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 Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]

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Alice Rigby
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MessageSujet: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Ven 19 Sep - 16:08

La nuit avait posé son voile sur la grosse pomme. Les rues se faisaient désertes sauf là où l'animation battait son plein. Les bars étaient animés par quelques fous bravant le noir et n'ayant crainte des conséquences de cette sortie sur leur journée du lendemain, et les boîtes de nuits affichaient complet presque à chaque coin de rue. C'était un samedi soir ordinaire pour bien des habitants de la ville qui ne dort jamais et déjà l'alcool faisait son petit effet sur quelques têtes, embrouillant les pensées, faisant resurgir les pires cauchemars ou poussant les gens à faire des choses qu'ils ne se seraient jamais crus capable. Le bruit qui ressortait de cette euphorie était une cacophonie de cris, de rires, de pleurs ou même d'insultes. Passer son chemin à travers cette foule revenait à rencontrer les problèmes de chacun et partager leurs émotions. C'était se glisser dans leur vie l'espace d'un court instant pour, peut être, entendre un nom, une grande nouvelle ou se faire insulter gratuitement.

Alice s'était glissée dans cette ambiance. Étaient-ce ses propres souvenirs qui l'avaient conduire ici ou bien ceux d'un autre. Elle ne savait plus. Elle n'en avait plus la moindre idée. Le pop art café et son ambiance aussi jeune que branchée lui avait ouvert les portes plus que chaleureusement. Certains l'avaient salué alors qu'elle peinait à se souvenir de son propre prénom. Les informations qu'elle recevaient ne se classaient plus. Tel un disque dur qui disjoncte ou une bibliothèque qui s'effondre toutes les informations qui se trouvaient dans la tête d'Alice se mélangeaient et elle ne savait plus ce qu'elle avait vécu et ce qui avait été vécu par d'autre. Une véritable soupe où chaque vermicelle nous échappait du bout de la cuillère. Et pourtant, c'était bien elle qui était venue ici. Elle le sentait au plus profond d'elle même et le simple fait qu'on puisse la saluer et prendre de ses nouvelles l'aidait à se retrouver.

Elle portait un sweat à capuche gris. Ses longs cheveux blonds n'avaient pas été coiffés depuis un certain temps, créant sur sa tête une véritable crinière désorganisée qui lui donnait un air aussi sauvage qu'elle pouvait l'être ce derniers temps. Son maquillage semblait dater de plusieurs jours, comme si elle ne trouvait plus la simple force d'exécuter ce geste qui avait été quotidien. Un jean couvrait ses jambes, soulignant la maigreur d'un corps déjà svelte à la base. Enfin, elle avait abandonné ses talons pour des bottines à clous de style motard, bien plus pratique si une course devait avoir lieu. Cependant, là où la jeune fille était méconnaissable, c'était dans son attitude. Outre sa maigreur qui laissait penser qu'elle ne prenait plus le temps de manger ses 3 repas par jour, elle avait le regard fuyant et se tenait toujours en retrait. Tous ceux qui étaient présents auraient jurés qu'elle était une fille qui se plaçait sur le devant de la scène et qui s'assumait plus que de raison. Et pourtant, la peur se lisait dans un regard qui ne rencontrait jamais celui des autres. Elle ne pouvait plus les regarder. Pas apres ce qu'elle avait fait à ce jeune homme à San Francisco.

La musique commença et elle se surpris à en reconnaître l'air, les paroles et même les doigtés du guitariste. Elle connaissait ce morceau, et pour cause, c'était le sien. Elle mît plusieurs minutes avant de pouvoir remettre un nom sur chacun des musicien mais ne pût identifier la chanteuse. Cette garce avait mis le grappin sur ses amis, son groupe, sa musique... Et le pire, c'est qu'elle chantait mal. Elle commença à bouillir de l'intérieur et fini son verre avec empressement avant de tourner les talons. Elle ne pouvait en vouloir aux quatre garçons d'avoir poursuivi leur route, mais elle savait qu'elle était tout bonnement irremplaçable.

Alors qu'elle se dirigeait vers la sortie, son pouvoir la trahit de nouveau. L'état de faiblesse dans lequel elle se mettait provoquait cela de manière plus fréquente à chaque fois. Elle n'était alors soudainement plus dans le Pop Art Café. C'était un autre bar. Le Blood Orchid. Et Matthew Coffin était là, finissant son compte au dernier des salauds qui se tenait à sa table. Elle ne bougeait pas et se contentait d'observer. Les corps sans vie encore chaud de ces hommes. Le sang qui avait giclé sur les murs de l'habitacle. Et Coffin qui s'avançait droit sur elle...

Elle eut un vertige, se rattrapant sur un homme qui se tenait là.
« Ça va, princesse? Tu veux qu'on aille ailleurs? » Sans réfléchir, elle hocha la tête et se laissa conduire à l'extérieur. C'était une ruelle qui faisait l'arrière du bar. Discrète, et peu fréquentée. Alice s'appuya au grillage qui se trouvait contre les poubelles et reprit son souffle. Les nausées lui passèrent autant que les vertiges, mais elle savait que ce n'était que provisoire. « Merci... » « Pas de quoi... Tu devrais rentrer chez toi te reposer Barbie. Je peux t'appeler un taxi si tu veux... » « Non... Ça ira... » Sa voix était dure, sans appel possible. Son sauveur du moment ne chercha pas plus loin et retourna dans le bar. Elle resta un moment immobile, attendant que ses pensées retrouvent un minimum d'ordre. Puis, elle tenta de reprendre sa route. Mais au moment où elle leva les yeux, elle vit cet homme qui voyageait dans ses cauchemars, l'empêchant de dormir. Elle blêmit avant d'avoir un mouvement de recul qui la fit tomber contre la poubelle dans un grand bruit. Elle retint un hurlement avant de se rendre compte que cette image n'était que pure invention de son cerveau. Alors, assise au fond de cette ruelle, elle se mît à pleurer. « Sors de ma tête... Je suis désolée, je voulais pas faire ça... Mais laisse moi tranquille... »

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Abraham Blackwood
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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Dim 21 Sep - 14:10


Samedi 23 Août 2014, 23:02 UTC, Times Square et ses alentours
Manhattan, New-York, USA

Abraham sortait de l’une des nombreuses salles de théâtre à proximité de Times Square, tenant la porte à la jeune femme qu’il accompagnait et qui le remercia en souriant. Sentant qu’une autre main retenait cette même porte, il se tourna brièvement et d’un commun accord, signé d’un léger acquiescement, avec l’homme derrière lui, la relâcha. Il fit les quelques pas qui le séparait de Sasha, cette dernière attendant à l’écart de la foule qui sortait. Il lui offrit son bras et elle s’y accrocha avec amusement.

« Elle t’a plu ?
- La pièce ? Oui, beaucoup. C’était drôle et amusant. Tu sens que les comédiens prennent plaisir à la jouer et c’est agréable à voir. Je pense que je vais surveiller leurs prochaines représentations.
- Tant mieux ! Tu m’en voies ravie ! Déjà que je te traîne ici parce que Jill m’a lâché au dernier moment, je craignais que tu t’ennuies …
- Ne t’en fais pas pour moi, tu sais bien que j’adore t’accompagner et puis, je t’aurais dit non dès le début si cela ne m’inspirait pas du tout.
- Oui mais tu as tendance à trop rendre service, je te connais.
- Admettons. répliqua-t-il en riant Mais là ce n’était pas le cas, tu pourras dire à ton amie qu’elle a raté quelque chose.
- J’y compte bien ! »

Ils se dirigèrent tranquillement vers l’une des rues où passait une quantité importante de taxis malgré l’heure avancée de la soirée. L’ancien soldat tendit son bras libre pour en interpeller un, sa carrure lui évitant de passer inaperçu dans ce genre de situation. Alors que l’un des véhicules jaunes s’approchait, l’infirmière reprit la parole.

« Et toi ? puis voyant l’air interrogatif de son ami Tu ne rentres pas en taxi ?
- Non. dit-il en secouant la tête en même temps Je fais faire un petit bout à pied … et selon mon état physique, j’aviserai.
- D’accord. Merci de m’avoir accompagné en tout cas.
- C’était avec plaisir et tu le sais très bien … »

Il ouvrit la porte du taxi et embrassa la tempe de Sasha avant de la laisser récupérer son bras. Elle lui rendit la marque d’affection avant d’entrer dans la voiture. Pendant qu’elle s’installait, il donnait son adresse au chauffeur et, connaissant à peu près le prix de la course, payait directement pour le trajet à venir, lui demandant de garder la monnaie mais de s’assurer qu’elle rentrait bien chez elle sans le moindre problème. L’homme, surpris, acquiesça tout de même et jeta un petit coup d’œil dans le rétro pour observer sa cliente.
Il recula et se pencha à la fenêtre arrière, souriant à son ami qui le lui rendait bien.

« Tu me préviens quand tu es rentrée ?
- Il ne me faudra pas si longtemps en taxi mais ça marche, un sms quand j’arrive.
- Impeccable. A plus tard alors ma belle …
- A bientôt ! »

Sans se départir de son sourire, il la regarda remonter la vitre et le chauffeur démarrer. Il agita la main pour lui rendre son salut avant de mémoriser la plaque. Il ne fallait jamais être trop prudent. S’étirant, il regarda autour de lui pour trouver la rue qui le ramènerait chez lui, à défaut d’être le plus rapidement possible, le plus directement. Trouvant celle qu’il cherchait, il commença à s’y engager, sortant son téléphone pour enregistrer dans un mémo les caractères qui composaient la plaque avant de le remettre à la même place.

Sa condition d’homme dégageant une assurance tranquille lui conférait au moins un avantage : celui d’être rarement emmerdé dans les ruelles parfois sordides qu’il empruntait. Il y avait toujours des exceptions mais globalement, jusqu’ici, il s’en sortait plutôt bien. C’est sans crainte particulière qu’il avait décidé de couper à travers l’une d’entre elles. De mémoire, certains bars y avaient une sortie, permettant aussi aux poubelles. Les fois précédentes où il était passé, il y avait peu de monde, des fumeurs ou certains qui vidaient le contenu de leur estomac. Ce soir semblait faire exception puisqu’il ne remarquait personne et que les seuls sons provenaient des bars.
Jusqu’au moment où, comme pour le faire mentir, un boucan du diable retentit, résonnant sans se soucier de réveiller les éventuels voisins. Par réflexe, il s’arrêta et son corps se tendit, prêt. Il attendit, ne sachant réellement de quoi il s’agissait, s’attendant à voir un animal en quête d’un repas. Mais rien ne s’aventura à la lueur du chiche éclairage. Alors il s’avança, prudemment, au cas où. Il vit les bottines à clous qui dépassaient avant d’en voir leur propriétaire. Et elle n’en menait pas large. Elle semblait flotter dans ce sweat gris trop grand pour elle et à la tignasse broussailleuse qu’elle arborait, la brosse ne se présentait pas comme sa meilleure amie. Il soupira doucement en se disant qu’elle était une paumée de plus dans cette ville. Mais qui qu’elle soit, il ne pouvait pas la laisser rester seule ici, dans cet état. Il s’accroupit devant elle.

« Mademoiselle ? »

Aucune réponse hormis ses pleurs qui se poursuivaient. Il se gratta la nuque, réfléchissant à la meilleure chose à faire. Il ne pouvait pas non plus l’emmener de force … il gardait cette idée en dernier recours. Il retenta de nouveau.

« Mademoiselle ? Vous ne pouvez pas rester là comme ça … vous avez quelque part où aller ? Quelqu’un peut venir vous chercher ? »

Peut-être sortait-elle d’une soirée qui avait mal finie et que, si elle était accompagnée, les autres n’étaient pas dans un meilleur état que le sien. Il se demandait si elle avait l’alcool triste quand il entendit, entre deux sanglots, des excuses et une demande d’être laissée tranquille. Etait-ce à lui qu’elle s’adressait ? Ou à quelqu’un qui n’était là que pour elle ? Il n’en savait rien.
En l’absence de réponses pour toutes les questions, il décida d’appeler un taxi. A croire que c’était la soirée. Il se redressa et s’éloigna de quelques mètres le temps de passer l’appel, indiquant le nom de la rue sur laquelle débouchait cette ruelle. Puis il revint à ses côtés, s’accroupissant de nouveau pour être à sa hauteur. La tête baissée, il n’avait toujours pas vu son visage. Fouillant une poche de sa veste, il trouva un paquet de mouchoirs. Il en sortit un avant de le lui tendre doucement. Il ne voulait pas l’effrayer plus que de mesure.

« Tenez, prenez-le … Vous ne voulez pas me dire ce qui ne va pas ? Je peux vous aider peut-être ? »

Sans avoir vu les traits de son visage, il lui était difficile d’estimer son âge mais elle ne lui paraissait pas bien vieille. Il ne pouvait pas détourner les yeux et partir comme si de rien était. Ce n’était même pas dans l’ordre de l’envisageable.

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Alice Rigby
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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Lun 6 Oct - 9:37

Elle n'avait pas conscience de sa présence. Perdue au milieu de souvenirs, elle ne percevait plus rien du monde qui l'entourait, de cette ruelle sombre et de tous les dangers qu'elle pouvait s'attirer. La tête baissée, elle essayait vainement de faire le tri et de supprimer certaines données de son cerveau. Mais au lieu de cela, elle naviguait à travers des souvenirs.

Elle frappait à une porte. Une jeune femme vit ouvrir et Alice lui offrait des fleurs. Puis, tout basculait vers un autre lieu, un autre instant.
Une scène de concert, une salle pleine à craquer qui se mouvait dans une harmonie parfaite tandis que les mains d'Alice s'accrochaient à son micro.
Une ruelle sombre. Un jeune homme qui fume. Un oracle. La police. La fuite.
Une salle de réunion. Une poignée de main franche, une signature et un nouveau contrat.
Un centre commercial. Une robe qui lui allait à merveille. Christopher Witman qui l'entraîne à l'écart. Une sortie théâtrale.
Des parents attentionnés qui lui offrent des clés de voiture. C'était la dernière fois qu'elle les voyait.
D'autres parents, différents, qui prenait sa guitare et qui la fracassait contre le sol, le regard empli de haine.
Puis, le regard vide de tous ces gens. Tous ceux en qui elle avait lu, pour des raisons personnelles, pour l'argent, pour le plaisir, pour l'entraînement, pour se défendre. De ses propres parents à ses petits amis, du gorille qui lui interdit l'entrée à l'homme qui devient trop encombrant. Et celui de l'homme qui avait trop bu, qui fêtait son enterrement de vie de garçon et qui l'avait suivi dans la ruelle, là où elle pleurait pour essayer de profiter de ses faiblesses. Son regard vide de cette vie qu'elle lui avait entièrement supprimée.

La conscience revint peu à peu dans son corps tandis qu'on lui tendait un mouchoir bienveillant. Ses yeux s'écarquillèrent et, la peur aidant, elle bondit sur ses pieds, laissant son dos rencontrer de nouveau la poubelle dans un grand bruit. Son cœur eut un raté tandis qu'elle essayait de voir à qui elle avait affaire sans pour autant croiser une seule fois le regard de cet homme. [color#FF33FF]« Merde! Vous êtes qui? Non... En fait ne me le dites pas... Vous bossez pour eux? Vous allez me faire quoi? Je sais rien, j'te jure, fiches moi la paix... Ça vaut mieux pour tout le monde... »[/color] Tout en parlant, elle tentait de s'échapper du coin dans lequel elle s'était elle même coincée. Elle commença alors à contourner la poubelle mais ses forces et son équilibre précaires l'abandonnèrent et elle trébucha, se rattrapant sur le sol sale en s'écorchant les mains. Cependant, ce ne fut pas ce détail qui m'effrayait et la fit grimacer. Dans sa chute, cheveux et capuche tombèrent en arrière, libérant son visage et laissant ses yeux libres de croiser tout ce qu'ils souhaitaient. Lorsqu'elle réalisa le risque, elle ferma les paupières.« Non, Non, NON! Me regardes pas! Je veux pas... Je peux pas... J'y suis pour rien mais je veux pas faire du mal aux gens... » Sa respiration était courte et son front perlait de sueur et, d'un point de vue externe, il était claire que la jeune fille pouvait paraître en pleine crise de délire due à un excès de drogue, d'alcool ou les deux à la fois. Mais elle était sobre et n'importe quelle analyse sanguine pouvait le confirmer.

Elle commença à reculer, à moitié en rampant, à moitié en se traînant, les yeux toujours fermés. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle devait faire ou dire, n'avait personne à appeler et nul part où aller. Était-elle arrivée au bout de sa course? Sa vie allait-elle se terminer ce soir? Finalement, c'en était presque un soulagement.
« Alors c'est toi qui viens me buter? Ou bien tu m'as juste retrouvée et tu vas appeler tes potes à la rescousse pour qu'ils finissent le travail? Vas-y, j'suis prête... J'veux plus courir. J'sais même pas où J'vais et ce que je fais... J'ai plus rien alors éclates-toi mon pote! Mais magnes-toi parce que si j'ouvre ces putains d'yeux, pas sur que ce soit le bon cadavre qu'on retrouve sur le trottoir demain! » Elle se mît à rire de sa propre audace. De ce culot du dernier instant qu'elle avait. Puis, la peur n'étant plus là, ses forces finirent par la lâcher de nouveau et, dans un gémissement, elle se laissa aller sur le sol, perdue entre inconscient et attention.

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Abraham Blackwood
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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Sam 11 Oct - 9:14

Abraham ne savait pas si elle se tapait un mauvais délire, conscient ou non, mais quoi qu’il en soit, elle y était plutôt ancrée et elle ne semblait même pas avoir remarqué sa présence. S’adresser au mur ou aux poubelles contre lesquelles elle était aurait pu avoir plus d’effets. Accroupi, en équilibre sur la pointe des pieds, et le bras toujours tendu dans sa direction, il se demandait s’il allait garder la pose longtemps. Sans être inconfortable maintenant, ça n’allait pas le rester sur le long terme.

A croire qu’elle lisait ses pensées puisqu’à peine une seconde après, elle se redressait, reculait et se prenait de nouveau la poubelle dans un fracas similaire au précédent. Au moment où elle s’était relevée, il avait fait de même, récupérer son bras et fait deux pas en arrière. Il était prêt à l’aider mais pas à se prendre un coup involontaire pour autant. Il pouvait comprendre la surprise qu’elle éprouvait à le voir là si elle n’avait pas noté sa présence avant. Il s’apprêtait même à se présenter mais la suite le prit au dépourvu. Comment ça pour qui bossait-il ? Et pourquoi diable croyait-elle qu’il allait lui faire quelque chose ? Pourquoi jurer en disant qu’elle ne savait rien ?
Soit elle était bien enfoncée dans son trip, soit il lui manquait un certain nombre d’informations pour comprendre de quoi elle parlait. Sourcils perplexes, il ne savait pas s’il devait lui demander les détails pour tout saisir. Dubitatif, il la regardait tenter de s’éloigner alors qu’elle était dans un coin et qu’elle ne pouvait fuir qu’en lui passant devant. Il ne la retiendrait pas si elle le faisait mais il doutait qu’elle y arrive. Il tendit une main secourable quand il la vit perdre l’équilibre mais il fut trop lent cette fois-ci. Il grimaça en voyant la paume de ses mains râper le sol d’une propreté douteuse.

« Vous allez bien ? »

Sa capuche bascula et il put enfin voir son visage. Il avait supposé qu’elle ne devait pas être trop âgée, il ne s’était pas vraiment trompé. Il lui donnait la vingtaine. Elle était sans conteste jolie mais le maquillage n’apparaissait pas comme des plus frais. Etait-elle en train de planer depuis autant de temps ?  Il allait lui tendre la main pour l’aider à se redresser mais une nouvelle fois, elle réagit de façon improbable. Il haussa un sourcil.
Pourquoi ne devrait-il pas la regarder ? Elle n’était pas vraiment à son avantage actuellement. Admettons. Mais pourquoi dire qu’elle n’y était pour rien et qu’elle ne voulait pas blesser les autres ? Personne ne tuait d’un simple … regard. Sa réflexion mourut à cet instant. Si. Si elle était mutante et que son pouvoir était lié à ses yeux, d’une façon ou d’une autre, c’était possible. Cela expliquait qu’elle ait fui son regard depuis le début, la capuche pour la dissimuler et sa réaction actuelle. Même si cette dernière pouvait également être rendue plausible par la drogue. Ou l’alcool puisqu’ils étaient à l’arrière d’un bar.
Il soupira en la voyant reculer comme elle le pouvait. Elle pouvait également rester immobile. Il n’était pas cannibale, il n’allait pas la manger. Ni même lui faire quoi que ce soit de néfaste. A part lui réitérer sa proposition d’aide, il ne comptait pas aller plus loin que ça. Il était à deux doigts de lui expliquer quand elle sembla s’enfoncer dans son trip nocturne. Et si ce n’en était pas un, elle était dans les emmerdes. Il pouvait monter un certain nombre d’hypothèses à partir de ce qu’elle venait d’énoncer mais la menace et le rire qui suivirent l’empêchèrent de pousser plus loin. Sans compter son évanouissement. Il soupira de nouveau et s’approcha d’elle en secouant la tête doucement. Comment avait-elle pu se mettre dans cet état ? Qu’est-ce qui pouvait justifier ça ?

L’américain se baissa et ramena sa capuche sur sa tête, dissimulant de nouveau son visage. Puis il passa un bras sous ses genoux, l’autre dans son dos avant de se redresser et de la soulever aussi aisément que si elle avait été de plumes. Se téléporter aurait été plus simple et il regrettait d’avoir appelé un taxi. Il aurait très bien pu ne pas en tenir compte et se barrer mais s’il considérait les phares qui venaient d’apparaître au bout de la ruelle, il était trop tard. Tant pis.
Il se dirigea vers le véhicule, la demoiselle toujours dans les bras, et le chauffeur sortit en voyant l’étrange couple.

« C’est vous qui avez appelé ?
- Oui. Vous pouvez m’ouvrir la portière s’il vous plait ? puis voyant l’air soupçonneux, il reprit d’une voix plus froide C’est ma petite sœur, je la ramène à la maison. Vous voulez peut-être que je vous ramène notre livret de famille ? Ou qu’elle vomisse sur votre banquette arrière pour que vous compreniez pourquoi je la ramène ?
- Non !
- Alors ouvrez-moi cette portière. »


Même jour, un peu plus tard, Brooklyn, New-York, USA

Un drap sous le bras, il regarda l’inconnue qui semblait dormir sereinement dans son propre lit. Il ne savait pas encore dans quoi il s’était embarqué en la ramenant chez lui mais cette option lui avait semblé préférable entre la laisser dans la ruelle et l’emmener au poste de police où ils l’auraient collée en cellule de dégrisement.
Il ne s’était pas permis de toucher à ses vêtements mais il lui avait retiré ses chaussures qui étaient maintenant posées au pied du lit. Il s’était juste autorisé à nettoyer les plaies qu’elle avait sur les paumes suite à sa chute quand elle avait tenté de contourner les poubelles. Il lui lança un dernier coup d’œil et ferma la porte doucement en sortant de la chambre. Elle serait probablement perdue au réveil mais lui laisser un mot sur la table de nuit ne l’aiderait pas forcément à comprendre ou à rester calme. Il aviserait quand elle se réveillerait.

Il balança le drap sur le canapé, fit un détour par la salle de bain pour se changer avant de revenir dans le salon. Il s’étira puis s’affala sur le sofa. La nuit risquait d’être courte si elle se réveillant en sursaut en plein milieu. Heureusement qu’il n’était pas cardiaque.

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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Jeu 13 Nov - 8:11

Tout était flou. L’esprit de la jeune fille se perdait dans des endroits qu’il connaissait par cœur et qui pourtant lui semblait être inexplorés. Elle aurait préféré être défoncée, ne plus pouvoir contrôler quoi que ce soit et finir par tout oublier, comme cela lui était déjà arrivé. Mais ce n’était plus raisonnable et bien trop dangereux pour elle autant que pour les autres. Elle devait désormais rester consciente de ce qu’elle faisait, de là où elle posait son regard. Elle se faisait peur à elle-même et avait fini par accepter la mort comme simple passage vers une vie meilleure. Mais un écran sombre fini par voiler son regard et elle se sentit partir.

Elle n’était pas morte. Elle ressentait encore les choses, percevait encore les sons. Elle n’avait juste plus à se forcer à garder le regard baissé, ses yeux clos lui évitant le moindre contact avec quiconque. Il s’avança vers, elle entendit ses pas. Puis, elle sentit qu’il la touchait. Le contact de ses mains avec son corps. Elle ne pouvait rien faire, ni se défendre, ni même hurler. Telle une poupée de chiffon, il la souleva dans les airs et l’emmena. Elle n’avait plus aucune notion de géographie et n’avait aucune idée de là où il l’emmenait. Elle ne lui avait donné aucune adresse, aucune coordonnée. Finalement, elle perçut une conversation. Ouvrir la portière. Petite sœur. Un mot lui échappa, à moitié chuchoté, à moitié gémit.
« Thomas… » Le nom de son grand frère qui l’avait repoussé lorsqu’elle était allée lui demander son aide. Se pouvait-il que ce soit lui qui l’ait retrouvée ? Elle n’y croyait cependant pas. La voix de l’homme ne correspondait pas à celui qu’elle connaissait. Finalement, alors que le taxi démarra, elle fut pleinement bercée par son allure et finit par lâcher prise et se laisser aller dans les bras de Morphée.




Elle se réveilla en sueur. Elle avait chaud. Trop chaud. Elle tira sur le sweat qu’elle portait toujours et, dans un effort ultime, le fit passer par-dessus sa tête. Elle fit de même avec son Jean avant de réaliser qu’elle se trouvait dans un lit, dans une chambre. Seule la lumière du radio-réveil électronique lui donnait de la lumière pour qu’elle puisse essayer de distinguer les différents meubles de la pièce. Son regard se posa sur l’objet, observant l’heure. 2 :51 a.m. La faim lui tenaillait le ventre mais elle se sentait faible. Elle était incapable de se lever et de partir en exploration pour ne trouver ne serait-ce que les toilettes. Elle reprit sa place sous le drap. Elle se sentait sale, affamée, désorientée. Mais le pire était ces pensées, ces souvenirs qui lui submergeaient un peu plus la mémoire minute après minute. Ses rêves, même, ne semblaient plus être les siens. Elle préférait essayer de les oublier. Son pouvoir échappait totalement à son contrôle et elle n’avait rien ni personne pour l’aider. Alice avait mal à la tête comme rarement elle avait pu avoir. C’était comme si sa tête menaçait d’exploser. Tant de choses lui traversaient l’esprit qu’il en était trop dur pour elle de faire simplement mine de les ignorer. Alors qu’elle fermait de nouveau les yeux, les images se rematérialisèrent dans son esprit. Elle avait envie de hurler tant tout ceci la rendait folle. Que devait-elle faire pour que cela redevienne normal ? Y-avait-il seulement une solution ? Finalement, à force d’épuisement, elle replongea dans un sommeil agité et peu reposant.




Quand elle ouvrit les yeux, plus tard dans la matinée, les rayons du soleil filtraient déjà à travers les rideaux de la chambre. Elle cilla à plusieurs reprises, cherchant à se repérer, à se retrouver. Mais comme durant la nuit, tout ceci lui était bel et bien inconnu. Elle s’assit sur le lit, affamée et peu reposée. Ses yeux inspectèrent alors toute la chambre, cherchant à repérer les détails les plus importants. Elle tachait également de se rappeler de la veille au soir, se raccrochant à des bribes de souvenirs plus ou moins cohérents entre eux. Un homme. C’était tout ce dont elle se rappelait avec cette sensation de danger, cette envie de finir de fuir. Il ne l’avait cependant pas achevée. Elle bondit alors hors du lit, cherchant à comprendre sa présence dans cette pièce. Il l’avait enlevée. L’atmosphère qui l’entourait avait quelque chose de rassurant mais c’était pour mieux l’affaiblir, la frapper quand elle ne s’y attendrait pas. Le sang de la jeune fille ne fit qu’un tour et elle se dépêcha de remettre son sweat.

Elle s’approcha alors de la porte et se saisit de la poignée. Elle s’attendait à devoir lutter avec cette porte afin de l’ouvrir mais rien n’y était. En la tournant simplement, la porte se débloqua et la lumière envahit l’espace. La respiration de la jeune fille se faisait profonde. Elle analysait et observait la situation, cherchant à se rappeler de chaque détail. Ainsi, son pouvoir ne lui jouait plus des siennes, se pliant à la tache avec méticulosité. Il ne pouvait plus se disperser en tous sens, se contentant d’enregistrer les données. Elle ouvrit en grand la porte et glissa sa tête dans le couloir, guettant le moindre bruit, le moindre geste. Alors, elle prit la décision d’ouvrir la porte qui se trouvait en face d’elle. A sa grande surprise, elle se trouva face à une salle de bain plutôt simple mais propre. Elle cilla, cherchant encore à comprendre ce qu’elle faisait là.

Elle ne s’attarda pas, éteignant la lumière. Elle fit alors face à la baie vitrée qui dominait le couloir depuis ce côté. Un petit jardin au côté apaisant se trouvait là. Encore et toujours, l’incompréhension se lisait sur le visage de la jeune fille qui réfléchissait à vive allure sur sa présence dans cet appartement. Elle revit le visage – ou plutôt, ce qu’elle avait pu en voir – de l’homme qui était présent avec elle la veille au soir. Et si… Et si elle s’était trompée et qu’il n’avait rien à voir avec les truands qui étaient à ses basques ? C’était tout à fait possible et pourtant si peu croyable.

Alice poursuivit son tour du propriétaire, cherchant le piège dans cette demeure où tout semblait pourtant si parfait. En avançant dans le couloir, elle repéra une porte fermée sur la gauche. En essayant de l’ouvrir, elle put constater qu’elle était verrouillée mais cela ne lui donna guère envie de passer son chemin, bien au contraire. S’acharnant un peu sur la poignée, elle tenta le tout pour le tout pour tenter d’ouvrir la porte, dans un vacarme assez impressionnant. Aussi, son sang se glaça lorsqu’un bruit se fit entendre dans son dos, à travers l’ouverture qui se trouvait derrière elle. Elle fit volte face et observa cet homme qui commençait à se réveiller depuis son canapé. Son esprit d’analyse prit le relais. Premièrement, l’endroit où il dormait était accolé à la cuisine dans laquelle elle trouverait certainement un moyen de se défendre. Son avantage ? Le statut à peine éveillé de son hôte. La deuxième option, si elle ne parvenait pas à se défendre ainsi, serait de courir jusqu’à la chambre et de s’y enfermer en bloquant la poignée d’une manière ou d’une autre. Aurait-elle seulement la force de courir ? En attendant, elle observait, les yeux légèrement écarquillés, le réveil de cet homme, tiraillant sur son sweat et constatant à ce moment là qu’elle se trouvait en boxer en coton.


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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Lun 17 Nov - 14:17

Si Abraham avait dormi d’une traite jusque-là sans le moindre réveil nocturne, c’en était désormais fini. Sans bouger pour l’instant, il ouvrit les yeux d’un coup, discernant alors sans le moindre problème sa table basse à quelques dizaines de centimètres. Les rideaux du salon n’étant pas du type occultant, la lumière du jour y passait à son aise. Malgré ça, avec ses habitudes, il ne devait pas être plus de 9 heures, ou guère plus au maximum. Il ne se levait jamais plus tard. Excepté lors de nuits blanches mais cela faisait bien longtemps. Tellement longtemps qu’il serait bien incapable de donner une date. Il pivota, passa de sur le flan à sur le dos tranquillement, sans se soucier de faire du bruit puisqu’il savait pertinemment que son invitée était réveillée : à part elle, qui d’autre pouvait avoir fait un raffut pareil chez lui ?
Il n’avait aucun animal de compagnie sur qui rejeter la faute, pas même un poisson rouge. Il n’avait que des plantes vertes. Quant à envisager un cambrioleur … éventuellement, peut-être. Lui laisser la chance d’être passé sans fracturer la porte d’entrée ? Pourquoi pas. Être resté silencieux jusqu’ici ? Admettons. Se foirer au dernier moment en s’acharnant comme une brute sur l’une des rares portes fermées à clé ? Douteux. L’absence de bruits de pas fuyant alors qu’il était clair qu’il était réveillé ? Impossible. Tenter un vol alors qu’il faisait jour ? Hautement improbable à moins d’être un abruti fini. Non, sincèrement, la théorie du réveil était bien plus réaliste.

S’il en croyait son cycle de sommeil ininterrompu, la demoiselle ne s’était donc pas réveillée en pleine nuit. Ou tout du moins, pas en hurlant. Chose dont il lui était plutôt reconnaissant même s’il était capable de se rendormir en cinq minutes. En attendant, c’était dimanche. Il sourit tout seul. Un petit déjeuner digne de ce nom s’imposait. Pourquoi pas tout un tas de pancakes ? Et du jus de fruits, frais. Et des fruits tout court en fait. Restait juste à savoir s’il allait le prendre seul ou non.
Et juste avant ça, comment allait-elle réagir ? Il savait qu’elle était à côté et que c’était à son bureau qu’elle avait tenté d’accéder, la seule porte fermée à l’intérieur dont la clé était simplement dans le bocal présent sur la console de l’entrée. Pour le coup, même s’il ne la voyait pas depuis le canapé, le dossier lui obstruant la vue sur le couloir, il la localisait parfaitement. Il la devinait tendue, attendant sa propre réaction pour agir. Il décida de ne pas la faire languir plus longtemps et surtout de ne pas la laisser stresser pour rien. Elle devait être assez perturbée, se demandant ce qu’elle faisait là, où elle était et pourquoi. Si la situation avait été inversée, il aurait bien aimé avoir au moins ces réponses.
Il se redressa en poussant le drap. Il laissa sa nuque et son crâne dépasser alors qu’il tendait les bras au-dessus pour s’étirer en étouffant un bâillement pendant que ses pieds effleuraient le tapis doux. Habituellement, il dormait en boxer mais là, il s’était dit que ce n’était pas forcément une première image favorable à donner. Alors, quand il s’était changé, il avait opté pour un short, blanc uni. Se levant enfin, il se tourna pour faire face à la jeune femme dont les yeux écarquillés confirmaient ses théories. Torse nu vaguement halé, comme le reste de sa peau, dévoilant la musculature entretenue, ce n’était pas forcément mieux en fait. La cicatrice pour l’appendicite n’était peut-être pas visible mais celle de 15 cm sur son flanc gauche, parfaitement, tout comme son tatouage cyborg sur son avant-bras gauche. Et son mètre 92. Et ses plaques militaires entremêlées au collier de sa fille autour de son cou.

# Ha ha … ne pas lui faire peur … bien Bee … t’es bien parti mon vieux là … #

Il leva les paumes en geste de paix, espérant que cela suffise, et lui sourit doucement même s’il doutait que cela est l’effet escompté dans la situation actuelle.

« Je m’appelle Abraham. Et vous ? »

Autant commencer par le plus simple. L'américain ne bougea pas plus, restant debout derrière le sofa. Il lui jeta un simple coup d’œil pour s’assurer qu’elle n’était pas blessée, remarquant alors sa tenue. De toute évidence, elle avait dû se réveiller, silencieusement, pendant la nuit et n’avait pas fait attention ce matin en se levant. Mais au-delà de la tenue légère, c’était la maigreur de ses jambes qui l’avaient frappé. Elle était en deçà du svelte. Les derniers temps n’avaient pas dû être faciles pour elle. Mais ce n’était pas vraiment le moment de l’interroger à ce sujet. Il préféra ne plus la quitter des yeux, l’observant sans ciller en attendant une réaction.
Quelle qu’elle soit.

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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Mar 25 Nov - 10:26

Elle restait là, statique, incapable de bouger devant cet homme qui se réveillait doucement. Alors, elle finit par le reconnaître. Il s’agissait de l’homme de la ruelle. Celui dont elle avait bien failli croiser le regard plus d’une fois, malgré le fait qu’elle ait péniblement insisté pour ne pas le faire. Ses doigts se resserrèrent sur le bas de son sweat tandis qu’elle jetait des coups d’œil vifs dans diverses directions, captant le plus de détails concernant la pièce. L’homme, l’étranger, lui, prenait le temps de s’étirer. La blonde tache de distinguer rapidement ce qui composait la cuisine de cet homme, même si, en apparence, elle ne repéra aucune arme potentiel depuis là où elle était. Les couteaux devaient se trouver dans un tiroir ou un angle mort de son champ de vision. Elle n’aurait pas le choix au moment où elle s’élancerait par là et devrait aviser rapidement.

Finalement, son hôte finit par se lever. Si Alice ne s’était jamais vraiment considérée comme petite, sa surprise fut de taille – oui, n’ayons pas peur des mots – lorsqu’elle constata qu’il la dominait d’une tête. Elle ne détailla pas le visage du jeune homme, ne souhaitant toujours pas croiser son regard. Ce n’était plus pour préserver son intégrité à lui, mais plus pour se protéger elle-même des conséquences de son don. Du coup, ses yeux dérivèrent sur le corps entretenu et à la peau hâlée de cet inconnu. Au niveau du flanc gauche, une longue cicatrice. Un tatouage sur l’avant bras. Des plaques autour du cou. Les détails s’enregistraient dans la mémoire de la jeune fille qui sauta rapidement à des conclusions peu sympathiques à son gout. Cet homme était très certainement un militaire encore en action et qui en avait vu d’autre qu’une gamine amaigrie et épuisée. Qui était le chat, qui était la souris ?

La mémoire d’Alice sélectionna alors quelques prises de combat qu’elle avait déjà vu, la laissant réviser à la dernière minute avant, éventuellement, de devoir se lancer dans la pratique. Mais, au vu de sa force et de celle potentielle de son adversaire, elle n’allait pas faire long feu sur ce terrain, c’était une certitude. L’homme finit par lever les mains en l’air, comme en signe de reddition. Alice haussa les sourcils, ne se laissant pas pour autant avoir par ce genre de coups fourrés. Puis, il finit par se présenter et ça, l’air de rien, c’était plutôt très louche. Pas forcément dans le fait qu’il se présente, mais plutôt dans sa manière de le faire, poliment et avec respect. La respiration de la jeune fille se fit plus courte tandis que les battements de son cœur s’accéléraient, venant frapper sa poitrine avec force. Le silence s’installa durant quelques secondes. Le calme avant la tempête, pour ainsi dire. Les deux individus se toisaient, Alice faisant tout alors pour ne pas croiser le regard de cet Abraham.

Puis, la dose d’adrénaline qu’elle avait reçue fit effet. Elle bondit en direction de la cuisine, cherchant des yeux de quoi se défendre. Finalement, elle aperçut rapidement les couteaux de cuisine posés sur le comptoir et s’en saisit d’un. Elle le pointa en direction de l’inconnu, sans pour autant se rapprocher de lui.
« T’approches pas ! » Telle une sauvageonne, c’était l’œil effrayé et curieux qu’elle analysa tout ce qui l’entourait, recoupant ce qui lui manquait depuis son nouveau point de vue avec ce qu’elle avait retenu auparavant. Puis, l’incrédulité put se lire sur son visage. « On est où ? C’est quoi ce bordel putain ? Réponds ! » Elle agitait vivement son couteau au rythme de ses paroles. Elle se sentait autant désemparée que désespérée. Et finalement, cette deuxième option prit le pas sur la deuxième. « J’te préviens… Tu m’auras pas vivante, tu tireras rien de moi, j’me serais plantée avant ! » Chemin faisant, elle réorienta la lame de son couteau vers elle, prête à se l’enfoncer dans le ventre si cela devenait nécessaire. Elle n’avait jamais eu froid aux yeux et ce n’était pas de ce genre de situation qu’elle se prêtait au bluff. La seule chose qui pouvait trahir une certaine hésitation, c’était le tremblement de ses mains dus à la faim qui la tenaillait et à la fièvre qui rendait ses réflexions plus compliquées.

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Abraham Blackwood
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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Ven 28 Nov - 22:59

Abraham n’avait toujours pas bougé d’un iota et ses mains était toujours levées en signe de paix. Excepté un battement de ciel de temps en temps ainsi que le mouvement lent et régulier de son diaphragme, il était passé en mode statue et comptait bien s’y tenir tant que la demoiselle ne lui répondrait pas. Un mouvement, quel qu’il soit, pouvait être mal interprété et aboutir à une fausse conclusion de sa part. Il attendait clairement qu’elle bouge ses pions en premier pour s’adapter ensuite.
Il remarqua que, si lui ne se gênait pas pour tenter de la regarder dans les yeux, ce n’était pas son cas. Comme la veille, elle ne semblait pas vouloir de ce contact. Pourquoi ? Que craignait-elle ? Sans avoir cherché à s’en souvenir, la menace qu’elle avait proférée la veille lui revint en mémoire. Celle qui disait que si elle ouvrait ces putains d’yeux, ce ne serait pas forcément le bon cadavre qui serait retrouvé. Alors … avait-elle un pouvoir qui s’y rapportait ? Probable. Personne ne tuait du regard autrement. Excepté sa mère peut-être ? Non. Non, ça ne comptait pas sinon il serait un cas médical miraculeux.
Il en était à ces réflexions, et souvenirs, sans avoir quitté des yeux sa jeune inconnue quand il la vit se contracter et fuir vers la cuisine avant qu’il n’ait eu le temps d’ajouter quoique ce soit. Réflexe aidant, il aurait pu se téléporter devant elle et la bloquer deux mètres plus loin. Mais pourquoi faire ? L’effrayer d’avantage ? Ce n’était pas le but recherché. C’était plutôt l’inverse qu’il tentait d’atteindre. Alors il attendit qu’elle revienne, ce qu’elle ne manquerait probablement pas de faire.

Il n’avait pas envisagé qu’elle prenne l’un de ses couteaux de cuisine mais pourquoi pas après tout. Au moins, elle savait improviser, même si, en l’état actuel, il était plus dangereux pour elle que pour lui. Il ne s’en inquiétait pas spécialement. Quant à s’approcher … non, aucun risque. Il était très bien derrière son canapé, debout, les mains levées et silencieux. Il attendait juste le bon moment. S’il arrivait à l’identifier. Il l’observa tourner la tête pour détailler les lieux et essayer de comprendre où elle était. La question suivante en attestait.
Il ne répondit pas tout de suite, son regard ayant dérivé sur le couteau qui oscillait en rythme. Elle allait finir par se blesser elle-même à force. C’était ça qu’il craignait plus qu’autre chose. Il n’eut pas le temps de dire un mot qu’elle reprenait d’elle-même, énonçant une nouvelle menace, la mettant à moitié à exécution. Il ne cilla pas, ne bougea pas, n’eut aucune réaction visible extérieurement. Il envisagea brièvement d’apparaître devant elle, de tenir le couteau et de revenir derrière le canapé avec uniquement l’outil de cuisine. Très brièvement. Il lui avait été appris à observer et réfléchir rapidement. S’il n’avait pas vu ses mains trembler, il l’aurait fait. Elle avait l’air déterminée. En d’autres occasions, peut-être aurait-elle agit de suite. Heureusement que ce n’était pas le cas présentement.
Sans s’être déplacé, il ne chercha pas à croiser son regard puisqu’elle semblait contre et se contenta de fixer le sommet de son crâne. Il reprit de la même voix tranquille et sereine.

« Nous sommes chez moi. A Brooklyn. Quant au bordel, si vous faites allusion à hier soir, vous vous êtes effondrée dans cette ruelle alors que je ne faisais qu’y passer pour rentrer ici. A partir de là, trois choix s’offraient à moi : vous y laissez, vous déposez au commissariat le plus proche pour qu’ils vous collent, probablement, en cellule de dégrisement ou vous ramener ici. énonça-t-il en haussant les épaules Et comme vous pouvez le constater, c’est celui-ci qui l’a emporté. Mais si vous ne souhaitez pas rester, la clé est dans la serrure, vous pouvez partir quand vous voulez, je ne vous retiendrais pas. »

Si l’américain ne l’empêchait pas de quitter sa maison, cela n’était pas contradictoire avec le fait qu’il préférerait qu’elle reste pour l’instant. Il ne la croyait pas en état de se retrouver dehors, seule, à nouveau. Peut-être avait-il tort. Il attendrait qu’elle le lui prouve.

« Autrement, je ne cherche pas à vous avoir morte ou vivante, ni même à tirer quoi que ce soit de vous. Si c’est à ce bordel là que vous faites allusion, je crains de n’avoir aucune réponse à vous apporter puisque je ne sais pas moi-même de quoi vous parlez. »

Lentement, il tendit les bras au-dessus de sa tête pour s’étirer, par réflexe là-encore après un moment d’inactivité physique. Puis il replaça ses mains à mi-hauteur, reformant le signe de paix et baissa les yeux pour tenter de voir les siens. Il se retira dans le mutisme, lui laissant le temps d’assimiler ce qu’il venait de dire puis il reprit d’un ton plutôt enjoué.

« Dites, vous avez faim ? C’est l’heure du petit-déj’ et je mets un point d’honneur à ne pas le rater. Après tout, c’est le repas le plus important de la journée. Des pancakes, ça vous dit ? »

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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Mar 16 Déc - 14:38

En tant normal, peut être que la jeune blonde aurait été plus réfléchie – quoiqu’elle aurait surement été sous l’emprise de produits divers et variés, ce qui rend la supposition moins certaine. Elle aurait certainement pu constater par elle-même divers détails qui lui auraient indiqués qu’elle ne craignait rien de rien. Mais les circonstances étaient différentes. C’était la peur qui parlait, d’avantage que la raison. Alice se savait en danger et elle avait tiré les conclusions les plus logiques vis-à-vis de sa situation. Elle ne cherchait pas particulièrement les ennuis mais se savait noyée dedans jusqu’au cou. Aussi, le premier signe qui l’alarma fut le non-réaction de l’homme qui lui faisait face tandis qu’elle avait couru vers la cuisine. Toute personne qui aurait voulu lui faire du mal aurait tenté de la stopper avant qu’elle ne puisse atteindre son but. Lui n’avait pas bougé d’un pouce, se contentant de la suivre du regard.

Elle gardait les yeux rivés sur son torse. Non pas qu’elle le reluquait, mais simplement pour continuer à éviter de croiser son regard. En d’autres circonstances, s’il l’avait attaquée, elle se serait très certainement défendue avec toutes les armes dont elle disposait, mais la dernière expérience de ce genre avait eu des conséquences qu’elle ne pouvait tout simplement pas effacer. Peut-être un jour y arriverait-elle, mais pour l’heure, c’était un problème assez conséquent. Finalement, il commença par répondre aux diverses questions de la jeune fille avec une voix simple et presque détachée de la situation dans laquelle ils se tenaient tous les deux. Ainsi, elle se trouvait chez lui. Elle retint le mot Brooklyn, envoyant cet information au fond de sa mémoire pour pouvoir retrouver ce qu’elle connaissait du quartier, au cas où. Puis, il lui expliqua la raison pour laquelle il l’avait tout simplement ramenée chez lui. Elle s’était évanouie. La ruelle, elle s’en souvenait. Ca et le concert dans le bar. Cependant, elle n’avait quasiment pas de souvenirs de cet homme, si ce n’était qu’elle voyait en lui une personne en qui elle ne pouvait avoir confiance. Il énonça alors les options qui s’étaient offertes à lui, cherchant à se montrer aussi rationnel et logique que possible. Cependant, il en était presque trop aimable, trop suspect. Alice plissa les yeux, comme pour vérifier d’une manière ou d’un autre que cette information pouvait être vraie.

Il lui annonça alors quelque chose qu’elle aurait pu vérifier par elle-même avant de s’acharner sur une porte close. La porte d’entrée était verrouillée, mais les clefs de celle-ci demeuraient dans la serrure. Alors la blonde fit quelques pas de côté, revenant vers là d’où elle venait et jeta un œil rapide au couloir pour vérifier les dires du jeune homme. Et une fois de plus, il avait raison. Quel genre de kidnappeur laisserait les clefs sur la porte ? Le genre pas vraiment kidnappeur qui vous veut du mal. A moins que tout ceci n’était qu’une nouvelle manœuvre digne de développer un syndrome de Stockholm plutôt inquiétant… l’esprit d’Alice voguait de questions en réponses, retombant sur de nouvelles questions. La main qui détenait le couteau retomba doucement le long de son corps, laissant les menaces s’envoler avec lui. Puis, l’homme continua, précisant qu’il ne pouvait rien avoir à voir avec les problèmes qu’avait la jeune fille en ce moment, ce qui la fit doucement ricaner.
« C’est bien le genre de phrase qui prétendent pourtant le contraire non ? » Cependant, elle ne pouvait que le croire sur parole. Elle n’était pas en mesure de vérifier s’il se qui disait était vrai ou non car elle ne voulait pas utiliser ses pouvoirs. Si tout recommençait comme la dernière fois, alors elle aurait sa réponse, mais très certainement un cadavre de plus sur les bras. « Si t’y es vraiment pour rien dans tout ce foutoir… Alors dis-moi que t’as pas été assez con pour te faire suivre… » Sinon, clairement, ils finiraient par avoir tous les deux des problèmes. Et c’est pas comme si une blonde à demi-cinglée suffisait dans le domaine.

Alice observa alors la porte d’entrée avec inquiétude, prête à bondir au moindre bruit qui serait suspect. Cependant, la seule chose qui la fit sursauter fut la nouvelle proposition de celui qui semblait vouloir l’aider. Un petit déjeuner ? Il rigolait là ? Cependant, un mot presque magique laissa Alice presque désireuse.
« Des… Pancakes ? » Depuis combien de temps n’en avait-elle pas mangé Depuis combien de temps n’avait-elle pas pris le temps de manger un repas simple à une heure décente ? Voilà des mois maintenant qu’elle se contentait de grignoter quelques confiseries quand elle en ressentait vraiment le besoin, mangeant un repas sur les trois de la journée. Parfois, elle avait de la chance et parvenait à voler un truc ou deux. Une simple pomme était devenue un joyau précieux qu’elle chérissait. Le problème n’était pas forcément l’argent, même si elle commençait à voir ses réserves s’écouler bien trop rapidement. Non, le problème, c’était la sécurité, le temps qui semblait lui manquer, et des crises à répétitions, tels des cauchemars éveillés, que lui jouait son pouvoir. Là, devant une proposition alléchante, la jeune fille visualisa de magnifiques pancakes. Elle replongea dans ses souvenirs pour se rappeler le gout qu’ils avaient, tout juste sortis de la poêle. Sans même en prendre conscience, elle mâchonna légèrement, faisant glisser sa langue contre son palais, comme quelqu’un qui salive devant son assiette fraichement préparée. Puis, son ventre répondit pour elle, lâchant un grognement sans précédant, faisant comprendre à quiconque présent à quel point elle pouvait être affamée.

Elle releva doucement les yeux, sentant ses forces la quitter doucement pour la simple raison qu’elle était à bout et qu’un repas était tout ce qu’elle pouvait espérer à l’heure actuelle. Elle fit quelques pas hésitant jusqu’au comptoir de la cuisine où elle reposa le couteau avant de s’appuyer sur le meuble.
« Va pour les pancakes… » Elle n’avait guère le choix, à vrai dire. Elle était bien trop faible pour ne faire que trois pas dans la rue. Elle prit une profonde inspiration. « J’dois juste te dire… Abraham, c’est ça ? Je… Je suis pas une bonne personne alors n’essaie même pas de… de me regarder… » N’était-ce âs la moindre des choses, quand un inconnu vous prépare des pancakes, de le prévenir du fait que vous êtes capable de tuer d’un regard sans même le vouloir, non ?

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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Dim 4 Jan - 17:39

Alors qu’Abraham lui répondait tranquillement, n’ayant rien d’autre à faire de toute façon pour le moment, il remarqua le petit plissement au niveau des yeux. Si la situation avait été différente, ce bref détail l’aurait amusé, le faisant sourire. Là, il se contenta d’enregistrer l’information tout en continuant de lui répondre. Elle semblait suspicieuse. A raison d’ailleurs. Après tout, elle avait de quoi l’être. Elle se réveillait dans un lit inconnu, dans une chambre qui l’était tout autant. Le même constat apparaissait pour la maison dans son ensemble, sans compter sur l’étranger qu’il était. Hormis ses dires, qui malgré leur sincérité, rien ne pouvait l’aider à prouver ce qu’il disait. En revanche, il fallait lui reconnaître qu’elle n’en devenait pas hystérique ou incontrôlable.
Toujours sans bouger, il la suivit des yeux quand elle se déplaça à petits pas vers la porte d’entrée pour vérifier qu’il disait vrai. Et c’était le cas : la clé de cette même porte, à laquelle pendant tout un trousseau, était bien dans la serrure. Elle n’aurait pas pu sortir sans le réveiller puisqu’elle était obligée de passer non loin de lui et qu’il était dans sa dernière phase de sommeil. Et qu’en plus, il l’avait plutôt léger. Dans certains cas. C’était à géométrie variable quand il y repensait.

Avec satisfaction, il l’observa baisser le bras, laissant la pointe du couteau vers le sol. La menace pour la propre vie de la jeune femme s’éloignait et il en était soulagé. Il passa outre le rire moqueur tout comme la question rhétorique. Elle avait raison. Mais il n’avait pas de meilleurs propos à lui tenir. Il lui disait ce qui était, libre à elle d’y croire ou non. Même si cela l’arrangerait qu’elle le croit puisque ce n’était que la vérité.
Il ne put s’empêcher de hausser un sourcil perplexe à sa seconde question. En la décomposant, c’était facile d’y répondre. Oui, il y était vraiment pour rien. Non, il ne se considérait pas comme quelqu’un de con, que ce soit d’un point de vue humain ou cognitif. Quant à s’être fait suivre … mais pourquoi diable voulait-elle qu’ils aient été suivis ? Que pouvait-elle avoir fait ? Ou qui était-elle pour avoir ce genre de raisonnement ? Il était sûr de ne pas avoir toutes les données pour répondre. Pas encore en tout cas. Quoiqu’il en soit, il n’avait pas spécialement surveillé le taxi mais aucune voiture n’était passée dans sa rue après qu’il en soit descendu. Donc les risques étaient plutôt limités. Et il était assez grand pour se défendre tout seul. Cette pensée lui arracha un demi-sourire.

Et ce dernier se transforma en sourire entier quand elle répéta le mot pancakes avec une envie palpable. Il ne fit aucune remarque, attendant simplement qu’elle lui réponde positivement. Ou non. Si c’était le cas, il pouvait lui proposer autre chose. A peu près n’importe quoi tant qu’il avait de quoi le faire. Au pire, ils pouvaient aller faire un tour à la supérette qui n’était pas si loin que ça à pied, quinze minutes tout au plus en marchant tranquillement. Il lui laissa le temps de peser le pour et le contre tout en se disant que prendre un peu de poids ne lui ferait pas de mal.
Il ne put cependant pas s’empêcher de rire doucement en entendant son ventre crier famine. Cela valait bien toutes les réponses possibles. Il s’excusa de sa réaction tout en la suivant des yeux lorsqu’elle reposa le couteau et arbora un grand sourire ravi lorsqu’elle valida vraiment le petit déjeuner.

« Vendu ! »

L’américain contourna le sofa aussitôt et rejoignit l’inconnue dans sa cuisine, réfléchissant déjà à tout ce dont il avait besoin. Se mettant à siffloter gaiment, il commença à sortir les ingrédients, lait, œufs et beurre, du réfrigérateur et ne s’interrompit qu’au moment où elle s’adressa de nouveau à lui. Il acquiesça d’un simple signe de tête quand elle demanda confirmation sur le prénom. Quant à être une mauvaise personne ? Sans pousser la réflexion plus loin, ils n’en avaient apparemment pas la même définition. En revanche, il devait vraiment y avoir quelque chose avec ses yeux puisqu’elle souhaitait de nouveau qu’il ne tente pas de la regarder. Mais quoi exactement ? Il n’en savait toujours rien … et voulait-il le savoir ?

« Très bien. Si c’est ce que vous souhaitez vraiment, alors je regarderai mon assiette ou au-dessus de votre tête. Cela risque d’être assez monotone mais pourquoi pas. Cela dit, je ne suis pas d’accord sur votre catégorisation en mauvaise personne. »

Il lui tourna le dos pour se laver les mains et sortit en plus de la levure, du sucre ainsi que la farine. Il se baissa pour extirper un saladier  et une balance d’un autre placard. Ayant fini de faire du bruit, il commença à peser et à mélanger docilement, reprenant alors la parole.

« Après, vous pouvez toujours dire que je ne connais pas votre histoire, à raison d’ailleurs, et que je n’ai aucune idée de ce qui a pu vous arriver. C’est vrai aussi. Mais je pense avoir suffisamment vu de réelles mauvaises personnes, entre celles qui portent la haine de l’autre en bandoulière ou celles qui prennent plaisir à faire mal … j’ai largement le choix, pour ne pas vous mettre dans le même panier. »

Il avait tenu ses propos sans animosité, ni jugement. Il n’énonçait que le fruit de sa réflexion entre un mélange poudreux et un beurre ramolli au micro-ondes qu’il y avait incorporé par la suite. Il dosa le lait et l’y intégra à son tour, progressivement, sans cesser de mélanger pour éviter la formation des grumeaux. Il cala le saladier dans un bras, se servant de l’autre pour tenir la cuillère et se tourna de nouveau vers elle, fixant alors un point au-dessus de son crâne, soit quelque part dans le salon.

« Mais à défaut de vous regarder, est-ce que je pourrai juste connaître votre prénom ? Parce que si je dois vous appeler truc, machin ou bidule, ça risque de faire beaucoup pour le même repas. »

Ce point ne changeait pas : il aimait toujours savoir avec qui il discutait, ne serait-ce que par politesse. Il reprit rapidement sans avoir cessé son activité.

« Au fait, si vous, vous avez d’autres questions, n’hésitez pas. »

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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Mar 17 Fév - 9:04

L’enthousiasme dont faisait part cet Abraham était aussi effrayant que déconcertant. Sérieusement, c’était à croire qu’il vivait en compagnie de Bisounours ou bien de créatures du même acabit. Le sourire qu’il arbora lorsque la blonde valida ce petit-déjeuner aurait pu lui donner mal à la tête tant elle n’était plus habituée à voir des gens lui sourire. Il fit alors le tour du sofa pour rejoindre la cuisine, suivi du regard par Alice qui ne lâchait pas le fait qu’elle devait se montrer méfiante. Puis, il se mit à siffloter. Pareille bonne humeur avait de quoi rendre malade et la jeune fille grimaça légèrement tandis qu’il avait le dos tourné, affairé à fouiller dans ses placards à la recherches d’ingrédients nécessaires dans la confection de ces pancakes. Quand elle prit la peine de lui signaler qu’il ne fallait pas qu’il la regarde, il ne se montra pas curieux, ce qui soulagea la jeune fille qui n’aurait pas à justifier ses capacités et peut être même devoir s’en servir si cette annonce se passait mal. De plus, l’utilisation de ses dons était désormais un fait banni, une nature qu’elle rejetait d’avantage qu’elle avait su l’adorer et l’apprécier auparavant.

Il se plia à ce désir qu’elle lui faisait sans broncher, cherchant même à faire de l’humour sur le sujet. Alice se demanda plusieurs fois où elle était tombée. Puis, il lui fit une remarque sur ce qu’elle pouvait appeler mauvaise personne. Lui, ne la voyait pas comme telle. Après tout, il ne la connaissait pas et ça n’avait rien d’étonnant. L’idée de balancer en plein milieu du petit-déjeuner qu’elle avait tué quelqu’un, entre deux bouchées de pancakes, était particulièrement amusante et décrocha un léger sourire à la miss. Elle ne répondit pas immédiatement, le laissant s’organiser dans la préparation de sa recette. Il y avait quelque chose de plaisant à le voir faire, le voir se mouvoir avec des mouvements précis. Ce genre de gestes, elle en avait déjà vu chez des militaires mais se garda bien de faire une remarque sur le sujet.

Il reprit la parole, enchainant sur la justification de ce qu’était une mauvaise personne pour lui. Comme s’il avait pu lire dans ses pensées, il commença par lui expliquer que, non, il ne connaissait rien d’elle et ne pouvait juger en conséquence les actes qu’elle avait pu commettre. Mais l’image qu’il avait de mauvaise personne était différente de celle qu’Alice leur attribuait. Elle ne portait la haine de personne, hormis de ceux qui lui voulaient du mal. Elle ne prenait aucun plaisir non plus à répandre la souffrance. Lorsqu’elle le faisait, c’était purement inconsciemment. De même que lorsqu’elle avait travaillé pour Witman ou Coffin, elle ne s’était jamais amusée à tourmenter les autres, laissant ce plaisir sadique à d’autres et se contentant d’extraire les informations qui lui étaient demandées. D’ailleurs, ce travail était des plus faciles, les souvenirs de ces secrets qu’il fallait à tout prix garder cachés revenant à la surface lorsque l’on menace les gens sur leur sujet.

La blonde baissa les yeux sur ses jambes maigres qui supportaient durement son corps. Elle se hissa alors sur une chaise qui la plaçait à bonne hauteur pour poursuivre une discussion qu’elle ne souhaitait qu’à moitié avoir. Elle prit soin de réfléchir sur les paroles du jeune homme, constatant qu’elle ne se plaçait dans aucune des deux catégories, aussi loin qu’elle pouvait s’en souvenir, autrement dit, depuis quasiment toujours. Cependant, elle savait que, bien qu’inconsciemment et basé sur la défense, elle avait mal agi et avait commis l’irréparable, répandant une souffrance chez d’autres.
« Les gens mauvais ne rentrent pas uniquement dans deux catégories. J’ai fait quelque chose que je regrette, que je ne peux arranger. Pour ça, je suis une mauvaise personne. » Elle gardait soigneusement les yeux baissés, des fois que son hôte du moment ne se prenne l’envie de chercher à la fixer devant ses mots. Elle finirait par devoir parler, elle savait que cela viendrait, bien qu’elle ne s’expliquait pas pourquoi elle lui en parlerait à lui. Elle avait besoin de s’exprimer, de ne plus ressentir la solitude qui la suivait depuis des mois désormais.

Il lui demanda alors son nom, une teinte d’humour résonnant dans la voix. Il était vrai qu’elle n’avait toujours pas pris la peine de décliner son identité. Elle sourit doucement devant les différentes appellations qu’Abraham pouvait lui donner. Puis, l’idée lui vint de lui donner un faux nom. Pourquoi ? Toujours pour se protéger, par crainte de se voir fait comme un rat et forcée de fuir, encore et encore. Elle avait peur que ce nom qu’elle porte ne soit la cause de sa fin et ne savait si elle pouvait le confier ou non. Cependant, elle en avait marre de mentir, de courir, de se cacher. Il était temps pour elle de se replonger dans la réalité, bien qu’elle ne soit pas toujours facile à cerner à cause des différentes choses qui se passaient dans sa tête.
« Alice… Je m’appelle Alice. » A moitié cachée sous ses mèches blondes, elle reposa son regard d’émeraude sur son hôte, tandis qu’il lui faisait savoir qu’elle pouvait toujours lui poser des questions si elle en avait. L’une d’elle la démangeait, tandis qu’une autre lui faisait envie. Elle grimaça légèrement avant de se lancer. « Tu es flic ? Ou bien militaire ? » La carrure de l’homme avait quelque chose qui rappelait à la jeune fille ces hommes de loi taillés dans le roc. Ses yeux se posèrent sur les plaques qu’il portait autour du cou, assez reconnaissables. La question était d’avantage rhétorique que purement interrogative. Puis, elle se repositionna sur sa chaise. « Je pourrais prendre une douche ? »

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Abraham Blackwood
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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Dim 22 Fév - 10:19

Tout en continuant de mélanger avec amour le contenu de son saladier pour éviter la formation de grumeaux futurs, Abraham fixait toujours un point au-dehors de la cuisine en faisait bien attention de ne pas croiser le regard de la demoiselle. Elle lui avait demandé de le faire, il avait dit oui, il n’allait pas changer d’avis maintenant. Peut-être obtiendrait-il ce droit plus tard qui sait ? Il était patient, ce n’était pas ça qui allait le déranger.
Comme un point clignotant au bout de sa vision périphérique, il devina et entendit plus qu’il ne la vit monter sur l’une des chaises hautes attenantes à son bar pendant qu’il était toujours posé le long du plan de travail de l’autre côté. Une faible distance les séparait. Plus pratique pour discuter, cela leur évitait à l’un comme à l’autre d’avoir à hurler à travers la maison pour se faire entendre. Si lui avait annoncé sa vision, partielle, de la chose, il espérait simplement qu’elle lui parle. Qu’elle soit d’accord ou non, peu lui importait, même s’il était intéressant de comparer leur point de vue en ce cas. Alors il l’écouta quand sa voix franchit de nouveau ses lèvres.

« Oh que non, sinon ça se saurait depuis bien longtemps … mais si je devais faire une liste de tous les paramètres qui me font considérer une personne comme mauvaise, nous en aurions pour la journée. Pas que ça me dérangerait dans l’absolu mais nous sommes dimanche, le petit-déj n’est pas encore pris alors il faut savoir gérer ses priorités. »

Souriant toujours, il avait énoncé ses propos en regardant toujours un point à l’extérieur de la cuisine à travers les vitres.  Il baissa uniquement les yeux pour vérifier la texture de son mélange et ce dernier était presque au point. Encore un tout petit peu et il pourrait laisser reposer. Il reprit en prenant soin de regarder dehors une nouvelle fois.

« Mais sincèrement, le fait que vous regrettiez avoir fait ce quelque chose, même si vous ne pouvez rien y changer, me suffit pour justement ne pas vous considérer comme une mauvaise personne. Après, ce n’est pas pour ça que vous êtes obligée d’être d’accord avec moi, loin de là, mais vous savez au moins ce que j’en pense. Pour peu que mon avis entre en ligne de compte j’entends. »

Même si elle ne lui lâchait pas toute son histoire d’un bloc, il n’en espérait pas tant et il n’était pas aussi doué que son père pour mettre les gens en confiance, elle lui en livrait quand même des petits bouts. Elle avait fait quelque chose qu’elle ne pouvait arranger. Elle ne le pouvait pas parce qu’elle n’en avait pas les moyens, les capacités ou bien était-ce d’un ordre définitif ? Si c’était le second cas, il comprenait aisément qu’elle ne veuille pas s’étendre sur le sujet. Mais comme il n’en savait rien … En revanche, ce qu’il supposait avec de plus en plus de certitudes, c’était que cela avait un rapport avec ses yeux. Lequel ? Le contact devait lui permettre … quelque chose. Mais là encore, il n’en savait pas plus.  Et il n’allait pas le lui demander maintenant qu’il connaissait enfin son prénom.

« Ravi de faire votre connaissance Alice ! »

Continuant de partir du principe que l’extérieur était quelque chose d’hyper attrayant pour lui ce matin, il reposa son saladier devant lui, face à elle et s’étira avant de tenter de reprendre la parole. Mais elle lui coupa l’herbe sous le pied. Il en sourit. Ses plaques étaient clairement visibles, la question devait plus être rhétorique qu’autre chose mais il prit quand même la peine de lui confirmer.

« Seconde option. Et bien que je me considère toujours comme tel, administrativement parlant, je ne le suis plus depuis Novembre dernier. Désaccord avec certaines hiérarchies, ils m’ont gentiment montré la sortie. »

S’il ne donnait pas tous les détails, fondamentalement, ce n’en était pas moins vrai. Et il continua de lui répondre d’un ait tranquille, comme si elle était une vieille amie qu’il connaissait depuis des lustres.

« Bien sûr. La salle de bain est au fond à droite. Les serviettes sont sous l’évier, servez-vous. Par contre, je crains d’être limité en choix de savon et de shampoing. J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur. »

Le fait est qu’avant, la présence d’Elena aurait suffi à combler ce manque d’assortiments. Elle n’était pas de celles qui possédaient une collection incalculable de savon et de shampoing. Non, elle avait juste le minimum nécessaire mais ce minimum était au moins typiquement féminin. A l’heure actuelle, tout ce qu’il y avait dans sa salle de bain était estampillé masculin … mais Alice ferait avec.
Il désigna le saladier qui attendait patiemment d’un signe de tête.

« Il faut normalement laisser reposer une heure … mais je crois que nous allons réduire ce délai à quelque chose de bien plus raisonnable pour nos estomacs respectifs. Qu’en pensez-vous Alice ? »

Il lui tourna alors le dos pour se remettre à ouvrir un des placards : sirop d’érable, sucre et nutella. Il ne savait pas avec quoi elle voudrait les manger. Il se tourna alors vers le frigo : beurre et jus de citron. Et puis confitures aussi tiens. Quitte à avoir le choix, autant vraiment l’avoir.

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Alice Rigby
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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Lun 9 Mar - 9:00

Tandis qu’il poursuivait la préparation de sa pâte à Pancakes, il répondit de nouveau à la courte phrase de la blonde. Là demeurait la grande différence. C’était lui qui animait d’avantage la conversation qu’elle qui se contentait de répondre le plus simplement possible, exposant du mieux qu’elle pouvait le fil de ses pensées. Elle s’était toujours montrée directe, franche, honnête, et cette fois-ci ne dérogeait pas à la règle. Elle ne sentait pas le besoin de s’étendre dans un monologue qui n’apporterait que peu d’éléments. Lui en revanche, semblait d’humeur plus bavarde. Il rebondit d’ailleurs sur les paroles de la jeune fille, non pas sans une certaine pointe d’humour dans la voix. D’ailleurs, Alice baissa la tête pour sourire quand elle l’entendit parler du petit-déjeuner du dimanche qui était bien plus important que tout le reste, et surtout que l’énonciation de tous ces points que lui voyait.

Puis, il reprit de nouveau sur ce fait, lui faisant comprendre du mieux qu’il le pouvait que la culpabilité de la jeune fille parlait déjà pour elle quand au fond qui l’avait poussée à faire ce qu’elle avait fait. Alice avait longtemps essayé de se persuader qu’il ne s’était agit que de légitime défense, qu’il l’avait poussée à bout et que, si elle n’avait pas fait ce qu’elle avait fait, alors ce serait certainement elle la victime de cette histoire. Oui, elle aurait pu agir autrement, après analyse de la situation, elle le savait. Cependant, sur l’instant, elle n’avait que pensé à se défendre avec des armes que son agresseur du moment n’aurait pas, et son pouvoir avait été la seule chose qu’elle eut en tête en cet instant, avant de plonger dans la mémoire de cet imbécile pour tout saccager au point de le tuer. Et bien qu’elle n’ait pas raconté toute l’histoire à son interlocuteur, elle savait que le vrai demeurait dans ses mots et les entendre ne faisait que la soulager.

Une fois de plus, il se montra plus qu’enthousiaste à l’idée de connaître son prénom et lui fit part de son enchantement à l’idée de la rencontrer. En temps normal, un tel comportement lui aurait fait lever les yeux au ciel avec une insolence non négligeable, mais pour une fois, elle fut presque heureuse de se savoir accueillie à bras ouvert dans un endroit où elle n’aurait jamais imaginé se trouver. Puis, l’homme qui lui faisait face s’étira et de nouveau, Alice baissa les yeux. Elle ne cherchait qu’à respecter l’intimité de cet homme, bien qu’elle-même aurait pu tenter de préserver la sienne, ses cuisses étant toujours à l’air. Il confirma alors le fait qu’il avait été militaire. Apparemment, ce n’était plus d’actualité et la raison de son départ ne put que faire ricaner la blonde.
« Bienvenue parmi ceux qui n’entre dans aucune case… Mes parents m’ont fouttue dehors parce que je n’étais pas celle qu’ils voulaient que je sois… » Les poings de la jeune fille se serrèrent doucement face à cette pensée. Une fois de plus, sa nature mutante ne l’avait pas secourue et, comme ses frère et sœur avant elle, elle s’était vue se faire jeter de la demeure familial.

Répondant alors à la question de la jeune fille, Abraham lui confirma que oui, elle pourrait se laver. Un soupir de soulagement échappa à la jeune fille qui ne se reconnaissait tout simplement plus quand elle avait le malheur de croiser son reflet. Un problème commun rencontré par bon nombre de fugitifs certainement. Mais tous n’avaient pas la chance d’atterrir dans une maison habitée par une âme charitable. L’amusement la gagna de nouveau face à l’attention que lui prodiguait son hôte. Elle se contenta de sourire.
« Ce sera très bien. Merci. » L’envie de sentir l’eau chaude glisser sur sa peau devenait presque intenable et, elle aurait pu, elle se serait tout simplement précipitée dans la salle de bain pour laver son corps des maux qu’il avait subit. Mais au lieu de ça, elle resta pour l’écouter de nouveau parler du petit déjeuner. Elle se contenta de hocher la tête devant sa question, trop affamée pour attendre tout ce temps de pouvoir manger. Il sortit alors diverses choses de ses placards afin de pouvoir agrémenter au mieux les dits Pancakes. Parmi tout cela, il y avait nombre de choses que la jeune fille n’avait pu avoir le plaisir de manger depuis longtemps. Elle prit les pots un à un dans ses mains, comme pour prendre conscience de la réalité de leur présence. A chaque nouvel ingrédient, sa mémoire s’activa, lui rappelant le gout que cela pouvait avoir. Elle se mit à saliver et à soupirer tandis que son estomac criait de nouveau famine. L’espace d’un instant, elle oublia même ses préoccupations diverses qui l’empêchaient de dormir, qui la forçaient à survivre. Puis, comme une piqûre de rappel, les images revinrent dans sa tête, flash rapides et sans aucune concordance et qui pourtant avaient du sens pour la jeune fille. Elle retint un cri, prenant sa tête dans ses mains et sentant ses yeux la bruler de larmes. Sa respiration se fit plus courte et elle appréhendait déjà le moment où son hôte allait se rendre compte de son malaise. Elle avait beau essayer de se rattacher au moment présent, aux diverses saveurs qui se trouvaient sur la table, elle ne pouvait se détacher des souvenirs de cet autres qui la hantaient et qu’elle voulait à tout pris… « Oublier… » Elle ne se rendit compte qu’après coup qu’elle avait parlé à voix haute. Elle avait soudainement chaud et ce retour à la normale fut plus que brutal. Ses yeux se reportèrent sur ses cuisses car elle savait que ses paroles n’étaient pas passées inaperçues et qu’Abraham ne tarderait pas à la questionner. Alors, déglutissant avec difficulté, elle se contenta de reprendre avec le plus de contenance possible. « J’aimerais parfois pouvoir oublier le mal que j’ai fait… »

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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Mer 11 Mar - 20:05

Même s’il était tenté de lui jeter un coup d’œil alors qu’elle ricanait à l’entente de son expulsion, il n’en fit rien. Il continua de regarder par-dessus sa tête, n’ayant alors dans son champ de vision, que quelques mèches de cheveux blonds de la demoiselle. Il devait y avoir une raison à cet éclat et la suite le lui confirma rapidement. Il arbora alors un air blasé et soupira.

« J’ai eu plus de chance de ce côté-là avec mes parents. Ils ont toujours été très ouverts d’esprit, peu importe le sujet. Au final, il n’y a qu’avec l’armée que j’ai eu un accrochage. Et encore, si l’on ne m’avait pas dénoncé, j’y serai toujours. Mais c’est une autre histoire. Et puis, dans le fond, ce n’est pas si grave que ça. Je n’aime pas les cases. conclut-il en souriant On s’y sent à l’étroit. Un pied dedans et un pied dehors, c’est pas mal non plus. »

Il était un enfant sage tout petit. Puis il avait été catégorisé agitateur en grandissant, remerciant en partie les jumeaux cet état de fait. Il avait de nouveau changé en devenant studieux lorsqu’il avait découvert son pouvoir. Ramenant soudainement de très bons résultats, ses professeurs l’avaient vu poursuivre ses études. Il les avait pris à contrepied en s’engageant pour servir son pays. Les divers changements ne l’avaient jamais vraiment dérangé. Ils étaient de sa propre initiative, personne ne l’avait obligé. Excepté l’armée. Mais il avait trouvé autre chose, alors il n’était pas le plus à plaindre dans l’histoire. Sans compter le fait que sa famille et ses amis étaient toujours là en cas de besoin. Ce qui ne semblait pas être le cas de sa jeune interlocutrice. Et il trouvait ça triste.

Abraham réprima un petit rire quand un soupir échappa à Alice. Aussi étonnant que ça paraisse, il avait bel et bien une salle de bain, propre et entretenue. Comme toutes les pièces dans la maison à dire vraie. Par rapport à d’autres, sa propre salle d’eau était plus grande que la moyenne, pour des maisons aux surfaces similaires à la sienne. Le long du mur de droite se trouvaient la douche, un meuble de rangement et un lavabo sur pied, surmonté d’un miroir. Ce dernier était fixé plus haut que l’esthétisme le voulait mais quand on mesure 1m92, on adapte le mobilier. Le long du mur de gauche se trouvaient les toilettes, une plante verte et, grand luxe qu’il chérissait après les longues journées, une baignoire. Et il n’avait pas pensé à la proposer.

« Pendant que j’y pense, j’ai une baignoire aussi, si vous préférez. Il faut juste un peu de temps le temps qu’elle se remplisse. Enfin, comme toutes les baignoires … »

Il ne se retint pas cette fois et se mit à rire quand elle acquiesça à l’idée d’écourter l’attente avant de faire les pancakes. Il n’en était pas surpris. Lui non plus n’aimait pas attendre le dimanche quand c’était son père qui lui posait la question.

« Je ne peux qu’être d’accord avec ce choix ! »

Il sortit tout un choix d’assortiments pour aller avec le petit-déjeuner puis changea de placard pour sortir une poêle. Pas de pancakes sans elle. Il pivota de nouveau, sifflotant, pour attraper un pinceau et l’huile non loin. Hors de question que ça accroche et que ce soit brûlé. Il tourna le dos à celle qui partagerait son repas et, d’un geste habitué, tourna le bouton pour allumer le gaz. Il commençait à badigeonner la poêle quand il entendit le mot échappé derrière lui. Il haussa un sourcil et pivota de trois quart pour tenter de voir, tout en regardant au-dessus, Alice.
Alors qu’elle regardait ses genoux, il se permit de la fixer le bref instant qui lui était accordé. Si elle avait été sa fille, sa petite sœur comme il l’avait dit au chauffeur de taxi ou une amie, il se serait permis de la prendre dans ses bras pour la réconforter. Il ne savait pas ce qui la rongeait mais ce n’était pas de tout repos et la chaleur humaine, de son point de vue, était plus que recommandé pour ça. Mais là, il ne voulait pas qu’elle se méprenne sur ses intentions. Il ne voulait pas l’effrayer plus qu’elle ne semblait déjà l’être par elle-même. Alors il ne bougea pas. Et se retourna face aux plaques quand elle énonça de nouveaux mots.
Silencieusement, il déposa la poêle sur les flammes qui s’échappaient, attendant la bonne température avant de commencer à œuvrer. Tendant un bras vers un placard, il sortit une grande assiette plate qu’il posa sur le bar derrière lui et reprit d’une voix tranquille, tout en vérifiant que l’huile ne cuisait pas.

« Je crois que tout le monde aimerait pouvoir oublier certaines choses. Mauvaises ou non. Mais à moins de connaître quelqu’un spécialisé dans ce domaine … un hypnotiseur peut-être, même si je crois que ce n’est pas définitif … ou un mutant qui puisse affecter la mémoire … je crains que ce ne soit compliqué. »

Prenant une louche, il commença un premier pancake qui crépita doucement dans la poêle. Il allongea le bras pour atteindre le pot qui contenait un peu tout et attrapa la spatule pour le décoller quand il aurait doucement cuit.

« Mais vous savez, je ne sais pas si c’est la meilleure solution sur le long terme. Je pense que ça peut aider, sur le coup. Ça m’aurait bien servi à une époque … »

Il resta silencieux un bref instant, le temps de retourner le pancake d’un coup de main habitué. Il attendit la fin du grésillement avant de reprendre.

« Mais dans le fond … bonnes ou mauvaises, nos expériences, entre autres paramètres, font de nous ce que nous sommes. Peut-être que vous ne le voyez pas encore mais peut-être avez-vous un enseignement à tirer de cet événement qui vous préoccupe. Vous ne croyez pas ? »

Il reposa la spatule, saisit le manche de la poêle et tout en s’assurant de regarder uniquement vers le bas, effectua un demi-tour pour faire glisser le premier bout du petit déjeuner dans l’assiette. De sa main, il ouvrit un tiroir et en sortit une flopée de cuillères pour qu’Alice puisse se servir. Il sourit doucement.

« A vous l’honneur. Vous êtes autorisée à le recracher sans ménagement dans l’assiette si je me suis lamentablement foiré sur la préparation ou la cuisson. »

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Alice Rigby
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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Lun 23 Mar - 23:26

Se sentir à l’étroit dans une case. Voilà un point de vue qu’Alice n’avait jamais cherché à exploiter, bien trop persuadée qu’elle aurait aimé y entrer pour que tout le monde soit satisfait dans son entourage et qu’elle puisse mener une existence moins dure. Mais d’un autre côté, maintenant que la vie l’avait forgée, elle se serait très certainement sentie à l’étroit dans cette case. Elle écouta les paroles d’Abraham qui étaient sages et pleine de bon sens. Pour une fois, elle avait l’impression de se retrouver en présence de quelqu’un qui la comprenait. Il n’y avait pas de pitié dans le ton qu’employait Abraham, juste de la compréhension. Il n’avait pas à feindre pour se glisser dans sa peau et ressentir ce qu’elle pouvait ressentir. A ce moment, l’idée de se glisser dans sa tête pour voir quels étaient ses souvenirs était tentante mais l’envie lui passa dès lors que d’autres images vinrent remplacer celles qu’Alice connaissait.

Le jeune homme lui proposa alors, en plus de prendre une douche, de profiter d’une baignoire et d’un bon bain chaud. Les pensées d’Alice filèrent à une grande vitesse, lui ramenant la douce sensation qu’avait le corps lorsqu’il se plongeait dans une étendue d’eau chaude comme dans le cas présent. Elle réprima un frisson de plaisir, cherchant à rester la plus immobile possible. L’envie de se laver devenait incontrôlable et la jeune fille se décida à manger le plus rapidement possible pour pouvoir jouir de ce plaisir qui l’attendait par la suite.

D’ailleurs Abraham se décida pour écourter le temps d’attente sur le repos de la pâte à Pancakes. Tandis qu’Alice jouait avec les différents pots aux contenances variées, son hôte sortit une poêle et commença à faire cuire les pancakes. Alors les images revinrent, forçant Alice à tenir, à ne pas flancher, sombrer. Mais elle avait lâché ces quelques mots qui pouvaient toujours avoir un sens très vague dans la conversation qu’ils tenaient l’un et l’autre.

Il lui répondit finalement. Et la réponse qu’il lui donna lui glaça le sang.
Il sait. Les pensées d’Alice s’accélérèrent devant ce fait. Il avait lui-même nommé la chose. Les mutants. Les mutants qui contrôlent la mémoire. Elle. Alice Rigby. Elle était unique, elle l’avait compris bien assez tôt, quand on avait commencé à acheter son pouvoir contre des informations contenues dans la tête des autres. Son cœur battit plus fort contre sa poitrine et sa respiration se fit plus courte. La panique manquait de l’envahir et elle ne devait pas lui céder car elle savait ce qu’il se passerait. La tête toujours baissée, le visage caché par ses cheveux, elle réfléchissait à une solution. Le crépitement de la pâte sur la poêle et la douce odeur de Pancakes envahirent la pièce.

Il poursuivit son discours tandis qu’Alice encaissait silencieusement. Il ne pensait pas que c’était une solution. L’oubli n’était pas une solution. Du moins, pas sur le long terme. Il ajouta même que lui-même aurait aimé pouvoir profiter de ce genre de méthode à une époque. La jeune fille manque de peu de lui répondre qu’elle pouvait arranger ça, se mordant la lèvre inférieure jusqu’au sang. Ses mains se firent moites, signe nouveau de son anxiété.

Il poursuivit de nouveau, continuant la préparation de la crêpe épaisse, et cherchant désormais à faire comprendre à la jeune fille que ses expériences la forgeaient telle qu’elle était. Elle devait trouver un enseignement à tirer de ces choses qu’elle avait faites. Mais quel était-il ? Elle était hantée par des pensées qui n’étaient pas les siennes. Elle n’avait fait que se défendre. Non, ce n’était pas de sa faute. Ca ne pouvait pas être de sa faute. Abraham lui offrit le premier pancake, le ton toujours enthousiaste et lui mettant à disposition de quoi le parfumer à ce qu’elle souhaitait. Cependant, elle ne toucha pas un seul instant à la nourriture. Elle releva la tête et observa cet homme qui lui parlait de choses sans pouvoir les comprendre.
« Arrête. » Son regard se faisait dur et elle n’était plus là pour le voiler à présent, révélant les deux émeraudes qui lui servaient d’iris. Après tout, il l’avait cherchée et la peur s’était mélangée à une forme de colère révoltée contre l’injustice que ce monde semblait placer sur la jeune fille.

Elle se leva et recula, faisant tomber la chaise sur laquelle elle était assise. Puis, elle pointa un doigt accusateur sur son interlocuteur.
« Ferme la avec ton discours à la con. Tu sais pas de quoi tu parles toi, avec tes manières trop parfaites. » Elle recula jusqu’à ce que ses cuisses entrent en contact avec le canapé. Puis, elle secoua la tête, les flashs étant de retour. « T’y connais rien aux mutants alors arrête de parler de ça comme ça. Tu sais pas ce que c’est alors tu la fermes, Je ne peux pas me soigner moi-même, c’est ça l’enseignement à tirer de toute cette merde ? » Pêter un plomb. Voilà ce qu’elle s’apprêtait à faire. La dernière fois que c’était arrivé, c’était ce soir là. Et maintenant, elle était de nouveau avec quelqu’un. Quelqu’un qui se retrouvait en danger face à elle parce qu’elle ne contrôlait plus rien. Les flashs de sa propre mémoire et de celle qu’elle avait absorbés se mélangèrent et elle ne pouvait pas se calmer. La panique l’envahissait un peu plus à chaque instant et son expression dure et froide se mua en une expression de terreur. Elle ferma alors les yeux brusquement et se recroquevilla contre le canapé. « Non. Non ! NON ! » Elle ne se protégeait plus elle. Elle cherchait d’avantage à protéger les autres, en l’occurrence, Abraham, d’elle-même.

Elle l’avait dit. Face à tous ces sous-entendus elle avait fini par dire qu’elle était mutante et il pouvait même en déduire que son pouvoir était lié à la mémoire. Il allait la foutre dehors. Elle n’aurait alors qu’à garder le regard baissé jusqu’à ce qu’il l’ait sortie de là. Elle aurait alors à courir, encore, comme elle savait le faire. Elle survivrait, encore. Et cette fois, elle n’aurait pas à blesser quiconque.

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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Mar 31 Mar - 18:27

S’il l’avait regardée, peut-être aurait-il compris qu’il aurait mieux valu qu’il se taise. Ou au moins qu’il s’arrête. Mais il était trop tard. Il lui avait tourné le dos et n’avait remarqué ni le changement d’humeur ni celui de situation … désormais, elle lui demandait d’arrêter. Ce n’était pas une demande. C’était un ordre. Ordre teinté de colère.  Dans ce cas, il n’y avait qu’une seule chose en attendant d’en savoir plus : il s’exécuta sans broncher et commença à s’interroger. Pourquoi ? Qu’avait-il pu bien dire de particulier pour la faire réagir ainsi ? Quel avait été le mot qui avait tout déclenché ? Les mutants ? La perte de mémoire ? Les expériences ? Il allait fallait qu’elle l’aide, il ne devinerait pas tout seul.
Il regardait toujours au-dessus d’elle, fixant un point au-delà, mais il ne pouvait pas s’empêcher de constater qu’elle avait relevé la tête et qu’elle, en revanche, devait bien le fixer. Lui n’en avait pas l’opportunité mais elle si. Pourquoi pas. La rue n’était pas très attrayante mais si cela pouvait aider à l’heure actuelle … pourtant, la tentation de regarder la demoiselle dans les yeux alors qu’elle lui reprochait apparemment quelque chose était grande. Parce que même s’il n’était pas spécialiste, il arrivait à y lire certains sentiments et qu’ils auraient pu l’aider à y voir plus clair. Ou peut-être pas. Mais il aurait aimé avoir le choix.

Il ne bougea pas lorsque la chaise tomba au sol dans un bruit sourd, pas même un sursaut. Tout ce qu’il espérait était l’absence de marques mais c’était son côté  qui ressortait, rien d’autre. La maintenant uniquement dans son champ de vision périphérique, il ne rata pas qu’il était pointé du doigt, comme s’il était un cas à part, ni l’accusation qui suivit. S’il avait souri jusqu’ici, c’en était fini. Ses lèvres redevinrent droites et ses dents blanches disparurent derrière. L’expression qu’il arborait désormais n’avait plus rien de celle, enjouée et enthousiaste, qu’il avait à l’idée de prendre un bon petit déjeuner. Il ne savait pas de quoi il parlait …

« Je ne connais pas votre histoire. Ni vous la mienne. Ne parlez  pas sans savoir. »

Sa voix aussi avait changé. De douce et chaleureuse, elle était passée à froide et cassante. Il n’aimait pas ça, ce changement. Mais il fallait y passer. Il la laissa reculer, en profitant pour se tourner brièvement et déplacer la poêle pour éviter qu’elle ne brûle. Il coupa les flammes dans la foulée. Inutile de mettre le feu parce que la conversation s’échauffait légèrement. Après tout, ce n’était peut-être qu’un malentendu.
Elle poursuivait sa diatribe, sa verve intacte. Peut-être que cela lui faisait du bien que de tout laisser sortir de cette façon. Un rire sec lui échappa quand elle affirma qu’il n’y connaissait rien aux mutants.  Evidemment que non. C’est en partie parce qu’il en était un qu’il se permettait justement de parler de cette façon. Même s’il n’était pas d’accord avec le début de ses propos, la suite l’intéressait tout de même. Elle lui en apprenait davantage sur elle. En faisait les raccords avec ce qu’il avait énoncé, cela devenait assez clair : elle était mutante et son pouvoir affectait la mémoire d’une façon ou d’une autre. Manipulation, lecture ou bien les deux, il n’en savait rien. En revanche, il était persuadé qu’elle se servait de ses yeux pour ça. Cela expliquait pourquoi elle lui avait refusé ce geste.
Elle pouvait apparemment faire oublier aux autres, mais pas à elle. Est-ce que le mal qu’elle souhaitait laissé derrière elle était conséquent de son pouvoir ? Peut-être. Probable. Qu’avait-elle fait ? Lu là où il ne fallait pas ? Appris des choses qui la mettaient en danger ? S’il avait été en mission, il aurait fait cracher ces informations. Là, c’était loin d’être le cas. Elle n’était pas une menace. Ses négations en attestaient. Il se permit alors de la regarder, effondrée contre le canapé. Elle n’était qu’une jeune femme perdue et désemparée. Il ne voyait que ça. Il s’en voulait déjà pour son changement de ton. Il ferma les yeux et inspira brièvement.

Il contourna son bar et attrapa l’assiette avec le pancake encore tiède. Sans se soucier d’être discret, le but étant plutôt d’ailleurs de se faire entendre, il se rapprocha d’Alice en espérant ne pas la braquer. Il s’accroupit devant elle et regretta une nouvelle fois de ne pas pouvoir l’étreindre pour la calmer. Sa voix se fit de nouveau douce.

« Alice … je pose l’assiette avec le pauvre pancake nature qui se sent rejeté à votre droite. Il est encore tiède attention. Quant à moi, je m’assois à votre gauche. Et je ferme les yeux. »

Il s’exécuta, l’assiette provoquant un léger poc sonore et lui-même un simple bruissement de tissu. Les jambes tendues, il les croisa au niveau des chevilles tout en croisant ses mains au niveau de son ventre. Il posa sa tête contre le canapé et la garda droite, le regard fixé devant lui. Et il ferma les yeux. Puis il reprit.

« Vous savez, vous n’êtes pas la seule à disposer du gêne mutant dans cette pièce Alice. Je suis un mutant. Je suis un téléporteur. J’ai été viré de mon unité militaire sans ménagement uniquement pour cette raison. Parce que j’étais soi-disant dangereux … pas plus que mes collègues avec des armes à feu. Mais c’est comme ça. Et pour l’instant, je ne peux rien y faire. Peut-être qu’un jour les mentalités changeront. J’espère juste vivre assez vieux pour le constater de moi-même. »

Il soupira et releva la tête sans ouvrir les yeux pour autant.

« Et c’est aussi parce que je suis un mutant que ma fille et ma femme ont été assassinées il y a maintenant trois ans et demi. Uniquement parce que je suis différent. Uniquement parce que j’ai un génome différent. Alors s’il vous plait, ne dites pas que je n’y connais rien aux mutants et que je ne sais pas ce que c’est. »

Il devint silencieux, n’ayant plus rien à ajouter pour l’instant. Que dire de plus de toute façon ? Il avait fait un premier pas pour la calmer. Il espérait seulement que lui parler serait un bon début.
Il ne craignait nullement pour sa vie ou sa mémoire si c’était une question de vue. A moins qu’elle ne lui plante un couteau dans l’abdomen ou qu’elle ne l’assomme avec l’assiette, il serait apte à se téléporter dans son dos. A partir de là, il pourrait lui saisir les bras et les lui bloquer avant de lui mettre une main, à défaut d’un bandeau, devant les yeux.
Cependant, il espérait sincèrement ne pas avoir à en arriver à cette extrémité-là.
Il lui fallait juste attendre les réactions de la demoiselle pour en décider.

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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Mer 1 Avr - 22:00

Alors qu’elle lui jetait toutes ses propres fautes à la figure, il lui avait répondu, changeant le ton de sa voix. Il n’était plus l’homme chaleureux qui lui ouvrait son chez-lui sans se poser la moindre question. Il était devenu froid et dur, tel un roc solide qui pouvait vous écraser d’une simple chute. Mais cela n’arrêta pas la jeune blonde qui déversa sa haine et son mal sur lui à travers des mots qu’il ne méritait pas. Dans le fond, elle en avait conscience. Mais il lui semblait nécessaire de passer par cet instant pour pouvoir mieux rebondir et repartir sur un bon pied.

Mais finalement, elle devint une chose fragile, recroquevillée contre un canapé et retenant du mieux qu’elle le pouvait ses larmes. Sa tignasse blonde et emmêlée venait définitivement cacher son visage qu’elle avait placé entre ses bras croisés sur ses genoux. Son cœur battait à tout rompre contre sa poitrine et sa gorge qu’elle essayait de garder serrée pour contrôler ses sanglots lui faisait mal. Elle espérait vraiment qu’il la jette dehors, qu’elle puisse fuir en pleurant comme elle le faisait, encore et encore. Quand s’arrêterait donc sa fuite ? Quand n’aurait-elle plus à courir pour fuir ? C’était une histoire sans fin qu’elle voulait amener à son terme. Elle voulait presque mourir en cet instant, ne laissant derrière elle que la vengeance de ceux qui la poursuivaient. Et pourtant, elle luttait pour vivre car son fort intérieur lui murmurait qu’elle n’en avait pas fini, qu’elle se relèverait un jour et qu’elle deviendrait quelqu’un de grand, de fort.

Elle écoutait le moindre de ses geste, attendant le moment où il l’attraperait certainement par la peau du cou pour mieux la jeter sur le pas de sa porte. Mais tout ce qu’elle entendit, c’était sa respiration. Et finalement, il se mit en mouvement. Elle entendit le bruit d’une assiette que l’on décolle d’une table, puis des pas s’approchant d’elle. Alors il reprit la parole et les exécuta. Au fond d’elle, Alice avait envie de lui hurler qu’il n’avait rien compris, qu’il fallait qu’il la jette dehors. Et pourtant, jamais personne n’avait pris autant soin d’elle et de son bien être que lui, cet inconnu. Et ça faisait mal. Alice se crispa, plantant ses ongles sales dans la chair de ses bras tandis qu’elle sentit la présence du soldat se poser à ses côtés. Il lui assura alors qu’il fermait les yeux et la blonde en fut rassurée. Cependant, elle ne releva pas la tête pour autant, retenant toujours avec peine les sanglots qui s’accumulaient dans sa gorge, menaçant de la faire pleurer.

Le silence s’installa quelques instants. Abraham le rompit, faisant une sacrée révélation. Elle n’était pas la seule mutante dans cette pièce. Face à cette déclaration, elle ne put que relever la tête et le dévisager. Heureusement qu’il avait les yeux clos, sait-on jamais ce qui aurait pu se passer tant la stupeur de la jeune fille était présente. Lui ? Mutant ? Comme quoi ça arrive bien à n’importe qui. Il lui précisa même son pouvoir. Un téléporteur. Décidément, la jeune fille voguait de surprise en surprise. Elle n’avait jamais eu la chance de rencontrer un téléporteur. Elle avait du faire face à Christopher Witman, à un jeune oracle dans les rues de New-York et à divers pouvoirs. Mais jamais elle n’avait eu affaire à un don tel que celui que possédait Abraham. Finalement, il l’intriguait.

Il lui expliqua alors que c’était la raison pour laquelle il avait été viré de l’armée. On le trouvait dangereux. Alice l’écouta silencieusement, posant la tête sur ses genoux bien qu’ayant toujours les yeux posés sur le visage de son interlocuteur qui s’ouvrait doucement à elle. Mais malgré le rejet, malgré les regards haineux, Abraham gardait l’espoir de voir les mentalités évoluer, le monde changer et s’adapter à l’existence de ces personnes qui possédaient un don hors du commun. Une utopie. Alice ne voyait que le mal que lui avait causé son pouvoir pour envisager un seul instant qu’un peu de bien ressortirait un jour de tout cela. Elle n’était pas que la gamine ingrate, vulgaire et qui ne rentrait pas dans les cases qu’on lui mettait devant elle. Elle pouvait être réfléchie, posée et peut être même plus futée que certains ne pourrait l’imaginer. Car outre le fait d’être un fléau, son pouvoir demeurait un don grandiose qui lui permettait beaucoup de chose.

Abraham lâcha un soupir avant de poursuivre ses dires. Et ses mots transpercèrent littéralement la jeune blonde. Il avait perdu sa famille. Sa femme et sa fille. Il n’avait plus personne à cause de ses pouvoirs. Qui les lui avait pris ? Ca n’avait pas grande importance face à la révélation de cette perte gigantesque. Et alors il finit son discours en lui demandant simplement de ne pas penser à sa place. De ne pas essayer de faire celle qui en savait plus et qui avait d’avantage souffert que lui à cause d’un don qui s’apparentait bien trop souvent à une malédiction. Alice enfonça un peu plus ses ongles dans sa peau tandis que les sanglots prirent le dessus. Elle renifla lamentablement tandis que son hôte se tut. Elle resta immobile quelques instants, les larmes glisser sur ses joues.
« Je suis… Désolée. » Que pouvait-elle dire de plus à cet homme qui intériorisait toute sa peine. Elle avait été idiote de le juger de la sorte sans le connaître. Comme elle le faisait bien trop souvent.

D’un revers de poignet, elle essuya les larmes qui glissaient sur ses joues. Puis, affamée et ne résistant pas d’avantage, elle s’empara de l’assiette et du Pancake qu’elle contenait. Elle mordit sans manière dedans et apprécia énormément cette première bouchée. Puis, il était plus que temps pour elle de se confier à son tour.
« C’est parce que je suis mutante que mes parents m’ont foutue dehors. Ils ont fait pareil avec mon frère auparavant et on essayé d’envoyer ma sœur dans une école spécialisée. On l’était tous les trois. Sauf que moi, ils l’ont su il y a pas longtemps et ça leur a fichu la trouille… » Elle prit une nouvelle bouchée du pancake en reniflant. « J’ai un problème avec ma mémoire. C’est un peu comme un super ordinateur qui conserve tout. Il y a pas la corbeille. Je me souviens de tellement de chose dans les moindres détails que je peux parfois me projeter dans ces souvenirs pour les revivre. C’est super flippant en vrai. » Maintenant qu’elle le disait, oui, elle trouvait ça terrifiant. Elle ricana un peu entre deux sanglots. Puis, elle poursuivit simplement sur sa lancée. « Je peux aussi rentrer dans la tête des autres et fouiller leur mémoire. Pour ça qu’il faut garder les yeux fermés. Ca fait un peu grosse bibliothèque ou je viens ouvrir des livres. D’ailleurs, quand j’y repense, les gens normaux ont quasi pas de souvenirs et ils ont de la chance putain… » D’un nouveau coup de dent, elle acheva le pancake. Elle le mâcha longuement, appréciant le gout et la saveur d’une telle nourriture qu’elle n’avait pas mangé depuis si longtemps.

On en arrivait à la partie délicate. La partie qui faisait toujours mal. Et d’ailleurs, la jeune fille se crispa, enfonçant cette fois-ci ses ongles dans la peau de ses genoux.
« Je… J’ai merdé… » Il allait falloir être un peu plus explicative, cependant, si elle souhaitait se faire comprendre par son interlocuteur. « J’ai travaillé grâce à ce pouvoir. Des gens louches payent cher pour avoir des informations en échange d’une bonne protection. Mais le jour où le boss disparaît, c’est forcément contre vous que ça se retourne. Du coup, je me suis cassée. J’ai tout planté ici. J’ai lavé le cerveau de mes potes pour qu’ils se souviennent pas de moi et je me suis tirée. Je suis retournée chez mes parents, mais ça n’a pas marché. Ils m’ont foutue à la porte. Mon frère ne voulait pas de moi et impossible de retrouver ma sœur. Alors j’ai essayer de me démerder.. Sauf que… Sauf que… »

La confession. Voilà une chose à laquelle la jeune fille n’était pas habituée. Jamais elle ne parlait d’elle et surtout pas ces derniers temps. Et pourtant, elle était sur le point de tout avouer. De tout balancer. Elle n’avait aucune preuve que ce type était réellement mutant, bien que dans le cas contraire, il aurait certainement réagi autrement. Les larmes sortaient régulièrement de ses yeux et elle ne se battait plus pour les retenir. Elle ne voulait plus combattre. Elle voulait simplement alléger sa peine. « Il y avait ce gars. Il fêtait son enterrement de vie de garçon ou une connerie du genre… Et il m’a accosté, laissant ses potes derrière. J’ai essayé de m’en débarrasser mais il m’a suivi et il m’a coincée contre un mur alors… Alors… Je pouvais rien faire d’autre… J’ai plongé dans sa tête et… J’ai… J’ai… Il s’est écroulé, il bougeait plus. J’ai couru, j’avais trop peur. Je crois bien que je l’ai tué… » Elle l’avait enfin dit à voix haute. Ce qu’elle pensait depuis tellement de temps avait enfin pris forme à voix haute et semblait ne plus avoir rien d’autre que la stricte vérité dans ces mots. « Je… Il reste dans ma tête. Tous ses souvenirs, c’est comme si je les avais aspirés et j’arrive pas à les dégager de là… Alors je contrôle plus rien et je ne peux plus regarder personne sinon… Sinon… Je pourrais recommencer… » Un fait était certain : rien ne prouvait la potentielle récidive dès qu’un contact visuel se ferait. Alice en était juste intimement persuadée et faisait tout pour que cela n’arrive. Cependant, le fait d’avoir enfin osé admettre toutes cette folle histoire avait quelque chose de rassurant et la jeune fille se sentait plus confiante, plus à même de contrôler ses émotions. Elle tourna la tête vers son hôte, attendant simplement sa réaction.

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MessageSujet: Re: Save me from Hell, from them and from myself [Abraham]   Lun 13 Avr - 19:23

Alors qu’Abraham dévoilait des pans de sa vie privée comme s’ils étaient amis de longue date, il l’entendit bouger mais pas se lever. Il supposait qu’elle s’était tournée vers lui mais n’en avait pas confirmation. Et il ne comptait pas ouvrir les yeux pour le vérifier. Il n’avait pas bougé, la tête toujours droite et continuait de lui expliquer tranquillement, d’une voix calme et posée. Il lui était reconnaissant de ne pas l’interrompre, c’était plus facile ainsi. Tout sortir d’une seule traite sans avoir à recommencer ni même se reprendre … il lui laissait aussi le temps d’assimiler ce qu’il lui disait. Sauf si elle avait choisi de ne pas le croire, auquel cas chacun d’eux perdait son temps. Les clés de la porte étaient toujours dans la serrure, elle pouvait toujours partir si elle le souhaitait. Il n’approuverait toujours pas plus qu’auparavant mais elle était toujours libre de ses choix.
Ce n’est qu’au soupir, tout en sachant par quoi il allait poursuivre qu’il décida de bouger, relevant uniquement la tête pour fixer le plafond, quand bien même ses yeux restaient clos. Il l’entendit renifler mais n’en fit  rien. Ce n’était pas là la finalité qu’il avait recherché. Il voulait juste lui permettre de comprendre pourquoi il tenait ce genre de propos. Rien de plus. Et il n’avait même pas de mouchoirs à lui tendre. Le rouleau d’essuie-tout était sur le bar si elle le cherchait. Il haussa les épaules à son excuse. Ce n’était pas qu’il ne les acceptait pas. C’était juste qu’elle n’y était pour rien. Ce n’était pas elle qui avait appuyé sur la détente à plusieurs reprises.

Il entendit le crissement de l’assiette sur le parquet avant que ce bruit ne soit remplacé par un bruit de mastication. Au moins, elle avait décidé de se nourrir et c’était toujours ça de pris. Et s’il en croyait l’absence d’expectoration, il devait être mangeable. Il ne s’était donc pas raté … ou pas sur la préparation de la pâte en tout cas.
Alors qu’elle reprenait la parole, il resta silencieux et l’écouta comme elle l’avait fait pour lui juste avant. Il avait vraiment eu plus de chance qu’elle avec ses propres parents. Ils avaient été compréhensifs et leur comportement n’avait pas véritablement changé.  Même si son père avait foutu la trouille aux jumeaux ce jour-là. En attendant, elle avait un frère et une sœur, qu’il supposait plus âgés qu’elle vu la façon dont elle présentait les événements. Il trouvait étonnant qu’ils aient eu peur. Si leurs ainés étaient eux-aussi mutants, ils auraient dû … s’en douter. Ou au moins l’envisager. A moins que cette trouille ne vienne du pouvoir en lui-même ? Théorie viable. Peut-être allait-il en apprendre plus par la suite.
Il regrettait de ne pas avoir de mouchoirs mais ne voulant pas l’interrompre, il ne proposa rien, même si le sopalin n’avait pas disparu du bar, et n’en bougea pas plus. Il continua de l’écouter, attentif.
Un problème ? Ce n’était pas forcément le cas. Ça en devenait un uniquement si elle ne le voyait que de cette façon. Mais si on lui avait toujours parlé de son pouvoir en ces termes-là, forcément … ça ne devait pas aider dans la considération qu’elle en avait. L’absence de corbeille pouvait être gênante, il lui accordait ce point. Mais c’était la même chose pour les êtres normaux : ils ne pouvaient pas supprimer les souvenirs qui ne leur plaisaient pas. Ils étaient logés à la même enseigne. Si elle ne contrôlait pas cette projection, oui, effectivement, ça devait l’être. Se retrouver dans quelque chose sans savoir s’il s’agissait de la réalité ou non, sans savoir si l’on peut agir ou non … et si la projection n’était pas de celles à se remémorer … ce ne devait pas être évident tous les jours.
Il sourit malgré lui à l’énonciation de la comparaison. Au-delà du côté clair et concis de la description de cette seconde capacité, c’était surtout parce qu’il était accro à la lecture qu’il réagissait ainsi. Toute personne qui se servait d’une bibliothèque et de livres comme exemples devait être fondamentalement bonne, non ? Malgré lui, il pencha la tête à droite et à gauche lentement, n’étant pas d’accord sur ce qu’elle venait de dire. Il ne voyait pas en quoi était-ce une chance d’avoir peu de souvenirs. S’ils étaient mauvais, admettons. Mais les bons ? Pourquoi serait-ce mieux d’en avoir quasiment pas ? Il était d’avis contraire : il cherchait à en avoir le plus possible. Et c’était grâce à eux qu’il réussissait à voir la vie du bon côté, qu’il réussissait à tenir lorsque c’était difficile. Cela dit, même s’il lui exposerait son point de vue, chacun son avis.

Elle avait merdé. Comment ça ? De la même façon que lui avait planté certains examens ? Ou était-ce plus grave que ça ? Réaliste, il penchait plutôt ce second cas. Qu’avait-il pu se passer ? Il attendit, restant muet et immobile, la réponse à sa question. Lui aussi avait travaillé grâce à son pouvoir. C’était même en partie grâce à lui qu’il avait rejoint l’unité d’élite. Et à cause de lui qu’il avait dû quitter l’armée. Il acquiesça à ses dires. Il n’était pas étonnant que certains cherchent à profiter des capacités de la demoiselle. Ça ne laissait aucune trace. La personne ciblée n’en savait rien à moins d’avoir des pouvoirs qui le permettaient, ce qui ne devait pas courir les rues.
Par contre, elle avait tort. Il n’y avait pas besoin que le boss disparaisse pour que ça se retourne contre soi. Des missions qu’il avait faites en tant que membre de l’US Army et de celles dont il avait lu les comptes rendus au sein de sa nouvelle entreprise, aucune ne lui venait à l’esprit quant au fait d’avoir un supérieur cool qui prenait sur soi ses erreurs. Les petites mains mangeaient toujours les premières. Qu’elle s’en aille n’avait rien d’étonnant.
En revanche, qu’elle ait le courage de retirer tout souvenir lié à elle dans la tête de ses amis, ça, ça l’était. S’il ne se trompait pas, il pouvait comprendre l’un des motifs : leur sécurité. Il n’était pas possible de parler sur quelqu’un que l’on ne connaissait pas et dont on n’avait pas de souvenirs. Même si c’était une pour excellente cause, il fallait du cran pour passer à l’acte. Lui-même n’hésiterait pas si c’était nécessaire mais il savait pertinemment que cela l’anéantirait. Savoir les siens en sécurité compenserait, un peu. Et puis, le terme « les siens » ne serait-il pas dérisoire dans cette situation ?
L’américain fit claquer sa langue contre son palais, en désapprobation, quand elle dit que ses parents l’avaient jetée dehors et que son frère l’avait rejeté. Tu parles d’une famille … ces trois-là n’en méritait même pas le nom. Mais cela restait un avis personnel. Peut-être avaient-ils de bonnes raisons. Mais il en doutait fortement et une moue dégoutée s’affichait sur son visage. En revanche, il espérait que sa sœur allait bien et qu’elle n’ait pas eu de soucis … En tout cas, la tentative de s’en sortir seule n’avait pas l’air des plus réussies s’il se basait uniquement sur ce qu’il avait vu. Alors qu’elle buttait sur les mots, il ne la brusqua pas, la laissa pleurer et attendit patiemment comme il savait si bien le faire.

Sans connaître la suite pour l’instant, il le pressentait mal pour le gars en question. Mais il ne le pensait pas innocent pour autant, surtout si c’était un fêtard. Il réprima une flopée de jurons cosmopolites à la suite de l’histoire. De ce qu’elle avait accepté de lui dire, cela ressemblait àde la légitime défense. S’il s’était transformé en poupée de chiffon, il était compréhensible qu’elle ait choisi de fuir. La plupart des gens en aurait fait autant. Elle n’avait pas à rougir de son comportement. Et de ce fait, elle n’était pas sûre qu’il soit réellement décédé. Peut-être était-il tout simplement dans les vapes, inconscient. Peut-être qu’un séjour à l’hôpital, et non à la morgue, avait été de mise. Si ça se trouve, elle se montait le bourrichon pour rien du tout et l’autre continuait de vivre sa vie tranquillement en ayant simplement un mauvais souvenir de la soirée …
Autant avoir plein de souvenirs lui semblait plutôt une bonne chose, autant avoir ceux d’un autre qui reviennent en premier plan se la jouer soirée diapo était une autre paire de manches. Et c’était donc pour ça qu’elle refusait de regarder les autres, de le regarder lui directement dans les yeux. Elle avait peur, peur de prendre la vie d’un autre et de se retrouver avec une nouvelle série de souvenirs qu’elle ne contrôlait pas. Pas étonnant qu’elle baisse les yeux en permanence. Mais il devait bien y avoir moyen de supprimer ça de son répertoire pourtant … peut-être qu’elle n’avait juste pas encore trouvé comment faire. Il l’espérait en tout cas.

Il attendit mais plus aucun son ne franchissait les lèvres de la demoiselle. Les yeux toujours fermés, il ne pouvait vérifier si elle le regardait ou non, si elle attendait quelque chose de sa part ou non. Il partit du principe que c’était son tour et se mit à sourire de nouveau.

« Avant toute chose, je pense qu’un seul et unique pancake, surtout nature, pour vous et aucun pour moi, c’est bien trop peu pour un petit déjeuner digne de ce nom. Donc je vais commencer par faire leurs frangins. »

Il se leva sans avoir à s’aider de ses mains et fit deux pas vers la cuisine avant d’ouvrir les yeux. N’ayant pas entendu de bruit et ne la voyait pas devant lui, il supposait qu’Alice était restée assise par terre, contre le canapé.

« Aller, venez. Les chaises hautes seront quand même plus confortables que le parquet. Et plus près des pancakes aussi. »

Adjoignant le geste à la parole, il s’avança dans la cuisine et redressa la chaise qu’elle avait fait tomber un peu plus tôt. Par réflexe, il en épousseta l’assise et repassa derrière le bar sans attendre plus de réponse que ça. Ni une ni deux, il replaça la poêle et ralluma la plaque. Attrapant la louche, il mélangea la pâte pour lui rappeler qu’elle devait être fluide. Il attendit quelques instants que la plaque chauffe, que son centre devienne totalement rouge, et il se remit à la confection des pancakes. Cette fois-ci, il comptait bien les enchainer. Tout en étant à ce qu’il faisait, il reprit la parole, même s’il ne savait pas quel était le meilleur ordre pour organiser tout ça. Autant être honnête.

« J’avoue, je ne sais pas vraiment par quel bout reprendre notre conversation pour qu’elle soit propre et ordonnée … du coup, ça risque d’être un peu en vrac mais l’intention y est ! »

Il marqua une courte pause avant de reprendre, retournant le pancake.

« Je suis désolé que vos parents aient réagi de cette façon, vraiment. Après, j’ai été élevé par un couple franco-américain très ouvert d’esprit qui estimait, et estime toujours, que la différence est une force et non une faiblesse. Du coup, mon avis est peut-être, probablement d’ailleurs, biaisé. Par contre, je ne comprends pas la réaction de votre frère. S’il est mutant lui-aussi, pourquoi avoir refusé de vous aider ? Au-delà de ça, vous êtes sa sœur quand même … »

Le fait d’être fils unique ne l’empêchait pas d’avoir une conception de la famille bien à lui. Et dans cette façon de voir, il était hors de question de laisser un des membres se démerder seul s’il avait besoin d’aide. Vraisemblablement, elle n’avait pas la même chance que lui. Il déposa le pancake dans l’assiette en prenant soin de regarder plus haut pour ne pas croiser son regard, au cas où.

« Surtout, ne m’attendez pas, mangez-les tant qu’ils sont chauds. Et si je dis ou fais quelque chose qui ne vous plait pas, dites-le moi et je n’insisterai pas sur le sujet. »

S’il y a des points qu’elle ne voulait pas aborder, pour l’instant ou de façon plus durable, c’était son droit. Il n’était qu’un étranger qui faisait des pancakes, il n’avait aucune autorité sur elle. Il versa une nouvelle portion de pâte dans la poêle qui crépita.

« Depuis … l’incident avec ce jeune homme, vous n’avez regardé personne dans les yeux ? En état de peur ou de panique, si votre pouvoir réagit à l’émotion, je peux comprendre que vous ne l’ayez pas tenté. Mais en étant zen et détendue, vous n’avez pas essayé ? Même un bref instant ? D’ailleurs, c’est arrivé il y a longtemps ou c’est récent ? Enfin, toute proportion gardée … »

Il avait une notion du temps que tout le monde ne partageait pas. Il décolla les bords du pancake, le surveillant sans ciller. Par principe, cela l’ennuyait de tourner le dos à Alice mais dans la situation présente, c’était plus simple pour elle. Peut-être serait-elle aussi plus à l’aise.
Il interrompit son flot de questions, ne voulant pas la submerger alors qu’elle venait déjà de se confier et qu’il supposait que cela n’arrivait pas tous les jours. De plus, peut-être qu’elle aussi avait des questions. Il ne voyait pas pourquoi l’en priver.
Et puis … c’était le petit-déjeuner. Elle allait avoir la bouche pleine. Et on ne parle pas la bouche plein de pancakes.

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