.

« C’était si LONG! Je veux aller au Mcdonald’s pour un Joyeux festin! »
« Bien sûr, Al’…»

Kassima eut un frisson immense lorsque la femme aux yeux bruns revint vers elle une fois qu’elle put convaincre le gardien de sécurité de ses bonnes intentions.

« C’est vous! » s'exclama l’inconnue.
« Je suis Kassima Jaslyn, prima ballerina au American Ballet Theater. Que puis-je faire pour vous aider? » souffla la jeune mère en enlaçant son fils adoptif de ses deux bras. L’enfant remarqua la sueur perler sur le front de cette dernière qui pâlissait à vue d’œil, malgré son teint hâlé.

« Je…Je… Mon œil…Je…Laissez tomber. » La brune s’en retourna, l’air insatisfaite et furieuse. Cependant, Kassie tendit une main vers elle pour la retenir, mais l’épaule de la femme s’esquiva. « J’ai compris votre cadeau, mais ce que vous êtes me dégoûte. »
« Je vous prierais de ne plus fréquenter les spectacles de danse classique dans ce cas. Vous m’en voyez désolée. »

Kassie ne réussit pas à se redresser, pas encore. Elle but de l’eau, une fois de plus et observa la spectatrice quitter les lieux. Ne comprenant pas l’idée de ne pas aimer les ballerines et de venir assister à un spectacle de ballet, le tout lui parut hautement illogique. Al’ dénoua les cheveux de sa mère, et lui entoura les épaules de sa petite veste de cuir qui couvrait tout juste la petite carrure de la femme. Elle déposa sa tête sur le torse de son fils puis remarqua que plusieurs spectateurs demeuraient encore dans la salle, dont certains musiciens. La danseuse étoile trouva donc la force de se mettre debout, bien que toujours fiévreuse depuis la fin de sa performance.
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Abraham Blackwood
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MessageSujet: Re: Méditation tout en mouvement [Abraham]   Mer 4 Fév - 20:25


Mardi 8 Avril 2014, 22:18 UTC, Brooklyn, New-York, USA

Abraham était dans son salon, confortablement assis en tailleur sur son sofa. Cette pose en valait bien une autre. Elle aurait pu être plus exotique comme les jambes par-dessus l’accoudoir mais il lui aurait fallu tendre les bras vers le plafond pour lire. Et c’était déjà nettement moins pratique. Ainsi que plus fatiguant alors … non merci. Cela dit, il aurait très bien pu, tout en gardant la même assise, opter pour le moelleux de son matelas. Mais l’idée ne lui était pas venue. La bibliothèque dont il avait extrait le roman qu’il avait entre les doigts étant dans le salon, il n’avait pas cherché plus loin et c’était calé au plus près. Aucune préférence n’entrait en jeu, juste la simplicité.
Le fond sonore, playlist plutôt zen qui émergeait des enceintes disposées astucieusement dans la pièce, fut troublé par la sonnerie radicalement différente émise par son téléphone. Ne prenant même pas la peine de reposer son livre, il plaça simplement son index dans le creux des pages pour les marquer, au cas où, avant de tendre son autre bras pour saisir son portable. Il jeta un œil à l’appelant et se mit à sourire tout seul avant même de décrocher.

« Bonsoir M’man.
- Bonsoir mon chéri. Je ne te réveille pas au moins ?
- Penses-tu. Il n’est même pas 23 heures, alors aucun risque ! Tu as de la marge. C’est pour ça que tu appelles sur mon portable ? Tu craignais que je ne doive traverser la maison pour atteindre le fixe ?
- Non, même pas ! En fait, j’étais tellement impatiente de t’annoncer la nouvelle que je n’ai même pas fait attention au numéro que je composais !
- Ah oui ? Et quelle est-elle cette bonne nouvelle ?
- Un spectacle de ballet est en train de se monter et … j’ai été choisie pour être l’une des trois harpistes !
- Avec ton talent, ce n’est pas même pas étonnant !
- Et je ne t’ai pas dit le meilleur : c’est à l’American Ballet Theater ! À New York ! »

L’américain continuait de sourire tout seul de son côté. Il imaginait très bien sa mère de l’autre côté du pays. Elle devait trépigner de joie. Et il comprenait mieux son empressement à le lui dire.

« Mais c’est carrément génial ça ! Je pourrai venir te voir beaucoup plus facilement ! »

C’était à son tour de se comporter comme un gamin la veille de Noël. Une vieille habitude aidant, il déplia ses jambes pour se redresser et se retrouver accroupi sur le sofa. Nettement plus instable mais bien plus drôle pour lui.

« Les représentations sont prévues pour quand ?
- Novembre de cette année !
- Je te réserve chaque soirée en attendant d’en savoir plus Maman ! »


Dimanche 16 Novembre 2014, 19:00 UTC, American Ballet Theater
Manhattan, New-York, USA

La famille Blackwood se tenait en limite de la séparation virtuelle qui divisait professionnels et spectateurs. Flavie était un pied en dedans, les hommes de sa vie un pied en dehors. Elle était resplendissante dans sa robe de soirée noire. Il était évident qu’elle ne serait pas celle que l’on regarderait le plus lors de ce spectacle mais ce n’était pas pour autant qu’elle devait être négligée. Dans la mesure où elle pouvait l’être … ce qui n’arrivait jamais en fait. Même en étant en bottes et tenue décontractée pour jardiner, elle restait classe. En toutes circonstances. En plus de cela, la présence de son mari et de son fils suffisait à la faire sourire, heureuse, la rendant radieuse.

« On se retrouve à la fin ?
- Evidemment mon chéri. Je ne vais pas me débarrasser de toi comme ça voyons !
- J’espère bien oui ! »

Abraham embrassa la joue de sa mère avant de la prendre dans ses bras, faisant attention de ne pas froisser sa robe ni de la décoiffer par inadvertance. Il lui souffla doucement à l’oreille.

« C’est toi la meilleure M’man. »

Elle n’ajouta rien, se contentant de lui sourire avant de caresser sa joue quand il la relâcha. Elle pivota pour embrasser son mari avec ferveur, baiser qu’il lui rendit avec la même passion qui les animait depuis leur rencontre. Elle lui confia alors le bouquet qu’une jeune danseuse étoile lui avait remis un peu avant.

« Pas de bêtises avec hein ?
- Comme si c’était le genre de Papa !
- Comme si c’était mon genre ! »

Les derniers propos avaient été émis en même temps, synchrones. Le père et le fils se regardèrent plus éclatèrent de rire, se moquant royalement d’être repérés ou identifiés comme bruyants. Flavie les regarda l’un après l’autre, amusée.

« A toute à l’heure ! »

Ils avaient la même conception du temps. Ici, le tout à l’heure référait à bien des heures plus tard mais ça leur était égal. Abraham et son père, riant encore à moitié, s’installèrent dans les fauteuils qui leur étaient attribués, au premier rang, pendant que Flavie rejoignaient les musiciens pour la grande générale. Ils ne pourraient pas être plus près. Et avantage non négligeable : il aurait largement la place d’étirer ses jambes, elles qui coinçaient souvent dans les lieux de ce genre. Par habitude, il observa la salle depuis sa position, notant les sorties de secours et les différents itinéraires pour les atteindre. On ne se refaisait pas …
Il regarda également les personnes qui les entouraient. A sa gauche, un petit garçon et l’étoile costumée qui avait offert le bouquet que détenait maintenant Léo. Elle lui semblait trop jeune pour être sa mère. Sa sœur ainée peut-être. Ou tout simplement un membre de sa famille. Il sourit  en la voyant tenter de le divertir. Il était probable qu’il ne tienne pas le temps de la représentation. Mais à cet âge, ça ne ronflait pas encore. Encore après, un couple dans les âges de ses parents dont la femme arborait un pansement sur la moitié du visage. Un autre couple suivait, plus âgé cette fois. De l’autre côté, son père tout d’abord. Puis une famille de cinq à l’air hautain qui puait la bourgeoisie et haute estime de soi à cause d’un nom de naissance. Le genre de personnes qu’il abhorrait à un niveau élevé. Il était peut-être préférable que son père soit au milieu. Après eux, un couple de jeunes femmes souriantes qui avaient l’air impatient.
Des personnes de tout âge et de tous les horizons. Après tout, il n’y avait pas de conditions pour aimer les spectacles de danse et la musique classique. Il s’étira pendant qu’il ne dérangeait pas ses voisins de derrière puis commença alors une discussion, plus ou moins sérieuse selon les moments, avec son paternel.

Ils ne s’interrompirent qu’à la toute fin du temps qui leur était imparti quand l’éclairage se tamisa et que le responsable vint prendre la parole. Plutôt habitué des cinémas mais surtout suite à son éducation, il n’oublia pas de régler son portable sur silencieux, coupant carrément le réseau pour être sûr de ne pas être emmerder. Si l’agence avait besoin de lui, tant pis. La famille primait et primerait toujours sur tout le reste.

Alors qu’il était debout à applaudir avec entrain et sincérité, l’ancien soldat était certain de ne pas avoir assez de vocabulaire pour décrire la prestation à laquelle il avait eu la chance d’assister. Il en était ébloui. Enchanté. Ravi. Même si ce n’était pas le genre de spectacles auxquels il se rendait sans réfléchir, il était plus qu’heureux d’être ici ce soir. Cherchant sa mère des yeux pour lui adresser un grand sourire, il fut distrait par la danseuse étoile, celle assise à côté de lui au début du spectacle avant qu’elle ne monte de façon grandiose sur scène, qui semblait être retenue par deux confrères. Elle semblait agitée, comme si la danse l’habitait encore. Ce qui ne l’étonnerait pas plus que ça compte tenu de la représentation qu’elle venait de leur offrir.
Il fut coupé dans ses applaudissements par un cri aigu en provenance de sa droite. Il eut le temps de mettre sa main droite sur l’épaule de son père et d’après son avant-bras avec la gauche, près à lui ordonner de se baisser, avant de comprendre que ce n’était que la jeune femme au pansement. Qui ne l’avait plus d’ailleurs. Sa tension s’évacua immédiatement et il retira ses mains sous l’œil de Léo, quelque peu habitué à ce genre de réaction. Il observa l’auteure du cri s’avancer vers la scène, y monter pour accuser la danseuse étoile. Mais de quoi parlait-elle ? Son cerveau prit le relai. Le rapport ne devait pas se faire avec sa condition de danseuse. A moins qu’elle ne se rappelle l’avoir croisée dans la rue sans costume et sans maquillage ? Non … il envisageait quelque chose de plus personnel. L’absence de pansement peut-être ? Il ne vit pas vraiment les spectateurs s’en aller mais il sentit bien la main de son père sur son bras qui le secouait doucement.

« Bee ?
- Hm ? Pardon. Je réfléchissais à la réaction de cette jeune femme.
- Ça, je te connais assez bien pour le savoir. Tu m’en donneras ton avis après si tu veux, c’est juste pour te prévenir, je vais aller retrouver ta mère. Tu viens ?
- Non … »

Il regardait l’inconnue revenir alors qu’il était toujours debout devant son fauteuil. Son regard passa à la danseuse épuisée et revint sur son propre père.

« Non, je vous retrouve plus tard. Mais si je tarde trop, rentrez directement à la maison. Vous avez le double ?
- Dans ma poche. A tout à l’heure alors !
- Ça marche ! »

Il n’entendit que les excuses de la ballerine mais il avait bien vu le geste d’esquive de l’autre. Une ouïe plus fine n’aurait pas été de refus. Il fut toutefois soulagé que l’autre s’en aille. Elle n’avait pas l’air totalement remise d’un choc qu’il ne savait pas lequel. Il sourit en voyant le petit garçon déposer sa veste trop petite pour les épaules de la demoiselle puis s’approcha alors qu’elle tentait de se remettre debout.

« Puis-je vous offrir mon aide pour regagner les coulisses ? »

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Kassima Jaslyn
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MessageSujet: Re: Méditation tout en mouvement [Abraham]   Sam 21 Fév - 18:43

Spoiler:
 


« Minute papillon! Avant de toucher à ma Mamma, vous devez vous présenter! »

Sur ce, Alfonsio surgit tel un lionceau protégeant sa mère avec les mains sur les hanches et le regard le plus intimidant qu’aucun enfant de cet âge ne pourrait posséder. La lueur grise qui arpentait ses iris scintilla lorsqu’il darda ses yeux dans ceux de l’étranger, et s’empara d’un objet inconnu à l’intérieur de sa poche de chemise. Il s’agissait d’une pêche bien fraîche dont la première bouchée juteuse provoqua un rire gras chez le gamin.

« Alfonsio Nathan Koïkoro Salamanqua Fiorino! »

Jeta d’un ton sec la femme une fois encore rapatriée sur les planches de la scène. Les épaules du pauvre enfant trop audacieux se redressèrent, pendant que sa mère adoptive redressait son front perlé de sueur appuyée sur les paumes glissantes de ses mains.

« Tesoro, ce monsieur ne fait qu’offrir son aide. Reste poli, je t’en prie. »

Elle déglutit, sentant une déshydratation flagrante jusqu’au creux de sa gorge. Malgré l’eau ingurgitée à une vitesse folle, l’absence de vitamines et de nutriments commençait à affecter sa raison. La danseuse se débarrassa de la veste de son fils et lui redonna avec une douceur toute maternelle. Quelque chose liait ces deux êtres au-delà des statuts sociaux. Une puissance que seul un amour longtemps forgé savait témoigner devant autrui.

« Merci à vous. Or, je préfère…»

Une tomate surgit sur les planches de la scène avec violence. Trois semblables suivirent, et la ballerine s’écarta prestement. Son bras droit reçut quelques gouttes, mais rien n’affecta son costume. La spectatrice qui avait manifesté des plaintes auparavant revenait armée de fruits pour manifester sa colère. Kassima sentit l’adrénaline parcourir ses nerfs, pendant que son énergie renaissait déjà. Elle se releva afin de se placer devant son fils qui fixait les tomates en dés sur les planches noires en pente. Leur jus d’un rouge vif s’apparentait à des liquides biologiques, mais le gamin en restait imprimé d’une terreur aussi vive que stupéfiante.

Le garde de sécurité retourna voir la spectatrice, et saisit ses épaules afin de la maîtriser. La pauvre femme échappa toutes ses tomates moisies sur le sol, et sembla de nouveau agitée. La ballerine ne prit pas la peine de finir sa phrase, se reculant du bord de la scène pour ne pas offrir la possibilité à l’inconnue d’arroser son cher fils de fruits pourris.


« Je n’avais qu’un œil avant votre spectacle! Dîtes-moi pourquoi j’en ai DEUX après votre spectacle! DÎTES-MOI! »

Le gardien de sécurité excusa la femme dont la moitié du visage portait toujours le symbole d’une ancienne brûlure. La chair guérie portait une légère déformation, beaucoup plus pâle que le reste que son faciès basané. Elle tentait de bouger ses bras, mais les mains velues et larges de l’homme la retenaient. Elle ne cessa guère de recommencer son histoire, pendant que son accompagnateur revenait lui aussi pour tenter de calmer sa frénésie. Peu importait les ondulations de ses chairs pour la ballerine qui tanguait de nouveau de gauche à droite. Alfonsio eut le temps de se ressaisir, renfiler sa veste de cuir et apercevoir les mains somptueuses de sa mère former des cercles. Prenant trois minutes de silence afin de songer à ses prochains actes en présence d’inconnus, la ballerine s’esquiva derrière un des rideaux avec son fils pendant quelques minutes. Lors de son retour, Alfonsio avait disparu. La chère remplaçante favorite de Kassie, Cécile, avait accepté de ramener son cher bambin pour une soirée de gardiennage en échange de trois semaines de desserts japonais.


« Mr. Giorgioni, laissez tomber. Je ne me laisserai pas intimider. »


Stupéfait, le gardien de sécurité abandonna à tort sa maîtrise. La spectatrice cueillit des tomates sur le sol afin de les balancer sur Kassima. Tachant son costume de scène à trois reprises, l’adolescente se tint aussi fière qu’une vedette sous ses accusations et ses menaces. Elle descendit par un côté de la scène, remercia brièvement l’autre inconnu de son offre refusée et de sa patience avant de se tourner vers l’indésirable agitée qui continuait de faire pleuvoir des fruits sur eux. Lorsque la prima ballerina vint devant elle pour lui tenir tête, la spectatrice sembla se calmer. Les deux femmes se toisèrent du regard, et Kassima croisa ses bras sur son corset désormais teinté de rouge écarlate.

« Satisfaite? »
« Dîtes-moi comment! Dîtes-moi pourquoi! »
cria-t-elle en touchant son œil nouveau et affolé.
« Je ne sais pas. Peut-être êtes-vous une mutante qui peut guérir et marcher sur les nuages? Peut-être êtes-vous en délirium?»
« Mais…»
« Vos problèmes de santé mentale ne me concernent pas. Les frais occasionnés par vos tomates coûteront plus de deux mille dollars américains pour votre petite crise. »
« Vous êtes…»
« Responsable de vos actes. Oui. Si vous intimidez mon fils encore, j’entamerai des poursuites. »
« …Mutante…»
« Oui, c’est que ce vous êtes si vos dires sont vrais. Vous pouvez faire naître des yeux.»


Le gardien de sécurité put enfin intimer à la dame très perturbée de quitter les lieux et de voir ses prochains accès au théâtre refusés. Kassima se retourna, et toute son attitude hautaine la quitta pour laisser place à une grande incompréhension entrelacée de fatigue. La folle aux tomates fut évacuée rapidement, et un assistant vint donner un manteau et un sac à main pourpre à la danseuse étoile. Prenant siège dans l’audience, l’adolescente à la tresse blanche s’abandonna aux coussins sans la moindre retenue. Elle retira ses chaussons roses pour découvrir des pieds colorés de sang et de ruban autoadhésif. Prenant une lingette, ses mains changèrent les rubans. Une fois ses pieds nettoyés. Kassie les recouvrit de chaussettes et enfila une paire de chaussons en cuir neuve. Retirant des morceaux de son costume, les dentelles ornées de jus de tomate furent mises de côté dans son sac à main. La jeune femme s’aperçut de la présence de l’inconnu qui était encore présent. Elle estampa son faciès parsemé de rouge puis se releva du siège. Peu importait l’étrangeté de la situation, l’adolescente reprit le peu de courage qui lui restait et amorça un dialogue avec le dernier spectateur encore dans la salle.


« Avez-vous reçu des tomates? Nous pourrions cuisiner une sauce à spaghetti italienne dans les règles de l’art! »



Kassima avait tenté de l’humour, même si c’était la dernière technique qu’elle aurait cru employer pour faire avancer la situation ou du moins passer à la prochaine étape. La jeune femme tendit un mouchoir de poche intact à son interlocuteur s’il en avait besoin, mais sans insister pour le donner. Elle employa un sourire faible et bref, encore visiblement très faible. Derrière les traits délicats de ses multiples origines, la pâleur et une diaphorèse incontestée recommençaient à envahir le corps de la damoiselle. Le faible éclairage donnait un reflet violacé à ses iris, tandis que des tremblements parsemaient la pointe de ses doigts. Elle regardait ses habits abîmés, décolorés par la crise de nerfs d’une inconnue. Son seul souci demeurait l’inquiétude qui l’envahissait dans l’attente de recevoir un message texte d’Alfonsio pour l’informer de sa jouissance gustative à manger du Mcdonald’s et jouer à Starcraft chez sa chère Cécile. La pince qui retenait sa tresse trop lourde se cassa, tombant au sol. Les longues mèches se dénouèrent aussitôt, pendant que Kassie commença à en chercher parterre les morceaux.
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Abraham Blackwood
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MessageSujet: Re: Méditation tout en mouvement [Abraham]   Mar 3 Mar - 20:29

Loin de s’en offusquer, Abraham ne put s’empêcher de rire à la réaction du petit garçon. En voilà qui tenait à sa mère et qui n’avait pas peur de le montrer, peu importe les conséquences. Cela étant, il avait raison sur un point : il ne s’était pas présenté. Il l’aurait surement fait, dans la foulée, lorsqu’il l’aurait aidée à rejoindre les coulisses. Là, il avait été pris de court par un bonhomme haut comme trois pommes. Il ne se rappelait pas avoir agi de façon similaire quand il était petit. Mais ce n’était pas pour autant qu’il ne l’avait pas fait. Seuls ses parents pouvaient lui apporter la réponse. Il faudrait juste qu’il pense à leur poser la question quand il les retrouverait.
En tout cas, sa mère ne semblait pas être du même avis, le reprenant sèchement en énonçant ce qui devait être l’ensemble, assez long, de son nom. Et il n’était pas sûr d’avoir saisi l’entièreté des syllabes prononcées. Il était certain du premier prénom, Alfonsio, et du second, Nathan, ainsi que de ce qu’il supposait être leur nom de famille : Fiorino. Le reste en revanche … mieux valait qu’il n’ait pas à les répéter.

Il voulut préciser qu’il n’en était rien, que sa réaction était légitime mais il n’en eut pas le temps, la demoiselle commençant à décliner son offre. Enfin, il supposait qu’elle se serait terminée comme ça si une tomate n’avait pas fini sa course sur le plancher.

« Non attendez … c’est un mauvais gag ou quoi ? »

Le regard oscillant entre le surpris et le blasé, il avait énoncé sa question à voix haute, sans pour autant la hurler, sans y réfléchir tout en se décalant pour ne pas être sur le trajet d’une éventuelle. Il n’y avait donc pas que dans les vieux films que cette pratique était courante ? Mais même, il ne comprenait pas vraiment : la prestation de la danseuse avait été exemplaire, au-delà du vocabulaire qu’il pouvait avoir. Il fallait la voir pour se rendre compte.
S’il n’avait pas vu la première passer, ne constatant que son atterrissage car il tournait le dos à la source du lancement, ce ne fut pas le cas pour les trois suivantes. Et c’est sans surprise qu’il découvrit la femme d’un peu plus tôt. De sa position, il avait cette dernière sur sa gauche, la scène, la danseuse étoile et son fils sur la droite. Hésiterait-il à intervenir si cela allait plus loin que les tomates ou les mots ? Sans aucun doute. Mais ce n’était ici pas son rôle premier alors il le laissait pleinement à l’agent responsable. Il l’épaulerait si besoin.
Alors que ce dernier retenait celle qui semblait perdre tout contrôle une nouvelle fois, inondant le sol de tomates, la ballerine quant à elle protégeait son fils de manière légitime, s’interposant entre lui et la source des ennuis. L’ancien soldat aurait fait de même, sa taille offrant un bouclier suffisant pour sa petite princesse. S’il l’avait fallu, il aurait poussé plus loin, la téléportant sans hésiter chez eux. Il ne doutait pas qu’elle aurait fait de même avec son fils, si elle l’avait pu.

L’autre revint à la charge, ajoutant de nouveaux faits à la conversation. Réfléchissant, il inclina légèrement la tête sur la droite. Ainsi donc, c’était cela que dissimulait son pansement. Un œil manquant. Et maintenant, comme elle le disait elle-même, elle en avait deux. Et elle semblait tenir la danseuse pour responsable. Pourquoi elle et non pas quelqu’un d’autres ? Après tout, ils n’avaient pas été spécialement seuls dans la salle. Cela dit, cela pouvait peut-être expliquer la possession, à défaut d’un terme plus correct, qu’avait subi l’une des reines de la soirée à la fin de sa représentation. Soignait-elle sans s’en rendre compte ? Essayant de glaner des informations sans en avoir l’air, il délaissait la scène pour se concentrer sur le trio composé de l’hystérique, son accompagnateur qui ne savait plus où se mettre et l’agent de sécurité. Il loupa le départ du garçon et de sa mère.
Tout à sa réflexion, il ne comprenait pas pourquoi ce besoin de réagir à outrance. Il pouvait très bien comprendre la surprise à l’idée de retrouver une vue totale, le dégoût à celle d’avoir été soignée par une mutante. En supposant que c’était bien là le souci. Mais pourquoi en faire tout un plat ? Personne n’avait demandé de remerciements, d’éloges ou de fleurs. Ne pouvait-elle pas simplement partir et se moquer de savoir comment ?

Ce fut la voix, dénuée de ton sec cette fois-ci, qui le ramena aux événements qui se déroulaient sous ses yeux. S’il avait été le gardien, il n’aurait pas lâché l’élément perturbateur. Ou il l’aurait au moins mis hors de portée des projectiles pour éviter toute récidive. Et il aurait eu raison. Il n’eut pas le temps de se décaler et même s’il l’avait eu, il aurait bien été en peine de rattraper les tomates qui lui auraient filé entre les doigts. A trois reprises, elles firent mouches. Un mélange russo-japonais de jurons lui échappa. Mais leur victime ne broncha pas, restant stoïque, s’avançant fièrement vers celle qui avait décidé de n’en faire qu’à sa tête.
Il répondit par un signe de tête aux remerciements et n’en bougea pas plus, préférant rester là. Ses parents n’avaient pas besoin de lui pour l’instant de toute façon. Et ils avaient les clés de chez lui. De nouveau, il écouta ce qu’il se passait, principalement par curiosité. En tout cas, de ce qu’il voyait de la tenue tâchée, les frais de nettoyage allaient être à la hauteur de l’hystérie.
Au-delà de leur apparence physique, le contraste entre les deux femmes était assez frappant : l’une était maîtresse d’elle-même, l’autre simplement hors de contrôle, laissant ses sentiments prendre le dessus. L’une semblait être hors de la conversion, l’autre la menait toute seule. Elles n’étaient pas du tout sur la même longueur d’ondes. Mais le simulacre d’affrontement tourna court alors que le gardien réussit à pousser l’agitatrice vers la sortie, lui signalant aimablement au passage qu’il était inutile pour elle de revenir ici.

La danseuse sembla alors changer du tout au tout, comme si tout ce qu’elle avait retenu jusqu’ici lui tombait dessus d’un seul coup. Il la suivit des yeux alors qu’elle se laissa tomber dans un des fauteuils non loin … sans la grâce qu’elle avait sur scène. L’américain sourit doucement à cette différence. S’il savait ce que s’infligeaient les étoiles, le constater de ses yeux était autre chose. Les pieds totalement en sang, elle ne semblait pas s’en soucier, les nettoyant comme si de rien était. Il secoua doucement la tête, plus pour lui-même qu’à l’intention de la demoiselle. Même si c’était différent, il en avait aussi bavé pendant certains entrainements militaires. Ces pieds n’avaient pas forcément eu une allure différente quelques fois. En tout cas, il espérait sincèrement que les traces de tomates puissent être ôtées du costume. Ce serait vraiment du gâchis autrement …
Il lui sourit doucement avant de lui répondre d’une voix amusée.

« Non, j’ai eu plus de chance que vous. Mais tenu ! Je vais chercher un tupperware pour ramasser les tomates. Il y a une cuisine en coulisse ? »

Il refusa le mouchoir d’un signe de tête en riant doucement avant de reprendre d’un ton tranquille et un peu plus sérieux.

« Cela dit, même si l’idée de manger italien est loin de me déplaire, je ne prendrais même pas le risque avec ces tomates-ci. Ce serait un coup à se rendre malade. Et vu votre état actuel, ce n’est pas forcément une bonne idée. »

L’aspect cadavérique persistait, manger des produits avariés ne l’aiderait pas franchement. Il allait réitérer sa demande mais le bruit sourd de la pince tombant au sol l’en détourna.

« Attendez, je vais vous aider … »

Il la rejoignit et s’accroupit pour ramasser les petits morceaux. Il continua la conversation comme si la situation était parfaitement normale.

« Au fait, votre fils avait raison tout à l’heure, je ne me suis pas présenté : Abraham Blackwood, enchanté ! »

Il se redressa en souriant, lui tendant alors les bouts de pince hors d’usage.

« Vous êtes sûre que ça va aller pour rejoindre les coulisses ? Ou un autre lieu d’ailleurs. Vous allez l’air totalement exténuée … remarque, d’autres le seraient pour moins que la superbe prestation que vous nous avez offert. A ce propos, merci. »

Il ne voulait pas reformuler clairement sa proposition d’aide même si elle était toujours valable. Et à défaut d’avoir les bons mots, des remerciements s’imposaient pour le bonheur visuel qu’elle avait offert à tous.

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Kassima Jaslyn
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MessageSujet: Re: Méditation tout en mouvement [Abraham]   Sam 21 Mar - 15:09

Abraham Blackwood.
Il avait un nom et un prénom comme tout le monde.
Et pourtant, un fait singulier se dégageait.
La manière dont il s’était séparé des membres de sa famille. L’attitude passive au cours de l’incident entre la folle et la danseuse étoile. Le regard plus acéré que la plume d’un critique prêt à dévorer les événements, les paragraphes d’informations les entourant. Kassima craqua un sourire, assassina les inquiétudes qui retenaient toute son attention. Ses mains acceptèrent les morceaux manquants de sa pince, tandis qu’elle pensait à ses prochaines paroles. Tournant sa langue plusieurs fois avant d’entamer la poursuite de leur dialogue, le sac à main de l’adolescente laissa échapper une vibration d’un appareil électronique. Le second son fut une myriade de pots de pilules. Elle rangea sa pince cassée en petits morceaux à l’intérieur de son sac avec un soupir de tristesse.


« Monsieur Blackwood! Vous allez apprendre que mon état actuel est mon état normal. »

Sur ce, les mains de la jeune fille s’emparèrent de son téléphone intelligent. Un message texte de son fils adoptif était arrivé. Il parlait d’un conquête d’un mont de feuilles mortes au coin de la rue, des mollets incroyables de Cécile (Alfonsio a toujours eu une fascination pour les mollets des adultes) et du fameux jouet surprise qui accompagnait son repas du soir. Il s’agissait d’un dinosaure pourpre qui était armé d’un AK-47 minuscule en plastique. Kassima fut un instant surprise par la promotion d’un symbole de violence aussi grave chez les enfants d’âge scolaire avant d’éteindre une alarme sur son appareil. Elle jeta un regard intimidé à son interlocuteur, assez étonnant pour une prima ballerina aussi épanouie sur scène.

« Veuillez m’excuser. C’est l’heure! »

Contrairement au départ attendu, les mains fines de la ballerine ouvrirent les pans du sac au complet. Il s’y cachait dix contenants de médicaments, dont certains analgésiques narcotiques à dose légère de Morphine ou de Dilaudid. Le plus surprenant demeurait la quantité impressionnante d’anticancéreux – identifiable par les étiquettes orange remplies de points d’exclamation. Elles recommandaient de ne pas manipuler une telle médication à mains nues pour les gens normaux. De plus, trois seringues sous-cutanées leur portaient compagnie. D’un geste mécanique, sans dépasser les cinq minutes, tous les couverts furent ouverts et refermés. Avant chaque dose, la jeune fille vérifiait l’étiquette. La cerise sur le dessert fut sa propre administration dudit dernier médicament. Kassie désinfecta une région de son abdomen mis à découvert par son costume, pinça la peau pour avoir une prise sur son tissu adipeux. Elle injecta lentement, un dix secondes long et pénible. Puis, cette sensation de froid revêtit le dessous de son ventre. La jeune fille retira la seringue, déclencha la poignée de sécurité afin de recouvrir l’aiguille d’un morceau de caoutchouc. Cette dernière fut placée dans un compartiment plus ou moins discret de son sac à main.

« Le plus amusant est que je possède du sang italien. Ah! Oui! Je ne dois pas oublier! »

Ses mains retournèrent fouiller dans les catacombes de son accessoire pour trouver une pompe anticholinergique prescrite aux gens asthmatiques. La jeune fille prit trois bouffées en retenant son souffle, et fit deux ou trois respirations contrôlées pour mieux respirer. Chassant quelques boucles d’albâtre derrière son tympan, Kassima se releva d’un bond aussi spontané que précoce. Avant de continuer à dialoguer sur les tomates avariées, son teint de cadavre ou bien le spectacle qui venait de prendre lieu dans la salle de représentation, l’adolescente nota enfin qu’elle devait lever son visage vers le haut afin de parler avec Monsieur Blackwood – le prénom et le tutoiement se retrouvait hors de portée. Sa main frôla son menton, et une idée de génie percuta la ballerine.

« Je suis peut-être très malade, mais vous êtes un vrai GÉANT! Al’ voudrait grimper sur votre dos pour voir le paysage. »

L’intonation légère et simple, suivi d’un rire timide et interrompu par la main de l’adolescente qui reprit le contrôle d’elle-même. Ses propos étaient déplacés, en particulier face à un inconnu récemment rencontré. Certes sa méfiance persistait au cœur de ses pensées. L’anxiété grandissait à l’intérieur de son âme comme si des fauves cherchaient à la dévorer. Le stress est un mécanisme de défense normal du corps lui permettant de s’adapter à la vie. Toutefois, utilisé en excès celui-ci se transforme en anxiété et empêche l’être humain de vaquer à ses occupations. Entre autres, Kassima n’arrivait plus à dormir depuis deux jours et son alimentation était presque inexistante.

Toutes ces plaisanteries sur la cuisine italienne lui remémorèrent son père, à qui elle ne pensait que très rarement. Bien qu’il soit un méchant à ses yeux, il demeurait sa figure paternelle – sa seule image originelle de l’autorité : ses gifles, ses moqueries, ses coups, ses intentions malsaines… Échec. Un échec en matière de paternité. Or, grâce à quelques articles de journaux cherchés sur Internet, Kassima avait réussi à se renseigner sur sa carrière extraordinaire de psychiatre. Il aidait des centaines de clients à chaque année, et son amour pour son grand frère n’avait jamais failli.

Ce fut à cet instant que la nostalgie fleurit sur les traits délicats de son faciès : la sauce italienne de son paternel lui était demeurée la meilleure à ce jour. Aucune cuisine ne lui ressemblait. Aucun père n’était aussi  bon pour autrui et si mauvais à sa propre descendance. Toujours sur ses deux pieds, la danseuse sembla éprouver un vertige ou deux le temps de retomber nez à nez avec la réalité. Sa main frôla le dos d’un siège rouge écarlate et s’y immobilisa. Droite, tant au plan physique que psychologique. Le même sourire faux tinta ses lèvres violacées. Quant à ses iris, ils transpiraient l’inquiétude.


« Laissez-moi vous avouer que je suis très mauvaise pour faire la constipation...non la conversation! »

Un point de vérité fut surligné. De plus, ses efforts continuèrent.

« Vos compliments sont appréciés. Pour votre aide, je vous offre aussi mes remerciements les plus chaleureux. »

Elle fit un pas en avant, et enchaîna un autre vers l’arrière comme si elle n’arrivait plus à se détendre. Quelqu’un ou quelque chose provoquait une défense d’acier chez l’artiste dont les cernes et le souffle lent témoignaient de sa fatigue immense – être une prima ballerina et victime de la leucémie doublée de jeune mère étaient trois occupations quasi incompatibles. Malgré tout, Kassima sembla hésitante à approcher Mr. Blackwood. Bien qu’elle ait accepté ses bons commentaires, la jeune fille n’était jamais satisfaite en tant que pure perfectionniste : il lui fallait recommencer ce spectacle au minimum trois fois avant de pouvoir affirmer son plaisir de performer. La répétition offrait l’amélioration. Comme chaque technique de chaque domaine, chaque figure – aussi facile que difficile – requérait une pratique impeccable et régulière. Kassima recula d’un autre pas comme si la simple présence d’un homme inconnu la terrorisait. Pourtant, elle demeurait sur place sans appeler à l’aide. Son sourire survivait à sa méfiance.


« Je ne suis pas très douée pour dialoguer en général. Même mon fils est meilleur que moi! »

Elle déglutit. Comme si l’hésitation entre l’acceptation et le refus débattait encore en elle.

« Les coulisses, cela pourrait être bien. »

Acceptant enfin l’aide de Monsieur Blackwood, mademoiselle Jaslyn autrefois dit Fiorino franchit les escaliers d’un pas chevrotant. Ils dépassèrent les décors splendides qui avaient appuyé la vraisemblance de leur performance. Arrivés à l’entrée des coulisses, Kassima inclina son tronc vers l’avant en guise de remerciement envers le spectateur. Elle s’absenta quelques minutes derrière une porte dénommée ‘’Prima Ballerina’s Vanity’’ avant de réapparaitre dans une tenue rebelle d’adolescente avec un panier en osier rempli d’oranges. Des jeans troués aux trois quarts, un débardeur blanc, aussi parsemé de petits trous, qui laissait voir des clavicules creuses et ses boucles blanches en bataille. Cécile avait trouvé amusant d’échanger ses vêtements avec les siens. Ce jeu durait depuis si longtemps entre elles. Elles ne se fâchaient plus l’une contre l’autre. Cette blague récurrente cultivait leur complicité en quelque sorte. Sur son costume, elle avait laissé une note à Liam afin de l’informer de l’accident et de l’intervention qui avait suivie. Offrant d’une main hésitante une orange à l’homme, elle parla d’une voix discrète et douce.

«  Mr. Blackwood…Vous n’êtes certainement pas un psycopathe…car vous ne lancez pas des tomates pourries à autrui… Les psycopathes, non, les humains normaux et avenants tel que vous, hum…Appréciez-vous le parc à jeux du Mcdonald’s? »

Elle claqua son front de sa paume droite comme si le désespoir de devoir échanger quelques phrases avec cet inconnu dévoilait son incompétence à socialiser. Incertaine, inquiète, la jeune danseuse de niveau professionnelle semblait mal patiner d’un sujet à l’autre. L’hyperactivité entraînait l’ambivalence, c’est-à-dire deux pensées coexistantes en permanence au cœur de sa conscience. Jugeant son offre déplacée, elle tenta de faire diversion.

« Voulez-vous des oranges? Par contre, elles ont des pépins…Vous n’avez probablement pas remarqué, mais il y a des vendeurs d’épicerie qui se débarrassent de leurs tomates avariées en les vendant devant le théâtre pendant nos performances. Ainsi, lorsque certains critiques sont révoltés par de piètres performances, elles sont utiles. C’est illégal, mais à cinquante dollars américains par grappe de tomates…Leurs portefeuilles se remplissent vite!»


La jeune mère pensait à Alfonsio, et s’interrogeait sur ce qu’il faisait en ce moment même. Le stress ne la quittait plus, mais une respiration lente et maîtrisée vint soulager son faciès inquiet.
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Abraham Blackwood
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MessageSujet: Re: Méditation tout en mouvement [Abraham]   Mar 31 Mar - 18:26

Alors qu’il lui rendait les morceaux de la pince brisée, Abraham jeta un œil au sac à main quand ce dernier produisit plusieurs sons. Un vibreur … cela aurait pu être un bipper d’urgence si elle avait été médecin, pompier ou quelque chose dans ce goût-là. Dans le cas présent, il l’associait plutôt à un téléphone portable, assez classique. Quant au bruit de plastiques qui s’entrechoquent qui suivit, il se montra curieux. Des tupperwares peut-être ? Qui contenaient son repas … même si les danseuses n’étaient pas spécialement connues pour ça. Pourquoi pas après tout ? Ou pour son fils ? Il fut interrompu dans ses théories par l’intéressée, qui revenait sur une remarque précédente.

« Votre état normal ? répéta-t-il avant de pousser un sifflement oscillant entre l’admiration et la surprise Et bien … même si vous avez choisi cette voie, c’est autre chose que de la supporter tous les jours avec le sourire. Je me demande ce que c’est quand vous êtes vraiment épuisée … »

Le fait était qu’il ne l’enviait pas. Loin de là. Être éreinté, peu importe la raison, qu’elle soit sérieuse ou non, ne lui posait aucun souci. Tant que ça restait ponctuel ou sur une période donnée. En permanence … ça ne pouvait pas être bon pour le corps humain. Et pas plus pour l’esprit qui était dedans. Même si la demoiselle avait plutôt l’air de bien le vivre. Question d’habitude peut-être ?
Il s’apprêtait à la suivre mais apparemment, quelle que soit l’heure, ce n’était pas celle d’aller vers les coulisses. Il aurait dû se méfier quand il avait entendu l’excuse. Lui adressant alors un signe de tête pour lui dire que ce n’était rien, il l’observa ouvrir son sac en plus grand, le déballant presque, puis en sortir, au fur et à mesure, un nombre impressionnant de boîtes de médicaments, de ce qu’il pouvait en voir. C’était donc ça, les bruits de plastiques de tout à l’heure … Finalement, il y avait peut-être plus qu’une question d’habitude. A moins que cela n’ait rien à voir avec sa profession. Il n’en savait rien et ne la connaissait pas assez pour se permettre de lui poser la question. Et puis, ça ne le regardait pas vraiment non plus.
Il la laissa faire sans l’interrompre, ne réagissant d’aucune façon lorsqu’elle sortit une seringue pour l’utiliser. D’une, contrairement à un certain nombre de personnes, il ne craignait pas les piqures, vaccins et autres prises de sang. De deux, ce n’était pas non plus la première fois qu’il voyait quelqu’un faire ça. D’aucuns diraient qu’il en avait l’habitude. Et ce ne serait pas totalement faux.

« Je vais vraiment finir par aller récupérer des tomates et vous faire cuisiner si vous continuez comme ça ! »

Souriant et amusé, il avait glissé sa phrase juste avant sa seconde intervention. Ne pas oublier ? D’autres pilules ? Non, pas cette fois. Asthmatique en plus … combo admirable. La vie ne devait pas toujours être simple. En attendant, elle ne lui avait dit ni oui ni non, alors il préférait attendre un retour, quel qu’il soit, avant de prendre congé ou non. Il ne serait pas poli de partir avant de savoir. Surtout si elle acceptait.
Il l’observa se redresser d’un bond, comme mue par un ressort. Ce qui était peut-être le cas à force de répéter inlassablement les mêmes mouvements et les mêmes gestes. Lorsqu’ils étaient au sol, ils étaient peu ou prou à la même hauteur. Quand il s’était relevé, elle était restée par terre avec son sac à main. Maintenant qu’elle était debout elle aussi, elle devait encore lever la tête si elle souhaitait le regarder en lui parlant. Il se tendit inconsciemment quand sa main s’approcha de lui mais n’en bougea pas pour autant. Il laissa faire et sourit doucement à sa remarque, appréciant le rire qu’il n’avait pas entendu jusqu’ici.

« Cela ne m’étonnerait même pas … ma fille voulait toujours être sur mes épaules quand nous partions en balade. Elle avait l’impression de se rapprocher du ciel et qu’avec un peu d’effort, elle pourrait le toucher. Et les enfants d’amis ont toujours cette même envie. Ça ne me dérange pas. »

Que sa fille ne puisse plus le lui demander en revanche … sans le déranger, ce point l’attristait toujours un peu. Peut-être que cela lui passerait définitivement plus tard, quand son âge présumé la ferait devenir trop vieille pour ça. Quoique … y avait-il une date spécifique qui interdisait aux enfants de profiter de leurs parents ? Non ? Non. Mais peut-être que cela lui passerait tout de même.
Il ne put réprimer un rire à la faute de mots mais se reprit de suite, ne voulant pas la vexer ni la couper alors qu’elle reprenait rapidement la parole.

« Ne vous en faites pas pour ça. Au moins vous essayez, personne ne pourra vous le reprocher. Et certainement pas moi. Et je vous en prie, vous n’avez pas à remercier pour ça. Ou alors, remercier mes parents qui m’ont éduqué de cette façon. C’est uniquement leur faute ! »

Après tout, il aurait pu devenir le pire des malpolis s’il n’avait pas reçu l’éducation qui était la sienne. Donc il prenait, à chaque fois, un malin plaisir à accuser ses géniteurs pour ne pas accepter les remerciements. Ils le savaient. Et ils en riaient tous les trois.
Le mouvement avant-arrière, même s’il n’était pas spécialiste, lui laissait comprendre qu’elle n’était pas forcément à l’aise. Si c’était le cas, elle n’avait qu’à le lui dire, il n’insisterait pas et la laisserait seule avec elle-même. Même s’il n’était pas trop friand de cette idée, c’était à elle de décider, pas à lui qui ne faisait que proposer son aide. Il allait lui en faire la remarque, lui préciser qu’elle n’était obligée en rien d’accepter mais l’herbe lui fut coupée sous le pied. Et il ne manqua pas l’avalement de salive. Il regrettait presque de ne pas avoir eu le temps de placer ses propres mots. Mais maintenant qu’elle semblait avoir pris sur elle, changer d’avis lui apparaissait inopportun. Il reprit alors en la suivant, n’oubliant pas de reprendre sa veste sur son fauteuil, sans pour autant envahir son espace personnel.

« Je vous l’ai dit, ne vous inquiétez pas … je suis sûr que vous avez bien d’autres qualités. Et puis, les enfants sont meilleurs que tout le monde dans ce domaine précis. Ils ont toujours un avis sur tout. Et ils le font savoir. En plus de ça, ils ne s’embarrassent pas de savoir si c’est inconvenant ou pas. Ils disent ce qu’ils ont sur le cœur et passent à autre chose. »

L’américain la laissa entrer dans sa loge et s’adossa au mur situé en face la porte, patientant sans se plaindre. Elle ne l’avait pas congédié, disant qu’elle n’avait plus besoin de lui, alors il attendrait qu’elle ressorte pour statuer. En attendant, même si elle n’était pas censé le savoir, lui aussi avait tendance à agir comme il venait de décrire les enfants. Pour la partie franchise en tout cas. Après, selon les interlocuteurs, il enveloppait le tout de tact. Le contexte entrait aussi en compte.
Même s’il était habitué à voir l’inhabituel ou le surprenant, il ne put s’empêcher d’ouvrir les yeux plus grands avant de sourire tout seul. Le changement de tenue était radical. L’environnement n’était pas le même non plus, même si, il fallait bien le dire, il ne s’était pas attendu à un si grand écart. Dans l’absolu, les fringues lui allaient bien alors pourquoi pas. Il se demandait justement le pourquoi du comment des oranges quand elle lui en tendit une, incertaine. Il haussa un sourcil perplexe, attendant des explications. Et les surprises continuèrent.
Un psychopathe. Il n’était pas psychopathe parce qu’il ne lançait pas de tomates passées de date. Cela dit, sa reprise laissait à penser qu’elle le considérait quand même comme tel. C’était … inédit comme comparaison. Il s’était pris un certain nombre d’appellations entre les dents, mais celle-ci, c’était une première. Il ne lui en tenait pas rigueur. Après tout, elle avait dit d’elle-même qu’elle n’était pas douée pour les discussions. Il fallait bien lui laisser une chance.
La demande d’aller au McDo passa crème après ça. Son premier mot prononcé fut mangé par le claquement de la paume sur le front délicat de la jeune femme. Il s’interrompit immédiatement, sans avoir cessé de la regarder. Avait-il raté quelque chose ? Elle poursuivit et il l’écouta. Puis il sourit.

« Alors … je vais reprendre point par point si vous voulez bien, histoire de ne rien omettre. énonça-t-il d’une voix calme et tranquille J’accepte une orange avec plaisir. Je ne vais pas la manger de suite mais je m’en servirai demain matin pour avoir du jus de fruit frais. Du coup, les pépins ne sont pas vraiment un souci. Quant aux vendeurs, je ne les avais pas remarqués en effet. J’étais avec mes parents et cela faisait un moment que je ne les avais pas vus alors forcément … le reste n’avait que peu voir pas d’importance. Et ça ne date pas d’hier que le malheur des uns fait le bonheur des autres … Quant au fait d’être normal, je n’en sais rien … en revanche je vous accorde le côté avenant. Là encore, voyez avec mes parents. Et pour finir … McDonald’s. »

Il marqua une pause en regardant la ballerine. Il se doutait bien que ce n’était pas pour elle. Il reprit, gardant le même sourire.

« Je suis bien trop grand pour le parc à jeux. Et puis, il parait que j’ai passé l’âge … Cela dit, votre fils est là-bas n’est-ce pas ? puis, n’attendant pas forcément de réponse, il enchaîna Je ne comptais pas vous importuner longtemps mais je peux vous accompagner là-bas, je n’y vois aucun inconvénient. »

D’un geste habitué, il enfila sa veste mais se retint de proposer son bras à son interlocutrice.

« Y allons-nous Mademoiselle Jaslyn ? »

Oui, il était capable de lire une brochure de présentation et d’en retenir les noms inscrits.

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