AccueilPortailCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]

Aller en bas 
AuteurMessage
Nikolaï M. Kolyakov
Neutre Delta
avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 06/07/2013
Age : 28

MessageSujet: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Jeu 1 Jan - 14:24

Alors que les coups de minuit résonnent, mettant fin à une année de plus en terres américaines, j’observe avec détachement les démonstrations effusives d’émotion des personnes autour de moi.  Les sourires sont remplis d’espoir, les yeux brillent de mille projets et je me sens en total déphasage. Même lorsqu’Anatoly s’approche avec un sourire mutin et un rameau de houx au bout d’une tige qu’il place stratégiquement au-dessus de nos têtes pour s’approprier mes lèvres le temps d’un baiser aromatisé vodka, je reste à moitié apathique. Ce qui ne passe pas inaperçu aux yeux du jeune homme habitué à ce que nos étreintes bien que rares soient plus passionnelles. Il me jette donc un regard suspicieux, un de ses sourcils arqué dans un geste régalien d’interrogation auquel je me contente de répondre d’un geste blasé de la main.

Pour une raison ou une autre, ou plus honnêtement pour une raison très précise, même la présence de mon dernier amant n’arrive pas à me tirer de ma semi-mélancolie. Pourtant son caractère enjoué et décomplexé, typique du jeune de vingt ans n’ayant pas encore vraiment quitté l’adolescence et qui tourne tout à la dérision, m’a plus dès notre première rencontre, bouffée d’air frais dans un quotidien saturé de testostérone et d’hémoglobine. A vrai dire, lorsque Dimitri me l’a présenté il y a un peu moins de sept mois – c’est le fils d’une de ses cousines venu étudier à Columbia et elle lui a demandé de garder un œil sur lui – j’ai immédiatement su que je l’emmènerai au lit. Dimitri aussi à sa plus grande horreur. Apparemment l’idée de nous imaginer dans la même couche ne lui a pas réussi. Il a pourtant dû s’y faire car j’étais aussi intéressé qu’Anatoly ne l’était lui-même si j’en crois l’attitude volontairement provocante qu’il adoptait systématiquement en ma présence. Et le gamin étant majeur et consentant Dimitri ne pouvait pas faire grand-chose. Par conséquent depuis, Anatoly et moi nous sommes retrouvés une demi-douzaine de fois environ pour des soirées sport en chambre et cuddling. Aucun de nous deux ne cherchant plus, c’était idyllique.

Mais ce soir, malgré le jean moulant à souhait d’Anatoly, mes pensées ne peuvent s’empêcher de dériver dans une toute autre direction, vers un tout autre réveillon il y a très précisément un an. Et vers la personne qui m’y tenait compagnie. Agacé par la tournure des évènements, je descends ma coupe de champagne d’un trait et me tourne vers le premier serveur à proximité pour qu’il me la remplisse de nouveau. Entre temps, Anatoly, comprenant certainement que je n’avais pas envie de compagnie – c’est ce que j’aime avec lui, il sait ne pas s’immiscer plus que de mesure dans la vie des gens lorsqu’ils désirent paix et tranquillité, se contentant de détendre l’atmosphère d’une remarque taquine – a quitté les lieux et je me retrouve à nouveau seul. Et soudain l’atmosphère enjouée et les accents roulants de ma langue natale m’étouffent littéralement et je prends la direction du balcon le plus proche. J’ai en effet cette année été invité au réveillon organisé par un proche de l’ambassadeur de Russie qui aime à réunir chez lui tous les Russes proéminents de la Grosse Pomme, on ne sait jamais vraiment si pour se faire mousser ou aller délatter tous nos petits secrets au FSB dès qu’on a le dos tourné, probablement un peu des deux. Quoiqu’il en soit, j’ai besoin d’air frais et de solitude pour remettre mes idées en place.

Car que je le veuille ou non, j’ai un problème auquel il va falloir que je finisse par faire front puisqu’une année à l’ignorer royalement de l’a nullement fait disparaître. J’ai envie de revoir Lilian. Rectification, j’ai besoin de revoir Lilian. Et je ne parle pas de le croiser pour une réunion formelle sur l’état du casino, non je parle d’une entrevue privée et plus si affinités. En effet, depuis notre dernière et unique étreinte il occupe mes pensées, se refusant à me laisser en paix tant de jour que de nuit. J’ai bien essayé de l’oublier entre les bras de conquêtes consentantes mais même Anatoly dont j’apprécie pourtant sincèrement et le physique et le caractère n’est pas capable d’effacer le souvenir de l’étreinte acharnée de Lilian. Et que dire de nos discussions intellectuelles dont le niveau me manque terriblement dans mon quotidien rempli de conversation banales et insipides ?

Pourquoi ne pas l’appeler me direz-vous donc ? Lui proposer un rendez-vous ? J’y ai bien pensé mais l’image d’un adolescent angélique au sens premier du terme associée à un sentiment de réelle chaleur humaine entraperçue durant cette nuit fatidique dans l’esprit de Lilian a freiné toutes mes ardeurs. Pire, je me suis découvert jaloux d’un quasi-adolescent. Car, pour autant que j’ai désiré ne pas me mêler de ce qui ne me regardait pas, j’ai été incapable de me pas aller en apprendre plus sur le fameux Josh aka Angel. Et plus les informations s’empilaient sur mon bureau, plus une jalousie insidieuse s’infiltrait dans mon être. Comment voulez-vous honnêtement que je fasse compétition à un gamin apparemment adorable et objectivement digne de poser pour Michel-Ange ? Qu’ai-je à offrir en échange ? Une relation malsaine fondée tant sur le désir de posséder l’autre que de le manipuler ? Des étreintes charnelles à la limite du film d’horreur ? Des pensées jamais à l’abri ? Le choix sera vite fait et pas en ma faveur. Et cela ne fait que raviver la flamme de la haine envers cet être incongru qui n’a rien à faire dans la vie d’un homme comme Lilian. Je veux dire, je n’aurais pas la prétention de le comprendre mais j’ai suffisamment plongé dans son esprit pour savoir qu’il est probablement encore plus dérangé que je ne le suis. Et l’idée de le savoir en couple avec un garçon « bien tout sous rapport » me hérisse le poil au dernier degré. Est-ce que parce que je suis jaloux qu’il ait réussi à trouver la stabilité que je recherche depuis si longtemps ou bien parce que je refuse qu’un esprit aussi délicieusement torturé ne m’échappe, je crois que je préfère ne pas savoir.

Quoiqu’il en soit, alors que j’entends les invités échanger les traditionnelles bonnes résolutions pour la nouvelle année, la conviction que je refuse de passer une autre année à me languir de Lilian dans mon coin s’impose avec une netteté terrifiante. Et ainsi, sur le moment, après un an d’atermoiements, je décide de reprendre les choses en main. Dès que je rentre je vais lui envoyer une invitation sous prétexte de faire le point entre associés après un an d’ouverture du casino et selon l’attitude et les pensées que je percevrais chez lui, je ferais une croix définitive sur lui ou bien je me battrai pour ce que je veux.

Trois jours plus tard

Plus que dix minutes avant l’heure prévue. J’ai l’impression d’être une adolescente à la veille de son premier rendez-vous. Je me sens fondamentalement pathétique et pourtant rien n’y fait, l’agitation à l’idée de revoir enfin Lilian en tête à tête n’a cessé de grandir depuis qu’il a répondu par l’affirmative à mon invitation. Il ne me reste donc plus qu’à éviter l’aneurisme pour cause de surexcitation avant son arrivée. Ce serait vraiment idiot.


Dernière édition par Nikolaï M. Kolyakov le Dim 10 Mai - 9:08, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lilian D'Eyncourt
Neutre Delta-Epsilon
avatar

Messages : 178
Date d'inscription : 03/04/2012

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Mer 7 Jan - 0:12

Une main translucide se posa sur son épaule.
- Youhouuu vous n’êtes pas avec nous Monsieur D’Eyncourt, lui cria à moitié dans l’oreille une Iphigenia passablement ivre.
- Je crains d’avoir du mal à vous rejoindre mais je peux essayer.
Il considéra d’un œil vague la bouteille de chartreuse qu’il tenait dans ses mains et en bu une longue gorgée. Des rires, des éclats de voix s’élevaient autour de lui. Ils devaient être une dizaine, tous des mutants, presque entassés dans un appartement sous les combles d’un immeuble à moitié désaffecté qui risquait de s’effondrer avant minuit si certains se sentaient un peu trop à la fête. Comme toujours, plusieurs groupes s’étaient formés, d’un côté la discussion sérieuse et enflammée, de l’autre, les démonstrations inquiétantes de pouvoirs et la musique, qui changeait à peu près toutes les minutes. Icare faisait entendre les incroyables capacités de sa voix à des étudiants béats. Il était un peu plus ivre que d’habitude mais semblait s’amuser. C’était le but. Le seul but, souligna-t-il en l’observant d’un œil éteint, l’ombre d’un sourire au coin des lèvres.
- Non mais je veux dire, être vraiment là ! Je sais que ça te change de tes soirées habituelles, mais t’es pas là que pour faire plaisir à ton mec, moi et Dean aussi on est content.
- Hm…
Après tous les efforts que faisait son compagnon pour rester avec lui, il s’était senti obligé de faire un geste et ne pas se retrouver pour la deuxième année consécutive à une soirée où il n’aurait aucune envie de l’inviter. Icare avait beau lui assurer qu’il était capable de s’adapter à son monde, Lilian n’y croyait pas un instant. Et, même s’il lui accordait une certaine intelligence sociale, il savait que Icare ne passerait pas un bon moment, en plus de lui découvrir des comportements difficiles à accepter. Car enfin, que verrait-il ? Qu’il l’avait séduit comme presque toutes les personnes avec lesquelles il interagissait ? Qu’il lui serait difficile de partager la moindre affinité avec ses autres relations, et que celles-là semblaient souvent équivoques ? Il lui faudrait être un autre, dans son propre monde, pour y intégrer cette vie de couple. Il ne s’en sentait pas la force, le courage, la motivation, ou il ne savait quoi d’autre. Alors, il avait demandé à Iphigenia, à la plus « simple » de ses amis, ce qu’elle faisait, pour faire croire à Josh qu’il était prêt à lui présenter des amis. Mais ces gens l’intéressaient moyennement et, surtout, il trouvait parfaitement ennuyeux de devoir parler à des individus qui n’étaient pas son public habituel, qui répondaient à côté de la plaque, ne comprenaient pas en quoi il était bien supérieur à eux. Ils n’avaient pas d’assurance, ils étaient en groupe, ils essayaient de s’affirmer en opposition à lui, parce qu’il ne les sentait ni assez stupides, ni assez intelligents pour l’admirer.
- Personne ne t’en veut pour tout à l’heure, essaya encore Iphigenia. Enfin, pas tout le monde, Dean dit que ça l’a bien fait marrer.
- Oui, je l’ai entendu. Il m'a dit que ça n'avait pas d'importance, qu'il avait déjà couché avec...
Il s’était réellement isolé après qu’une imbécile beaucoup trop éméchée pour garder quelques réflexes de survie avait voulu le forcer à montrer sa mutation, à grand coups de « alleeez, t’es le seul à pas l’avoir fait ! », serinés à l’envie jusqu’à ce qu’il lui attrape la main et déclare avec son plus beau sourire et une profonde colère intérieure :
- Puisque tu insistes… C’est un don très spécial que seul un gentleman pourrait avoir. Je donne des baisemains tout à fait renversants.
Tout le monde avait beaucoup rit jusqu’à ce qu’il s’exécute, aspire un bon demi-litre de sang à la jeune fille et lui fasse tourner de l’œil. On l’avait étendu depuis. Dean s’était proposé de l’aider à se décomposer rapidement pour cacher le corps si ce qui s’était inévitablement transformé en coma éthylique s’éternisait. A ce moment, Icare était trop occupé à faire autre chose pour comprendre son implication dans l’incident, mais le fait d’avoir eu la faiblesse de céder à une pulsion de violence le contrariait. Tout le contrariait, en réalité. Il soupira, murmura un « Laisse moi encore un peu, je vais revenir » à la mutante translucide et ses yeux se posèrent à nouveau sur Icare. Il se rappela avec une certaine nostalgie comment le nouvel an dernier s’était terminé en bacchanale sanglante avec son associé. Le dernier moment véritablement intense de sa vie, il le savait. Mais, tenté par ce qui ressemblait à une sorte de dilemme entre le Ciel et l’Enfer, il avait fait son choix, suivi ses caprices de rédemption, gardé l’ange, mené une vie sentimentale jalonnée de doutes mais apparemment paisible, renoncé aux souvenirs mémorables pour la tranquillité. Et il en était là, à ce réveillon atrocement banal entre jeunes mutants de vingt ans… Il avait réussi. Mais pourquoi, pourquoi se demandait-il en continu depuis les premiers instants dans cet appartement minable, avait-il cherché à mener une vie pareille ? Il n’arrivait plus à s’en souvenir.

Quand le message de Nikolaï était arrivé quelques jours plus tard, il n’avait pas mis très longtemps avant d’y répondre. Sur la forme, tout semblait parfaitement professionnel, des vœux de bonne année en règle, un désir de faire le point sur l’année écoulée depuis la création du casino. Mais Lilian devinait autre chose. Depuis leur violent rapprochement, ils avaient évité de se retrouver dans l’intimité. Dans le souci de préserver sa relation avec Icare, le britannique s’était efforcé de tenir ses distances. Il avait nourri des projets de vie tranquille à deux avec une personne qui correspondait enfin à son amour raté d’adolescence et, pour une raison qu’il n’expliquait pas, il devait absolument aller au bout, souffrait de réaliser que son idéal ne correspondait pas plus qu’avant à ce que toute sa nature profonde lui réclamait. Dans les parties les plus sombres de ses entrailles, la bête que le russe avait éveillée se tournait, se retournait. Il n’arrivait pas à la réduire au silence, surtout quand, après l’amour avec Icare, il imaginait tout ce qu’il désirait faire, et le comparait avec l’étreinte trop gentille, trop humaine qu’il venait de vivre. Il avait enfin réglé les problèmes de son passé, était sur le point de vaincre ses démons qui le poussaient vers l’autodestruction, alors pourquoi effacer tous ses efforts ? Peut-être parce qu’il avait confondu le besoin de faire une pause avec un plan de vie ? Il tenait à Josh pourtant. Il n’avait pas envie de le quitter mais il n’avait jamais renoncé à l’idée de reprendre les choses où il les avait abandonnées avec Nikolaï, preuve en était sa tendance à continuer les sous-entendus en toute occasion pour s’assurer qu’il continuait à troubler le russe. Une tension sexuelle latente existait toujours en eux. Mais céder à la tentation une fois était une chose. S’il recommençait, ce ne serait pas comme avec ses autres sex-friends réguliers. Leur attirance allait bien au-delà du désir et Nikolaï lui avait bien fait sentir entre ses bras qu’il ne serait pas un amant docile avec lequel on pouvait garder ses habitudes tant qu’on savait former de beaux discours. Faute de certitude d’un côté, et d’une volonté de continuer à résister de l’autre, il répondait à un appel depuis longtemps attendu. Car il n’en aurait jamais pris l’initiative lui-même. Mais, même s’il lui était habituel d’attendre qu’on vienne le chercher, il avait la sensation que, cette fois, il se glissait peut-être dans son propre piège en frappant à la porte et poussant la poignée.

- Eh bien, lança-t-il l’air le plus innocent du monde, l’année n’a pas commencé que tu es déjà reparti dans les affaires…
Il s’installa nonchalamment sur un fauteuil. Le rythme cardiaque de Nikolaï faisait d’énormes efforts pour se maîtriser. Il était de plus en plus clair que cet entretien n’aurait rien d’innocent. Mais, par jeu, il poursuivit :
- J’espère que tu n’attends pas de chiffres précis de moi parce que tu m’as pris de court, je n’ai pas encore pu faire un bilan de la soirée du nouvel an. Mais tout s’est bien passé je crois, en tout cas, aucun appel d’urgence pour engager une équipe de nettoyage au noir.

Lilian venait de parler comme si cette dernière information ne les concernait absolument pas. Il attendait avec placidité, semblait ne se douter de rien. Bien sûr, Nikolaï ne penserait pas un instant son allusion involontaire, il pouvait lire ses pensées et savait que son associé le devinait mal à l’aise. Il serait difficile de tourner autour de la question, quoique Lilian n’avait concrètement pas la moindre idée de ce qui allait lui être demandé.

_________________

... Et moi je continuerai à resplendir comme une figure brillamment absurde, dans un monde sans signification ... (The beautiful and damned)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nikolaï M. Kolyakov
Neutre Delta
avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 06/07/2013
Age : 28

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Lun 12 Jan - 17:32

Les coups frappés à la porte annoncent l’entrée en lice de Lilian et, un instant, j’entretiens la fantaisie de lui faire croire qu’il ne s’agit que d’une entrevue quelconque, le temps de décider comment je veux aborder la question principale de la journée. Mais aussitôt l’idée me vient-elle que je l’écarte. A moins de découvrir dans les secondes qui viennent un moyen de calmer les pulsations de mon cœur, tous mes efforts se révèleront vains à empêcher mon cher palpitant de trahir mon excitation. Je me résigne donc à devoir affronter mes sentiments pour le Britannique et ce que je veux en faire. Toute la question étant justement ce que je veux en faire. Et comme la réponse est loin d’être claire, je m’accorde un dernier répit en lui laissant prendre l’initiative du premier propos.

Fatale erreur car le voilà déjà qui évoque l’air de rien nos ébats de l’an passé. Non pas que cela me surprenne vraiment ; au contraire, croire une seconde qu’il ne se doutait pas de la réelle raison de notre entrevue aurait été une insulte à son intelligence. Et pourtant l’envie d’enchaîner sur la fausse raison de notre rendez-vous se fait sentir. Il serait après tout si facile de retarder l’inévitable encore un peu, le temps d’échanger deux trois plaisanteries sur l’état des finances de notre business commun. Sauf que je me suis promis à moi-même de ne pas poursuivre ce petit jeu du chat et de la souris plus longtemps. Tout au moins tant que je ne saurais pas un minimum où je vais. Car si je suis à 100% pour les relations ambigües - un pied dedans, un pied dehors – j’ai passé l’âge des relations autodestructrices. Et si je ne me mentirais pas à moi-même en pensant que me sevrer de Lilian serait une activité aisée si elle venait à se révéler nécessaire – je suis trop emmêlé dans sa toile pour m’en sortir si facilement – je me lancerais néanmoins à corps perdu dans cette désintoxication s’il est clair que je n’ai aucune chance d’obtenir ce que je désire. Ma vie est déjà suffisamment remplie de dangers physiques pour en rajouter des psychologiques. Alors, retrouvant mon armure d’assurance et provocation, je réponds avec aisance – tout en ne me faisant aucune illusion sur le fait que Lilian reconnaîtra immédiatement ma façade pour ce qu’elle est :


-Il faut croire que les gens ne savent plus prendre de risques de nos jours.

Puis, sachant pertinemment que l’approche directe n’a jamais été mon style, je choisis de continuer à entretenir nos conversations à double sens pour en savoir plus sur ce que je peux attendre de Lilian.

-Mais, pas d’inquiétude, je ne t’ai pas dérangé pour discuter recettes et dépenses. Mon idée était plus de discuter des projets d’avenir. Faire un bilan de l’année passée et envisager la suite. Car rien n’est plus fatal à une entreprise sur le départ que la routine. Si on ne se renouvelle pas les gens se lassent, et nos fondations sont encore trop chancelantes à mon goût pour se reposer sur nos lauriers. Après tout, tu as dû t’en rendre compte en un an de partenariat mais s’il y a une chose que je déteste c’est l’imprévu total. Prendre des risques, laisse libre cours au hasard, je n’ai rien contre mais dans un certain cadre sinon, comme disent les Français, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres.

Ou de comment formuler en de jolis termes que j’ai un sérieux problème avec les questions de contrôle. En même temps, j’aimerais vous y voir à pouvoir lire les pensées de tout un chacun sans développer une certaine forme de paranoïa. Or quelle meilleure façon d’éviter d’être surpris qu’en contrôlant l’essentiel des paramètres ? Raison pour laquelle je me suis d’ailleurs toujours refusé à l’amour. Trop de variables à mon goût. Sans compter qu’il est difficile de laisser une chance quelconque à une personne de vous charmer lorsque vous connaissez ses pires côtés avant de vous autoriser seulement à découvrir ses bons. Pourtant, malgré cela, Lilian a réussi à passer outre mes défenses et s’infiltrer jusqu’au plus profond de mon être, se frayant un passage jusqu’à mon cœur où il s’est confortablement installé, prenant ses aises comme s’il avait toujours été destiné à vivre là.

Ce qui aurait été parfait à condition qu’il ne partage pas son temps entre mon cœur et celui d’un autre. Car si je n’ai jamais eu aucune difficulté à partager mes partenaires au lit puisqu’aucune attache sentimentale réelle ne nous liait, il faut croire que désormais que des sentiments réels – pour aussi tordus soient-ils – sont impliqués, la question est tout autre. La possessivité Kolyakov refait soudain surface et ça ne m’amuse pas. Car, croyez-le ou non, mais au vu de l’état de certaines des ex-petites amies de mon frère quand celui-ci considérait qu’elles avaient regardé trop longtemps un autre homme, ce n’est pas une émotion avec laquelle il faut jouer. Malheureusement pour moi, dans ce cas précis je suis loin de la position d’Alekseï. A savoir que s’il y a une personne moins impliquée et qui mène la danse dans ma relation avec Lilian, ce n’est certainement pas moi. Ce que je compte changer aujourd’hui, ou tout au moins essayer de changer. Mais voyons déjà comment il réagit à mes premières remarques. Enfin, le connaissant, ce sera n’importe comment sauf comme je m’y attendrais.


Dernière édition par Nikolaï M. Kolyakov le Dim 15 Fév - 12:53, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lilian D'Eyncourt
Neutre Delta-Epsilon
avatar

Messages : 178
Date d'inscription : 03/04/2012

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Dim 18 Jan - 23:07

Il allait se passer quelque chose. Lilian le sentait à la manière dont le cœur de Nikolaï se comprimait. Il percevait cette tension qui précédait généralement des aveux, des paroles embarrassantes que l’on se force à dire pour mettre à plat des choses encore confuses. Son pouls n’était pas celui d’un partenaire avant une réunion d’affaire. Non, il l’entendait surtout chez ses amants, souvent quand ils avaient l’intention d’amener une discussion pénible au sujet de leur couple. D’abord, ils se tenaient tranquilles, lançaient des questions innocentes, puis, leur tension déjà au maximum se resserrait soudain, et une phrase explosait pour ouvrir l’heure aux explications. Lilian détestait ces moments. Au lieu d’engager l’autre a vider son sac, il prenait un malin plaisir à les repousser, et se vengeait par anticipation en prolongeant la souffrance mentale. Ensuite, il savait très bien où la conversation le mènerait : aux reproches, aux problèmes insolubles. On voudrait savoir ce qu’il désirait vraiment, où il pensait en être, s’il se sentait prêt à faire des efforts, et tout cela ne signifierait pour lui qu’une seule chose, à savoir, la fin de sa tranquillité. Alors, tout se terminerait dans les larmes. Il s’en irait la mort dans l’âme et trouverait un moyen efficace de se distraire pour oublier. Nikolaï et lui n’étaient pas vraiment en mesure de « rompre », mais il pouvait entrevoir le genre de reproches qui pourraient lui être faits, comme sa tendance à enchaîner les sous-entendus, à jouer sur l’ambigüité puis se dérober. Lui demanderait-il d’arrêter tout cela ? Au fond de lui, Lilian éprouvait la méfiance d’un enfant qu’on s’apprêtait à priver de son activité préférée. Et, pourtant, il devinait que cette agréable distraction ne pourrait se poursuivre de la même manière une semaine de plus… C’était ennuyeux, elle restait très confortable.
 
Mais il ne laissa rien paraître de sa réserve et tourna au jeune homme un sourire de connivence lorsqu’il lui donna la réplique. Quand le russe enchaîna sur une tirade lourde en doubles sens, il resta plus pensif. Son analyse attentive, et quelque peu inquiète, ne l’empêcha pas d’admirer silencieusement la verve de son interlocuteur. Nikolaï avait, un peu comme lui, le maniement des mots dans le sang. Il utilisait des chemins détournés, des discours improvisés avec art pour déguiser chaque propos, les rendre limpides à l’intéressé, et tristement banal pour une oreille indiscrète. Il était, en effet, impossible pour lui de croire un instant qu’on lui parlait réellement de leur entreprise, surtout quand une telle introduction suivait l’évocation partagée de leurs ébats sauvages. Ainsi, s’il fallait résumer le tout, la question devenait : « Quel avenir pour eux ? » Oui, c’était l’inévitable question tant redoutée. En soulignait combien il était attaché à l’ordre, Nikolaï ne lui donnait-il pas son désir d’avoir une situation claire, le besoin de savoir à quoi s’en tenir ? Un voile étrange passa dans le regarde de Lilian. Un mouvement d’apathie le saisissait toujours quand on lui demandait de changer son comportement, mais il se reprit. Il ne voulait pas faire la sourde oreille, laisser son associé parler seul, s’agacer contre son absence totale de volonté, et le chasser pendant qu’il hausserait les épaules en soupirant, s’allumerait une cigarette, s’intéresserait au calendrier accroché sur le mur et autres attitudes parfaitement inappropriées. Le russe était bien plus qu’une conquête d’un soir, il devait mener cette conversation afin de le garder.
 
-          Il est vrai que l’année de la nouveauté est passée, mais je crois qu’elle nous a permis d’installer une formule qui fonctionne assez bien la plupart du temps… - Il se redressa légèrement sur son siège en posant un bras sur son accoudoir. – Evidemment, rien n’empêche de se montrer plus ambitieux de temps en temps, et je sais que je peux encore faire mieux. Mais comme tu le sais aussi, j’avais d’autres projets avant de commencer cette association, et malgré les apparences, je n’aime pas assez l’imprévu pour abandonner du jour au lendemain une affaire qui tourne.
 
Il s’était exprimé d’une voix légèrement ennuyée, celle du partenaire commercial plein de bonne volonté mais aussi fatigué d’avance par coquetterie à l’idée de tout le travail qui l’attend. S’il n’était pas très élégant de comparer Icare à « une affaire qui tourne », le sens premier était aussi vrai. Son empire médiatique avait besoin de lui pour survivre, et décider de se concentrer sur la vie d’un casino ne lui retirait pas l’obligation de surveiller le reste de ses possessions. Ces derniers mois, il avait de plus en plus lourdement délégué et les choses finissaient par fonctionner toutes seules sans avoir besoin de son aide autrement que pour les finances. Néanmoins, trouver les bonnes personnes pour le remplacer sur le terrain qu’il occupait et les former avant de fermer tranquillement les yeux sur leur activité prenait du temps. S’il négligeait le colosse dont il était à la tête et faisait faillite, son travail au casino ne pourrait jamais lui permettre d’éponger toutes les dettes, sans parler des procès qu’un nombre incalculable de personnes ayant d’excellentes raisons de lui en vouloir lui feraient pour l’empêcher de se redresser.

_________________

... Et moi je continuerai à resplendir comme une figure brillamment absurde, dans un monde sans signification ... (The beautiful and damned)


Dernière édition par Lilian D'Eyncourt le Mar 27 Jan - 21:24, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nikolaï M. Kolyakov
Neutre Delta
avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 06/07/2013
Age : 28

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Sam 24 Jan - 14:52

Une formule qui fonctionne assez bien la plupart du temps. Il n’a pas tort. Tout le problème étant les quelques moments où elle ne fonctionne pas, moments qui ont tendance à se multiplier ces derniers temps, à ma frustration grandissante. Car ne croyez pas que me découvrir une telle faiblesse pour un homme objectivement dangereux m’amuse. C’était une chose de se laisser porter par son charme magnétique lors de nos premières rencontres, ç’en est une autre de me rendre compte que je ressens son absence comme un manque. Tout était tellement plus simple lorsque j’étais encore capable de me maintenir en équilibre instable sur le fin fil entre relation professionnelle et personnelle. Mais il faut croire que, sans vraiment m’en rendre compte, je suis tombé du mauvais côté du précipice et tenter de remonter la pente n’est désormais plus envisageable.

D’où les deux options qui se présentent à moi : entraîner Lilian dans ma chute ou accepter le vide sous mes pieds et arrêter de freiner ma descente pour atteindre enfin le fond de manière à pouvoir retrouver un semblant de maîtrise sur mes sens. A partir de là, il sera toujours plus simple de chercher une autre voie. Ce ne sera probablement pas la plus aisée des solutions mais je refuse de poursuivre dans cet entredeux qui me détruit chaque jour un peu plus de l’intérieur. Le problème étant que l’idée même d’exiger de Lilian des explications alors que je savais pertinemment dans quoi je me lançais lorsque je l’acceptais entre mes draps – ou plutôt sur mon sofa – il y a un an me donne de l’urticaire. J’ai toujours eu horreur des scènes de ménage lorsqu’une relation sans attaches se transforme en plus pour l’un des deux participants. Et sans surprise, si être du côté des accusés était une position inconfortable, être de celui des accusateurs est encore pire. Car, ayant déjà été de l’autre côté de la barrière, je n’ai nul besoin de lire les pensées de Lilian pour les deviner.

Et la conclusion pour autant que je tourne le problème sous tous les angles est et reste la même : je n’ai aucun droit de lui demander de me consacrer son temps plus qu’il ne le fait déjà. Après tout, sans s’étendre sur le sujet, il n’a jamais caché qu’il était plus ou moins dans une relation. Mais, à l’époque, j’ai cru que ça n’importerait pas. A vrai dire, je crois aussi que je m’étais inconsciemment rassuré en me disant qu’une union si mal assortie ne tiendrait jamais. Sauf que, contrairement à mes prédictions, elle a tenue et tient toujours. Et rien dans les propos de Lilian ne me laisse espérer que cela vienne à changer dans un futur proche ou lointain. Un instant je regrette de ne pas posséder le don de suggestion mentale en plus de celui de télépathie. Il serait alors si facile de lui faire oublier cet insupportable Josh. Je pourrais même être magnanime et le persuader de le laisser tomber en douceur. Ou, je pourrais au contraire me venger de ce qu’il a eu à ma place et lui conseiller d’être atroce.

Car c’est bien là le pire, la certitude que mes sentiments ne sont pas complètement à sens unique. Jusqu’à quel point Lilian tient à moi, je ne saurais dire - et, pour être tout à fait honnête, je préfère ne pas trop fouiller la question – mais qu’il est attaché, tout au moins un peu, à ma personne, j’en suis certain. D’où la difficulté de tout laisser tomber. Non pas à cause d’une quelconque bonté d’âme qui me ferait préférer le bonheur de l’être aimé au mien même si c’était un autre qui le lui apportait, je ne suis pas bonne poire à ce point-là. Ce serait plutôt tout le contraire, si aucun espoir d’une fin heureuse pour ma pomme ne se présentait, je choisirais alors l’option la plus à même de me faire souffrir le moins possible. Sauf qu’avec cet infime possibilité de le détacher du foutu angelot, je suis incapable de couper les ponts de mon côté. Et tout aussi incapable de me rendre insupportable à ses yeux pour le forcer à être celui qui coupe les ponts. J’ai encore trop de fierté pour jouer les amants pot-de-colle dont on se sépare sans un regret. Mais alors que faire ?

Pour commencer lui répondre. Et si possible faire preuve d’un minimum de courage, si ce n’est vis-à-vis de lui, tout au moins pour moi-même.


-Crois-moi je comprends parfaitement le besoin d’un filet de sécurité et je n’aurais pas la prétention de vouloir accaparer la totalité de ton temps. A vrai dire, je crois que ni toi ne le supporterions, précisais-je avec une pointe d’humour réel.

Nous avons en effet tous deux beaucoup trop besoin de notre espace vital. Les secrets font partie intégrante de notre vie et tout partager avec qui que ce soit ne nous conviendrait pas. Mais, d’un autre côté, avoir fait la découverte de quelqu’un sur qui pouvoir décharger une partie de son fardeau sans pour autant craindre les conséquences d’un tel acte implique d’avoir du mal à faire une croix dessus. Du moins en ce qui me concerne. C’est pourquoi je continue, avec une idée enfin un peu plus claire de ce que je veux. Du moins pour l’instant. Peut-être que ce ne sera plus suffisant d’ici quelques mois et il est même très probable que je ne fasse là que retarder l’inévitable mais je trouverai idiot de ne pas tenter une solution de compromis qui a des chances de fonctionner.


-Je précisais néanmoins seulement qu’à force de considérer les choses pour acquises, on découvre un jour qu’elles ne sont plus ce qu’on croyait. Tout ce que je demande donc c’est la certitude de pouvoir compter sur toi pour la suite. De manière plus ou moins régulière. Je ne parle pas ici de rencontres chroniques d’un ennui à mourir, nos emplois du temps respectifs sans compter nos caractères ne nous le permettraient pas. Mais plutôt de la promesse que tu ne laisseras pas tomber nos projets sous prétexte que tu t’es fait à ta petite routine. Car si, à mon humble avis, notre association peut encore nous apporter beaucoup à tous les deux, si tu finis par te lasser, je ne te retiendrais pas mais je ne t’offrirai pas non plus de seconde chance. Autant que les choses soient claires.

Un sourire glacial se dessine alors sur mes lèvres, laissant entrevoir que, pour une fois, je suis complètement sérieux. Il n’est pas le seul à pouvoir instaurer ses règles. Et, si j’espère pouvoir contrôler mes envies s’il promet d’y mettre du sien de temps à autres, s’il se joue de moi, les conséquences ne seront agréables pour personne. Certainement pas pour moi, mais encore moins pour lui. Après tout, on ne grandit pas élevé par une bande de mafieux rustres et sans manières sans développer un minimum de sale caractère et une énorme dose d’ego.

-Maintenant, si mes conditions te paraissent acceptables, je suis certain de pouvoir t’apporter une partie de ce qu’il te manque par ailleurs, terminais-je ensuite d’une voix plus calme.

Et est-ce que je fais là référence à la possibilité de discuter de sujets qu’il n’abordera jamais avec Josh ou plus simplement à celle de laisser libre cours à ses pulsions les plus violentes, je ne saurais dire moi-même.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lilian D'Eyncourt
Neutre Delta-Epsilon
avatar

Messages : 178
Date d'inscription : 03/04/2012

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Mer 28 Jan - 0:07

Sous ses airs impassibles, Lilian se mordait mentalement les doigts de laisser un début d’ouverture à Nikolaï. Depuis sa rencontre avec le russe, il luttait contre la désagréable impression de vivre une histoire écrite à l’avance. Il ne s’agissait pas de destin, mais d’une chose plus concrète, réellement imparable, leurs esprits semblaient faits pour s’entendre, s’aimer comme se détester. Ils étaient ce qu’ils avaient toujours cherché et rejeté. Cependant, puisqu’ils aimaient, le défi, le danger, rien n’était définitivement répulsif, si ce n’était peut-être une attache trop pure, trop saine. Dès le départ, ils avaient vu l’inévitable rapprochement, Lilian avait imaginé sans mal sa résistance première, et la phase des véritables complications s’ouvrait, celle où ils essaieraient, en dépit de tout bon sens, de construire une relation ensemble. Il avançait à reculons, gardait ses ongles fermement plantés dans un présent paisible qu'il éraflait à mesure que le temps passait dans ce bureau. Il lui semblait connaître la fin, et, en même temps, elle lui échappait. Sa relation avec Icare était tout l’inverse. Il l’avait cherchée, provoquée, décidé du début, du milieu, et orchestrerait sa fin. Toutes ses précédentes relations, même les plus courtes, suivaient ce schéma. Jamais Lilian n’avait eu la tentation de céder à un sentiment qui le dépassait. Il n’imaginait pas rencontrer une personne comme Nikolaï un jour. Il s’était toujours vu avec quelqu’un comme Icare. Il lui semblait avoir une faute à rattraper avec un vieil amour d’adolescence, des comptes à régler à travers un autre. Alors, s’il échouait, il devrait admettre son erreur. Les « gentils », les naïfs, les êtres les plus adorables du monde étaient trop fragiles, trop insipides pour être aimés de lui. Et les aimait-il vraiment ? Ou aimait-il se voir moins vil grâce à eux ?
 
Nikolaï compara assez justement cette relation à un « filet de sécurité ». Cela en ôtait de suite tout le romantisme. Oui, il se préservait avec le mutant ailé. Même s’il lui arrivait de s’ennuyer, d’être tenté de voir ailleurs, même s’il doutait encore une fois de la sincérité de ses sentiments, Lilian n’avait pas replongé dans ses pires vices depuis un an. Il ne pouvait dire jusqu’à quel point Josh était responsable de cette amélioration, mais il craignait la rechute. La mémoire de tout ce qu’il avait traversé restait vive. Il préférait l’endormir, ne plus songer à tout ce qu’il avait dû traverser pour éprouver le besoin de repartir à zéro, de tout raser, même s’il gardait le manoir détesté de son enfance sur l’ancien continent. La plupart des gens arrêtaient d’avancer à un moment. Il avait voulu que ce moment soit arrivé, il avait espéré se reposer encore un peu avant la mort. Pourtant, son apathie le dérangeait de plus en plus. Il s’en voulait d’éprouver le besoin de remettre à l’épreuve un esprit aussi éclaté que le sien. En même temps, la résolution des énigmes de son enfance avait si bien achevé de tout déséquilibrer qu’il ne voyait pas comment aller plus loin. Tout cela n’était qu’une jolie comédie, il n’y avait rien à sauver de celui qu’il aurait pu devenir dans un environnement favorable, la seule chose qui le retenait était la difficulté à l’admettre.
 
-          Je commencerai à m’inquiéter le soir où tu m’enverras deux sms de suite pour me demander ce que je fais…, répondit-il avec un sourire en coin, toujours dans la négation de ses préoccupations.
 
Sans s’être concertés, ils abandonnaient peu à peu les doubles sens. Il est vrai que ce petit jeu ne les amuserait qu’un temps. Nikolaï se montrait aussi habile que maladroit. Il ne perdait pas le fil de ses mots et, en même temps, Lilian savait qu’il ne lui livrait pas l’exact contenu de sa pensée. Ses paroles étaient trop prudentes. Malheureusement pour lui, le vrai message transparaissait. Il n’osait rien exiger de lui, de peur de le braquer trop directement, donc il lui servait l’aimable mise en garde. Il ne lui demandait pas d’être à lui - était-il sûr de vouloir cela d’ailleurs ? – et n’exigeait pas à ce qu’il changeât ses habitudes. Il attendait de légers efforts de sa part, comme si les faire était dans son intérêt. Pas de seconde chance ? Son sourcil droit s’éleva légèrement. Personne ne pouvait décider de lui accorder ce genre de choses. Il prenait ou il jetait. Alors, sans rien promettra, il souffla :
 
-          Si un jour mon attitude t’obliges à me rejeter, crois bien que je serai très loin d’attendre la moindre seconde chance
 
Evidemment, la réplique tenait en partie de la bravade. Il avait déjà vu des situations lui échapper, connu le regret, eut la vague idée d’essayer de réparer ses erreurs mais, au final, il laissait mourir l’espoir d’améliorer les choses. Il se persuadait que la décision venait inconsciemment de lui. S’il se comportait mal, n’était-ce pas pour détruire, se faire haïr et jeter ? Pourquoi le ferait-il autrement ? Son avenir avec Nikolaï demeurait trouble. Il voyait sa double vie s’affirmer, sa relation avec Icare décliner, le risque d’en perdre un des deux, ou les deux. Il ne savait pas encore comment le drame à venir se terminerait. Dans les larmes pour l’un d’entre eux, au minimum. Aucune solution ne semblait préférable à une autre. Cependant, il ne résistait pas à l’envie de se laisser convaincre. Si cela pouvait lui simplifier la prise d’une décision, il se sentait d’humeur particulièrement malléable. Soudain plus intéressé par ce que pouvait lui raconter le russe, il le provoqua en prenant un air encore plus effronté :
 
-          Et que me manquerait-il selon toi ?
 
Tout dans sa posture, dans son expression témoignait d’un changement soudain d’état d’esprit. Piqué au vif par la délicieuse insolence de Nikolaï, Lilian se dérobait derrière le masque du séducteur qui attendait d’être charmé. Après tout, n’était-ce pas ce qu’il attendait en acceptant le rendez-vous ? Céder à son associé avec assez de facilité pour ne pas se sentir entièrement responsable d’accueillir une nouvelle série de problèmes dans son existence ?

_________________

... Et moi je continuerai à resplendir comme une figure brillamment absurde, dans un monde sans signification ... (The beautiful and damned)


Dernière édition par Lilian D'Eyncourt le Dim 8 Fév - 20:28, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nikolaï M. Kolyakov
Neutre Delta
avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 06/07/2013
Age : 28

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Sam 31 Jan - 13:02

La situation est en train de m’échapper des mains. Une fois de plus devrais-je rajouter. Dès que Lilian est impliqué, je perds le contrôle. Je fais pourtant tout pour l’éviter mais, petit à petit, que ce soit par ses gestes ou ses paroles, il finit toujours par m’emmener exactement là où il voudrait que je sois. Et il n’y a rien de plus désagréable que de s’en rendre compte et être pourtant incapable d’y remédier. Parfois j’envie les gens manipulables. Quoique rien ne me dit que découvrir à la fin qu’on s’est fait avoir soit plus facile à vivre que de voir la fin arriver peu à peu. Au moins, dans mon cas, j’ai le temps de me préparer au pire.

Car pire ce sera, aucun doute là-dessus. Lilian est autant un poison pour moi que je ne le suis pour lui. On attise respectivement les flammes du danger en chacun de nous. Un véritable ami serait en effet ravi de découvrir que Lilian s’est calmé aux côté de son angelot. Sauf que je ne suis pas son ami. Tout au moins pas dans ce sens-là. A vrai dire, je ne sais pas vraiment ce que nous sommes. Associés ? Très certainement. Partenaires ? Peut-être bien. Amants ? Je n’irais pas aussi loin. En tous les cas, son bonheur n’est pas ce que je recherche. Je ne veux son bonheur qu’à condition qu’il s’accommode du mien. Je suis prêt à faire des efforts pour m’assurer qu’il ne m’abandonne pas mais c’est tout. L’idée de le partager ne m’enchante guère. Je m’y suis résolu uniquement car c’est la seule option à ma disposition.

Je suis en effet plus attaché à lui qu’il ne l’est à moi. Et si je l’oblige à faire un choix, il y a de grandes chances que le résultat ne me plaise pas. Je ne sais dans quelle mesure « Josh » compte pour lui mais ce qui est sûr, c’est que son narcissisme aussi développé que le mien ne l’autorisera jamais à se laisser dicter des conditions par un autre que lui. Alors, il préférera sûrement mettre une fin définitive à notre association plutôt que d’accepter qu’une relation, même aussi tordue que la nôtre, exige qu’il s’y investisse un minimum. Et pas seulement quand ça l’arrange. Croyez-moi je suis un spécialiste en la matière. Couper les ponts avant d’avoir à faire le moindre effort en matière sentimentale c’est presque ma marque de fabrique. Et, ô ironie du sort, je me retrouve désormais du côté de celui qui se fait mener en bateau jusqu’à craquer et offrir au manipulateur la voie de sortie qu’il s’était créée en cas de besoin.

Je pourrais en rire jaune. Le charmeur charmé, c’est pathétique. Sauf que j’ai encore un minimum d’estime personnelle et ce qu’il faut d’esprit pour savoir où sont les limites que je ne franchirais pas. Du moins je l’espère. Alors, après avoir mis au clair mes demandes, j’accepte la perche qu’il me tend pour ce qu’elle est, une distraction. Et peut-être aussi la façon de lui rappeler ce qu’il refuse d’accepter : que son ange ne le satisfera jamais complètement. C’est donc d’un ton plus calme que je ne le suis en réalité et avec une pointe d’amertume que je me lance.


-Quelqu’un qui à défaut de te comprendre te connaisse réellement. Pas les masques que tu t’évertues à porter au gré de tes envies et tes besoins sociaux mais la personne que tu ne t’autorises que rarement à être. Celle dont toi-même tu ne sais plus vraiment si elle est réelle ou une autre construction que tu as créé pour préserver ce qu’il reste de ta santé mentale. Celle qui à la fois se laisse aller à des pulsions violentes et dangereuses et est tout à la fois plus vulnérable que toutes les autres.


Celle que j’ai entrevue il y a un an et que je rêve de recroiser depuis. Celle qui hante mes jours et mes nuits, tel un miroir déformant de ma propre personnalité, reflétant ce que je refuse de voir chez moi pour ne l’apercevoir que mieux chez les autres. Celle que l’infime partie fleur bleu de moi aime à appeler mon âme sœur - la seule à même de me comprendre comme je la comprends - et que tout le reste de ma personne craint comme la peste pour la même raison.

-En des termes plus crus, à défaut d’un confident, au moins une personne aussi détruite de l’intérieur que toi pour ne pas te juger lorsque tu déraperas de nouveau.

Car il dérapera, ce n’est qu’une question de temps. Peut-être pas aujourd’hui, ni demain, ni dans un an, peut-être que je ne serais même pas là pour le voir, mais il dérapera. C’est dans sa nature comme dans la mienne. La preuve, je suis là en sa présence, pire c’est moi qui ait créé les conditions de notre rencontre alors que je sais pertinemment qu’il me fait autant de mal que de bien et qu’il pourrait me détruire sans même complètement le vouloir. Sauf que je suis trop enfoncé dans sa toile pour vouloir m’en dépêtrer. C’est même l’inverse, j’aime à penser que je peux réellement lui apporter quelque chose. Et puis, par ailleurs, c’est probablement là ma seule chance de le garder à mes côtés.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lilian D'Eyncourt
Neutre Delta-Epsilon
avatar

Messages : 178
Date d'inscription : 03/04/2012

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Dim 8 Fév - 22:52

Il avait lancé sa question sans anticiper réellement la suite. Nikolaï pouvait renoncer aux explications, reprendre un simple jeu de séduction, s’abandonner à lui, reporter la mise au point à l’année suivante. Il pouvait aussi en profiter pour gagner du terrain, et soulever des problèmes plus profondément enfouis. Lilian s’était mis à découvert sans y croire vraiment. Peu de personnes osaient se mêler de sa vie, lui signifier qu’aucune pirouette ne pouvait dissimuler tout à fait un tempérament perturbé. Il n’avait jamais espéré passer pour un individu normal. Au contraire, depuis des années, il s’appliquait à rendre son désordre acceptable. Les gens finissaient par lui pardonner d’être un original, puisqu’ils se sentaient désarmés par l’assurance avec laquelle il enfreignait à peu près toutes les règles. Si l’on pouvait deviner ses blessures, elles n’inquiétaient jamais vraiment, elles appartenaient au personnage, relevaient presque de la fiction. Il était une énergie vive dans un monde parfaitement lisse, une source de distractions, d’interrogations parfois, mais, surtout, un être trop attaché à ses propres règles pour le sens commun. Icare appartenait à ce tout. Il le plaçait au-dessus de lui, acceptait de ne pas comprendre tous ses agissements, se pliait aux règles du jeu, lui renvoyait le reflet qu’il désirait. Aux yeux du mutant ailé, Lilian était un glorieux homme d’affaires, le petit ami rêvé, toujours surprenant, incapable d’échouer quoique ce fût. Il lui donnait parfois un peu de ces sentiments qui flattent l’égo, soignait dans l’intimité une posture d’homme sensible, si affligé par la mentalité crasse de ses pairs. Son amant l’admirait ou le plaignait presque sur commande. Même s’il éprouvait avec une certaine difficulté le décalage de références, d’éducation, qui se creusait entre eux, il se satisfaisait d’être aimé dans son rôle le plus séduisant. Icare l’aidait à gommer ses défauts, à se convaincre qu’une part infiniment bonne existait en lui.
 
Or, Nikolaï semblait lui proposer l’inverse. Il ne lui offrait pas une fausse compassion, et voulait le priver de tous ses avatars. Il lui avait laissé entrevoir une partie de ses vices, de ses blessures, et, toute cette noirceur avait, contre toute attente, attiré plus violemment que n’importe qui le russe à lui. Lilian n’aima pas ses paroles. Son visage se referma d’abord, pour laisser place à cette expression glaciale et hostile qui paraissait malgré lui dès qu’on lui arrachait ses précieux masques. Il ressemblait alors à un criminel mis à jour, vexé dans son orgueil, mais prêt à supprimer le témoin gênant. Peur et violence se mêlaient, c’était vrai. Une voix sourde lui murmurait d’écraser Nikolaï pour le faire taire, et une autre lui hurlait de se boucher les oreilles pour ne plus rien entendre. En même temps, c’était la fine connaissance de sa personnalité qui rendait le russe si précieux. Depuis un an, il existait en ce monde une personne capable de voir au-delà de ses apparences, d’explorer des recoins de son âme, des tourments sur lesquels il était incapable de mettre des mots. Cela le rassurait. Il voulait pouvoir livrer le chaos de ses pensées au jeune homme, montrer enfin à quelqu’un tout ce qui le broyait de l’intérieur, toutes ces frustrations dont il était incapable de parler. Sans mots pour le véritable lui-même, il avait préféré enchaîner les rôles. Mais, malheureusement, quoiqu’il espérât encore qu’on lui prouvât le contraire, il ne pensait pas découvrir une personnalité structurée derrière ses créations. Cette certitude lui rendait aussi Nikolaï haïssable. Que lui apporterait-il, sinon la confirmation de tout ce qu’il cherchait à dissimuler et oublier ?
 
Et ses pensées allaient d’une idée à l’autre, tantôt dans le rejet, tantôt charmées. Une part de fierté en lui ne supportait pas le parallèle que son associé se plaisait à faire entre eux. D’où osait-il se dire aussi détruit que lui ? Trop habitué à se voir « seul au monde », Lilian estimait finalement assez présomptueux d’établir une comparaison avec lui. Ces propos lui rappelaient beaucoup trop les adultes donneurs de leçon qui cherchaient toujours à minimiser sa souffrance, ou prétendaient avoir connu les mêmes difficultés à son âge. Pire encore, Nikolaï ne semblait pas lui accorder la moindre chance de s’améliorer. Il voulait le voir sombrer. Sa chute future le fascinait. Quand il en évoquait la possibilité à Josh, ce dernier ne le croyait pas. Nikolaï, au contraire, se proposait de l’accompagner. Après un silence fermé, il parla d’une voix lente, d’où semblait sourdre une pointe de colère.
 
- Et donc, plutôt que m’élever, tu te proposes de m’aider à couler. Je ne suis pas certain d’être très séduit. A t’entendre, on dirait que tu es heureux d’avoir rencontré quelqu’un que tu peux prétendre plus ravagé que toi. Tu dis ne pas me juger… Pourquoi ? Parce que tu m’utiliseras comme point de comparaison… Tu pourras, en m’observant, t’assurer que tu ne feras jamais pire que moi
 
Un vague sourire étira ses lèvres. Il ne se sentait pas tout à fait à l’aise, mais il était bien décidé à ne pas laisser la situation basculer en la faveur de Nikolaï. Sans vraiment le dire, ils entraient dans une sorte de négociation, il n’était pas dans son intérêt de lui laisser le dernier mot, il ne se trouvait pas non plus dans un état propice aux confidences. Néanmoins, il acceptait d’accorder une partie de la manche à son associé. Après tout, il aurait été ridicule de nier des vérités capturées dans ses propres pensées, et il aurait prouvé sa faiblesse en s’énervant. Et pourquoi refuser d’écouter Nikolaï, même s’il s’exprimait avec insolence ? Jamais il n’avait encore eu l’occasion d’avancer à bâtons rompus sur un sujet aussi tabou avec quelqu’un.
 
- Excuse-moi, mais je crois que je me suis trompé de question. Et si j’avais plus à t’apporter que l’inverse ? Je crains ta santé mentale plus fragile que la mienne, parce qu’elle garde un semblant de structure, auquel tu voudrais renoncer. L’avantage, c’est qu’avec toi, je serais incapable de faire des promesses que je ne pourrais tenir. Je ne te rendrais pas meilleur, tu me détesteras souvent, la seule chose positive que je t’apporterais sera peut-être de rendre toutes tes psychoses plus supportables.
 
Sa voix prenait des modulations plus moqueuses. Il lui rendait la pareille à sa façon, parce que même si Nikolaï touchait souvent juste, il se laissait trop dévorer par la fierté pour le séduire. D’abord, il calmerait ses présomptions, le forcerait à y voir plus clair derrière la frustration de ne pas le posséder qui semblait lui obscurcir la vue. Et, afin d’enfoncer un peu plus le pieu dans sa chair, il ajouta avec désinvolture :
 
- J’ai un amant adorable qui aime celui que j’aimerais être. Je me sens valorisé, admiré, j’arrive à me voir comme une personne honnête avec lui. Je peux être l’homme le plus ignoble du monde, me retrouver avec lui m’aide à gommer tous mes défauts. Après des années de lutte contre moi-même, j’ai réussi à créer un genre de relation idéale. Que je pensais idéale. – Et soudain, un soupire dédaigneux changea le ton. Il se redressa d’un bond pour se rapprocher du russe. - Parfois, j’aimerais lui fendre les yeux pour le punir de sa naïveté, d’oser me renvoyer un reflet aussi déformé de moi-même… Et je te hais depuis le jour où t’es donné l’autorisation de lire en moi, murmura-t-il à son oreille.

_________________

... Et moi je continuerai à resplendir comme une figure brillamment absurde, dans un monde sans signification ... (The beautiful and damned)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nikolaï M. Kolyakov
Neutre Delta
avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 06/07/2013
Age : 28

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Dim 15 Fév - 13:33

La sensation d’être un livre ouvert que me fait ressentir Lilian est des plus désagréables. Je n’aime pas me révéler contre mon consentement. Habituellement, en tant que télépathe, c’est l’inverse qui se produit. Je suis celui qui découvre les secrets bien cachés. Pas celui dont on lit les motivations implicites d’un regard. Sans compter que le discours de Lilian est d’autant plus difficile à supporter qu’il révèle une facette de ma personnalité que je me fais un devoir d’ignorer à toute heure du jour et de la nuit. Ainsi, en quelques phrases, il a mis à nu mes pulsions les plus sales : ce besoin de m’entourer de personnes qui me rassurent sur moi-même, de posséder un cercle restreint de connaissances qui alimentent mon narcissisme. En un mot comme en cent, qui me font oublier que je n’ai pas toujours été un modèle d’assurance et d’arrogance. Que comme bien d’autres, j’ai été en bas de l’échelle, méprisé et incertain. Et ce jusqu’au jour magique où la découverte de mon pouvoir m’offrit une compétence irremplaçable qui me rendit soudain nécessaire aux yeux de mon père. Et de cadet non désiré et indésirable, me fit passer au statut d’arme secrète. Cela ne fit par ailleurs que renforcer l’inimité d’Alekseï à mon égard mais cela m’offrit également une puissance dont je ne tardais pas à m’enivrer. Jusqu’à l’excès bien entendu.

Et, aujourd’hui, bien que je refuse totalement de l’admettre, je souffre des conséquences de cet excès si allègrement encouragé par Père. Les pilules roses sans lesquelles je ne peux plus fonctionner n’étant que le signe le plus explicite d’une situation toujours plus risquée pour ma santé mentale. Chaque utilisation de mon pouvoir dérègle un peu plus mes capacités télépathiques. Sans compter l’accroissement continu de ma paranoïa. Et il est bien vrai que la présence de Lilian est en cela rassurante. Car il me sert à la fois de mise en garde – il est toujours possible de tomber plus bas – et de modèle – il vit ses démons bien mieux que je ne gère les miens.


-Je crains ta santé mentale plus fragile que la mienne, parce qu’elle garde un semblant de structure, auquel tu voudrais renoncer.

Le problème est bien là en effet. Le besoin de contrôle en moi vient en permanence se heurter à des tendances autodestructrices et là où Lilian semble avoir réussi à trouver un fragile équilibre, je me contente de passer de l’un à l’autre, réussissant chaque fois moins à séparer les deux. Et si je ressens une telle possessivité envers Lilian c’est peut-être bien moins pour une quelconque affection que je lui porterais que par un désir égoïste de ne pas perdre un repère que je ne pensais jamais trouver. Tel l’enfant qui refuse de partager ses jouets, l’idée que l’attention du Britannique soit divisée et ne m’appartienne pas en propre me met hors de moi. A un point qui m’inquièterait presque. Parce que je reconnais là les prémices du caractère explosif des Kolyakov qui font leur apparition. Un tempérament que j’étais sûr de ne pas posséder mais il faut croire que je n’avais simplement pas encore vécu de situation à même de le faire ressortir. Or cette personnalité violente est tout à fait perceptible lorsqu’il me fait l’éloge de son angélique petit ami – si mes ongles n’étaient pas parfaitement coupés, je serais en train de me détruire la paume à force de serrer les poings – et je dois par conséquent me mordre la lèvre pour empêcher un sourire mauvais d’apparaître sur mes traits lorsqu’il annonce rêver de s’en prendre audit adolescent. Mais toute cette rage disparaît bien vite lorsqu’il vient murmurer à mon oreille.

Ses paroles sont contredites par le ton doucereux dans lequel il les prononce et je suis incapable de retenir le frisson de plaisir qui me parcourt l’échine à le sentir si près de moi après tout ce temps. Il serait désormais si facile d’oublier toute notre conversation et de me laisser porter par ses belles paroles. L’entraîner jusqu’à ma chambre et laisser faire l’attraction palpable entre nous deux. Sauf que j’ai encore un semblant d’estime personnelle. Alors je me reprends, fermant un instant les yeux pour les rouvrir en pleine possession de toutes mes capacités mentales. Par précaution, j’instaure de nouveau une distance entre nos deux corps et m’adresse de nouveau à lui.

-Et je me hais d’avoir été assez stupide pour lire en toi.

Une fois de plus, en sa présence, mes paroles dépassent mes pensées. Je n’avais aucune intention de lui faire une telle confidence mais il est désormais trop tard pour faire marche arrière. Alors, retenant un soupir de lassitude, je poursuis sur ma lancée.

-Parce que dès l’instant où j’ai entrevu toute la complexité de ton esprit, j’étais cuit. Impossible désormais de faire demi-tour. Et, le pire c’est que tu as raison, ce qui m’attire probablement tant chez toi, c’est ta capacité à contrôler tout au moins superficiellement ton chaos. Ton désordre n’est jamais complet et tu t’amuses à nous faire croire à tous le contraire alors que je cherche à l’inverse à me convaincre à travers l’image que je renvoie aux autres que je maîtrise réellement ma vie.

Un sourire amer se dessine sur mes lèvres après ces révélations inattendues et je me dirige jusqu’à la mini-cave de Bordeaux qui jouxte de mon bureau pour verser deux verres de Chaillots Côtes-de-Nuit-villages. Puis, je lui tends une des deux coupes avant de lever la mienne en l’air :

-A nos relations tordues !


Je laisse ensuite la riche saveur du vin calmer la tension qui s’est accumulée dans mes muscles depuis le début de cette discussion et, me surprenant moi-même, demande.

-Où l’as-tu rencontré ?


Je ne sais pas pourquoi je pose la question. Dans le fond, cela devrait m’être complètement égal. Pire, je devrais n’avoir aucune envie d’en savoir plus sur celui qui est capable d’obtenir ce que je n’aurais jamais : un Lilian satisfait de sa propre personne même si ce n’est que pour un instant. Sauf que je découvre qu’il s’agit d’un besoin réel bien que malsain. Puisque je vais devoir apprendre à vivre avec la présence permanente de l’autre dans sa vie, dans nos vies, alors autant essayer de comprendre comment leurs destinées se sont croisées jusqu’à créer une relation qui pour être fausse n’en est pas moins bénéfique là où mes échanges avec Lilian sont tout le contraire.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lilian D'Eyncourt
Neutre Delta-Epsilon
avatar

Messages : 178
Date d'inscription : 03/04/2012

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Ven 20 Fév - 23:21

Malgré les paroles gênantes de Nikolaï, Lilian pouvait s’enorgueillir d’avoir renversé efficacement la situation. Le jeune homme se décomposa peu à peu en voyant ses intentions démasquées avec une cruelle acuité. Il n’essaya pas de le contredire, resta silencieux, soumis à ses mots, aux sensations que le britannique espérait lui infliger. D’abord, la perte d’assurance, puis la jalousie, la colère, en écoutant l’impitoyable et adorable portrait de son angélique compagnon. Enfin, le soulagement honteux de savoir le couple imparfait, la renaissance du désir entre leurs corps, si évidente à travers les afflux sanguin du russe, dont la respiration se fit plus lente et retenue jusqu’à ce qu’il ne prenne la décision de s’éloigner pour trouver secours dans une bouteille de vin rouge. Il n’était pas encore temps de céder. Le jeu n’en vaudrait pas la peine s’il était si simple de faire fléchir la volonté de son associé. Ils avaient joué à se fuir pendant un an, il ne serait pas correct de se laisser aller en aveugle, sans avoir obtenu la moindre réponse, ni épuisé toutes leurs ressources psychiques. Jusqu’où iraient-ils ? Lilian n’en avait pas la moindre idée, et il appréciait cette incertitude si rare dans ses relations. Laisser entrer plus clairement Nikolaï dans sa vie entraînerait un certain nombre de complications dont il devrait assumer les conséquences, il n’était pas prêt à obéir à un simple caprice, il attendait quelque chose de plus concret, une sorte de confirmation, un aller détourné mais parfaitement orchestré vers un point de non-retour assumé. Satisfait de son numéro, il se laissa tomber sur l’accoudoir d’une chaise, dans un équilibre précaire dont il ne semblait pas se soucier. Lilian cultivait depuis son adolescence rebelle cette manie étrange de s’asseoir sur les endroits les plus inappropriés. Il savait à quel point il s’agissait d’une attitude agaçante, perturbante, et pourtant pénible à devoir condamner, en particulier quand on atteignait un âge adulte.
 
Loin de le contredire, Nikolaï avait donné raison à ses interprétations. Il n’avait probablement pas prévu de passer aux aveux si tôt, pourtant, il se sentait obligé de ne rien lui cacher, comme si nier aurait été, de son côté aussi, ridicule et parfaitement inutile. Ils se mettaient à égalité, une discussion à couteaux moins tirés devenait possible et, cependant, il était difficile de dire lequel était le plus désespéré d’entre eux. Au fond, Lilian aurait pu devenir comme son associé, mais, sans famille, il n’avait personne à impressionner. Il n’avait jamais réellement voulu plaire à qui que ce soit, au contraire, faire regretter au monde son existence était devenu une sorte de passe temps. En vérité, il redoutait plus le rejet que n’importe qui. Il avait besoin d’être aimé malgré des dehors absolument insupportables pour se sentir en confiance, et il s’amusait de la consternation, du mépris, des esprits faibles trop égarés par son insolence pour en saisir la subtilité.
 
-          Personne ne maîtrise vraiment sa vie, souffla-t-il pendant qu’on le servait. Chercher à le faire croire est le meilleur moyen d’être démasqué.
 
D’après ses observations personnelles, un homme dont toute l’existence semblait réglé au millimètre près dissimulait de si graves problèmes de névrose qu’il était toujours mal avisé de lui faire confiance. Il trinqua en souriant, bu une gorgée méditant sa prochaine réplique, quand une question inattendue tomba. Josh obsédait réellement ce pauvre Nikolaï, et Lilian en était ravi à un point tout à fait puéril. Son regard pétilla à la seule idée de faire encore enrager le russe sur une relation en apparence merveilleuse, à laquelle il ne pourrait jamais prétendre. Comme si le sujet exigeait plus de gravité, il s’installa confortablement dans son siège :
 
-          D’une manière si inattendue qu’on pourrait la croire brodée de toutes pièces. C’était il y a deux ans je crois, à une époque où ma régénération était un peu plus lente et où la drogue et l’alcool me faisaient encore un petit effet. J’avais passé une nuit blanche et confuse chez des inconnus, et je me suis souvenu aux alentours de dix heures de l’inauguration d’une exposition à laquelle j’étais censé me rendre. La fatigue ne m’ayant pas permis de supporter très longtemps les babillages pédants des artistes arrivistes de New-York, je me suis isolé dans une galerie plus tranquille et, par je ne sais quel miracle du destin, Josh se trouvait là. Décidant qu’il était décidément d’une apparence trop délicieuse pour être ignoré, je l’ai abordé. Malheureusement, un journaliste pénible de ma connaissance a découvert sa mutation et tout le charme nos premiers rapprochements s’est brisé. Il s’est envolé, et j’ai hésité de longs mois avant de faire une petite enquête pour le retrouver… puis pour le revoir… Et enfin, pour me mettre avec lui. Vois-tu, c’est un garçon très gentil, déjà si déçu par l’amour que je ne voulais pas être un tortionnaire de plus. Il m’a attendu, l’imbécile, soupira-t-il en roulant des yeux. J’ai pris le risque, en sachant que la comédie finirait peut-être par me lasser, et le traîner plus bas que terre. Mais, que veux-tu, on peut hésiter des mois, des années, peser les conséquences, il est difficile de résister à l’envie de posséder un être pour lequel on se découvre une forte inclination.
 
Il pouvait être surprenant d’entendre Lilian raconter une partie de sa vie avec tant de légèreté, mais il n’était pas aussi fermé qu’il le paraissait. Dans de très rares situations d’intimité, quand il n’avait plus besoin de jouer, il se livrait, quoique ses mots restassent toujours très soigneusement choisis. Au final, il ne faisait rien d’autre que décrire, en disait le minimum au sujet de ses sentiments malgré une abondance d’informations, et renvoyait malicieusement la balle à son interlocuteur en tirant un parallèle implicite très simple à déduire.

_________________

... Et moi je continuerai à resplendir comme une figure brillamment absurde, dans un monde sans signification ... (The beautiful and damned)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nikolaï M. Kolyakov
Neutre Delta
avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 06/07/2013
Age : 28

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Sam 28 Fév - 18:07

Je dois être masochiste sans le savoir. C’est la seule option logique pour justifier mon comportement présent. Et, dans le fond, serait-ce si surprenant qu’une enfance passée à subir les coups d’Alekseï et occasionnellement de Père lorsque ce dernier était de particulièrement mauvaise humeur m’ait donné goût à la souffrance ? Il faut bien trouver son plaisir là où il est, n’est-ce pas ? Or, quelle meilleure façon de se torturer que d’exiger de Lilian qu’il me décrive le début de sa relation avec « l’autre » ? Pour ressentir l’horreur à son comble, je me laisse aller à voir les images défilant dans son esprit au fur et à mesure qu’il raconte ses souvenirs. Je ressens en même temps que lui les émotions qu’il me dépeint et découvre avec stupeur la réalité derrière ses paroles.

Pour une fois, il ne cherche pas à me mener en bateau. L’affection qu’il ressent ou du moins a ressenti pour Josh n’est pas une invention de plus pour se conformer à l’image qu’il considère devoir présenter au monde. Pour aussi incroyable que cela puisse paraître, il s’agit d’un sentiment authentique. Quelque part dans l’embrouillamini d’élans contradictoires qui composent l’esprit – ou devrais plutôt dire le cœur ? – du Britannique, il reste encore suffisamment d’innocence en lui pour pouvoir ressentir un véritable attachement envers son angélique compagnon. Et, étrangement, je n’en suis que plus inquiet. Car s’il est capable de se révéler aussi cruel avec une personne pour qui il ressent évidemment quelque chose – pour aussi inconstant que soit ce quelque chose – ais-je vraiment envie de m’engager plus loin avec lui ? Ne serait-il pas plus raisonnable de laisser les choses où elles en sont et de prendre mes distances ? Car, s’il est une chose qui ressort claire comme de l’eau de roche de ses propos, c’est que quiconque s’approche trop près de lui, en tous les cas suffisamment pour qu’il s’approprie une partie de son âme, en ressort brisé. Josh ne sera pas l’exception. Pas plus que moi, soi-dit en passant.

La différence c’est que j’en suis parfaitement conscient alors que l’autre crétin vit probablement sur son nuage. Autrement dit, il tombera de bien plus haut lorsque la fin inévitable de leur idylle arrivera tandis que je pourrais m’y préparer mentalement. De là à dire qu’il souffrira plus, il y a néanmoins un gouffre. Car, pour l’instant, pour aussi faussée que sa vision des choses soit, il vit la parfaite romance alors qu’à chaque instant je vois les failles dans les bribes d’affection que Lilian accepte de me lancer. Et dire que, malgré cela, je m’y accroche pathétiquement comme à une bouée de sauvetage serait encore être trop gentil. Alors, je retourne la situation de la seule façon que je sache le faire. Comme tout bon animal acculé, de la défense je passe à l’attaque, choisissant volontairement d’éviter le parallèle flagrant qu’il dessine entre nos deux situations.


-Et qu’arrivera-t-il le jour où cet être cessera de se plier docilement à tes attentes ? Le jour où il voudra plus que tu n’es en mesure de lui donner ? C’est que la société a des attentes et ton merveilleux ange semble s’y conformer avec bonheur. Alors que feras-tu lorsqu’il désirera vivre ensemble, voire qui sait se marier ?

Prenant une nouvelle gorgée de Bourgogne, je plante mon regard arctique dans le sien et mon ton passe de la taquinerie mauvaise au questionnement sérieux.

-Car, tu l’as dit toi-même et, à mon grand regret, je n’ai eu d’autre choix de constater la véracité de tes dires : tu l’apprécies malgré tout. Alors pourras-tu lui briser le cœur sans conséquence ? Pire, seras-tu aussi insensible à ce que vous avez vécu pour le quitter comme s’il n’en avait jamais rien été ? Et si c’est le cas, à quoi bon alors continuer à le voir ?

Le tournant qu’a pris la conversation m’échappe de plus en plus et voilà que je me retrouve embarqué, jouant le rôle du psychologue non désiré, inquiet malgré moi que Lilian ne vienne à souffrir le jour fatidique où sa relation avec Josh aboutira à la seule fin qu’elle est destinée à avoir à moins que le journaliste ne change radicalement d’attitude, à savoir : le désastre. Quand je vous disais que j’étais masochiste !
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lilian D'Eyncourt
Neutre Delta-Epsilon
avatar

Messages : 178
Date d'inscription : 03/04/2012

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Mer 4 Mar - 22:21

Lilian se souvenait avoir raconté une histoire similaire, quoique moins riche en détails à Délia et Mélo. Il y avait mis, comme à son habitude, beaucoup de légèreté. Cet auditoire là ne désirait pas lui découvrir un véritable attachement et savourait, au contraire, l’idée de voir ce terrible D’Eyncourt s’amouracher d’un nouvel être candide dont il ne ferait qu’une bouchée. L’ennui, c’était qu’il leur avait menti en partie. Même s’il désirait narguer Nikolaï en s’épandant sur les débuts de leur relation, il oubliait un détail, le russe était capable de voir à travers lui. Voulait-il être réellement pris au sérieux ? Au final, sa relation avec Icare l’égarait plus qu’il n’était prêt à l’admettre. Derrière ses fanfaronnades, la vérité était peu visible, mais il restait convaincu qu’il n’avait pas souhaité faire souffrir le jeune homme. Il avait préféré s’éloigner de lui pour ne pas céder à un caprice de plus, écarter un être trop fragile pour mériter d’entrer dans son jeu. Il était revenu parce que les mois n’arrivaient pas à lui faire oublier cette relation manquée, le visage parfait de cet être qu’il désirait faire sien. Il avait osé croire que ses sentiments étaient peut-être sincère si l’idée de le revoir continuait à l’obséder, imaginer, avec des conceptions romantiques ridicules, qu’il avait trouvé l’âme pure qu’il n’oserait jamais trahir sans se sentir ignoble, qui le forcerait à retrouver une vie saine. Oui, ces visions étaient attirantes, il se sentait fatigué, ne demandait qu’à se reposer dans les bras d’un gentil garçon, en fantasmant sur la réalité possible d’un éternel amour.
 
Si son cher associé pouvait creuser plus loin dans sa psyché, il le trouverait probablement consternant mais tout le problème était là, Lilian ne manquait pas de sentiments, ils étaient nombreux, confus, sans suivi véritablement logique ni durée. Il était déjà tombé plus de fois amoureux qu’une personne mentalement équilibrée dans une vie complète, et il était incapable de dire si ces amours là étaient sincères ou s’il s’agissait plutôt, à chaque fois, d’une sorte d’idée fixe qu’il se mettait en tête. Josh méritait d’être aimé bien sûr, et il avait essayé de lui prouver qu’il tenait à lui. Cependant, ne s’était-il pas plus basé sur des critères tirés de ses idéaux plutôt que sur les faits ? Quand, ces derniers mois, il passait plus son temps à relever ce qui les séparait que ce qui les rapprochait, il réalisait qu’il avait créé cette idylle de toutes pièces, et les questions que lui assenaient impitoyablement Nikolaï le lui faisaient ressentir davantage. Quelle situation idiote… D’ordinaire, les attaques frontales, qui le mettaient devant ses contradictions, ses erreurs, avaient tendance à entamer sa patience, et le renfermer sur lui-même. Mais, il ne savait plus où il allait vraiment, pourquoi cette discussion, pourquoi ce bureau, et pourquoi il se retrouvait piégé dans un couple qui, à l’évidence, ne lui correspondait pas. Alors, il ne s’énerva pas et n’essaya même pas de déplacer la conversation. Il observa le russe d’un air fermé au premier abord mais qui, chose très rare, laissait deviner l’expression d’une légère tristesse. Il s’avouait vaincu, parce qu’il n’en pouvait plus de contourner ce problème qui le rendait à moitié fou. En acceptant ce rendez-vous, il avait aussi espéré qu’on lui donnerait une sorte de solution, un moyen de s’échapper du drame en plusieurs actes qu’il avait lui-même préparé.
 
-          J’ai déjà réfléchi à toutes ces choses, dit-il d’une voix sourde. Et la réponse à toutes ces questions ne t’intéresse d’ailleurs pas. Tu sais que je ne suis pas prêt à m’engager plus franchement avec lui, puisque je suis ici.
 
Il n’était pas certain de l’exacte force de cet aveu. Ce n’était même pas prémédité. Les mots lui étaient venus avec une limpidité troublante, comme s’il acceptait enfin de reconnaître quelle évidence continuait à le pousser vers Nikolaï. Non, le futur n’était pas Icare, il n’y aurait pas d’emménagement, pas de mariage, rien de tout cela. Il n’y aurait rien d’autre qu’une relation dont les apparences parfaites finiraient par se briser, et, sans doute toujours la présence de Nikolaï, même s’il n’était pas certain du rôle qu’il pourrait lui donner. Est-ce que Icare lui manquerait ? Il ne se remettrait probablement jamais de son échec, c’était une sorte de rêve qui s’envolait, la chute dans une réalité moins séduisante et lisse. Il regretterait ces moments où il y croyait, mais il savait que son amant et lui n’auraient probablement plus rien à se dire lorsque tout serait terminé, comme si ça n’avait jamais existé. Et, contrairement à ce que Nikolaï semblait penser, il trouvait cela particulièrement cruel. Pendant ce qui lui sembla un long moment, il ne dit rien d’autre et s’appliqua à vider son verre. Il n’était même pas certain de reprendre la parole, il aurait souhaité que le russe ajoute quelque chose, lui permette une sortie, mais, visiblement, il donnait l’impression de quelqu’un qui avait encore quelque chose à ajouter puisque le télépathe continuait à le fixer. Il fut tenté de lui dire d’aller chercher directement les informations lui-même, cela non sans un certain agacement, au point où il en était, mais, il s’attacha à réfuter l’une de ses accusations d’abord.
 
-          Si je continue à le voir, c’est bien parce que je ne veux pas lui briser le cœur et aussi...
Il hésita un instant mais les mots s’égarèrent en chemin. Il resta encore silencieux, puis, les phrases finirent par se former dans sa tête, d’abord très laconiques, comme s’il venait de perdre toute son aisance verbale.
        Je n’en sais rien. Ce genre de vie avait l’air bien. J’ai connu il y a longtemps un garçon qui lui ressemblait. J’ai eu si peur de ce que j’éprouvais pour lui que je lui ai mené pendant plusieurs années une vie atroce. Il a fini par s’affirmer et me laisser tomber. Je me suis dit que l’immaturité m’avait fait perdre la seule personne qui avait vraiment comptée dans ma vie des mois plus tard. Trop tard. Dans le fond, ce n’était sans doute qu’une amourette d’adolescent, mais quand j’ai rencontré Josh, ça m’a tellement rappelé cette histoire, que j’ai voulu y voir un signe. Mais nous sommes si différents...
 
Il haussa les épaules et soupira d’un air ennuyé, comme pour reprendre contenance. Le plus dur, oui, le plus dur, c’était de renoncer à toutes ces certitudes, à cette idée d’avoir manqué un tournant dans sa vie, quelque chose d’essentiel qui l’empêchait de se comporter de la bonne manière aujourd’hui. Il n’était plus très sûr que ce soit vrai. Mais, même s’il s’était montré très cruel, son affection pour Nathanaël avait soutenu son adolescence perturbée. Il voulait continuer à croire qu’il était significative, importante, et que les traits de caractère qu’il avait aimé chez lui, qu’il retrouvait en Josh, avaient beaucoup à lui rapporter. Au final, il n’y avait rien de plus que des idées, peut-être s’était-il menti autant qu’il mentait aux autres. Il se demandait si le pouvoir de Nikolaï pouvait lui donner une réponse plus concrête, mais il doutait qu’il ait la capacité de démêler ce qu’il ne comprenait pas lui-même. Alors, il garda un air un peu boudeur en hésitant vaguement à partir, mais incapable de bouger, tant la perspective de se retrouver seul avec lui-même l’effrayait. Il était déjà allé trop profondément en lui, à un niveau qu’il se refusait habituellement. S’il continuait descendre, ce serait le gouffre, il le savait. Et il ne voulait pas se retrouver dans « cet état ».

_________________

... Et moi je continuerai à resplendir comme une figure brillamment absurde, dans un monde sans signification ... (The beautiful and damned)


Dernière édition par Lilian D'Eyncourt le Mar 10 Mar - 21:34, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nikolaï M. Kolyakov
Neutre Delta
avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 06/07/2013
Age : 28

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Sam 7 Mar - 13:36

Se douter et savoir sont deux choses très différentes. Et si sa présence à mes côtés aujourd’hui me laisse effectivement espérer que son attachement à Josh pour aussi puissant qu’il puisse être ne sera pas éternel, tout un chacun aime à se savoir rassuré. D’autant plus lorsque l’on s’engage avec une personne aussi insaisissable que Lord D’Eyncourt. Rien n’est jamais fixé dans le marbre avec lui. Tout est fluide, mouvant, changeant, quasiment interchangeable. Et si c’est cette incertitude permanente qui m’attire en partie chez lui, je ne peux m’empêcher de la craindre pour la même raison. Car si je suis aujourd’hui du bon côté de la barrière, qui me dit qu’il ne finira pas par se lasser de ce qu’on nous vivons un jour ? Bien entendu, je ne me projette pour l’instant pas aussi loin et je ne suis même pas certain de vouloir un véritable futur avec Lilian au-delà de ce besoin quasi primaire de savoir qu’il m’appartient au moins autant que je ne dépends de lui mais le poids de cet insupportable point d’interrogation au-dessus de ma tête ne m’amuse guère. Alors oui, je l’interroge et j’attends une véritable réponse cette fois-ci. Pas de botte en touche. Pas de phrase savamment tournée pour faire dériver la conversation. J’ai besoin d’une réponse pour envisager d’aller plus loin et si je dois attendre des heures pour l’avoir, j’attendrais. Car, fort heureusement, pour aussi possessif que je sois, ce n’est pas de patience dont je manque.

Je le laisse donc chercher ses mots, construire peu à peu son discours, sans rien demander de plus, sans même commenter. Mon visage reste impassible, mes réactions à ses propos attendant mon autorisation pour pouvoir s’exprimer. Pourtant une part de moi plus sombre que les autres ne peut s’empêcher d’éprouver une sorte de satisfaction malsaine devant le spectacle de cet homme toujours si articulé, si prompt au contrôle de soi malgré le chaos qui l’entoure de manière quasi permanente, désormais perdu. Car peu de personnes doivent pouvoir se vanter d’avoir assisté au délitement du grand Lilian D’Eyncourt, l’homme à la réplique toujours cinglante et au mépris si facile. Lui qui aime tant faire sentir toutes sortes d’émotions contradictoires à ses interlocuteurs pour mieux affirmer sa domination sur eux, le voilà dans la position du perturbé. De celui qui peine à mettre des mots sur ses sentiments. Et dire que je n’apprécie pas le show serait mentir. Pour une fois que je suis celui qui lui cause tant de tourments et pas l’inverse !

Néanmoins, à la fin de son propos, toute mon amertume disparaît aussi vite qu’elle était apparue. Car ce que je pensais impossible est arrivé : Lilian a réussi à me toucher une fois de plus. Moi qui me croyais désormais plus ou moins immune à ses stratagèmes et autres manigances, c’était sans compter qu’il avait encore un as dans sa manche contre lequel je n’ai pas été vacciné : la vérité. Et l’entendre ainsi dévoiler ce qui est sans doute aucun une part de lui que personne n’a jamais eu le privilège de découvrir m’affecte bien plus que je ne le reconnaîtrais jamais. Alors qu’il y a seulement quelques secondes, je me réjouissais de la faiblesse soudain découverte chez lui, sa fragilité m’atteint désormais tout autrement. Car si je n’ai jamais connu d’histoire d’amour avec un grand A – ce qui explique peut-être en partie ma soudaine obsession pour Lilian – je peux comprendre que ce qu’il me raconte n’est pas que le fruit de son imagination. Pour aussi maladroites que ses marques d’affection pour cet adolescent aient été, elles étaient suffisamment réelles pour l’amener à désirer répéter l’expérience des années plus tard. Sauf que si j’ai beau ne pas être insensible à ses malheurs, je n’en reste pas moins un pragmatique de cœur – c’est la seule façon de survivre dans le milieu où je me meut – et il m’en faut peu pour réaliser que son rêve ne se réalisera jamais. Josh n’est pas son premier amour et même s’il était, ils sont trop différents pour avoir une quelconque chance de fonctionner sur la longue durée.


-Même si vous ne l’étiez pas, permets-moi de douter qu’une relation où tu projettes sur ton partenaire l’ombre d’un autre ait le moindre avenir concret. Car si je ne me ferais certes pas un sang d’encre pour ce cher Josh si tel était le cas, je ne souhaite cependant à personne d’être le remplacement d’un autre.

Prenant un instant pour réfléchir à comment poursuivre sans le braquer de nouveau alors qu’il a seulement commencé à se confier, je poursuis après quelques secondes, sur le même ton neutre. Il ne s’agit pas de juger ses actions, ni de me sentir supérieur à lui – nous avons tous nos démons et si les miens ne sont pas forcément d’ordre romantique, je n’ai néanmoins nulle raison de regarder Lilian de haut – mais de poursuivre quelque peu cet entretien si différent de ce que j’avais originellement prévu, à condition de supposer que j’avais réellement prévu quelque chose d’autre que lui demander où nous en étions dans notre relation bien sûr. En effet, si je ne m’attendais pas à en apprendre tant sur lui, désormais que c’est fait, je ne suis pas prêt à m’arrêter en si bon chemin. Habituellement, c’est moi qui me livre, alors je n’apprécie que plus le retournement de situation.

-Je mentirais si je te disais que je comprends ce que tu ressens. Je ne crois pas avoir jamais éprouvé rien de semblable à ce que tu décris. Néanmoins, je sais ce qu’être invariablement ramené à des traumatismes – car comment appeler autrement une histoire aussi tristement pathétique que celle que vient de me raconter Lilian ? – d’adolescence. Pour autant que tu cherches à t’en éloigner, ils finissent toujours par te rattraper, jusqu’à ce que tu te demandes s’ils ne te définissent pas malgré toi.

Un millier d’images de l’adolescent mal dans sa peau puis accro à son pouvoir que je fus me traversent l’esprit en l’espace d’une seconde mais je fais un effort pour ne pas me laisser entraîner sur cette pente et poursuivre mon propos.

-Personnellement, j’aime à penser que c’est l’inverse. Que c’est la lutte permanente pour ne pas retomber dans les mêmes travers qui nous définit. Et que c’est ce combat contre nous-même qui nous assure qu’on va de l’avant et qu’on ne reste pas bloqué au même endroit. Bien entendu, les rechutes sont inévitables, personne n’est parfait et certainement pas toi ou moi. Mais, la seule façon de ne pas tomber dans la justification facile de nos fautes ou, plus couramment pour des personnes nous ressemblant, dans la mauvaise foi qui chercherait à s'auto-convaincre que tout va en réalité pour le mieux, c’est de continuer à tenter de changer de trajectoire à chaque fois que cette dernière ne nous convient pas.

Terminant mon verre, je délaisse le ton sérieux associé aux conseils que je ferais bien de suivre moi-même et finit sur une touche non moins empreinte de vérité malgré la pointe d’humour qui s’y mêle.

-Maintenant, une fois toutes ses belles paroles prononcées, je ne peux qu’espérer que tu finisses par considérer que je suis la bonne direction, tout au moins pour un temps, puisqu’en ce qui me concerne tu l’es.

En effet, pour combien de temps, je ne saurais le dire mais le fait est là. Ne jamais savoir où vont me mener les discussions avec lui – encore plus que la simple mais indéniable attraction physique que j’ai pour lui – m’assure qu’à ses côtés, je ne reste pas statique. J’avance. Dans la bonne direction ? Peut-être pas. Mais je préfère mille fois me tromper de chemin que rester indéfiniment au même endroit par peur de choisir.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lilian D'Eyncourt
Neutre Delta-Epsilon
avatar

Messages : 178
Date d'inscription : 03/04/2012

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Mer 11 Mar - 0:58

En sondant son propre cœur, il pourrait y relever toutes les perturbations qui le faisaient tant sourire lorsqu’il les sentait chez les autres, resserrement des vaisseaux, accélération du pouls, légère suffocation. Les mots lui étaient pénibles. Ils résonnaient comme sortis d’une autre bouche. Il était étrange d’arriver, enfin, à expulser des réflexions qui tournaient en boucle dans sa tête depuis plusieurs semaines. A son malaise, se mêlait le soulagement d’avoir réussi à formuler une partie de sa pensée intérieure. Nikolaï n’était pas le premier à recevoir ses confidences – il savait d’instinct à quel moment il était nécessaire de céder un peu de sa personne pour attacher un être plus solidement à soi – mais cet aveu avait des airs de renoncement. Il sonnait le glas d’une longue quête, d’une recherche profonde qui l’avait rendu plus vulnérable que jamais. Tout son entourage considérait son couple avec une grande perplexité. Il s’en était même souvent voulu de ne pas réussir à assumer son choix, en feignant de ne pas être avec Josh sérieusement, en anticipant même sur leur rupture. Le beau jeune homme n’arrivait pas à trouver une réelle consistance dans sa vie, il restait une sorte de rêve dont il acceptait la visite les nuits où il voulait croire en l’existence d’une passion aussi pure que celle qu’il imaginait éprouver pour lui. Il s’était douté que cette histoire serait brève. Il avait pourtant gardé un doute, un espoir. Puisqu’une vie dissolue ne lui avait jamais apporté de satisfactions, le fait de miser sur la simplicité pouvait bien lui donner des réponses. D’une certaine manière, ça n’avait pas été inutile. Une fois de plus, il pouvait prendre un autre départ en abandonnant une obsession de son passé, une autre. Pour Icare, il avait réussi à se recentrer un peu sur lui-même, à éprouver un ennui d’un autre genre, celui de la vie fixe, stable, qui ne conduisait à rien mais vous laissait en paix. Il n’y avait rien de très fascinant à raconter dans ces expériences mais, pour la première fois depuis son enfance turbulente, il avait réussi à entrer dans la peau d’un citoyen banal. Au début, cela lui avait plu.
 
Nikolaï essaya de se montrer compatissant. Il chercha les mots à son tour, sans doute confronté à des propos auxquels il ne s’était pas vraiment préparé. Lilian l’écouta d’un air résigné. Que dire, sinon qu’il avait raison, que de nombreuses personnes auraient pu lui offrir la même analyse et tomber dans le juste ? N’importe quel magazine féminin idiot avait fait un jour un article sur les conséquences néfastes d’une relation de substitution. Néanmoins, ce n’était pas exactement la même chose… Il persistait dans cette idée. Sa première relation n’avait pas fonctionné parce qu’il avait eu un comportement de pur salaud, aussi jaloux, possessif, incisif qu’éhontément infidèles. Il se faisait haïr, revenait piteusement sécher les larmes de son pauvre amoureux, et recommençait, poussé par une force qu’il détestait lui-même, et n’arrivait cependant pas à arrêter. Il avait souffert de faire souffrir, incapable de comprendre pourquoi il agissait de cette manière. Et, son comportement avec Josh lui avait montré qu’il pouvait agir différemment, contrôler en partie ses tendances autodestructrices. Même si ce changement ne suffisait pas, au moins, il se consolait dans la certitude de ne pas être responsable en totalité de son premier échec. Il pouvait enfin accepter que cette relation n’aurait pas pu fonctionner, même avec plus de maturité. Cela pouvait sembler idiot, ce besoin de revenir sur le passé, mais il en avait besoin, parce qu’il avait fait grandir une personnalité incertaine, si instable qu’il ne pouvait avancer sans démêler enfin le vrai du faux. Nikolaï parlait de traumatismes, il devait peut-être accepter ce terme. Sa prime jeunesse était chargée de traumatismes qui n’auraient jamais dû en être. Pour le reste, ses mots touchaient juste, même s’il n’était pas certain que le russe leur donnait la même portée. Icare était un faux pas nécessaire. C’était triste pour lui, mais il serait certainement temps de prendre une autre « voie ». Avec Nikolaï, il n’expérimenterait pas les failles d’une expérience passée, Nikolaï était une vraie nouveauté, un homme capable de lui apporter les réponses qu’il ne cherchait pas encore. Il acquiesça lentement, l’ombre d’un sourire sur les lèvres.
 
- J’ai passé mon existence à rejeter toute attache sans imaginer qu’un jour, les fantômes d’un passé confus essaieraient de m’enfermer dans une situation aussi ennuyeuse. Plût au ciel que Josh ne soit pas une femme, j’aurais été assez idiot pour lui donner un enfant avant de trouver nos perspectives d’avenir atroces.
Comme mon père… songea-t-il soudain. La pensée s’imposa sans préméditation et avec une force telle que ses yeux se voilèrent à nouveau. Avec un passé pourtant très différent, en étant la victime même de cette attitude, aurait-il été capable de reproduire le même schéma sans s’en rendre compte ? Qu’est-ce qui le définissait réellement au fond ? Son passé, son père… Il avait toujours eu du mal de voir son attitude comme autre chose qu’une suite de circonstances extérieures, comme s’il n’était rien par lui-même.
- Inconsciemment, reprit-il, j’avais besoin de savoir. On aime les certitudes idiotes à l’adolescence, ne trouves-tu pas ? Mais, aujourd’hui, après avoir tout fait pour rendre cette relation possible, je pense être certain qu’elle ne me convient pas. Je ne sais pas si tu as la bonne direction, j’aimerais avoir les mêmes certitudes mais tu n’es qu’une direction inattendue. J’ai souvent voulu te voir comme un danger, alors que j’essaye de préserver quelque chose de bien plus destructeur que je ne veux l’admettre.

Pouvait-il renoncer si facilement ? Il n’avait plus la force mentale de s’accrocher à des croyances déjà érodées. Et il évinçait depuis le début de la conversation l’envie de mettre un terme à toutes ces discussions pénibles pour s’abandonner encore au désir de posséder Nikolaï. Parce qu’il savait, de toute manière, qu’il avait de fortes chances de succomber encore. On venait de lui donner d’excellentes raisons de le faire. Il se leva donc comme il l’avait fait un an plus tôt dans la loge du casino et s’approcha du jeune homme, non pour l’embrasser, mais pour lui saisir la main et l’inviter à se lever. Après tout ce temps, il ne voulait d’abord qu’une chose, le prendre dans ses bras, le serrer contre lui, sentir son pouls, son sang. Son pouvoir semblait désirer la même chose mais il le contint tandis qu’il refermait ses mains sur son dos. Seule une fine pellicule luisait là où transparaissaient les veines de ses mains pour le « goûter » quand même un peu. Il sentait cependant qu’après cette discussion, il ne pourrait céder à la même pulsion de violence que la dernière fois.

_________________

... Et moi je continuerai à resplendir comme une figure brillamment absurde, dans un monde sans signification ... (The beautiful and damned)


Dernière édition par Lilian D'Eyncourt le Dim 29 Mar - 21:11, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nikolaï M. Kolyakov
Neutre Delta
avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 06/07/2013
Age : 28

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Mer 18 Mar - 11:49

A l’écoute de ses paroles, une seule image s’impose à moi. Celle, atroce, de Lilian avec un enfant. Et, étrangement, je ne sais pour qui je m’inquiète le plus. Lilian si cela venait à être le cas un jour ou l’hypothétique enfant dont il serait le père. Car, être un enfant non désiré, j’ai donné et je ne le souhaite à personne. Encore moins avec Lilian dans le rôle du père absent. C’est après tout une chose d’éprouver une réelle attraction pour lui, ç’en est une autre d’être complètement aveugle face à ses multiples défauts. Or, s’il y a une chose pour laquelle Lilian n’est pas fait ou du moins ne me semble nullement prêt au jour d’’aujourd’hui, c’est bien être père. Avec la paternité vient en effet la responsabilité d’un autre être humain et vu que Lilian a déjà du mal à gérer sa propre vie, ce n’est pas le moment de lui en refourguer une autre par-dessus le marché. Non pas que je me permette de le juger puisque je suis également loin d’être prêt à avoir des enfants et que rien ne me dit que je gère ma vie mieux qu’il gère la sienne mais en l’occurrence on parle de lui, pas de moi.

La remarque sur son père qui termine son discours, presque que comme une arrière-pensée, me tire de mon monologue intérieur. L’ais-je imaginée ou l’a-t-il réellement prononcée ? A moins que je ne l’ai entendue dans son esprit ? Sauf que je n’étais pas particulièrement concentré sur ses pensées à ce moment-là. Instinctivement, quelque chose me dit néanmoins que c’est ce qui s’est passé. Ce ne serait pas la première fois que cela m’arrive. Lorsqu’une personne pense quelque chose suffisamment fort, il m’arrive d’entendre la pensée sans même le vouloir. Ce qui peut créer des moments plus que gênants croyez-moi. Je me souviens encore de ma première soirée étudiante. Je n’avais pas pensé à prendre un médicament pour atténuer les effets involontaires de mon pouvoir et autant vous dire que le nombre de pensées impures qui m’assaillirent ce soir-là me firent rentrer chez moi bien vite. J’étais pourtant déjà loin d’être un puceau mais tout de même, je n’étais pas préparé pour autant à rentrer sans être prévenu dans un monde de pensées pornographiques. Habituellement cependant, la puissance de ce genre de pensées ne s’étend qu’à trois sentiments : le désir comme décrit ci-dessus, la haine et le désespoir. C’est la première fois que si j’y rajoute le dépit. J’aimerais par conséquent interroger plus longuement Lilian sur la question puisque nous en sommes en quelque sorte aux confidences imprévues, mais le voilà qui reprend la parole.

Il parle des certitudes adolescentes et sans surprise, je suis d’accord avec lui. Mon adolescente ne fut certes pas la plus normale qui soit étant donné les activités de ma famille et la découverte de mon pouvoir, mais ma mère s’assura qu’elle garde un semblant de normalité alors oui, comme tout adolescent, j’ai eu des certitudes idiotes. La premières d’entre elles qu’une fois mon nouveau pouvoir maîtrisé, grâce à l’avantage non négligeable qu’il m’offrait, je ferais un énorme bras d’honneur à la famille et me tirerait faire ce que bon me semblait. Probablement m’enrichir à peu de frais. Voyez où ça m’a mené. Quant aux questions de cœur puisque c’est le sujet de la conversation, autant vous dire que c’est le premier et unique rendez-vous avec la fille qui occupait mes pensées jour et nuit à seize ans qui déclencha l’éveil de mon pouvoir et, comment dire ? Ce que je découvrais de sa façon de penser la fit bien vite tomber du piédestal où je l’avais placée. Enfin, tout ça pour démontrer que je vois parfaitement de quoi il parle.

Sa remarque suivante sur le changement de direction ne me surprend pas non plus. Je sais parfaitement que nous sommes différents et qu’il n’aime pas fixer dans le marbre une décision alors que j’ai au contraire besoin d’un minimum de stabilité, ne serait-ce qu’en prenant une décision et en m’y tenant, peu importe les conséquences mineures, pour avancer dans la vie. Je n’y accorde donc pas la moindre importance. Il est prêt à nous donner une chance, pour la suite on verra où ça nous mène. La suite de ses propos sur le potentiel destructeur des deux relations qu’il a eu ou envisage m’amène néanmoins à réfléchir plus longuement que prévu sur la question. Sa relation avec Josh était-elle si destructrice que ça ? Inutile et certainement un peu malsaine vu pourquoi il s’est mis avec l’adolescent mais destructrice, je ne sais pas. Peut-être sous prétexte qu’elle l’empêchait d’avancer et l’enfonçait à l’inverse dans un cercle vicieux le ramenant à un passé raté mais à la possible rédemption fantasmée. Oui, vu comme ça, je peux comprendre l’usage du terme destructeur. Quoi qu’il en soit, lorsqu’il s’approche de moi, j’oublie bien vite tout cela et me laisse faire. J’ai trop rêvé d’une nouvelle étreinte pour laisser échapper une telle occasion.

Etrangement, le fait de sentir ses bras autour de mon corps au lieu de ses lèvres sur les miennes ne me dérange pas. Il a besoin d’être rassuré, d’un roc auquel se raccrocher après avoir selon ses propres mots laisser tomber des certitudes auxquelles il tenait depuis l’adolescence. Alors, pour une fois, je décide de jouer les protecteurs et de la laisser prendre ce qu’il veut. Je profite également de ma stature nettement plus large que la sienne pour le serrer tout contre moi, non pas violemment comme lors de notre dernière rencontre charnelle mais comme on embrasse un ami qui a besoin de soutien. En silence et en laissant bien clair que si on est là, on laisse néanmoins l’autre choisir ce qu’il désire faire par la suite. Raison également pour laquelle je décide de ne pas relancer la discussion sur son père tout de suite. Cela viendra en temps et en heure. Si j’ai bien l’intention de profiter du fait qu’il a - intentionnellement ou pas - baissé quelque peu ses barrières habituelles pour l’amener à se décharger un peu plus de ce poids qu’il traîne en permanence avec lui, ce n’est pas pour le moment. Maintenant, il a besoin de gestes et non pas de mots. Alors, dans un élan de sentimentalité qui contredit complètement ce que je disais sur la niaiserie de sa relation avec Josh mais qui correspond cependant à l’étincelle de romantisme que je possède, j’embrasse doucement ses cheveux, avant de poser ma tête sur le haut de la sienne. Puis, je me contente de profiter du titillement agréable de son pouvoir sur le bas de mon dos. A partir de là, la balle est dans son camp. Je me contenterais de suivre la direction qu’il prendra. Qu’elle nous amène entre mes draps ou à poursuivre notre discussion, auquel cas je ramènerai le sujet de son père sur le tapis. Car je suis particulièrement bien placé pour savoir qu’éviter la question de sa famille n’arrange nullement les affaires de quiconque.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lilian D'Eyncourt
Neutre Delta-Epsilon
avatar

Messages : 178
Date d'inscription : 03/04/2012

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Mar 31 Mar - 20:33

Lorsqu’il s’autorisait quelques confidences, Lilian aimait se faire consoler. Sous ses airs inflexibles, il recherchait souvent des bras et poitrines confortables pour réchauffer sa mélancolie. D’un côté, il forçait ses amants à lui pardonner ses mauvaises habitudes en leur présentant son visage le plus fragile mais, de l’autre, il voulait sincèrement être compris, aidé. Il aurait pu être une bonne personne s’il le pouvait. Oui, il en était souvent convaincu. Mais toutes les choses qui filaient trop droit finissaient pas l’irriter. Devant un château de cartes, il lui semblait impossible de résister à l’envie de souffler, surtout quand la fragile construction impliquait des heures, des jours de travail. Il brisait tout avec une immense satisfaction sur l’instant puis, il s’étonnait, s’abandonnait à une tristesse romantique touchante et filait vers un autre chemin, en oubliant toutes ses contrariétés. Elles revenaient selon les caprices de ses humeurs. Certaines relations lui semblaient plus appropriées aux excès de noirceur que d’autres. Il avait abusé sans retenue des bonnes âmes qui s’étaient parfois donné pour mission de le sauver. Celles-là avaient recueilli de long en large des aveux partiellement faux, cru à toutes ses promesses, ses « je vais faire des efforts », avant de se faire planter sans pitié le jour où le rôle de l’enfant blessé ne l’intéressait plus. C’était ainsi. Il avait besoin d’être écouté, dorloté, mais seulement lorsqu’il le décidait, lorsqu’il gardait une parfaite maîtrise de la situation. Avec Icare, il avait aussi donné dans ce registre. Il aimait recevoir des paroles et des gestes rassurants, sentir qu’on s’inquiétait pour lui, quitte à exagérer sa peine quand elle n’était que superficielle. Après tout, n’avait-il pas des raisons profondes d’être malheureux ?
 
Mais avait-il vraiment souhaité montrer cette image de lui à Nikolaï ? Nikolaï était le genre de personne avec lesquelles il préférait rester fort. Il serait difficile de compter sur sa naïveté, sur un excès de gentillesse. Il pouvait miser sur sa dépendance intellectuelle et affective, cependant, d’autres choses n’allaient pas. En général, il se réfugiait auprès des femmes, ou allait vers des hommes minces, qui ne lui donnaient jamais l’impression étrange d’être enlacé par une force physique symboliquement capable de supporter son mal. Il n’avait pas mesuré, en se laissant aller contre le russe, la posture nouvelle dans laquelle il se mettrait. Jusqu’à présent, le rôle de Nikolaï était celui qu’il attribuait à toutes ses relations, celui d’un amant piégé dans son jeu de séduction, soumis à sa volonté, même quand il pensait y échapper. Or, une simple différence de gabarit, dans cet instant, donnait à son compagnon un côté protecteur crédible. Il entra d’ailleurs dans le personnage rapidement, certainement malgré lui, en posant ses lèvres sur sa tête. Le baiser silencieux dénotait avec à peu près tout ce qu’ils avaient pu « construire » avant. Lilian en fut troublé à un niveau qu’il n’arrivait pas très bien à analyser. Il ne se sentait pas tout à fait à sa place. Même s’il montrait une grande désinvolture vis-à-vis des codes sociétaux, il gardait un rapport très ambivalent avec son image publique. Il ne faisait rien qui pût être considéré comme avilissant. Sa position actuelle lui faisait perdre un peu de sa superbe, et il ne savait s’il devait l’accepter. En même temps, toute considération morale écartée, il reconnaissait que cette impression d’abandon n’avait rien de désagréable. Enfant, il hurlait, se débattait, avait l’impression d’être étouffé quand un adulte voulait le serrer contre lui. Il n’avait donc jamais vécu l’étreinte de plus grand que soi. Ses pensées le menèrent vite vers des choses moins avouables. Qu’arriverait-il s’il n’entravait pas le russe avec son pouvoir. Un an plus tôt, il avait adoré lui faire du mal, mais apprécierait-il d’être brutalisé en s’interdisant de répliquer, de le laisser agir sans reprendre trop rapidement le contrôle ?
 
L’idée affola ses sens tout en restant un peu trop dans le fantasme pour changer son comportement. En fait, il n’en désirait Nikolaï que plus ardemment et des filaments sanglants s’infiltrèrent doucement sous les vêtements du jeune homme. Leur caresse restait légère et douce. Il ne voulait pas laisser éclater toute sa violence maintenant. La transition ne semblait pas très appropriée, et risquait peut-être de gâcher ce qu’il vivait, ne comprenait pas et se retenait de fuir. L’événement était rare mais son imagination, sa faculté d’improvisation l’abandonnaient. S’il ne se jetait pas violemment sur Nikolaï et ne lui imposait pas ses propres désirs, que pouvait-il faire ? Par curiosité, il attendit, releva la tête, effleura ses lèvres du bout des siennes mais ne l’embrassa pas.
 
-          Monsieur Kolyakov estime-t-il la séance terminée ou dois-je encore souffrir d’autres questions pour employer plus utilement son canapé ?  souffla-t-il avec ironie.
 
Les extensions sanguines se resserrèrent plus fermement autour de ses reins. Il n’était pas très certain de tenir à sa résolution d’être moins possessif, sauf si Nikolaï le devinait et parvenait à le contrer d’une autre manière.

_________________

... Et moi je continuerai à resplendir comme une figure brillamment absurde, dans un monde sans signification ... (The beautiful and damned)


Dernière édition par Lilian D'Eyncourt le Jeu 9 Avr - 19:07, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nikolaï M. Kolyakov
Neutre Delta
avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 06/07/2013
Age : 28

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Dim 5 Avr - 10:14

La question sonne comme une provocation, c’est une provocation. Et il serait d’une facilité enfantine de me laisser porter par le courant et d’obtenir enfin ce que je désire. Sourire, narquois et amusé, fermer les yeux et approfondir notre étreinte : rien de plus aisé. Sauf que mon ego m’en empêche. Parce que, par-dessus l’envie brûlante de sentir son corps contre le mien, mon orgueil se rebelle, refusant catégoriquement de se faire mener en bateau une fois de plus. Et ce même si le résultat final sera des plus agréables. Alors, me délectant de cette chance inespérée de garder le pouvoir, je descends mes lèvres jusqu’à son oreille et murmure avec un mélange de lascivité et de cruauté :

-Mr Kolyakov se sent d’humeur sadique, le canapé devra donc attendre.

Préférant cependant ne pas pousser plus loin mon avantage, je desserre mes bras, lui laissant toute liberté de fuir dès l’instant où il se sentira pris au piège. Pour cela, il devra néanmoins détacher les filaments sanguins collés au bas de mon dos et je sais que, selon la rapidité de son geste, la sensation sera pour le moins douloureuse en ce qui me concerne. Je n’ai cependant rien contre. En effet, malgré mon petit numéro, j’ai beaucoup de défauts mais le sadisme n’en fait pas partie. Au contraire, la souffrance sans autre but qu’elle-même me dégoûte d’autant plus que j’ai croisé plus d’un sadique au sommet de son art en vingt-cinq ans d’existence. Alors, pour autant que je désire aujourd’hui déstabiliser suffisamment Lilian pour l’obliger à s’ouvrir un peu plus, je sais à quel point être amené à en révéler plus qu’on ne le désire peut être dur émotionnellement. Et c’est pour cette raison que je suis prêt à lui offrir la possibilité de se venger physiquement s’il le souhaite. Bien entendu, je n’ai pas plus de tendance au masochisme qu’au sadisme et ne le laisserait pas dépasser certaines limites mais un échange de « bons » procédés me paraît juste.

-A la place, puisque tu as décidé de me nommer ton psychologue attitré, je me vois dans l’obligation de tomber dans les clichés et de t’interroger sur la relation que tu entretiens avec Lord d’Eyncourt Sr. Après tout, si je n’ai pas d’expérience professionnelle, je pense néanmoins pouvoir, à défaut de me considérer comme un expert en la matière, tout au moins présenter une oreille attentive et compréhensive.


En effet, bien que les brefs aperçus que j’ai pu dérober dans ses souvenirs laissent on ne peut plus clair que son père est un cas d’école comparé au mien, pour ce qui est des angoisses de reproduire le schéma familial, j’en connais un rayon. Et puis, de manière plus générale, il est rare de rencontrer quelqu’un avec qui je puisse être honnête concernant ma relation si particulière avec le reste du clan Kolyakov. Soit, mes connaissances ne sont au courant de rien, soit elles savent pertinemment quelle est la dynamique familiale et l’accepte sans critique aucune. Alors s’il accepte de se lancer, je compte bien en profiter pour faire moi-même la paix avec quelques souvenirs épineux. D’ailleurs, sachant pertinemment, que si je ne fais pas le premier pas, il trouvera la pirouette parfaite pour ne rien dire d’important, je poursuis.

-Par ailleurs, cette « séance » étant hautement non-conventionnelle, je suis prêt à la rendre à double sens si cela t’amène à parler. Néanmoins, sache que si tu commences à me connaître, la réciproque est tout aussi vraie. Alors, ne me prends pas pour plus idiot que je ne suis : si tu joues avec moi sans me demander la permission d’abord, tu sais aussi bien que moi que j’ai les moyens de découvrir ce que je veux sans ton accord, terminais-je avec bien plus de sérieux.

En d’autres circonstances, je me serai alors séparé de lui pour aller me rassasier d’une gorgée de bourgogne mais son pouvoir qui nous maintient près l’un de l’autre m’en empêche. Et, pour être tout à fait honnête, je n’en suis pas mécontent. Car, si l’avertissement qui vient de résonner dans la pièce est réel – je ne compte pas être son jouet – il est tout aussi difficile d’ignorer complètement l’appel à la puissance grandissante de la chair. Après tout, je n’en suis pas moins homme qu’un autre.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lilian D'Eyncourt
Neutre Delta-Epsilon
avatar

Messages : 178
Date d'inscription : 03/04/2012

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Jeu 9 Avr - 20:43

Non, la thérapie n’était pas encore terminée. Lilian esquissa une moue ennuyée en sentant Nikolaï se détacher de lui. Il avait espéré échapper à des prolongements, reprendre le contrôle et ne plus explorer les tréfonds lancinants de son existence. Il devait la vérité à son associé, il le savait. Mais ses confidences restaient toujours très limitées dans le temps. Trop en dire l’épuisait, le vidait. Le moment où son esprit refuserait de faire l’effort de mettre des mots sur ses sentiments, se bloquerait à nouveau, approchait, et il serait vain de l’inciter à sortir de son silence. Nikolaï savait probablement ce qu’il lui en coûtait. Il n’ignorait pas non plus que la suite des révélations risquait de se faire attendre pendant des mois. Une fois abandonné entre ses bras, il serait difficile de l’acculer de la même manière, de l’affaiblir dans ses certitudes et l’égarer assez pour le faire parler. Parmi toutes les questions qui devaient l’harceler, il opta pour la plus épineuse. Avait-il vu quelque chose au sujet de son père ? Avait-il capté des images relatives à leurs pathétiques retrouvailles, ou ressentait-il seulement son dépit envers une enfance gâchée pour l’égoïsme d’un seul homme ? Il ne parlait jamais de son père, ni de sa mère d’ailleurs. Un voile mystérieux couvrait la famille D’Eyncourt. Lilian passait pour un orphelin assumé. Il prétendait n’avoir absolument rien à dire sur le sujet lorsqu’on avait l’audace de l’interroger sur ses origines. Sa figure publique était même très bien connue pour le mépris que lui inspirait la cellule familiale, les idées de filiations et toutes ces imbécilités d’ordre primitif que défendaient les partis les plus conservateurs. Ce n’était qu’un mythe. Il en voulait presque à la société occidentale de l’avoir fait souffrir à cause de ce mythe. Mais que pouvait-il y faire ? Se rassembler autour de liens génétiques était une chose rassurante pour la plupart des gens.
 
Nikolaï devina à l’avance ses réserves et lui coupa la répartie en lui proposant un échange : un aveu contre un autre. Cela semblait équitable, mais il doutait que le jeune homme ait la moindre idée de ce qu’il lui demandait, et de ce qu’il risquait d’entendre. Au point où ils en étaient, Lilian ne s’inquiétait plus d’être soumis à ses pouvoirs télépathiques. En réalité, il avait si peu envie de s’exprimer sur le sujet, qu’il préférait encore engager Nikolaï à utiliser sa méthode la plus radicale. Au moins, il verrait à sa place, il satisferait sa curiosité et n’aurait plus besoin de revenir dessus. Il saurait, ça serait suffisant. Alors, sa menace ne lui fit pas vraiment d’effet. Il se retint de hausser les épaules pour ne pas ressembler à un enfant capricieux. Comme souvent quand on le mettait au pied du mur, son attitude régressait. Il avait accepté un nombre incroyable de punitions plus jeunes parce qu’elles lui paraissaient moins insurmontables que l’idée de devoir exprimer clairement ses contrariétés. Ce qu’on avait souvent confondu avec de la provocation était souvent un blocage, une incapacité sincère, désespérée, à parler. Il ne s’éloigna cependant pas du russe, parce qu’il voulait se montrer tout aussi décidé à maîtriser ses émotions, et à lui faire perdre ses moyens le premier. Il voulait parler ? Soit, mais ils continueraient à le faire dans une situation de tension sexuelle élevée car ce serait le meilleur moyen de décourager des questions trop approfondies s’il espérait rattraper une année de privation avant que des obligations ne l’appellent ailleurs.
 
-          Je n’avais même pas un an quand mon père a disparu, nous n’avons pas tellement eu l’occasion de nouer une grande relation, dit-il avec une ironie grinçante.
 
Il hésita à s’arrêter là, mais le regard de Nikolaï lui signifia que c’était loin d’être suffisant. Après un léger soupir, il se décida à poursuivre mais son ton fut étrangement froid et détaché de tout. Comme s’il voulait expédier l’histoire malgré les horreurs qu’elle contenait, le dire et ne surtout pas s’arrêter sur ce que tous les faits lui inspiraient.
 
-          J’ai grandi seul, élevé dans le manoir de ma famille en Angleterre grâce à un testament qui avait tout orchestré pour mon bien-être matériel. Je suppose que je ne suis pas à plaindre, du moins, on m’a souvent dit que je n’avais pas à me plaindre. Personne ne se souvenait de mes parents, donc personne ne m’en a jamais parlé. Je les ai pensé morts jusqu’à mes onze ans, puis j’ai fini par découvrir que tout n’était qu’un vaste mensonge. Mon père est télépathe…
 
Il s’arrêta soudain. C’était incroyable, mais il n’avait jamais fait le rapprochement. Bien sûr, le pouvoir de son père n’avait rien à voir avec celui de Nikolaï ou, du moins, il était plus puissant. Il ne pensait pas son attirance pour le russe lié d’une quelconque manière à un besoin de remplacer son père, comme il avait pu le faire avec Icare en voulait réveiller une vieille passion d’adolescence. Cependant, devoir établir un immanquable parallèle le mettait mal à l’aise, et le glaça tant que les liens sanguins qui tenaient le jeune homme se resserrent en durcissant. Avant de commencer sa tirade, il avait pressenti que la moindre interruption l’empêcherait de continuer. Même s’il était bien parti, aller plus loin s’annonçait difficile. Néanmoins, pour ne pas donner trop de confusion à Nikolaï, il dût prendre sur lui et marquer une nette différence entre eux.
 
-          De ce que j’ai pu comprendre, il s’était fait beaucoup d’ennemis… C’était un scientifique, il a voulu poursuivre ses expériences illégales seul… Alors, il a modifié les souvenirs de centaines de personnes… Il m’a fallu plus de vingt ans pour retrouver sa trace...
 
Pendant un instant, il donna l’impression de chercher la meilleure manière de raconter ce qu’il avait découvert sur les étranges activités de son père, ou ce qui était arrivé une fois qu’il s’était retrouvé face à lui. Mais rien ne vint. Les derniers mots lui avaient déjà trop coûté et il se sentait parfaitement incapable de raconter des événements qu’il préfèrerait oublier. Si Nikolaï désirait absolument connaître la suite, elle devrait se passer dans son esprit.

_________________

... Et moi je continuerai à resplendir comme une figure brillamment absurde, dans un monde sans signification ... (The beautiful and damned)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nikolaï M. Kolyakov
Neutre Delta
avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 06/07/2013
Age : 28

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Dim 12 Avr - 13:59

La tentative de couper court à la discussion de Lilian est certes honorable mais néanmoins futile. Car si je ne doute pas de la véracité de ses propos, je sais pertinemment qu’il y a plus à dire de la relation qui relie père et fils, malgré la volonté de la nier de ce dernier. Le Britannique a en effet mis un point d’honneur à se présenter aux yeux de tous comme le parfait orphelin indépendant. Mais les quelques flashs de sa dernière rencontre avec Lord d’Eyncourt Sr que j’ai glanés plus ou moins volontairement dans son esprit dévoilent une histoire bien différente. Plus sombre et plus violente que tout ce que le public peut bien s’imaginer de l’enfance de la persona sulfureuse du Prince de l’information. Un simple regard lui fait donc comprendre que j’en attends plus et il reprend le fil de son discours.

Sa réticence à dévoiler le moindre détail en dit cependant bien plus long que toutes ses explications sur la difficulté du sujet. Ce qui, au vu des quelques previews de l’homme dont il est question que j’ai eues, n’est guère surprenant. D’Eyncourt père fait passer mon géniteur pour un enfant de cœur. Mikhaïl est certes un homme violent, à tendance alcoolique et sans pitié mais il n’en est pas moins rationnel, voire même calculateur. Alors que le père de Lilian me semble uniquement dérangé. Fasciné par le gène X, il paraît présenter tous les traits distinctifs du sociopathe incapable d’empathie avec son prochain. J’ai en effet un souvenir encore très marqué de cette femme vouée à mourir et ressusciter à l’infini jusqu’à ce que Lilian se décide à abréger ses souffrances. Quelle sorte de monstre faut-il être pour infliger cela à qui que ce soit au nom de la science ? Parce que, si je suis bien placé pour savoir que la télépathie prédispose à une curiosité maladive, de là à perdre toute conscience, il y a un sacré gouffre.

En tous les cas, entre les rares confidences que Lilian accepte à contrecœur de lâcher, les quelques informations déjà récupérées lors de notre précédente étreinte et ce que je perçois désormais dans son esprit, les espaces se comblent peu à peu et un tableau franchement peu reluisant se dessine devant mes yeux. Pas étonnant qu’il ait été réticent à l’idée d’évoquer sa famille si les seuls souvenirs de son géniteur sont ceux qui défilent actuellement dans son esprit. Un instant, je me demande si je n’ai pas fait plus de mal que de bien en l’obligeant à exprimer ses sentiments sur la question mais je balaie bien vite la possibilité. Ce n’est pas en enfouissant au fin fond de ses pensées les souvenirs désagréables qu’ils disparaîtront, ils risquent seulement de ressortir au pire des moments. Cependant, cela ne veut pas pour autant dire que j’ai envie de l’obliger à fouiller plus profondément son ressenti en la matière. Je suis déjà particulièrement honoré qu’il ait accepté ma demande d’informations car, le connaissant, il aurait parfaitement pu refuser d’une façon ou d’une autre. Alors, plutôt que de le torturer plus longtemps – j’en sais suffisamment pour le moment, je pourrais toujours chercher à en savoir plus à un autre moment, ce ne sont pas les réseaux d’informateurs qui manquent et j’ai tout mon temps – je choisis de le récompenser à ma manière pour s’être ouvert, pour aussi contre sa volonté que ce fut.


-Ce qui compte c’est qu’aujourd’hui, il n’a pas plus d’influence sur ta vie que celle que tu acceptes de lui donner.

Toute la question étain de savoir si celle-ci est si faible qu’il le prétend ou pas, mais c’est un problème pour un autre jour.

-Je suis néanmoins surpris et pas qu’un peu heureux que tu sois encore capable de t’ouvrir tout au moins un minimum à un télépathe après une telle expérience. Non pas que je prétende avoir la moitié des capacités que ton père a déployées, mais cela ne change rien au fait que la confiance que tu m‘accordes quand l’envie t’en prend me touche sincèrement.

Un sourire mi mutin, mi sérieux apparaît sur mon visage à ses paroles. Je ne veux pas tomber dans le sentimentalisme facile mais force est de constater qu’à sa place, je suis loin d’être certain que j’aurais pu m’associer si aisément à un homme ayant les mêmes pouvoirs que celui ayant déterminé en grande partie ma destinée. Mais il n’est pas une nouveauté que je suis notoirement paranoïaque, défaut que ne partage Lilian à sa grande chance.

-Et maintenant, je suis prêt à te prouver une fois de plus, si jamais tu conserves encore le moindre doute, que te joindre à moi n’était pas une erreur, terminais-je avant de m’emparer passionnément de ses lèvres.

C’est qu’il est temps de mettre fin aux discussions et de profiter enfin de ce pourquoi je l’ai l’invité en premier lieu pour autant que j’ai refusé de le reconnaître tout du long, même dans la solitude de mon esprit.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lilian D'Eyncourt
Neutre Delta-Epsilon
avatar

Messages : 178
Date d'inscription : 03/04/2012

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Mar 21 Avr - 22:25

Les derniers et premiers véritables souvenirs avec son père étaient rangés dans un coin très protégé de son esprit. Il ne les réveillait presque jamais, ou épuisait tous ses stocks de drogue ou d’alcool fort quand ils venaient le harceler. D’abord, il avait vécu cette rencontre comme un choc, une sorte de bruit mat dans son crâne, un événement irréel qu’on ne pouvait connaître que sur une dimension où les sentiments n’existaient plus. La plaie s’était mise à suppurer des semaines plus tard. Elle l’élançait de temps à autre. Elle était toujours là, bien plus qu’il ne voulait l’admettre en essayant de se convaincre qu’il avait entièrement réglé ses problèmes. N’avait-il pas obtenu ce qu’il voulait, la réponse claire et définitive à tous les non-dits de son enfance ? Il le savait à l’avance en s’engageant dans ces recherches, la vérité serait aussi difficile à accepter qu’une absence de certitude. A la place d’une douleur interne diffuse, il avait gagné une belle entaille. Le pire n’était pas de découvrir les actes ignobles de son père, ni d’avoir dû mettre un terme au calvaire de sa propre mère. Ce n’étaient pas les images, mais les mots qui le hantaient le plus cruellement, les mots qu’Athanase D’Eyncourt avait trouvé pour justifier son attitude et, plus encore, sa fierté de père qui avait gardé un œil sur lui tout ce temps, l’avait vu se débattre seul, laissé souffrir, mené un genre d’expérience sociétale pour voir à quel point la chair de sa chair pourrait s’élever en étant livrée à elle-même. Athanase n’avait pas réagi comme dans ces films dramatiques où le père, dépassé par sa folie rend les armes, se jette piteusement à terre et demande à son enfant de lui pardonner son égoïsme, en jurant de tout reprendre différemment s’il le pouvait. Il l’avait regardé droit dans les yeux, et déclaré que jamais un fils aussi bien né que lui n’aurait pu accomplir tant de choses par ses propres moyens s’il n’avait pas d’abord appris à n'être rien.
 
Des paroles insupportables lui revenaient, « J’ai souvent cru que tu allais flancher avant, mais c’est incroyable comme tu tiens de moi », « Qu’aurais-tu voulu être d’autre, un pleurnichard arrogant ? », « Tu ne peux pas me détester, tu sais qu’au fond, j’ai raison, tu ne voudrais pas être moins que ce que tu es devenu en faisant le choix de te forger seul », … Et il n’avait pas non plus réagi en hurlant avec rage qu’il mentait. Il n’avait rien fait. Il n’était pas préparé à voir les choses sous cet angle, à devoir s’avouer que tout cela lui semblait parfaitement logique. « Je peux te rendre une enfance heureuse si tu y tiens tant, tu oublieras que c’est une illusion, tu oublieras toutes tes frustrations, il n’y aura plus que ton entourage pour s’affliger de la personne inintéressante que tu seras devenue. » Qu’aurait-il pu être ? Un autre, un autre qui serait peut-être tout ce qu’il avait appris à détester, ou un sociopathe comme son père, un garçon brillant élevé dans un si grand confort que plus rien ne saurait l’arrêter. Il ne pouvait pas haïr Athanase D’Eyncourt. Il comprenait aussi son besoin angoissé de trouver un sens à l’existence même, il imaginait très bien comment on pouvait décider d’abandonner du jour au lendemain une situation devenue trop étroite pour réaliser quelque chose de plus grand. Pourtant, il ne lui avait rien pardonné. Non, ses sentiments vis-à-vis de son père étaient d’une extrême complexité. Il refusait de le condamner comme de saisir la main qu’il semblait aujourd’hui prêt à lui rendre. Il l’avait quitté sans un mot, sous le regard consterné de l’homme qui l’avait soutenu dans son périple et croyait dur comme fer qu’il allait le tuer. Il avait fait tout l’inverse, il avait retenu le geste de son compagnon qui, en le voyant faiblir, avait voulu agir à sa place.
 
Qu’avait vu Nikolaï dans ce tourbillon confus de pensées qui n’arrêtaient pas de s’entrechoquer ? Peut-être qu’il ne s’était pas montré assez curieux pour aller au fond de la question ou, surtout, préférait rester sur un mensonge plus doux… Son père n’aurait jamais plus d’influence sur sa vie que celle qu’il se figurait. Peut-être était-ce vrai, après tout. Mais peut-être que l’influence était toujours bien là, insidieuse, prête à éclater à tout instant. Il acquiesça donc très vaguement, il ne parlerait plus, ses yeux semblaient plus figés que ceux d’un mort. Son cœur battait lourdement, et ce n’était pas d’émotion, mais sous l’effet d’un malaise plus profond. Même son pouvoir commençait à l’abandonner. Il résistait du mieux qu’il le pouvait pour ne pas laisser le sang qui tenait Nikolaï se liquéfier tout à fait. Il devait revenir à lui. Le russe lui disait être très touché de le trouver si peu méfiant avec un mutant qui risquait de lui rappeler à chaque instant la folie de son père, mais il n’y avait même pas songé avant, preuve que ses talents d’abstraction restaient excellents. S’il avait d’abord trouvé haïssable le pouvoir de Nikolaï, il lui était très vite devenu une sorte de réconfort étrange. Oui, il trouvait agréable la possibilité de s’attacher à une personne qui pouvait lire en lui, le mettre au pied du mur comme il venait de le faire, l’empêcher de mentir et le recevoir tel qu’il était, tel qu’il ne se voyait pas clairement lui-même. C’était une expérience douloureuse, un peu honteuse aussi, mais il pourrait l’apprécier après coup, quand il savourerait la certitude inédite d’être compris au-delà de tout ce qu’il était capable d’exprimer.
 
-          Ce n’est pas qu’une question de confiance…, souffla-t-il. ça te semblera peut-être paradoxal, mais je n’aurais probablement pas accepté de fréquenter un télépathe d’aussi près si je n’avais pas tant de choses à dissimuler. Je n’ai jamais su donner aux mots qu’un usage futile.
 
Il parlait pour piquer, jouer, affirmer sa supériorité, jamais par lyrisme. Ses mots délayaient tout, feignaient la conversation mais ne faisaient que creuser un vide dans lequel les gens s’engouffraient et devenaient à sa merci. Au final, il y avait peut-être trop de choses à dire, un débordement qui ne pouvait se solder que par le silence. Il reçut le baiser avec un véritable soulagement et il attira fermement Nikolaï contre lui en le prolongeant, tandis que des larmes avaient fini de déborder de ses yeux clos. Il s’inquièterait de la promesse de confidence que lui avait faite son compagnon plus tard. Ce fut davantage la rage contre lui-même, et le besoin de s’occuper pour refouler sa faiblesse que l’envie de faire mal qui le poussa à attirer sans ménagement son amant retrouvé sur le canapé, à l’embrasser à bout de souffle, plonger ses dents dans sa gorge, le débarrasser de sa chemise. Il ne voulait pas être vu, mais ses liens sanguins gardaient, au contraire de la dernière fois, une certaine crispation. Ils s’agrippaient obstinément à lui, et n’essayaient plus de lui pomper sournoisement les veines.

_________________

... Et moi je continuerai à resplendir comme une figure brillamment absurde, dans un monde sans signification ... (The beautiful and damned)


Dernière édition par Lilian D'Eyncourt le Lun 4 Mai - 18:23, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nikolaï M. Kolyakov
Neutre Delta
avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 06/07/2013
Age : 28

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Dim 26 Avr - 10:03

Ses phrases ne devraient plus me surprendre. Je devrais désormais savoir que c’est précisément lorsque j’ai l’impression de commencer à le cerner qu’il me dévoile une nouvelle facette inattendue de lui-même. Est-ce pour me déstabiliser ? Sûrement. Mais pas toujours. Pas aujourd’hui en tous les cas. Du mois je ne le pense pas. Car nul besoin de fouiller sa psyché pour ressentir le malaise puissant qui s’est emparé de lui dès que le sujet de son père est arrivé sur la table. A tel point qu’il paraît en perdre presque ses repères. Et les filaments sanguins qui me retiennent contre lui apparaissent soudain moins comme une chaîne m’attirant à lui que comme le lien s’assurant que je ne le quitte pas, que je reste à ses côtés alors qu’il navigue à contrecœur dans les tréfonds douloureux de son esprit.

Ainsi, une fois de plus, je me laisse aller à mes instincts de protection et l’embrasse fougueusement pour lui prouver que je ne vais pas disparaître soudainement, que je ne demande qu’à rester. Après tout, pour autant que je n’osais me faire d’illusions, l’attacher à moi était la raison principale pour laquelle je l’ai invité. Tel un adolescent possessif, je rêve de le faire mien tout autant qu’il m’a fait sien. Alors je m’abandonne à loisir à son besoin quasi instinctif de contact. La suite m’échappe un peu. Fidèles à nous-même l’étreinte a une teinte de sauvagerie qui rassasie la bête en nous tout en rassurant l’être humain. Néanmoins, derrière la brutalité des gestes, je ressens – ou peut-être ne fais-je que l’imaginer mais je m’en contenterais si tel est le cas – une vulnérabilité bien plus forte que lors de nos derniers ébats. Au-delà du désir quasi maladif de posséder l’autre, nos incertitudes se reflètent dans une caresse plus prononcée ou un baiser qui refuse de se terminer. J’en demande toujours plus et il n’est que trop heureux de combler mes besoins. Il s’agrippe à moi et je mets toutes mes forces dans l’effort de le retenir tout contre moi, dans un semblant de fusion. Mais une fusion fragile que le moindre coup de vent pourrait détruire, nous renvoyant chacun dans cet espace si inquiétant qu’est notre propre peau. Et ainsi, le temps d’une embrassade fougueuse, on cherche à s’oublier en l’autre, comme s’il pouvait combler un vide dont on s’empressera de nier l’existence dès que la réalité reprendra ses droits.

Reprenant mon souffle, je sens la caresse involontaire de ses boucles brunes sur mon torse et un sourire apaisé se dessine sur mes traits. Je ne sais que nous réserve l’avenir. A vrai dire, je m’en doute mais je préfère l’ignorer pour l’instant. Car pour une fois, je me sens bien avec une personne dans mes bras. Je ne ressens pas cette lassitude propre à la retombée des émotions, ce mal-être qui suit la réalisation que je n’ai fait que retarder l’inévitable en me noyant dans les sensations physiques pour ne pas regarder en face le manque affectif que j’ai jamais su combler. Cette plaie jamais complètement refermée d’être l’enfant indésirable que l’on se contente de tolérer le temps qu’il s’avère utile pour l’ignorer complètement lorsqu’il ne l’est plus.

Sentant mes pensées prendre une direction dangereuse, je m’empresse de revenir à l’instant présent et enfouissant ma main dans la tignasse ébouriffée de Lilian, je commente avec une pointe d’amusement :


-Tu disais trouver les mots futiles, peu importe. Le dicton dit bien qu’un acte vaut mille paroles, n’est-ce pas ? Et bien sache que tu n’aurais pas pu être plus clair.

Sur la fin mon ton redevient plus sérieux mais sans tomber dans la solennité. Je veux juste lui faire savoir que malgré ses doutes et malgré les miens, j’ai l’impression que nous avons imperceptiblement franchi un cap dans notre bien étrange relation. Je ne saurais mettre de mots précis sur ce qui a changé mais quelque chose l’a définitivement fait. Et si je n’imagine pas une seconde que les conséquences se feront sentir du jour au lendemain, mes inquiétudes premières avant de le voir se sont quelques peu assagies. Sans probablement vraiment le vouloir, il m’a prouvé bien plus que je ne l’espérais. Ou peut-être n’est-ce que ma volonté désespérée de créer ce que je désire, mais tant que la réalité ne viendra pas contredire mes fantasmes, je refuserais de le reconnaître. C’est que je peux être d’une terrible mauvaise foi si besoin est.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Lilian D'Eyncourt
Neutre Delta-Epsilon
avatar

Messages : 178
Date d'inscription : 03/04/2012

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Lun 4 Mai - 21:12

Tous ses efforts pour se tenir éloigné de Nikolaï, maintenir une relation presque socialement acceptable avec un gentil compagnon, et ne pas s’engager dans des rapports trop toxiques, n’avaient conduit qu’à les rapprocher d’une manière plus intense que prévu. En général, Lilian maîtrisait très bien l’attente entre les retrouvailles. Il s’amusait à repousser les rendez-vous, décliner une invitation au dernier moment, feindre de s’intéresser de la personne qui le désirait pour mieux revenir vers elle quelques jours plus tard, dans le seul but d’attacher immodérément l’autre à lui. N’importe quel étudiant de première année psycho pourrait l’affirmer sans se tromper, le doute, l’incertitude, permet de vivre les bons moments plus intensément, et de créer, en conséquence, une véritable dépendance mentale vis-à-vis de la personne grâce à laquelle ils semblent se réaliser. Sans se l’avouer, il avait joué de cette manière avec le russe. Il se jurait qu’il s’agissait de le décourager, et, au fond, rien ne l’aurait plus exaspérer que de voir Nikolaï se lasser de son manège. D’habitude, il ne se laissait pas prendre au piège. Il avait fait attendre Icare plus d’un an, en proie à de nombreuses hésitations, à moitié certain que sa capacité à le séduire sur la durée était davantage liée à l’envie primaire de le posséder plutôt qu’à un véritable sentiment amoureux. A quoi bon résister encore ? En deux heures, son très cher associé avait déjà accompli bien plus que l’autre en un an. Ils n’avançaient plus vraiment à l’aveugle. Ils connaissaient les risques, avaient eu tout le temps d’y réfléchir de leur côté. Mais ils étaient, semblaient-ils, arrivés à un point de leur existence où cette expérience devenait nécessaire, et rendait insipides toutes les autres.
 
Les confidences presque forcées de leur conversation les liait bien plus que prévu. Avant d’accepter le rendez-vous, Lilian avait une vague idée de la manière dont cela risquait de se terminer. Il se voyait parfaitement réveiller quelques bons souvenirs avec Nikolaï, mais aussi reprendre sa vie avec son amant officiel ensuite. Tandis qu’il s’abandonnait enfin à une étreinte qui se passait de mots, il n’était plus sûr de pouvoir reprendre le fil de son existence là où il l’avait laissé. Il pouvait continuer à faire semblant, bien sûr, les scrupules le retenaient très rarement, mais il n’en avait plus très envie. Sa relation avec Icare se fragilisait depuis des moins. Elle tenait grâce à la naïveté d’un amant qui ne demandait jamais de comptes. Elle l’ennuyait. Au lit, le mutant ailé était un corps, une âme, sans vécu. Il savourait l’instant. Le sexe n’était jamais rien d’autre que du sexe, un moyen de montrer son affection, sans violence, ni détresse, ni toutes les choses qui passaient entre Nikolaï et lui sans être nécessairement liées à de l’amour, et en libérant bien plus que le seul désir d’être avec l’autre. Cette fois, la volonté de faire mal au russe était plus en retrait. Elle ressortait dans la rudesse de leurs gestes, mais l’intension était différente, un besoin de possession plus clairement intérieur que physique. Il aurait dû faire payer au jeune homme de s’être glissé dans ses pensées les plus douloureuses mais il l’en aimait davantage, et s’il ne s’abandonnait pas encore suffisamment pour offrir à Nikolaï la possibilité de diriger, il voulait lui montrer autre chose. Si leurs premiers ébats étaient une forme de défoulement intellectuel avant tout, ceux si prenaient une signification plus dangereuse. Il ne suivait plus ses seules pulsions, connecté à son rythme sanguin grâce à son pouvoir, il sentait avec précision toutes les vibrations de son désir. Leurs lèvres s’unirent encore fougueusement après la jouissance, puis un silence tranquille retomba entre eux. Il resta allongé sur le russe en caressant mollement son torse, avec la ferme volonté de ne pas s’inquiéter d’autre chose tant qu’il n’en aurait pas l’absolue obligation. En lui caressant les cheveux, Nikolaï le remercia pour cette démonstration éloquente de ses sentiments, et il esquissa un sourire dans le vide, sans être certain que l’attachement anormalement fort qu’il venait d’exprimer était une bonne chose.
 
    Depuis des années, je m’exerce à être l’amant parfait, à l’image de ce qu’on attend de lui, plaisanta-t-il en croisant les mains sur sa poitrine pour se redresser légèrement et l’embrasser.
 
Il préférait plonger Nikolaï dans un doute factice plutôt que s’avouer troubler par leur situation. Cependant, la rapidité avec laquelle revint son envie quand sa bouche s’ouvrir sur la sienne invalidait tout possibilité de simulation. Il dut cependant interrompre ses projets quand il fut évident que son téléphone portable n’arrêterait pas de sonner. Dans un soupire contrarié, il étendit le bras pour l’attraper. Si ses souvenirs étaient bons, il était censé être en réunion avec un chef de rédaction à ce moment même. Le rendez-vous avait été pris avant et, même s’il aurait pu l’annuler en prévision du temps qu’il risquait de passer avec Nikolaï, il n’en avait rien fait. Après tout, il existait aussi une réalité où le rendez-vous ne devait pas s’éterniser, rien n’était joué. Donc, faute de concret, Lilian préférait mettre les autres dans l’embarras plutôt que reporter. Qu’y pouvait-il si un de ses associés le retenait toute la journée ? Il ne devait rien à personne. En collant l’appareil à son oreille, il ne réserva qu’un « Hm… ? » flegmatique au pauvre rédacteur qui venait de bloquer la moitié de son après-midi pour lui. Il le laissa lui expliquer qu’il l’attendait depuis dix minutes avant de lui répondre « C’est normal, je ne suis pas à mon bureau… Un empêchement… » Au bout du fil, son interlocuteur se retenait d’exploser pour ne pas risquer sa place. C’est d’une voix tendue qu’il lui rappela qu’il lui avait déjà fait le même genre de chose le mois dernier en l’invitant à un restaurant où il ne s’était jamais présenté. « Mais vous étiez officiellement invité, vous auriez pu profiter d’un bon repas au lieu de m’attendre… Dans tous les cas, je ne pouvais pas anticiper que mon entretien actuel prendrait une tournure si… intéressante. Vous savez ce que sont les affaires. Je vous aime bien, mais vous n’êtes pas ma priorité aujourd’hui. » La fin était un peu plus ferme. Le journal du petit rédacteur en chef était financé par son entreprise, et en actuelle difficulté. Si l’un des deux devait rompre toute relation avec l’autre, Lilian était de toute manière en meilleure position pour imposer ses conditions. « Puisque vous avez fait le déplacement, tentez avec Miss Parker.
    Mais… vous l’avez prévenue de l’objet de notre réunion ?
    Absolument pas. C’est une femme intelligente, je suis certaine qu’elle sera me résumer l’essentiel de ce que vous aviez à me dire, si elle a du temps à vous accorder bien entendu. En ce qui me concerne, le délai vient de passer, je serais fâché de faire supporter plus longtemps à mon partenaire cette ennuyeuse discussion. »
Il coupa le téléphone sans laisser le temps au gêneur de répliquer et décida de l’éteindre, puis il s’étendit à nouveau sur Nikolaï et déclara avec un sourire mutin :
    Il paraît que je suis libéré de toutes obligations pour la journée. Ne crois-tu pas qu’il serait temps de fermer ton bureau ?
 
Ce n’était pas comme la dernière fois. Personne ne les attendait un étage plus bas. En revanche, ils avaient laissé un an s’écouler, et puisque les dés étaient jetés, Lilian avait bien l’intention de rattraper la frustration accumulée aussi longtemps que possible. Tant qu’il était avec Nikolaï, il restait dans le présent. Le futur impliquait une décision vis-à-vis de son couple avec Josh, et il n’avait absolument pas hâte de prendre une décision à ce sujet.

_________________

... Et moi je continuerai à resplendir comme une figure brillamment absurde, dans un monde sans signification ... (The beautiful and damned)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Nikolaï M. Kolyakov
Neutre Delta
avatar

Messages : 133
Date d'inscription : 06/07/2013
Age : 28

MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   Dim 10 Mai - 9:06

Je commence à connaître trop bien le fonctionnement en circonvolutions de l’esprit de Lilian pour mordre à l’hameçon après sa dernière remarque. Je me laisse donc m’embrasser sans résistance, savourant cette intimité éphémère. Si éphémère que la voilà déjà troublée par le son strident du téléphone de Lilian. Avec une moue contrariée, je le vois étendre le bras en direction en direction de sa veste en boule sur le sol. Je m’apprête alors à me lever pour lui laisser un semblant de confidentialité mais il semble bien décidé à ne pas bouger et à converser allongé sur mon torse. Avec un sourire amusé, j’observe donc la situation, attentif à la moindre de ses paroles.

Assez vite, il devient clair que nos ébats l’ont empêché de se rendre à un rendez-vous prévu de longue date, ce qui ne semble pas lui poser le moindre problème. La façon dont il s’adresse à son interlocuteur laisse même clairement entendre qu’il aurait préféré l’oublier complètement. Il finit d’ailleurs par l’envoyer plus ou moins poliment voir ailleurs, nommément le bureau d’une certaine Miss Parker. Le pauvre bougre à l’autre bout du fil me ferait presque de la peine. Presque étant le mot clé. Après tout, son malheur fait mon bonheur. Et si, contrairement à ce que raconte Lilian, la conversation est loin de m’ennuyer – elle m’amuse au contraire grandement – l’idée de le savoir libre pour le restant de la journée désormais que notre relation a pris un tournant qui m’est favorable me tire un sourire heureux qui devient malicieux à la proposition de Lilian.


-Laisse-moi me lever et je m’en occupe.

Il accepte aisément et s’éloigne de moi, non sans que je lui vole un nouveau baiser pour la route. Puis, me dirigeant vers la ligne fixe de mon bureau, j’appelle le portable de Galina et lui fait savoir en quelques mots que je serai occupé pour le reste de l’après-midi et n’accepterais d’être dérangé qu’en cas d’urgence dont Dimitri ne pourrait pas se charger. Si elle s’en surprend, elle ne le laisse pas entendre, professionnelle comme toujours. J’imagine néanmoins d’ici le froncement de sourcils mécontent qui a dû apparaître sur son visage ridé. Ma dame à tout-faire n’a jamais apprécié aucuns de mes amants ou amantes et elle est suffisamment vive pour savoir que la relation qui m’unit à mon associé n’est pas seulement une question d’affaires. Peu m’importe néanmoins l’opinion de mes subordonnés alors que Lilian m’attend toujours sur le canapé, beau comme un succube aux yeux brillants. Retournant vers lui, je me penche sur lui et demande :

-On en étions-nous déjà ?

The end
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Commencer l'année sans regrets [Lilian - Terminé]
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Rejetons les paroles sans valeurs de ce monde éloigné de Dieu
» Comment dire non aux festivités sans paraître "chiante"
» Sans Liberté de flatter il n ya point d éloge flateur...
» Madeleines spéciales coup de blues... (sans lactose ;-) )
» café sans perco ?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
X-men RPG :: Hors Jeu :: Topics Terminés :: Ailleurs-
Sauter vers: