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 Oiseaux de nuit [Libre]

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Kassima Jaslyn
Neutre Delta
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MessageSujet: Oiseaux de nuit [Libre]   Mer 17 Déc - 3:40

Être adulte, qu’est-ce que c’est?

Le pied de la danseuse se prit dans une boîte de carton qui traînait au bout du trottoir. Mardi soir, c’était le jour des ordures. Il était facile d’observer tous les détritus, et de savoir qui avait fait un test de grossesse ou avait cuisiné avec des avocats. En toute honnêteté, ces fruits mûrissent avec une odeur épouvantable dont les narines de la pauvre adolescente ne pouvaient que s’en plisser. Elle détestait ce paysage qui lui remémorait tant d’images à la fois si précieuses et si brèves. La compagnie qu’elle chérissait ne pourrait hélas jamais prendre part à son activité nocturne. Le mutant que Kassima avait connu dans ces quartiers aux mille trouvailles des pouvoirs extraordinaires dormait paisiblement dans le sol ou marchait avec les étoiles sous une lumière toute différente de la lune.

Décembre, si frais que chaque présence frôlée au passage vous offre un sentiment chaleureux qui ne vous quitte plus. Et ce qui touchait Kassie, c’était la main d’Alfonsio. À peine plus grand que sa taille, il tirait sur ses doigts et la dépassait en sautillant. Le pauvre avait pris un lait aux fraises si sucré que les bras de Morphée ne pouvaient pas l’accueillir en cette douce soirée. Le couple mère et fils déambulait candidement avec une simplicité bouleversante. Des groupes mutants, probablement amis, arpentaient certains balcons et lançaient des remarques à leurs dos.

Certes rien n’arrivait à détruire le petit bonheur de Kassie à emmener Al’ dans l’ancien quartier de son père. Le petit portait le bonnet de ce dernier, et était bien trop grand pour son crâne. Sa mère s’amusait à le replacer, le faire tourbillonner afin de lui faire dépenser la majorité de son énergie. Il recommença à gambader ainsi pendant une heure, et la jeune ballerine le soulevait grâce à ses deux mains. Depuis quelques jours, elle s’entraînait simplement à soulever Alfonsio question de tester l’endurance de ses bras d’apprenti maman. Au bout d’un instant, l’enfant commença à laisser tomber ses paupières lourdement. Il s’agrippa au manteau rose pâle de Kassie, et en fit virevolter les pans repassés.


« Je veux dormir. »
« Désires-tu connaître un secret? »
Le gamin de six ans se redressa complètement, frotta ses yeux avec entrain puis bondit en face d’elle, tout excité et hélas tout réveillé.
« Oui? Oui? Oui? Je veux savoir! »
« Ton père a déjà vécu ici. »
« Avant de partir chercher une nouvelle planète et de se perdre dans un trou noir? »
« Avant de partir en Europe, oui. »
« Dit? Il avait un pouvoir? »
« Bien sûr! », finit-elle en bousculant légèrement son gamin pour le réveiller.
« Dit. »
« Nan. Je dis mes secrets aux gentils garçons, pas à ceux qui refusent de dormir la nuit quand ils doivent aller à la garderie demain à sept heures. »
« Promis, je vais m’lever d’main matin avant toi! Et je serai prêt à l’heure! »
« Deal, très cher.»

Toussant trois fois, elle reprit la main de son fils adoptif pour le stimuler une fois encore en agitant sa main toujours prise dans la sienne.

« Nathan avait le pouvoir de contrôler les crottes de nez. Il pouvait se venger de tous les autres en les faisant éternuer. Et quand ils étaient méchants, ils se mettaient tous à saigner du nez sans arrêt pour l’éternité! »
« Wow! »
« Attention! Chut! C’est notre secret? »

Alfonsio prit le petit doigt de sa mère afin de le secouer de bas en haut parce qu’une promesse demeurait impossible à rompre pour lui. Cependant, en désirant divertir son gamin, la ballerine avait agité ses mains et prononcé quelques phrases avec un ton exclamatif bien trop fort pour être inaperçu. De plus, la petite terreur aux fusils à l’eau commença à tituber. Sa silhouette ondulait de gauche à droite, cherchant le moindre repli du manteau de sa mère afin de s’y lover. Ne trouvant aucun banc à proximité, elle dût le mettre sur son dos pendant qu’il grognait comme un nain sorti du film Le Hobbit . La danseuse classique sautilla pour le replacer au milieu de sa colonne vertébrale, peinant à soutenir ce poids si léger.

La taille fine entourée des chaussures jaunes du gamin, et ses bras bien soudés à sa gorge, elle se retourna pour chercher la rue empruntée précédemment. Toutefois, peu accoutumée aux promenades dans mutant Town, Kassie avoua s’être perdue. Une fois de plus, elle avait laissé son téléphone intelligent sur le comptoir de la cuisine. Il vibrait à chaque cinq minute, et cela lui donnait des maux de tête, des crampes dans les fesses en fin de compte. Entre autres, ce quartier lui inspirait à la fois un sentiment étrange et teinté de nostalgie.

Comment avait-elle pu oublier la première nuit passée avec son cher ami? Pourquoi devait-elle revenir ici en s’interrogeant sur ses amnésies? Son psychologue lui avait recommandé plusieurs exercices de mémoire afin de savoir si sa maladie évoluait ou non. Certes la perte de mémoire fréquente s’avérait dangereuse, et ce symptôme l’inquiétait un peu plus de jour en jour. Le gamin commença à faire des bulles avec sa bouche, trop bien endormi pour la position de sa mère. Kassie lui chuchota une petite berceuse, tandis qu’elle continuait de chercher le chemin du retour.

Au loin, cette petite adolescente à la longue chevelure blanche jetée sur une épaule de côté continuait de porter sa charge. Après une demi-heure, ses bras commencèrent à trembler visiblement. Ses mains ressaisissaient constamment les jambes de l’enfant qui commençait à glisser en direction de ses lombaires. La jeune adolescente tenta de réveiller son loir favori, mais il était déjà plongé dans un sommeil des plus profonds.
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Aiden Ford
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MessageSujet: Re: Oiseaux de nuit [Libre]   Dim 28 Déc - 0:12

« Tout ça ?! » dit-il en se saisissant du gros sac plastique qui pesait son poids. Peu importe combien il pesait, il finit par rejoindre les autres au bras de son nouveau propriétaire, qui à peine ressorti du hall de l'immeuble inspectait déjà son contenu. La dernière fois qu'il avait accepté quelque chose sans en vérifier le contenu, il avait fini en prison. Mais là, il connaissait ce qui était sensé être dans ce sac. Même si en réalité, il s'était encore fait duper, en quelque sorte.

Dans ce sac, il devait y avoir tout le courrier qu'Aiden était sensé avoir reçu dans son ancien appartement depuis six mois, mais il y avait plus de pub que de véritable courrier. Quel enflure ce proprio. Nan mais franchement, pourquoi garder la pub en plus du vrai courrier ? Et il pesait une tonne ce sac, à tout les coups il y avait des lettres super importantes perdues entre les prospectus, du coup hors de question de le jeter à la première poubelle qu'il croisait sur son chemin. En plus il avait jamais reçu de pubs chez lui avant d'aller en prison, alors pourquoi il en avait plein maintenant ? Depuis quand on livrait des trucs à Mutant Town d'ailleurs ?

Parce que oui, Aiden était à Mutant Town. Ça allait faire un peu plus de six mois qu'il y avait pas mit les pieds, ça lui avait manqué alors il avait été y faire un tour. Il s'était dit « Tiens, pour une fois que je suis à New York, autant en profiter ! ». C'est vrai qu'il n'était pas sorti de l'Institut depuis qu'il y était arrivé, mais il avait des courses à faire. Oui, Noël approchait, comme l'indiquaient si subtilement les rediffusions de films que tous avaient déjà vu une centaine de fois et les décorations lumineuses qui emplissaient les rues. Du coup, Aiden était en ville. Sa mission ? Acheter de quoi préparer un gâteau de Noël pour pouvoir ensuite le réaliser avec Ninon. Elle voulait faire une bûche de Noël au nutella. C'était une bonne idée, si on oubliait le fait qu'elle avait déjà gavé l'Institut entier de chocolat pendant deux mois et demi. Mais Aiden adorait le chocolat, tout comme Ninon, et avait bien envie de faire une bûche, comme Ninon. Du coup il s'était dévoué pour faire les courses, qu'il avait eu le droit d'aller faire après avoir demandé l'autorisation au préalable, à la fois à son agent de probation au BAM et à son référent à l’Institut. En plus, avec les deux grands machins qui lui servaient d'ailes qu'il avait dans le dos, il n'en avait pas eu pour longtemps, vu qu'il gagnait du temps de trajet entre l’arrêt de bus et le magasin.

Oui, il était venu en bus. Au début il voulait y aller en volant, pour gagner du temps, mais il avait sous-estimé la longueur du trajet. Heureusement il avait eu la bonne idée d’atterrir directement à l'arrêt de bus, à partir duquel il avait effectué un trajet tout à fait normal jusqu'à la ville. Une fois là-bas, il avait fait plusieurs petits magasins, et pas une grande surface, parce qu'il n'aimait pas trop les supermarchés. Trop de monde et les employés étaient trop énervants si jamais Aiden cassait des objets avec ses ailes. Dans les petits magasins, il n'avait qu'a s'excuser et à rembourser, ou à s'enfuir si il n'avait pas les moyens, ou pas envie.

Enfin bref, tout ça pour raconter qu'Aiden avait fait le déplacement jusqu'à New York et qu'une fois ses emplettes terminées, il avait été prit d'un coup de nostalgie et était parti faire un tour à Mutant Town, et en avait profité pour récupérer l'éventuel courrier qui lui serait parvenu pendant son séjour derrière les barreaux. Et son ancien propriétaire, comme si il trouvait qu'Aiden n'était pas assez chargé avec tous ses sacs de courses lui avait en plus de son courrier refilé pleins de publicités. Il se dirigeait donc vers la sortie de l'immeuble, le nez dans ce sac en plastique, à inspecter, voir si il n'y avait pas une lettre pour lui. Une fois dans la rue, c'était la même chose, sauf qu'il fini par regarder où il allait pile au dernier moment.

« Héé ! Fait attention ! » dit-il par réflexe.

Elle surgit devant lui, par en dessous, une boule beige très clair, voire blanc. Il ne comprit pas tout ce suite ce que c'était, mais une fois la tête concentrée à autre chose qu'a inspecter ce qui se trouvait dans son gros sac, il put consacrer plus d'attention à ce qu'il avait faillit percuter. A mieux y regarder, c'était une petite tête blonde, qui appartenait à quelqu'un qui marchait bien bizarrement, d'où le fait qu'elle ait surgit par en dessous dans le champ de vision d'Aiden. Un enfant sur le dos, l'obstacle marchait en s'agenouillant, en touchant le sol d'un genou différent à chaque pas. C'était un exercice de muscu qu'Aiden avait déjà vu dans la prison. Oui ça faisait cliché les mecs qui s'entraînaient en prison, mais les clichés ça existe pour une raison. Enfin bref, il n'arrivait plus à se rappeler du nom de l'exercice de toute façon. Même si c'était un exercice efficace, il ne put s'empêcher de se moquer de la jeune femme qui portait un garçon en guise de sac à dos, ou de leste.

« J'espère que t'habite pas loin, sinon c'est pas en marchant comme ça que t'y arriveras de si tôt »

Hors-RP:
 

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Kassima Jaslyn
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MessageSujet: Re: Oiseaux de nuit [Libre]   Lun 29 Déc - 6:43

Élaborant une nouvelle technique de déplacement, Kassima priorisa le sommeil de son cher loir au profit de son inconfort grandissant. Certes elle découvrit qu’en se déplaçant en fentes basses, elle pouvait améliorer sa situation malgré l’allure ridicule. À la suite d’une cinquantaine de flexions, la jeune adolescente commença à déposer un genou sur le sol à la fois – ce qui lui permettait d’arquer son bassin et de remonter son fils adoptif vers ses épaules. Toutefois, quelqu’un de très chargé lui adressa la parole. Stupéfaite, elle se redressa d’un bond en resserrant son emprise sur les jambes d’Al.  Ce fut à ce moment que la moquerie jaillit comme si cet homme savait ce que c’était de porter un tel poids sur son propre dos. Même, le simple fait de rire d’une mère tentant de supporter son enfant –  quelle absence de compassion. Il fallait bien un homme pour ridiculiser une situation sérieuse, et ce dégoût de l’autre sexe ne savait que se renforcir chez la jeune femme. Ce sentiment n’était toutefois pas spécifique à l’Américain rencontré, mais généralisé envers tous ses représentants. Dans un geste trop pressé de se déplacer, la ballerine tomba sur son genou droit avec force. Le tissu, l’épiderme se fendirent au contact de l’asphalte.

La chute de Kassie entraîna celle de l’enfant qui atterrit doucement contre son dos, les pieds sur le trottoir en tirant le manteau rose de sa mère avec lui. Le gamin ébouriffa sa tignasse, s’étirant avec des bâillements puissants. Il frotta ses paupières, ses tempes, ses lèvres. Il posa ses yeux gris sur l’étranger, et devint aussi immobile qu’une statue. Même son souffle sembla s’arrêter, son rythme devint si calme que cela inquiéta la femme. L’enfant découpa les ailes du regard en penchant la tête des deux côtés. Il semblait autant terrifié que séduit. Des tremblements agitaient ses petits doigts tels qu’un pianiste cherchant les notes de la prochaine portée. Agrippant la main délicate de Kassima, Al’ tira sur cette dernière avec un sourire serein.


« Mamma, mamma! »

La jeune femme se releva avec grâce au cœur de sa malchance. Ses gestes avaient une fluidité extrême comme si rien ne l’atteignait. À son genou droit, ses bas de nylon déchirés montraient un grand ovale rougeâtre se divisant en petites traînées miroitantes sur son tibia. Kassima dut repousser de longues boucles blanches derrière son épaule afin de mieux observer son fils. Réveillé, il pinçait des lèvres en ne quittant pas le grand homme ailé des yeux.  Al’ avait de grands yeux gris, tellement immenses que leur teinte délivrait l’entièreté de leur malice d’un simple échange visuel. Ses petites mains basanées se crispèrent sur la veste rose de Kassie qui palpait chaque membre du gamin. Le contact ses paumes sur ses habits d’hiver le rassura, et détendit ses craintes. Sa mère possédait un air inquiet, respirant vite et posant ses mains sur les joues roses du petit qui avait désormais un faciès empreint de curiosité.

« Es-tu tombé? As-tu mal? Al’? Alfonsio? »
« M’ma, serait-ce la cicogna? Il a plein de sacs. Dîtes, Monsieur, est-ce qu’ils sont remplis de bébés? »

Elle libéra un sourire des plus doux, heureuse d’apprendre que son protégé n’avait aucune injure. Caressant son front, elle reprit :
« Al’, ce n’est pas poli! Veuillez nous excuser… Je ne suis ni forte ni alerte ce soir. » adressa Kassie en tournant son visage en direction de l’inconnu.

Les faits frappèrent la jeune mère qui recula d’un pas instinctivement. Une pause s’instaura dans la douceur inégalée de leur soirée, et les nuages semblèrent s’alourdir. Portant encore une robe noire en coton, de celles qu’elle adorait mettre pour ses répétitions, soit dix heures par jour six fois par semaine, Kassie reprit sa veste des mains d’Al. Elle dénoua son foulard à rayures pour en couvrir les épaules de son fils adoptif. Espérant camoufler le trouble qu’elle ressentait, Kassima reproduisit la même séquence gestuelle qu’Al. Le seul point différent demeurait l’absence de la peur : il en résultait un malaise terrible, une douleur spontanée, une tristesse bien trop évidente. Une inspiration longue se produisit suivi d’une expiration des plus lentes et contrôlées.  N’osant s’exprimer, question de dire des paroles déplacées et indiscrètes, Kassie préféra le silence.  Au sein d’un réflexe naturel, la jeune femme se plaça à côté de son gamin à la même hauteur. Le surprenant en le saisissant dans ses bras, contre son torse frêle, Al’ tira sur les boucles rebelles de sa mère en tournant sa petite tête vers l’inconnu. Quelque chose clochait avec les traits détendus de l’enfant comme si les excroissances de l’homme ne l’incommodaient guère. Il n’y avait qu’une simplicité riche d’interrogations dans son visage. Certes la fatigue ne l’avait pas quitté. L’enfant étouffa du revers de sa main un grand bâillement.


« Mamma, dit, es-tu encore perdu? Et ton téléphone? »
« Tu le sais très bien, piccino tesoro. »
formula-t-elle mécaniquement en ne détournant pas son regard du nouvel élément qui ornait leur promenade. Cet air biaisé entre froideur et détresse ne la quittait pas. C’était autant saisissant que surprenant, de voir deux êtres humains être autant sensibles à la simple arrivée d’un mutant – malgré toute la médiatisation sur le sujet depuis les dernières décennies.

« Bah, j’ai le mien! »
« Al’, tes excuses. »


Les mains fines de l’étrangère s’ouvrirent pour redéposer le gamin sur l’asphalte. Lors dudit mouvement, ses doigts s’arquèrent vers l’intérieur – index relevés. Cet excès de délicatesse n’était pas un attribut que toutes les femmes montraient, seuls ceux des artistes dont le corps représente leur canevas.  Kassie se releva, rejetant une natte lourde et infinie derrière son épaule. À partir de cet instant, un flocon de neige vint fondre sur la tempe de la ballerine. Détournant ses yeux vers les cieux chargés de nuages, quelques averses blanchâtres  s’éparpillèrent sur les entrées des domiciles. Il ne suffit qu’un aller-retour à ses iris violacés entre la neige et les plumes pour l’ébranler.

Flashback:
 


« Signore, heu M’sieur, je vous présente mes plus plates excuses. » tenta de formuler sur un ton orgueilleux le jeune gamin. Il baissa son thorax vers l’avant dans une courbette pour appuyer ses bonnes intentions. Son ton affirmait un accent européen très prononcé, malgré un accent anglais refoulé. Il babilla quelques phrases sans réussir à clarifier ses mots : certains issus de l’anglais, d’autres de l’italien ou même du malais. « Je suis maladroit avec les mots. Est-ce que j’dois vous serrer la main comme un vrai Américain? » finit-il avec un sourire crevé d'enthousiasme.

Kassima regardait désormais un carreau, perdue dans un vide étrange, depuis quelques minutes. Son teint pâlissait à vue d’œil, mais ses lèvres demeuraient closes et fermes. Ses extrémités tremblaient comme si elle avait aperçu un fantôme dans ce paysage perlé de blanc. Lorsque son faciès se retourna, ce dernier était constellé de larmes à la fois douloureuses et silencieuses. Une tristesse sans nom habitait ces traits, un peu asiatiques et un peu italiens, un symbole unique. Enfin, la jeune mère déglutit. Sans un mot de plus, sans un mot de trop, elle prit la main de son fils en prenant soin d'abaisser son visage et de le recouvrir de ses boucles blanches. Un léger mouvement, à peine visible, lui intima le moment de leur départ. Essayant d'inciter le gamin à partir, Al' refusa en se plantant dans le sol, bien trop curieux de pouvoir entamer un dialogue avec un vrai Américain. Il tira sur sa robe puis son manteau, mais ne levant jamais son petit minois assez haut afin de noter l'état de sa mère. Toutefois, Al' rencontra l'éraflure à son genou droit. Simulant un sourire paisible malgré ses pleurs, la ballerine tenta de dissimuler cette peine soudaine et étrange.
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Aiden Ford
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MessageSujet: Re: Oiseaux de nuit [Libre]   Dim 4 Jan - 21:22

A la remarque d'Aiden, la jeune femme aux cheveux blancs s'arrêta net, laissant son fils-sac-à-dos/leste descendre de son dos. Garçon qui le regarda comme tous les autres lorsqu'ils croisaient Aiden pour la première fois ; parce qu'il fixait plus les ailes que leur propriétaire, s'immobilisant en un instant. Sa mère fit un rapide diagnostique de de l'enfant, posant ses mains partout sur lui, lui posant plein de questions.

« Haha, non, je n'suis pas la cigogne, j'ai aucun enfant dans mes sacs non plus ! » répondit-il au garçon en riant

C'était la première fois qu'on la lui faisait, celle de la cigogne. Bon, il avait eu du mal à comprendre le «Cicogna» mais ça ressemblait plutôt pas mal au mot correspondant dans la bonne langue, mais on ne lui avait jamais demandé si c'était lui que déposait des enfants dans les maisons des gens. On l'avait appelé avec beaucoup de noms d'oiseaux, de la poule mouillée quand il était à l'orphelinat (surtout quand il était sous la douche) à Birdy plus récemment à l'Institut (même si ça lui évoquait plus la chanteuse anglaise que la version mignonne du mot Bird). Il avait le mérite d'être inventif cet enfant, et cela se voyait dans ses grands yeux gris espiègles.
Mais malgré la réaction positive d'Aiden, la mère du petit garçon s'excusa, en tournant la tête pour observer celui à qui elle s'adressait pour la première fois (d'où les excuses en fait, puisqu'elle n'avait pas du comprendre le pourquoi de la question de son enfant). Les deux adultes furent surpris lorsqu'ils s'aperçurent mutuellement. La jeune femme par les ailes d'Aiden (comme d'habitude) et ce dernier par l'âge de celle qu'il avait manqué de percuter. Elle paraissait bien jeune pour avoir un fils aussi âgé. Il devait avoir six, ou sept ans, mais elle ne paraissait pas avoir dépassé la barre des vingt ans. Elle était tombée enceinte à quelle âge ? Vers treize ans, d'après les calculs de l'oiseau ? Ça faisait quand même vachement jeune, si ça se trouve elle était passée dans une de ces émissions de télé-réalité où l'on suit la vie de jeunes adolescentes tombées enceintes. Si ça avait été le cas, Aiden ne l'y aurait sûrement pas vu, lui qui détestait cette émission.

Il fallut qu'il se mette à neiger pour extraire Aiden de ses pensées, alors que des flocons virent passer devant ses yeux. Flocons qui ne tiendraient pas, vu la température alors loin d'être assez glaciale pour leur permettre de survivre une fois atterris. Alors, le petit garçon s'excusa en plusieurs langues mais en une seule phrase. L'oiseau reconnut de l'anglais, de l'italien et une troisième langue bien trop exotique à Aiden pour qu'il puisse en déceler une simple idée de sa provenance, mais ne parlant qu'un seul de ces trois idiomes, il ne put vraiment comprendre ce que dit l'enfant, qui agrémenta tout son charabia d'une belle courbette. Mais le jeune garçon se rattrapa sur une deuxième phrase, que son interlocuteur presque exclusivement anglophone put comprendre après quelques instants d'analyse sur les mots qui n'étaient pas dits en anglais, en réfléchissant avec la même logique qu'avec un texte à trous. La question était donc la suivante: faut-il ou ne faut-il pas lui serrer la main ? A défaut d'être vraiment cruciale, elle relevait d'une naïveté touchante chez le petit garçon. Aiden décida donc de jouer le jeu.

« Oui, absolument mon garçon ! » dit-il donc, tout sourire, en serrant doucement mais en secouant de haut en bas un peu ridiculement la main du garçon.

Ils rirent un peu ensemble lorsque la mère intima au fils qu'il était temps de partir, tandis que celui-ci refusait de bouger d'un pouce. Levant la tête vers la femme, Aiden vit sous l'éclairage des quelques lampadaires les quelques larmes qui coulaient sans un bruit sur ses joues, malgré les épaisses boucles blanches qui masquaient son front et ses yeux. Lui souriant, elle essayait tant bien que mal de foutre le camp. Face à la détresse inexpliquée de la jeune fille, Aiden se sentait bien mal à l'aise, comme toujours face à une femme en larme.

« Excuse moi, tout va bien ? T'as besoin d'aide pour quelque chose, que je te raccompagne chez toi peut-être ? C'est pas le quartier le plus sûr de New York ici tu sais... »

Il avait commencé par une question débile, comme toujours: bien-sur qu'elle n'allait pas bien, elle pleurait ! Mais il était vrai que ce quartier, il ne le recommandait pas à une jeune femme seulement accompagnée de son jeune fils, même en le portant en guise de sac à dos pour se protéger d'éventuels tirs d'arme à feu en provenance de derrière. En tout cas c'était la première fois qu'il faisait pleurer quelqu'un avec sa paire d'aile, d'habitude les gens étaient surpris, parfois ne comprenaient pas, criant au mensonge, parfois ils étaient agressif envers le mutant, mais jamais il n'avait fait pleurer quelqu'un juste comme ça, à la vue de deux membres mutants recouverts de plumes beiges.

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Kassima Jaslyn
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MessageSujet: Re: Oiseaux de nuit [Libre]   Sam 17 Jan - 17:07

« Vous lui ressemblez. Elle… », et la jeune mère s’interrompit en croisant du regard l’Américain. Réalisant que sa réponse n’avait aucune logique au cœur de la discussion, elle renforça son sourire. Le gamin, fier de sa première poignée de main, bomba le torse sous sa veste d’hiver. Il réchauffa ses mitaines avec son haleine de lait aux fraises. Les boucles rebelles de l’adolescente furent rejetées derrière ses oreilles. Ses mains délicates prirent un mouchoir rose. Elle effaça les perles humides de ses deux tempes, aussi lourdes qu’éphémères. C’est alors que la toux revint, tant virulente que sanglante. La jeune fille toussa, d’une intonation creuse et grasse. L’hémoglobine fut absorbée par le tissu, inconnue des yeux chastes de l’enfant. Trois coups furent suffisants pour ébranler la jeune mère qui replia le tissu d’un geste faste. Quelques filaments frais coloraient les commissures de ses lèvres d’un rouge violent.

« Nous sommes perdus. Nous vivons près de l’American Ballet Theater. »

La voix de l'adolescente portait un accent des plus singuliers: un signe exotique, mais impossible à classifier dans une seule nationalité. Le gamin se tourna vers sa mère, les mains tirant sur son bas de nylon déchiré au genou droit. Il sentit que son geste déplaisait à cette dernière, et il s’arrêta aussitôt. Sa Mamma lui jetait cette allure suspicieuse sur le prochain mauvais coup qu’il mijotait dans son petit crâne malicieux. Kassima étouffa un rire bref à l’idée de leur échange visuel. Certes l’enfant s’approcha de l’homme, et à peine aussi grand que sa taille le petit dégageait plus de caractère qu’un jeune adolescent en pleine rébellion. Ses bras s’ouvrirent de chaque côté du trottoir, et il engagea d’une voix remplie d’orgueil et de fierté :

« Nous pouvons t’aider avec tes sacs… Je suis d’accord pour prendre la moitié! Maintenant qu’j’suis un vrai Américain! »
« Je vous présente Alfonsio Lamoureux. » enrichit la jeune mère d’une voix paisible en mettant les mains à l’intérieur de ses poches. Elle semblait sereine, altérée comme si rien ne pouvait l’atteindre. Le gamin tira sur la veste de sa mère en grimaçant.

« Juste Al’, s’il-te-plaît. Ça sonne trop italien, A-L-F-O-N-S-I-O!  »Réitéra le gamin en secouant ses cheveux en bataille d’un blond châtain. Il prit la main de Kassima, en embrassa le revers puis déposa ses yeux sur l’homme. Libérant la paume de sa mère, Al’ revint aux côtés de l’étranger, en fit le tour pour affirmer sa curiosité aussi naïve qu’urgente. Il bondit pour revenir face aux adultes, et sa mère lui intima de revenir près d’elle en lui tendant sa main. Le gamin la saisit, comme tout enfant le sentait lorsque sa figure maternelle lui demandait. La ballerine laissa un silence les accueillir. Elle redoubla l’offre de prendre des charges elle-même si l’Américain en avait le souhait. Un simple geste en tendant ses avant-bras suffit à le confirmer.

« Plus tard, je serai un mutant! Et je contrôlerai toutes les crottes de nez de New York! »


Plaquant une main sur son front, la jeune fille leva les yeux vers le ciel en libérant un long soupir de ses lèvres charnues. Un rire la saisit devant le numéro de son fils adoptif, adorant ses aptitudes à monter des numéros humoristiques tous les quarts d’heure. Certes son incapacité à garder un secret vieillissait au fil des jours avec lui. L’adolescente caressa du bout des doigts la tête d’Alfonsio. Le petit couple de blondinets exhalait une ressemblance étonnante, sans compter la douce harmonie que leur relation dégageait. Ils avaient cette atmosphère calme que peu de New Yorkais apportaient. La rupture du stress, la délicatesse, la saveur de connaître la préciosité du présent à vivre.  

« Avez-vous des enfants? », lâcha la jeune femme en tournant sa tête en direction de l’inconnu. L’une des premières interrogations les plus faciles à introduire envers autrui. Une curiosité qui pouvait peut-être sembler déplacée, mais destinée à vouloir engager une conversation. Et cela se produisait rarement – tel qu’en témoignait la surprise du petit garçon qui releva ses sourcils en ouvrant sa bouche. La ballerine ne possédait pas beaucoup d’aptitudes sociales : pratiquer la danse plus de dix heures par jour ne lui en laissait guère l’occasion. De plus, elle préférait se concentrer sur l’éducation d’Al et sa carrière que de fréquenter sur une base régulière un cercle d’amis trop large pour son emploi du temps. Toutes ses relations étaient à longue distance, de ses amies d’enfance à l’oncle d’Al. Son manager s’emportait à chaque semaine : il prévoyait des séances photographiques, des tournages vidéo, des centaines de projets pour remplir la carrière de la danseuse étoile. Or, à l’agenda, la mort l’attendait dans deux ans et quelques jours. Chaque jour lui était plus précieux que quiconque pour apprécier la présence de son fils adoptif. Elle se dévouait de plus en plus à son nouvel art : celui d’être mère. Sa vie passait avant la sienne, et malgré son jeune âge, Kassie construisait un petit bonheur avec ce jeune garçon excentrique pour apaiser son âme.

« Ouais, bah monsieur, vous avez l’air sympa! Même mes camarades de classe ont l’air – euh, attendez! Quel est ce mot déjà? Mamma! Ah, oui! Droit! Non, euh froid! »

La toux de l’adolescente revint à cet instant. Elle se détourna, prise d’une quinte des plus étranges. Elle saisit son mouchoir juste à temps pour recouvrir sa bouche qui se colora de rouge. Penchée vers l’avant, des bruits de déglutition apparurent. Alfonsio cessa de faire la conversation, et demeura figé à la réaction de sa mère. Cette dernière se redressa à peine une minute plus tard, mais le bas de son visage témoignait l’étrangeté de son symptôme. Recouvert de liquide rouge, son mouchoir à main l’était tout autant. Les passants de l’autre côté de la rue exprimèrent des exclamations de dégoût. La jeune femme qui voyait toujours clair regarda ses paumes violentées de son propre sang régurgité. Stupéfaite par l’événement, elle s’obstina à tourner le dos à son fils dont l’inquiétude se multipliait au fil des secondes. Al’ observa les manches rouges de sa mère puis ses paumes. Kassie avait eu deux transfusions de sang cette semaine, toutes deux prescrites par son médecin. Inconsciente de son propre pouvoir mutant, elle ignorait que ce surplus de sang étranger ne fusionnait pas au sien. Il était éjecté par toutes les voies possibles de son organisme pour éliminer les risques d’infection.

Sa respiration devint plus rapide, mais elle tenta de rester maîtresse d’elle-même. Le tissu imbibé de sang embrassa l’asphalte parsemé de flocons. L’enfant le reprit pour le redonner à sa mère, mais sa petite paume fut colorée de rouge. Il tendit le foulard rayé géant dont sa mère l’avait habillé à cette dernière. Kassima demeura figée, intimidée par la présence d’un étranger et le fait d’être recouverte de son propre sang devant son fils. Les grands yeux gris de l’enfant devinrent glacés. Il laissa le vêtement tomber sur le sol, et prit la fuite. Pour la première fois de sa vie, le gamin fuyait sa propre mère. Et se précipiter dans la rue fut son idée brillante. Kassie eut pour instinct de se jeter à sa poursuite. Ils ne s’éloignèrent pas plus de cinq mètres. Rattraper un enfant de six ans demeurait facile, mais ce sentiment noir qui l’habitait à la réaction de son fils la brisait au sein d’un silence insupportable.
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