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 Opening night [Lilian]

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Lilian D'Eyncourt
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MessageSujet: Re: Opening night [Lilian]   Jeu 6 Nov - 22:52

De la violence, il en demandait rarement. Il ne faisait pas du sexe une fête. Les excès avaient, depuis longtemps, intégré son quotidien. Il élisait ses amants sur des critères assez vagues, selon ses envies du moment, s’amusait parfois de la fureur qu’on lui vouait, mais la rendait rarement. Même au lit, ses actes restaient calculés. Il évaluait les envies de l’autre, s’adaptait, prenait tous les rôles possibles, pourvut qu’on le laissât dominer à la fin. S’il lui arrivait de faire des concessions, d’apprécier volontiers les initiatives d’une femme ou d’un homme entreprenant, il cédait à la paresse. La place l’ennuyait très vite. Elle manquait d’enjeux. Mais jouer avec l’autre, composer une partition de cris et de frissons, était un doux plaisir de l’esprit. Il sentait à travers l’autre, il s’aimait, en quelques sorte, en passant par un autre corps. Et, cependant, Nikolaï lui faisait perdre la mesure. Il éprouvait l’envie d’être brusqué autant qu’il imaginait briser, étouffer sa proie entre ses tentacules. Un écran pourpre s’élargissait sur son front. Il oubliait le sadisme érotique subtil auquel il s’adonnait parfois pour une danse plus désordonnée, sortie des entrailles ou, plutôt, des bouillons de sang, des globules rouges qui s’élançaient d’une veine à l’autre, jaillissaient de sa peau et s’agrippaient à la chair brûlante du russe. Et il entendait la cadence effrénée de son cœur, devinait les veines gonflées d’excitation, comme s’il vivait en lui. Le jeune homme le désirait avec une puissance terriblement satisfaisante. A lui tout seul, il était capable d’une sauvagerie contre laquelle Lilian n’aurait peut-être pu lutter sans pouvoirs car, enfin, son physique était plus celui d’une personne bâtie par une pratique de sport modérée et un régime alimentaire très pauvre – ou trop riche en substances psychotropes -, avec cette allure à la fois solide et fragile, que d’un abonné des salles de musculation.

Il lui arracha la chemise en lui faisant sauter une partie des boutons, mais aussi craquer légèrement les coutures des épaules. Sans s’inquiéter des complications que cela risquait d’entraîner pour leur retour dans le casino, Lilian l’aida à s’en débarrasser, mais n’en profita pas pour s’abandonner. Les filaments sanglants continuaient d’enlacer le corps de Nikolaï, de rouler sur son épiderme, de sucer son fluide sucré pour le porter jusqu’à lui. Et la fièvre gagnait son désormais amant dont la poitrine se soulevait et la respiration se saccadait. Aidé de ces bras multiples, il lui ôta le haut en retour. Puis, le russe sembla reprendre un instant conscience de sa présence pour revenir vers lui, encore étourdi, les nerfs toujours tirés par une sauvagerie contenue, il lui attrapa la gorge à pleines dents. Sur l’instant, il ne sentit par la douleur, trop secondaire parmi toutes les sensations qui le saisissaient. Par un certain processus d’autodéfense, ses extensions sanguines se resserrèrent autour de leur proie mais n’essayèrent pas de l’attaquer. Il savait cependant que Nikolaï avait assez insisté pour lui arracher la peau, car son sang frémit autour de sa plaie, et se coagula rapidement autour des perforations bénignes, et, certainement, d’une marque violacée qu’il devrait arborer une bonne semaine. Au lieu de l’inquiéter, l’idée le fit sourire. Il avait beau dominer l’homme par la force de sa mutation et son pouvoir naturel d’attraction, son don pour la manipulation, ce dernier n’oubliait pas d’affirmer une certaine forme d’ascendant sur lui. Il le détestait. Il aimait le détester de cette manière.

- Mais tu connais la légende, une seule goutte du sang de la créature peut rendre éternellement dépendant, souffla-t-il en plaisantant à moitié.

Ce furent à peu près les derniers mots cohérents qu’ils échangèrent pendant l’heure qui suivit et qui imprima un souvenir confus, palpable, grisant, dans l’esprit de Lilian. Les ressources insoupçonnées de sa mutation lui offraient, enfin, ce qu’il réalisait avoir toujours cherché, une expression entière, totalement libérée de ses pulsions. L’amour n’avait jamais été moins fade et, surtout, il se passait presque de la projection mentale qu’il s’imposait toujours pour rendre ses ébats plus intéressants. Même s’il s’appliquait à faire Nikolaï sien de toute les manières possibles, avec ce savoir-faire et cet instinct muté qui le transformait en amant étonnamment attentif et soucieux du bienêtre de l’autre, il réussissait parfois à ignorer sa présence, ce qui se manifestait par des accès de brutalité jubilatoires. Il donnait du plaisir et en prenait tout à la fois, sans laisser une réelle chance à son partenaire de lui rendre la pareille. Pas ce soir, pas maintenant. Il était presque difficile de croire qu’il pouvait garder autant de vigueur en ayant déjà eu un commerce satisfaisant avec Délia quelques trois heures plus tôt, et absolument aucun manque physique à combler depuis des années.

Au terme d’un échange qui ne se passa pas sans d’autres morsures – moins marquées cependant – et des coups d’ongles dont les zébrures suintaient le long du dos et des cuisses de Nikolaï, et séchaient déjà sur la peau de Lilian, il se retrouvèrent étendus sur le tapis, nus, et couverts de sang comme deux être primitifs après un rite initiatique. La jouissance avait, en effet, la malheureuse tendance de le déconnecter un court instant de sa mutation et liquéfier tout le sang qu’il tenait en sa possession. D’un point de vue extérieur, le résultat était terrifiant. Le salon ressemblait étrangement à une scène de crime, et il ne savait pas encore exactement comment il maquillerait ce vaste chaos. De toute manière, cette question le préoccupait peu. La peau rosie par le sang de son amant, le blanc des yeux devenu plus saumâtre également, il observait les éraflures sur le corps du russe, et réfléchissait vaguement à la symbolique du tatouage sur son omoplate en continuant de lui caresser la hanche. Non sans ironie, le dessin était presque à l’image de leurs ébats, même s’il n’était pas certain que l’ours blanc l’ait réellement emporté pour cette fois. Sans faire de commentaire à haute voix, il continua de profiter de l’accalmie en appuyant la tête sur « l’œuvre » et en faisant glisser sa main du flanc jusqu’au torse de Nikolaï pour l’attirer contre lui. Souvent, après l’amour, des réflexes plus naturels lui revenaient, et ses gestes étaient alors d’une tendresse assez déroutante pour qui le connaissait en dehors de l’intimité. Il gardait les lèvres fermées. A quoi bon parler ? Son amant pouvait lire ses pensées et, finalement, cette qualité l’arrangeait.

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... Et moi je continuerai à resplendir comme une figure brillamment absurde, dans un monde sans signification ... (The beautiful and damned)


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Nikolaï M. Kolyakov
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MessageSujet: Re: Opening night [Lilian]   Mer 12 Nov - 18:43

Sa réponse me fait sourire. Elle lui ressemble. Je ne m’y attarde cependant pas longtemps, préférant me replonger avec délice dans les plaisirs dangereux qu’il me fait ressentir. Je ferme donc de nouveau les yeux et me laisse aller. Sans même en être totalement conscient, mon pouvoir s’éveille, me déconnectant de la réalité tout en la rendant dix fois plus intense. Je suis lui. Il est moi. Je me perds dans les méandres de nos esprits et nos corps connectés, ne sachant plus si je m’aime à travers lui, s’il s’aime à travers moi ou si toute cette volonté rationalisante qui me définit habituellement ne serait pas devenue complètement obsolète face à la puissance étourdissante de la chorégraphie perverse, sadique et tout à la fois aimante à laquelle nous nous adonnons.

Alors je m’abandonne vraiment. Je fais tomber toutes les défenses qui constituent mon être et me plonge avec rage et désir dans notre étreinte. Tout se passe comme si c’était un autre qui m’habitait : j’embrasse, je caresse, je mords, je griffe, je jouis. Plus rien ne fait sens et je n’ai en cure. C’est comme si j’avais lâché la puissance primitive qui vivait au fond de moi sur le monde et qu’elle s’était acharnée sur la première personne à sa portée, à savoir Lilian. Savoir si cette puissance relève plus d’une pulsion de vie ou de mort serait difficile à dire. Mais peu m’importe pour le moment. Tout ce qui compte c’est l’instant présent : lui, moi, nous.

Nos pouvoirs semblent se rassasier tout autant que leurs propriétaires de l’évènement. Alors que son sang s’approprie peu à peu mon corps, formant tout à la fois un cocon protecteur et une arme à double tranchant, je me délecte des pensées sans cohérence qui traversent son esprit. C’est l’équivalent d’un trip psychédélique sans les risques psychiques qui en découlent en temps normal. Mais plus nous nous enfonçons dans une danse violente et possessive, plus je perds le contrôle. Tant de mon corps que de mon esprit. Jusqu’à ce que je me retrouve allongé sur le sol, épuisé, rassasié, sentant tout contre moi le corps de Lilian entourant le mien.

Sa main dessinant des arabesques sans queue ni tête sur ma hanche me ferait de l’effet si je n’étais pas fondamentalement en paix. Et, étrangement, l’atmosphère d’intimité qui s’installe entre nous ne me dérange pas. Je dirais même qu’elle fait sens. Là où j’ai pu coucher avec des femmes plusieurs nuits d’affilée sans ressentir la moindre communauté d’esprit qui soit, cette unique étreinte me donne l’impression d’avoir pénétré les barrières de Lilian. Non pas que tout son être soit désormais à ma portée – l’idée ne m’attire à vrai dire pas réellement de toute façon – mais j’ai l’impression de le comprendre un peu mieux. Que ce soit la découverte de son pouvoir si particulier ou tout simplement le fait d’avoir pu étancher cette soif de lui qui est apparue dès notre première rencontre, le résultat reste inchangé : nous voilà nus, ensanglantés et dans les bras l’un de l’autre et au lieu d’avoir envie de fuir, je me sens tout simplement bien.

Ce qui en dit certainement très long sur mon état de santé mentale. Mais cela fait bien longtemps que j’ai accepté que je n’étais pas à proprement parler « normal ». Je tends même plutôt du côté « cas pathologique », tendance « pervers narcissique ». Mais, il faut croire qu’après avoir rencontré Lilian, sa psychologie ô combien plus torturée que la mienne a calmé mes angoisses. Il y a pire que moi, bien pire. Et peut-être est-ce une part de ce soulagement qui me fait apprécier sa présence à ses côtés. Suffisamment pour que je ne ressente pas le besoin d’aller farfouiller son esprit pour savoir ce qu’il a pensé de nos ébats. Alors que c’est pourtant une des premières choses que je fais normalement en sortant du lit. Bon, nous ne sommes pas exactement dans un lit – nous en sommes même très loin – mais vous m’aurez compris.

En parlant de n’être pas dans un lit, je me permets soudain de jeter un regard aux lieux et me surprends moi-même des dégâts qu’on a causé à la pièce. J’ai déjà donné dans le sexe primaire mais là, je crois qu’on a atteint de nouveaux records. Ça me fait sourire et je murmure, ne voulant pas briser le calme ambiant en parlant à voix trop forte.


-En termes d’inauguration réussie, je crois bien qu’on vient d’établir une catégorie à part. Heureusement que mon service de nettoyage en a vu d’autres.

C’est après tout l’avantage de diriger un groupe mafieux. Le sang, mes hommes y sont habitués. Sans compter qu’ils savent lorsqu’il convient de ne pas poser de questions gênantes et de se contenter de travailler en silence. Bon, pour ce qui est de l’état de la tenue de Lilian, c’est un autre problème. Je ne pensais pas que je m’étais tant lâché. Enfin, au pire je demanderais à Dimitri de nous ramener une nouvelle tenue, là je n’ai pas réellement envie de me prendre la tête avec la question. Le concert doit être sur le point de se terminer, les tables de jeu vont par conséquent se remplir peu à peu, ce qui signifie que nous disposons d’encore une petite demi-heure de tranquillité avant de devoir retourner à nos obligations. Tout au moins en ce qui me concerne. J’ai donc l’intention d’en profiter à fond. Et je commence ainsi par poser la première question qui me traverse l’esprit.

-Quand as-tu découvert ton pouvoir ?

Honnêtement, si j’avais osé, je lui aurais demandé s’il en avait déjà perdu le contrôle mais je n’ai pas envie de le brusquer de suite, au risque qu’il se referme comme une huître. J’ai envie de confidences partagées sur l’oreiller – pour autant qu’on manque singulièrement d’oreillers – et je suis prêt à faire des concessions pour les avoir. Mais avant cela, ressentant un frisson désormais que l’adrénaline commence à retomber, je m’empare du magnifique couvre sofa typé empire en étirant la main et nous en couvre, nous protégeant ainsi de la fraîcheur ambiante. Au point où nous en sommes, qu’il se tâche ou non, peu importe.
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Lilian D'Eyncourt
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MessageSujet: Re: Opening night [Lilian]   Mar 18 Nov - 23:57

Les pulsions vermeilles de Nikolaï s’apaisaient peu à peu, et le retour au silence, la perte de toutes ses extensions, le contact rugueux, froid, inerte de la moquette, lui faisait un effet curieux. Il lui semblait que la fin de l’étreinte le réduisait de moitié, le rendait minuscule, l’arrachait à un monde liquide, rouge, agréablement tiède et doux. Un monde sans limites, où il pouvait perdre, un instant, la conscience de lui-même. Le sort, toujours ironique, voulait donc qu’il lâche prise pour la première fois de sa vie avec un autre calculateur, un être qui méritait, au contraire, une grande attention. Des tâches de lumière noire heurtaient parfois ses paupières. Il songea qu’il fallait bien être mutant, après tout, pour réussir cet exploit. Depuis les débuts précoces de sa puberté, il n’avait cessé de chercher une jouissance qui semblait inaccessible ou, du moins, trop fade en comparaison de ce qu’en tiraient les autres. Son existence dissolue l’avait mené vers une gamme variée de plaisirs et de perversions que nombre de ses semblables lui enviaient. Pourtant, il en tirait bien peu de choses. Ceux qui désiraient sa routine manquaient d’expérience, et il pensait que plus rien ne pouvait encore l’étonner. Il était heureux, mais aussi terrifiant, qu’il se fût trompé. Une force qui le dépassait l’avait dominé. Comment le percevrait-il une fois toute sa fureur retombée ?

Par-dessus l’épaule de son amant, il apercevait confusément le vaste chaos de la loge, les meubles déplacés, les vêtements déchirés, la surface de la table de verre étoilée et, surtout la traînée pourpre qui maculait toutes choses. On aurait dit que quelqu’un s’était battu, avait reçu plusieurs coups de couteaux, et titubé à travers toute la pièce avant de rendre l’âme. Sur cette observation, Nikolaï osa d’ailleurs un premier commentaire, en mentionnant l’efficacité de son service de nettoyage. Ils n’avaient jamais évoqué clairement ses activités avec la mafia russe mais, au cas où il en doutait encore, elles lui étaient bien confirmées. Des employés habitués à faire le ménage sur des scènes de crime étaient une aubaine. Même s’il pouvait s’offrir le silence de son personnel, Lilian ne mettait jamais son pouvoir en danger de cette manière. Trop de risques. Toutes les éclaboussures de sang portaient une trace de son adn, il suffisait d’une personne curieuse pour mettre à mal le secret de sa mutation. Jamais son imprudence n’avait atteint des sommets aussi élevés. S’isoler dans une loge le soir de l’inauguration du casino, avec son associé, lui révéler son gène x sans ambigüité, le barbouiller de son propre sang, tout saccager… Cette fois, son inconséquence dépassait les apparences, elle était réelle. Et ce relâchement, ce manquement à ses propres règles le fit sourire.

- Je serai heureux d’en profiter. Le mien m’a connu moins… excentrique, souffla-t-il en retour.

Puis, après un court silence, la question prévisible tomba : quand avait-il découvert son pouvoir ? La formulation n’était pas très juste. Une mutation se révèle généralement entre douze et seize ans. Quel intérêt y a-t-il de connaître l’âge précis de son apparition ? Non. Nikolaï voulait savoir « Comment ». Comment, à l’adolescence, un pouvoir aussi terrible pouvait-il se manifester ? Sachant que l’apparition d’une mutation a souvent lieu à la suite d’émotions fortes, mal maîtrisées, il savait parfaitement où le russe voulait en venir. Et, comme il s’en doutait peut-être, le sujet restait tabou. Lilian n’aimait pas se rappeler la première fois, le premier homicide involontaire de sa carrière de porteur x désorienté. Seuls Délia et Mélo connaissaient toute l’histoire. Il s’était ouvert sur le sujet sensible de son pouvoir à Icare, mais n’était jamais allé jusqu’à évoquer les dégâts collatéraux qu’il avait provoqués. Alors, il se donna un temps de réflexion. S’ils n’étaient pas allongés sur le sol, enroulés dans un plaid, encore liés par l’intimité troublante qui succédait au premier rapport, sa réponse se serait probablement arrêtée à cette simple répartie :


- A presque douze ans, comme tout le monde je suppose. – Puis, d’une voix étrangement plus plate et mesurée : - Je venais de soulever quelques… secrets familiaux disons. J’ai pensé qu’on m’avait menti volontairement, quelqu’un en a payé le prix fort. Puis, j’ai essayé de refouler ce pouvoir pour que la vérité n’éclate jamais. J’ai lutté longtemps. Même si ce n’est pas manifeste ce soir, je continue de me cacher. Certaines mutations sont plus socialement acceptables que d’autres, et la mienne est de celles qui ne pourront jamais être vécues au grand jour. Mais la dissimulation a son avantage, n’est-ce pas ?

Une pointe de malice perça sa question, comme pour confronter Nikolaï à ses propres fautes et éviter d’en révéler davantage. Une importante part d’ombre couvrait toujours ses aveux. Pourtant, il savait que son partenaire comprendrait très bien où il voulait en venir. Avec Icare, le débat était sans fin. Son compagnon estimait qu’il se jugeait trop sévèrement, il suivait un idéalisme naïf qui l’empêchait de considérer les conséquences désastreuses qu’entrainerait la révélation d’une telle mutation. Au départ, il y avait eu la culpabilité, la crainte d’être traité, à douze ans, comme un assassin, d’être rejeté, mis en cellule d’isolement, comme une créature dangereuse, persécuté le restant de ses jours. Plusieurs incidents avaient succédé au premier. A trop refouler son pouvoir, il avait multiplié les erreurs jusqu’à devenir absolument impardonnable. Trop de morts inexpliquées jalonnaient son chemin. Et, maintenant que sa mutation suivait une évolution qui la rendait à moitié indépendante et vorace, il ne comptait pas sur la tolérance de son entourage pour garder son rang si tout venait à se savoir. Et, enfin, comment pourrait-il « écouter » en toute tranquillité les variations cardiaques de ses interlocuteurs, ou leur prendre juste ce qu’il fallait de leur fluide vital pour les étourdir dans les moments où ils tentaient d’échapper à ses manipulations verbales ? Les circonstances de l’apparition de son pouvoir l’avaient jeté dans un engrenage infernal dont il lui était impossible de se défaire.

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Dernière édition par Lilian D'Eyncourt le Dim 30 Nov - 21:53, édité 1 fois
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Nikolaï M. Kolyakov
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MessageSujet: Re: Opening night [Lilian]   Ven 21 Nov - 17:19

-A presque douze ans, comme tout le monde je suppose.

C’est vrai que j’ai éclot tard comparé à la moyenne puisque j’avais quinze ans bien passés. En même temps, ma puberté a mis du temps à se développer et les quelques travaux sérieux qui se sont penchés sur l’apparition de mutations chez les adolescents ont démontré une corrélation assez forte entre développement physique du corps et apparition des caractéristiques majeures d’une mutation. Autrement dit, c’est en général lorsqu’un garçon mue ou qu’une fille vit ses premières menstruations que son corps se révèle prêt à accepter les changements majeurs qu’implique une mutation génétique. Comme si la période de transition que représentait l’adolescence était là pour faciliter le passage d’enfant « normal » à adulte mutant.

Ce qui m’amène à me demander si Lilian était un enfant particulièrement précoce. Dans le fond, ça ne m’étonnerait qu’à moitié. Il a un air de génie incompris qui collerait totalement à l’image de l’enfant trop intelligent pour son âge tandis que je suis le pur produit d’une éducation qui a modelé l’homme que je suis bien plus que je n’aime à le reconnaître. Il suffit en effet de comparer l’adolescent mal dans sa peau que j’étais il y a dix ans avec l’homme accompli que je suis aujourd’hui pour se rendre compte que, sans le choc provoqué par ma mutation et l’intérêt consécutif de mon père pour ma petite personne, je serais probablement devenu un homme sans intérêt. Si tant est que l’on puisse supposer que j’aurais seulement survécu aussi longtemps dans le monde violent dans lequel se meut ma famille sans passer l’arme à gauche.


-Je venais de soulever quelques… secrets familiaux disons. J’ai pensé qu’on m’avait menti volontairement, quelqu’un en a payé le prix fort.

Pas de surprise de ce côté-là. Un pouvoir aussi dangereux que le sien déclenché par une colère d’enfant a dû créer un magnifique cataclysme. Dans un autre cadre, j’irais peut-être chercher les images associées à ces paroles mais je ne m’en sens pas la force. Une petite part de moi craint d’en être révulsé. Sans compter que l’état de la pièce où nous nous trouvons actuellement ainsi que de mon propre corps me donnent une idée assez précise du massacre.

La suite de ses paroles me rend d’ailleurs anormalement empathique et je me surprends à chercher sa main pour la prendre dans la mienne dans une marque de soutien silencieux. Je n’ose imaginer ce qu’il a dû vivre pour contrôler un pouvoir aussi puissant et dangereux. Car, désormais que le rush de l’attraction première entre nous est passé, je réalise qu’une seconde d’inattention et il aurait pu en finir avec ma vie avec une facilité déconcertante sans que je puisse seulement réagir. Et étrangement je suis à la fois horrifié à l’idée d’avoir été à sa merci de façon aussi marquée et ne peut m’empêcher de ressentir une certaine satisfaction teintée de joie enfantine qu’il se soit contrôlé en ma présence. Car il a totalement raison, toutes les mutations ne sont pas acceptées socialement. Bon, pour être totalement honnête aucune mutation n’est réellement acceptée car l’être humain est fondamentalement un couard et que l’idée d’une différence qui peut se transformer en danger pour sa personne le terrifie. Imaginez-donc quelqu’un capable de découvrir vos pensées les plus secrètes : l’horreur ! Néanmoins, j’estime avoir été plutôt chanceux en ce qui concerne la loterie des mutations. La découverte de mon pouvoir tend certes à éloigner les gens de moi, les relations fondées sur la confiance étant soudainement ô combien plus difficiles mais, sachant que je n’accorde qu’une valeur toute relative à ladite confiance, ça ne me dérange que peu. Il est vrai que c’est un mode de vie assez solitaire et il m’arrive de regretter parfois l’innocence naïve de mon enfance mais une fois qu’on a pris goût au savoir, impossible d’y renoncer. Sans compter qu’avoir accès aux pensées des autres a fait de moi un cynique sans aucun doute mais un cynique bien informé et qui ne risque pas de se faire avoir. Du moins, beaucoup moins que l’individu lambda. Reste que je vous accorde que mon cynisme peut vite tourner à la paranoïa si les pensées de la personne face à moi ne se révèlent pas correspondre à l’idée préconçue que j’en avais. Je peux, dans ces cas-là, avoir tendance à croire à une illusion. Mais ça n’arrive que très peu.


-La dissimulation a d’énormes avantages pour de légers inconvénients, ce n’est certainement pas moi qui te contredirait. Tu me vois par conséquent honoré que tu te sois senti suffisamment en confiance pour me dévoiler l’étendue de ton pouvoir. Ça ne doit pas être une décision facile à prendre.

Car une fois qu’une personne sait, plus moyen de faire demi-tour. C’est pour toujours. Et la nature d’une mutation est une information capable de bien des catastrophes entre de mauvaises mains. Dans mon cas, si mes capacités venaient à être dévoilées au grand public, mes affaires, légales ou non, s’en ressentiraient grandement. Car, une fois que le doute s’insinue dans un esprit, plus moyen de l’en déloger. Et pour autant que je n’use pas de mon pouvoir en permanence, tout partenaire potentiel refuserait de traiter avec moi par peur que je n’en arrive à examiner ses pensées les plus intimes. Les gens ont la paranoïa facile.

-Est-ce que tu as de l’aide pour apprendre à contrôler ta mutation ? Si ce n’est pas le cas, tu as mon respect le plus complet. A vrai dire, si c’est le cas eu aussi car, quoiqu’il en soit, je doute qu’il se soit agi d’une tâche aisée.


C’est que maîtriser soudain tout un nouveau champ de possibilités qui vous tombe dessus du jour au lendemain n’est pas intégré dans les capacités innées de l’être humain. Au contraire, nous sommes plutôt lents à l’apprentissage. Et ce même quand, comme dans mon cas, vous avez eu un professeur -plus ou moins - capable pour vous guider. Oui, je l’avoue je garde une certaine rancœur envers le quarantenaire qui s’occupa de mon éducation mutante. En même temps, si je comprends que l’insatisfaction chronique de Père et les méthodes de « persuasion » dont il usa à coup sûr pour convaincre mon tuteur du besoin de me forcer à aller plus loin sont à blâmer pour sa méthode brutale d’enseignement, à mon goût rien ne justifie de priver un gamin de seize ans de sommeil pendant une semaine pour court-circuiter totalement les capacités de son cerveau et obliger ce dernier à agir instinctivement. Enfin, ça ce n’est que mon avis bien sûr.
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Lilian D'Eyncourt
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MessageSujet: Re: Opening night [Lilian]   Lun 1 Déc - 22:28

Il gardait de son adolescence, une gêne profonde quand venait le moment de s’ouvrir sur sa mutation. La désagréable sensation de se déshabiller, de révéler une cicatrice honteuse, le saisissait. Et, même s’il savait cette pensée infantile et ridicule, il redoutait toujours d’être jugé, condamné, détesté. Bien sûr, il ne s’attendait pas à se faire « gronder » par Nikolaï parce qu’il avait osé sous-entendre que la découverte de son pouvoir s’était très mal passée. Pourtant, un enfant au fond de lui attendait encore la punition. Il avait porté si longtemps le secret de son premier crime, puis des autres, que sa peur semblait s’être cristallisée à tout jamais. Avant de songer aux problèmes que ses affaires rencontreraient s’il montrait son gène x, il tremblait d’abord à l’idée d’être rejeté. Sous ses airs assurés, Lilian ne s’aimait pas réellement. Il se savait instable, méchant, se voyait comme un mutant monstrueux et écœurant. Son seul moyen de survie était de forcer les autres à l’admirer, à lui renvoyer une autre image que celle qu’il voyait. Tant qu’on l’enviait, son existence se justifiait. Et si les choses venaient à s’inverser, il préférait ne pas y songer. Mentalement, il refusait d’un bloc la possibilité de perdre toute crédibilité. Il en rêvait souvent la nuit. C’était une chose qui l’obsédait, et les caprices de son pouvoir lui rappelaient sans cesse que les barrières de son petit monde créé sur mesure étaient d’une terrible fragilité.

Les souvenirs honteux reviennent, et, malgré la violence de leurs ébats, ses nerfs se resserrent, son cœur se crispe. Les aveux le soulagent autant qu’ils le tourmentent, comme s’il devait tirer la pointe d’un harpon de sa chair, se libérer et s’éviscérer à la fois. Alors, la douceur du geste de Nikolaï, la main tiède qui se ferme sur la sienne, est un réconfort dont il n’oserait reconnaître l’importance. Piégé dans cette étrange dualité imposée par un passé mal refermé, il sent l’enfant en lui apaisé par un geste simple et presque inconnu. Le russe est, une fois encore, d’une sensibilité déroutante. Sous le coup de l’émotion, Lilian se retient de ne pas se blottir contre lui, et murmurer ces paroles d’amour insensées qui lui effleurent les lèvres dès qu’une personne lui témoigne de l’attention dans l’intimité. Pendant ces quelques secondes, ses sentiments se sont mis d’accord, il l’aime. Et il ne dira rien. Nikolaï n’est pas de ces conquêtes qui se laissent attendrir avec de beaux discours dictés par l’ivresse d’un moment. Il ne le pensait pas capable de se laisser aller, comme les autres, à des illusions romantiques. Non, au contraire, un comportement comme celui-ci lui montrerait surtout avec évidence combien son nouvel amant était ravagé de l’intérieur.

Nikolaï comprend néanmoins tout l’effort que cette révélation lui a demandé. A un niveau moindre, il sait que certains mutants ont tout intérêt à ne jamais mentionner leurs pouvoirs, à se faire au maximum considérer comme des humains, même auprès de leurs semblables. Il est certain que la faculté de lire les esprits peut provoquer des situations délicates si elle est mise sur la table, en plus de ruiner d’avance un certain nombre d’accords professionnels. Pour Lilian, n’importe quelle personne entrant dans la confidence devenait un ennemi potentiel. Il devait accorder une confiance telle que les conséquences d’une trahison, même s’il ne s’agissait que d’une petite maladresse, seraient forcément terribles pour le coupable, en premier lieu. Ces dernières années, il se surprenait de temps en temps à souhaiter changer de vie, arrêter de vivre dans ce mensonge oppressant, affirmer sa mutation, être de ces leaders décomplexés qui se fichent d’être critiqués pour leur appartenance à une espèce plus évoluée. Mais c’était inenvisageable. Sans parler des réactions relatives à la nature de ses pouvoirs, il serait possible d’établir un lien entre de nombreux meurtres – ou plutôt, incidents mortels – non élucidés, et en enquêtant sur son entourage, Mélo et son rôle seraient vite découverts. Alors, on comprendrait le pourquoi de l’ascension si rapide d’un jeune anglais en territoire américain, et il retournerait dans la clandestinité, traqué et obligé de se cacher jusqu’à la fin de ses jours, s’il parvenait, du moins, à prendre la fuite.

Sa mutation avait contribué à l’isoler, et la dernière question de Nikolaï appuyait cette grave décision prise juste après ses premières manifestations, ne jamais en parler. Comment aurait-il pu, de ce fait, être aidé ? Il ne trouvait pas que son attitude méritât le moindre respect. A son avis, elle était surtout irresponsable, égoïste et pathétique. Il n’avait pas permis aux autres de voir comme il était dangereux, les avait mis en danger, en faisant notamment croire que rien d’aussi grave qu’une vampirisation instantanée ne pouvait arriver. Il était devenu cynique, s’était, pendant l’adolescence, appliqué à menacer la vie de ses camarades autrement, en les incitant à avoir des comportements plus destructeurs que le sien, en observant avec une fascination malsaine les effets de leurs excès. Il ne semblait jamais véritablement responsable mais était toujours là quand un problème particulièrement consternant arrivait dans son lycée. Les premières années, Lilian n’avait pas cherché à contrôler son pouvoir ou, tout du moins, il le faisait juste assez pour ne pas être surpris. Le reste appartenait, depuis sa ridicule tentative de suicide, à une série d’incidents contre lesquels il ne voyait pas l’intérêt de lutter. Il s’imaginait qu’une sorte de malédiction le poursuivait et n’arrivait pas à considérer les choses avec gravité. Une autre raison à se refus d’aide était que l’idée de demander conseil à quelqu’un n’existait pas dans sa logique, et l’intégrait encore très difficilement aujourd’hui. Il se voyait depuis l’enfance comme une personne que l’on ne pouvait pas sauver du mal être, pour la simple raison que les solutions qu’on lui proposait paraissait inadaptés à ses besoins. Tout le monde refusait d’évoquer ce qui n’allait pas, sa situation familiale invraisemblable, en premier lieu. On voulait lui imposer de se sentir bien dans un monde dont il voyait bien qu’il ne tournait pas rond. Alors, avec son étrange mutation, ses pensées n’avaient pas dépassées la triste certitude que personne ne pourrait rien faire pour lui, et tout pour le briser davantage s’il la confiait. Il lui avait fallu du temps pour oser rencontrer d’autres mutants, et plus encore pour accepter le fait qu’il ne pouvait pas observer les variations de son pouvoir, ses changements troublant, sans personne avec qui en parler.

- ça n’a rien de respectable, trancha-t-il plus sombrement. J’étais surtout irresponsable. J’essayais d’ignorer l’existence de mon pouvoir puis, soudain, tout ressurgissait, et je mettais une personne en danger, ou pire. Ne me vois pas comme une personne qui s’est fait un point d’honneur à devenir maître de ses capacités par ses propres moyens, j’étais plus lâche que ça… J’ai changé parce que ma mutation ne m’en a pas donné le choix. Elle a pris trop d’importance, j’ai dû l’accepter, me soumettre à ses contraintes. Ce n’est pas facile en effet. Délia est l’une des rares à la connaître dans ses moindres détails, je lui ai permis de l’étudier.

Il avait lancé cette dernière information sur le ton de la conversation sans trop savoir pourquoi il était important, soudain, de préciser les connaissances de la jeune femme sur le sujet. En quelque sorte, il impliquait plus clairement Nikolaï, à son « cercle ». Cependant, le ton de Lilian, sa manière de tourner les phrases, de refuser, soudain, d’être admiré, signifiait que la conversation commençait à aller trop loin pour lui. On le sentait contrarié, comme s’il venait d’entendre une chose particulièrement désagréable et cette attitude, cette tendance à changer de personnalité, en passant de l’aménité mielleuse à la colère glaciale, coupait court à presque toutes les discussions qui essayaient de se tourner vers son passé. Il n’en voulait pas au russe, au contraire. Mais il n’arrivait pas à aborder se sujet sereinement. Alors, quand il réalisait qu’il commençait à se dévoiler, il prenait la fuite. Il se redressa, et, lorsqu’il regarda à nouveau son associé, un sourire malicieux éclairait son visage.

- Alors, crois-tu possible de se diriger en toute discrétion vers une douche ou devra-t-on faire une grande performance d’acteurs pour faire croire que notre nouvelle allure fait partie du spectacle ?

Encore une fois, il s’échappait avec une plaisanterie, et se distrayait par la même occasion agréablement l’esprit en imaginant quelles réserves de rhétorique il faudrait pour se montrer couvert de sang et les vêtements déchirés en public sans éveiller le moindre soupçon. Et pourquoi pas, après tout ? On avait vu des soirées à thème bien pires à New-York. Il y aurait bien de riches excentriques qui ne savaient plus comment décliner la décadence de leurs existences pour adhérer au concept et déchirer par solidarité leurs propres vêtements.

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Nikolaï M. Kolyakov
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MessageSujet: Re: Opening night [Lilian]   Ven 5 Déc - 18:47

Si je ne m’étais pas peu à peu habitué aux rapides changements de ton de mon volatile compagnon, la froideur et l’amertume de ses propos m’auraient sûrement pris par surprise. Mais je commence à savoir lire entre les lignes de ses petites sautes d’humeur. Ou plus précisément j’aime à croire que tel est le cas. Je n’irais en effet pas jusqu’à dire que je comprends le fonctionnement de son esprit, même lorsque je m’y aventure de plein pied, mais j’ai appris à déceler les raisons profondes de ses actes. Ou du moins celles qu’il ne fait pas suffisamment d’efforts pour cacher derrière une barrière de comportement chaotiques savamment organisée. Et, en l’occurrence, quelque chose me susurre très fort à l’oreille que je me suis aventuré trop loin dans le domaine des confidences intimes. Il s’est certes senti suffisamment en confiance pour dévoiler l’étendue de son pouvoir pendant nos ébats mais nul besoin d’avoir en doctorat en psychologie pour réaliser que l’acte charnel a une dimension libératrice qui a tendance à faire baisser nos barrières naturelles. Autrement dit, pour autant qu’on refuse tout attachement émotionnel, le fait de ne faire plus qu’un sur le plan physique amène à un certain relâchement en présence de l’autre. Sauf qu’une fois le rush d’adrénaline redescendu, nombre de personnes se referment comme des huîtres. Et Lilian m’a tout l’air d’en faire partie.

Sans compter que discuter de ses mésaventures passées, pour autant qu’on se refuse à appeler un chat un chat, signifie sous-entendre qu’il est à l’origine de plus d’un homicide involontaire. Et si j’étais à sa place, je n’apprécierais pas non plus de m’étaler de trop sur le sujet, même avec un amant. Néanmoins, apprendre qu’il s’est ouvert réellement à quelqu’un, fût-ce l’insaisissable Miss Sutherland, est rassurant. Car, je le crois volontiers lorsqu’il déclare que se voiler la face et fermer les yeux en espérant qu’un pouvoir de ce niveau disparaisse si on n’y pense plus est une attitude des plus dangereuses. Inconsciente, je n’irais pas jusque-là. Ou plutôt pas à l’âge où il a certainement eu cette attitude. Si aujourd’hui j’apprenais qu’il ne faisait rien pour contrôler ses pulsions, nos relations en prendraient un sacré coup mais j’ai du mal à juger son lui passé. Je n’étais après tout pas un modèle d’abstinence en termes de pouvoir une fois que j’appris à contrôler suffisamment le mien. Tout le contraire même, j’eus une période d’overdose assez marquée lors de mon arrivée à l’université. Sous prétexte que j’en maîtrisais les grands principes, j’en usais à tort et à travers, me découvrant une curiosité malsaine pour les plus noirs secrets de mes camarades et professeurs. La seule limite que je me mis de manière plus ou moins inconsciente fut celle de tricher en allant chercher les réponses à un devoir dans l’esprit d’un étudiant ayant l’air de savoir ce qu’il faisait. Pour le reste, tout m’allait et je n’arrêtais bien souvent que lorsque les effets secondaires pointaient le bout de leur nez. D’ailleurs pour autant que j’aime à blâmer Père pour l’importance desdits effets secondaires, c’est moins l’utilisation marquée qu’il fit de mon pouvoir que l’addiction que cela créa chez moi qui serait à critiquer. C’est que la sensation de toute puissance que donne la capacité à tout savoir de vos interlocuteurs peut vite devenir grisante.

Bref, assez discouru sur mes fautes passées. Lilian vient de nous offrir une belle échappatoire à nos introspections respectives qui, sans grande surprise, n’ont pas l’air de nous avoir ravis. J’attrape donc avec gratitude la perche qu’il me tend, m’autorisant même un sourire narquois à l’idée d’apparaître dans notre état actuel dans la grande salle d’apparat. On ferait sensation, c’est une certitude mais c’est le type de sensation qu’on ferait qui me plaît moins. Je n’ai pas envie de voir soudainement débarquer New York’s finest à ma soirée d’ouverture sous prétexte que Madame s’est évanouie pour cause de trop plein d’émotions. Me retournant donc pour faire face à mon amant du soir, je déclare sans grande inquiétude.

-Le spectacle devrait pouvoir être évité. Les douches du personnel ne sont pas très loin. On devrait donc pouvoir les rejoindre sans repasser par le hall principal. Laisse-moi juste retrouver mon téléphone et je vais demander à ce qu’on nous apporte des tenues un peu plus appropriées pour ressortir en société.

J’aperçois alors l’état de sa chemise et ne sais si être fier ou honteux. Les bonnes manières exigent néanmoins que je m’excuse.

-Désolé pour ta chemise. Elle t’allait très bien pourtant, mais il faut croire que je te préfère sans.

La dernière pique est sortie toute seule.

-Mais ne t’inquiète pas, si tu me donnes ta taille, mes hommes s’arrangeront pour te ramener une chemise similaire à même de ne pas attirer le regard des curieux. Parce que je doute que t’offrir une de mes chemises soit la meilleure des idées, précisais-je en désignant la largeur de mes épaules.

C’est que Lilian n’a rien d’une crevette mais il flotterait sans nul doute dans une de mes chemises. Tandis que je parle, je me suis relevé et commence tant bien que mal à m’habiller. Non pas que je sois soudainement handicapé après notre performance mais ma tenue n’est pas dans un bien meilleur état que celle de Lilian. Je finis néanmoins par récupérer mon portable dans la poche de ma veste et j’appuie sur le bouton qui me met automatiquement en contact avec mon second. Je lui donne mes ordres en russe sans lui expliquer la situation mais nul doute qu’il saura faire le calcul seul et que je suis bon pour passer à la casserole comme si j’avais encore quatre ans plus tard. Néanmoins, pour le moment j’ai besoin de rapidité et d’efficacité et celui qui est le plus à même de m’offrir tout cela est Dimitri. J’exige donc deux tenues similaires à celles que Lilian et moi-même portons en ce moment ainsi qu’une équipe de nettoyage. Une fois la conversation terminée – j’ai peut-être bien coupé Dimitri dans son élan alors qu’il s’apprêtait à la morale mais je suis de trop bonne humeur pour ruiner le moment – je reviens auprès de Lilian pour lui donner les derniers détails.

-Tout est réglé. Je vais y aller en premier vu que le concert est sur le point de se finir et que ma présence va être de nouveau demandée. D’ici quelques minutes, un de mes hommes viendra t’apporter ta tenue et t’indiquer la direction jusqu’à la douche la plus proche. Ne t’inquiète pas pour sa discrétion, j’en réponds totalement.

Je vérifie ensuite que je n’ai rien oublié dans la pièce et lorsque c’est fait, l’esquisse d’un sourire se dessine sur mes lèvres et je déclare, reprenant le ton professionnel auquel s’attendent nos invités mais en insistant de manière mutine sur le double sens du mot plaisir :

-Ce fut un réel plaisir Mr D’Eyncourt.

Et sur ce je quitte les lieux en direction d’une des douches installées pour les escort boys et girls qui traverseront bientôt ces couloirs de manière régulière. C’est que pour autant que la soirée ait déjà été une réussite en plus d’un sens, elle est loin d’être terminée et si je veux tenir ma promesse auprès de Galina, il conviendrait sincèrement que je ne sois par recouvert de sang et autres substances qu’il vaut mieux ne pas mentionner par égard pour les oreilles innocentes aux alentours. Question de convenances sociales.
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Lilian D'Eyncourt
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MessageSujet: Re: Opening night [Lilian]   Jeu 18 Déc - 21:54

L’instant confidences se termina aussi vite qu’il avait commencé. Retranché dans ses plaisanteries faciles, piquantes, ordinaires, Lilian semblait nier son instant d’abandon. On le trouvait à nouveau incapable de perdre patience, montrer de l’agacement, de la fragilité à l’évocation de son mystérieux passé. Pour les autres, son enfance n’existait pas. Elle était perdue, loin, très loin dans le brumes anglaises et ne devait jamais traverser l’atlantique, ni le parvis de son manoir d’ailleurs. Il était heureux que Nikolaï ne cherchât pas à l’éprouver davantage. Lorsque ses mots devenaient tranchant, une partie de son esprit se braquait, et il était inutile d’insister, il redevenait ce gamin capricieux que l’on traînait de psychologue en éducateur et qui s’enfermait dans son mutisme dès qu’on l’assaillait de questions – quand il ne répondait pas une idiotie, mais les spécialistes n’étaient pas comme le russe et avaient tendance à ne pas saisir ce genre de perche pour partir sur autre chose. Avec lui, les confidences venaient parfois, quand il se sentait en confiance, mais de manière très parcellaires. Il était impossible de tout obtenir en une seule fois. Des éléments s’ajoutaient d’une conversation à l’autre, et composaient un puzzle incertain, dont les pièces semblaient se diviser à chaque nouvelle information, car il manquait toujours quelque chose, même sur une trame qui, la première fois, avait semblé très simple à reconstituer. Ce n’était pas que sa vie était d’une extrémité complexe, mais tout arrivait dans le désordre, couvert de non-dit, parfois agrémenté des explications qui convenaient le mieux à son humeur. Donnerait-il cependant une chance à Nikolaï de s’amuser à ce jeu ? Il ne le savait pas encore. Leur dérapage en coulisses n’était pas « vraiment » prévu. Ou, du moins, il le sentait inévitable, il en avait très envie depuis des mois, mais il le faisait dévier de la voie idéale, de son envie du moment qui était de ne plus céder à l’instabilité. Et son instinct lui disait qu’aussi passionnant soit l’avenir que lui réservait le russe,  il l’entraînerait dans un chaos plus violent que n’importe quelle autre de ses liaisons passées. Ce qu’il ressentait pour lui dépassait la raison. Son instinct lui disait de reculer, résister à cet appel, si vive soit l’envie de jouer encore un peu avec la flamme.

Ils avaient commis une erreur, qui valait la peine d’être vécue, mais peut-être pas d’exister. Le futur était une incertitude mais l’état lamentable de leurs tenues leur permis de ne pas y penser. Quoi de mieux pour éloigner la gêne de l’intimité qu’un retour à la réalité la plus pragmatique. Pour cela, il pouvait compter sur l’esprit toujours très pratique de Nikolaï qui savait déjà comment rattraper le carnage. De ce côté, Lilian ne pouvait en dire autant. Il s’inquiétait trop peu de la réputation qu’il pouvait se faire à des soirées arrosées en général pour avoir toute une batterie de solutions dans sa manche. Les gens finissaient presque par guetter sa prochaine extravagance. Bien sûr, ces dérives allaient rarement jusqu’à impliquer une telle explosion d’hémoglobine qui risquait – une fois l’enquête ouverte – de le faire plus passer pour un malade suicidaire qu’autre chose… si on validait la thèse selon laquelle il avait pu perdre autant de sang sans finir sous perfusion aux urgences. Malgré ses airs plus responsables, son amant d’un instant lui envoya encore quelques piques pour les renvoyer à leur complicité. Lilian y répondit par ces regards éloquents, qui le montraient visiblement toujours à l’aise sur le sujet, voire prêt à recommencer si on insistait. Mais il n’ajouta rien. Il retournait dans une forme d’observation tranquille. Quand son associé attira son attention sur la largeur de ses épaules, il eut la pensée vaporeuse qu’il n’avait encore jamais eu d’attirance très marquée pour un physique « aussi » viril mais, après tout, ce n’était qu’une question de pure esthétique, et il devait admettre que tout aurait eu moins de charme s’il s’était présenté sous l’apparence d’un éphèbe délicat. Puis, il écouta d’une oreille distraite une conversation en russe en attrapant la première bouteille d’alcool qui lui tombait sous la main. Très franchement, il n’avait plus la tête à être sérieux, il se sentait las, encore un peu confus et voulait profiter de cet état autant que le lui permettrait son pouvoir de régénération. Alors, il but un tiers de whisky comme on prendrait une bonne rasade d’eau fraîche après une course. Quand Nikolaï lui assura que tout serait réglé, que quelqu’un viendrait lui apporter tout le change nécessaire, il le crut, et le laissa donc partir sans plus s’inquiéter de rien, en lui renvoyant sur le même ton professionnel une phrase d’adieu à l’ambigüité évidente :  

- Si tous mes entretiens professionnels pouvaient être si agréables, je serais l’homme le plus heureux du monde, Mr Kolyakov.

Et que ferait-il ensuite ? Une douche lui redonnerait probablement la force de faire quelques efforts en société, si Délia ne l’attrapait pas dès sa sortie pour connaître les détails de ces deux heures d’absence. C’était plus long qu’il ne l’avait vraiment évalué. Les invités devraient avoir eu le temps de s’imbiber assez pour ne pas tenter de l’entraîner dans quoique ce soit de trop sérieux avant les salvateurs coups de minuit.

[Fin]

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