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 The Bright young things [T]

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Lilian D'Eyncourt
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MessageSujet: The Bright young things [T]   Lun 3 Fév - 0:42

Sur le chemin jusqu’à la voiture, Icare avait retrouvé une attitude plus craintive. Il le sentait sur ses gardes, comme s’il redoutait de voir soudain un piège se refermer sur lui. Ses quelques mauvaises expériences l’avaient décidément beaucoup affecté. Il semblait tétanisé à l’idée de quitter un terrain qu’il maîtrisait. Pourtant, il continuait d’avancer. Dire non maintenant aurait été malvenu. Lilian aimait jouer au chat et à la souris, mais il finissait toujours par se lasser. S’il ne lui accordait pas cette nuit, il se contenterait de maintenir une douce emprise psychologique sur lui, et ne prendrait plus les devants pour l’attirer dans son lit. Il le laisserait à sa pureté, à ses rêves, incarnerait le fantasme inaccessible d’un homme qu’il pourrait avoir, s’il n’était pas si timoré. L’option, quoique plus malsaine, avait certains charmes. Il possèderait l’ange d’une autre manière, il se le mettrait en réserve pour un « plus tard » hypothétique, comme il le faisait déjà depuis deux ans, et continuerait une vie sans engagement. Mais Icare ne se rétracta pas au dernier moment. Par fierté, il lança juste une dernière bravade avant de monter dans la voiture. Encore cette histoire de mariage… Lilian lui retourna un sourire parfaitement lisse. Il se demandait s’il avait eu raison de filer la plaisanterie à ce sujet. Dans le doute, il préféra s’abstenir de relancer toute ambigüité. Il serait maladroit de donner trop d’espoirs au jeune homme. Jamais il ne serait question de mariage entre eux. Il serait déjà fabuleux qu’ils arrivent à se supporter six mois sans rencontrer de problèmes.

**



Moins de trente minutes plus tard, la voiture noire s’enfonçait dans le parking privé de l’immeuble. Ils prirent un ascenseur du dernier moderne, blanc, éclairé de lumières bleues, incroyablement silencieux. Il profita de l’attente pour serrer Icare dans ses bras et descendit au huitième étage. Les lumières du couloir s’allumèrent automatiquement. Lilian passa une carte électronique devant la porte, et la poussa en déclarant théâtralement :

- J’espère que la suite sera à ton goût.

A l’inverse du building et ses dehors futuristes, l’appartement offrait un véritable bond dans le passé, un retour aux années vingt, inspiré par l’aristocratie décadente anglaise. Ils avancèrent sur un plancher qui donnait l’illusion presque parfaite de l’authenticité pour entrer dans une vaste salle de séjour séparée par un bar en bois rosé. Sur les murs, s’étalait une tapisserie crème traversée par de discrets motifs rouges à l’ancienne. Par effet de contraste, les cadres contenaient les photos en argentique des chanteurs et musicien dont il appréciait la discographie. Une vaste bibliothèque occupait tout un pan de la pièce, ce qui n’empêchait pas à plusieurs livres, magazines et journaux de s’empiler sous la table transparente (soutenue par un pied de marbre en art deco) placée au milieu d’un cercle de canapés et fauteuils taillés dans un cuir souple bordeaux. Le loft était assez spacieux pour contenir un piano à queue. Fait assez exceptionnel, tout était relativement bien rangé. Les cendriers étaient vidés, aucune bouteille d’alcool entamée ne trainait sur une surface, il était sorti avec l’idée plus ou moins claire de ne pas rentrer seul.

- Installe-toi, je t’en prie, dit-il en appuyant sur une télécommande pour lancer une playlist sur ses enceintes. Tu prendras quelque chose d’autre ?

Sans attendre sa réponse, il se dirigea dans le coin cuisine et prit une bouteille de lambrusco dans un réfrigérateur à moitié vide. Il savait Icare plus porté sur les goûts sucrés et légers que les alcools forts, et optait pour le choix qui lui semblait le plus approprié. Il revint avec des coupes en cristal, servit le vin rouge pétillant sur la table basse et prit place à côté du jeune homme en l’invitant à trinquer.

- C’est un réel plaisir de t’accueillir chez moi Josh, sussura-t-il.

En réalité, il était assez rare qu'il permette à ses conquêtes de pénétrer son intimité. Il préférait généralement les chambres d'hôtel luxueuses et impersonnelles. Mais, comme un enfant ne se sent plus de joie au moment d'inviter son meilleur ami du moment dans sa chambre, Lilian faisait de l'arrivée d'Icare chez lui une victoire particulièrement savoureuse.

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Dernière édition par Lilian D'Eyncourt le Lun 8 Sep - 19:45, édité 2 fois
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Icare
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MessageSujet: Re: The Bright young things [T]   Jeu 6 Fév - 21:04

Déroutant. Moderne et ancien à la fois. Impressionnant comme pouvait l'être un immeuble aux courbes délicatement dessinées dans les couloirs, avec des virages si proprement limés que les lieux semblaient prendre de la vitesse d'eux-même. Tout était immaculé et design, jusque dans les lumières bleutées qui offraient une ambiance propre et feutré à l'endroit. Impersonnel aussi, vide, grand, trop grand pour un jeune homme qui avait passé toute sa vie dans des appartements à la limite de l'insalubrité voir carrément insalubre par moments entre 9 frères et soeurs. Être enlacé par Lilian l'avait soulagé, il n'avait même pas songé à sa crainte de rencontrer le regard sévère d'un habitant de cet immeuble haut-de-gamme, ni qu'accepter cette étreinte le menait un peu plus vers le lit du journaliste. Seule comptait la mise à mal de cette distance entre son monde et celui qu'il découvrait maintenant. Lilian était le pont entre les deux, il parvenait à lui faire ouvrir les yeux sans trembler, à profiter pleinement de l'endroit sans se sentir envahi par le vide.

L'appartement de Lilian était plus vivant, contrastant singulièrement avec l’ascenseur, ses lumières et ses boutons gadgets. D'où les impressions de moderne et d'ancien qui parvenaient à se chevaucher dans l'esprit d'Icare. Les lieux étaient plus au goût du chanteur qui découvrait une caverne d'Ali-Baba en plein coeur de New York. S'arrêtant devant les portraits de musiciens, le mutant s'amusa à essayer de les reconnaître ou de deviner le style de ceux dont il n'avait jamais entendu parler. Découvrant petit à petit le journaliste, le jeune homme se sentait rassuré. Ce n'était ni impeccable, ni sale, c'était vivant. Avec envie le curieux fixa la pile de magazines qui trônait sur une table transparente posée sur un pied en marbre. Il aimerait y plonger la main, ressortir l'un d'eux au hasard et le feuilleter. La bibliothèque aussi l'appelait, cet appartement était une véritable fourmilière de savoir. Du savoir d'aujourd'hui, pour en apprendre plus sur la société, comme si Lilian en faisait l'étude, mais aussi de la culture plus générale. Ces étagères cachaient-elles les classiques intemporels de la littérature anglaise? Sans doute, Lilian lui semblait être quelqu'un de très cultivé, peut-être même y avait-il des oeuvres françaises. Un instant Josh sourit en se souvenant des fables de la Fontaine que son ami lui avait offert. Son cadeau avait-il laissé, esseulé, un autre exemplaire parmi les bouquins de son ancien propriétaire, était-il neuf, tout frais sorti de la librairie ? Une librairie spéciale alors car le jeune chanteur se rappelait que de la reliure ancienne et le papier d'époque. Il avait envie de fouiner un peu partout à la recherche de trésors du même genre. Pour autant l'artiste se contenta de s'assoir dans un canapé bien moelleux. Ces sièges confortables disposés en rond autour de la table transparente donnaient l'impression que Lilian faisait des réunions littéraires ici. Invitait-il souvent des amis cultivés pour discuter d'oeuvres autour d'un bon café ? Ou d'un lambusco pour le coup. Jay qui avait laissé ses yeux dériver sur la décoration avec gourmandise en revint à son ami. Il se sentait moins inquiet, bercé par la musique et le tempo que donnait Lilian à cette fin de soirée. Tranquille, sans précipitations, l'ange pouvait apprivoiser les lieux et se laisser doucement approcher.

-Merci, J'aime beaucoup cet endroit. Pour tout te dire j'ai le regard et les mains qui fourmillent de curiosité. Les magazines sur la table sont sous ta direction ou te servent à recouper des informations ?

Se poussant un peu pour laisser Lilian s'assoir, sans pour autant fuir, le jeune homme trinqua effectivement avec lui. Il reposa ensuite délicatement la coupe sur la table en verre pour retirer son manteau, signe qu'il acceptait de baisser un peu la garde. Son intention n'était pas de partir précipitamment, il n'y avait aucune raison, aucun danger pour justifier une telle action. De ce fait, ses muscles s'était progressivement détendus sans même qu'il ne s'en rende compte. Laissant apparaitre son plumage immaculé gentiment rangé -preuve ultime de sa tranquillité d'esprit- et ses ailes tout aussi sagement pliées, le jeune homme amorça même une approche en se décalant d'une fesse vers Lilian pour se rapprocher un peu. Cette idée de prendre son temps, de parler de tout et de rien en ayant l'occasion d'en apprendre plus sur Lilian ou de se cultiver l'enchantait. Il se sentait lui-même moins esclave des pulsions naturelles du corps. C'était lui qui contrôlait, non, aucun d'entre eux n'était irresponsable, pas de garçon(s) facile(s) mais deux jeunes gens aussi conscients que consciencieux qui entamaient une relation équilibrée. Bien sûr, Icare ne s'attendait pas au mariage, ni à une durée quelconque, il n'avait pas envie de calculer cela, peut-être même qu'ils feraient l'amour -car il ne s'agissait plus de "coucher" simplement- puis se quitteraient en tant qu'amis... Mais cette histoire, si courte pouvait-elle être demeurerait comme une expérience positive. En se précipitant Josh aurait pu regretter par la suite, se sentant aussi sale qu'humilié par ses propres désirs. Présentement Lilian le valorisait en prenant son temps, en échange, il gagnait petit à petit la confiance d'Icare qui se laissait volontairement -ou tout du moins ce dernier en avait l'impression- tomber dans ses bras, acceptant bien mieux les envies irrépressibles d'un corps qui sait attendre. Un corps qui mérite la récompense que l'esprit lui concède après avoir dirigé les choses. Sans être précieux pour autant, Jay aimait que ce soit fait dans les règles de l'art, ils étaient civilisés quand même, et non des anges de luxure comme l'avait suggéré le Vampire qui l'avait tant humilié lors de leur dernière rencontre. Le calme de Lilian rassurait Icare qui ne retrouvait pas les symptômes de son ancienne relation malsaine. Malgré son inconscient qui travaillait sur chaque détail, pour le moment, aucune alerte.

-Je suppose que nous pourrions trinquer à l'art pour changer un peu de tout ce que à quoi nous avons trinqué cette nuit.

Proposa Icare qui faisait référence à leur première boisson au concert qui avait servi à sceller le souvenir de leur duo éphémère mais marquant de chanteurs, ensuite il y avait aussi eu le chocolat chaud et la boisson de Lilian qui avait signé leur victoire contre la bêtise de paumés alcoolisés. Que leur restait-il à part mettre en avant leur goût commun pour l'art et leur relation naissante ? Le premier était un terrain moins accidenté, plus neutre, le second ne devait pas être trop invoqué car il n'était pas question de se mettre la pression. Bien que le jeune homme recherche plus ou moins le prince charmant parce que c'était dans sa nature de rêveur pacifiste que d'avoir une jolie vie tranquille avec quelqu'un. Il avait perdu sa naïveté première et savait que le monde ne portait pas son empreinte, c'était donc à lui de s'y faire, pour cela il fallait apprendre à profiter du moment présent, une bonne méthode pour éviter les questionnements à n'en plus finir en plus des déceptions. Oui, ça lui allait bien d'achever cette nuit sur le choix de ce qu'il appréciait ou non de Lilian au présent. Pas de projection, juste ses questions -qui contrastaient avec son flot de paroles presque incessant dans le bar-, son observation des lieux, l'apprivoisement.

Une gorgée de Lambusco plus tard, Icare s'était tourné vers Lilian, souriant, vraiment proche de lui après qu'il se soit légèrement décalé sur le canapé. Savourer l'instant, plus que la culture général, plus que la musique ou le goût pour la décoration d'un appartement, c'était ça qu'Icare voulait apprendre.

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Lilian D'Eyncourt
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MessageSujet: Re: The Bright young things [T]   Mar 11 Fév - 22:31

Il fallait croire que son appartement avait le pouvoir d’un sanctuaire sur Icare. Le jeune homme adoptait peu à peu le flux sanguin le plus serein de la soirée. Pourtant, son regard allait partout, sur les cadres, les livres, les magazines. Il observait chaque détail avec une avidité incroyable, et Lilian contemplait, ravi, sa curiosité. Il n’avait pas l’habitude d’inviter des individus de basse extraction chez lui. La réaction du jeune homme ne le décevait pas. Il n’éprouvait pas le malaise déplacé du pauvre face à la richesse, il s’étonnait de tout. Et ce lieu, à la fois incongru et propre à satisfaire ses goûts délicats, le rendait un peu plus désirable à chaque étincelle émerveillée dans ses yeux. La comparaison des enfants se tenait toujours. Devant les étagères de Savoir qui se dressaient devant lui, il était comme un gamin propulsé dans une salle de jeu remplie de distractions encore inconnues. Le rêve, n’est-ce pas ? Du moins, il l’imaginait. Ces spectacles, ces projections mentales s’inscrivaient, chez lui, dans un registre voyeuriste. Enfant, il avait souffert d’un désintérêt pathologique pour les jouets qui n’arrivaient pas à solliciter autre chose qu’une imagination malsaine et destructrice quand il les utilisait. Il les détestait. Il leur avait très vite préféré les livres qui, certes, n’étaient pas toujours beaucoup plus joyeux, mais lui imposaient, au moins, les idées d’un autre. Et des livres, il n’en avait jamais manqué. Josh tomberait probablement à genoux s’il découvrait un jour son manoir anglais, ses bibliothèques en bois massifs, remplies de livres dont la plupart sommeillaient depuis près de deux siècles. Il n’avait jamais rien désiré. Il avait profité de son confort sans le savourer, s’était vu privilégié sans se trouver chanceux, était incapable d’éprouver un enthousiasme véritable pour quoique ce soit. Alors, il aimait étudier ces manifestations chez les autres, surtout quand elles étaient tournées sur des objets qu’il n’arrivait pas à enchanter. Il essayait de deviner leurs pensées, leurs sensations. Que se passait-il dans la tête de son compagnon en cet instant ? Il enviait tellement ses yeux brillants.

Déjà, Icare l’interrogeait sur ses activités qui devaient lui apparaître fabuleuses, lui épargnant, comme toujours, les silences gênants et la nécessité de trouver un sujet de conversation. A vrai dire, il n’avait plus la tête à ça. Mais il ne pouvait pas faire évoluer leur relation moins de dix minutes après leur arrivée, pas avec lui.

- A l’art, répondit-il amusé à la suggestion de l’ange pour trinquer. Il était vrai qu’ils avaient connu plusieurs actes ce soir, et le troisième s’ouvrait sur un nouveau décor, celui de la conclusion, en toute logique. La pièce était parfaitement montée.
- Et même, aux œuvres que nous ferons de nos vies, ajouta-t-il en songeant à Wilde sans le citer.

La musique, l’intimité et l’alcool aidant, il accompagna le rapprochement du jeune homme en posant une main au bord de sa cuisse. En attendant de laisser leurs corps se tourner plus naturellement l’un vers d’autres, comme cela finissait toujours par arriver avec les cibles timorées, et cela plus vite qu’elles ne le pensaient elles-mêmes, il saisit le sujet que lui avait tendu son compagnon.

- On trouve un peu de tout sous la table. Plusieurs magazines sont sous ma direction mais aussi les titres les plus importants de la presse écrite, ceux des concurrents, ceux que l’on m’envoie dès qu’un journaliste fait référence à un sujet qui concerne mon entreprise. Je suis obligé de me tenir constamment informé pour savoir quels angles donner à chaque rédaction pour rester à la pointe des actualités, et des attentes du public, sur le papier comme sur internet d’ailleurs. Cela doit te sembler passionnant, mais c’est terriblement monotone, ce sont des matinées et parfois des soirées de lectures insipides, soupira-t-il en buvant sa coupe d’un air désabusé presque inconsciemment comique.

Au début, cependant, il avait trouvé cette activité très excitante. Puis, les articles qu’il lisait avaient fini par se suivre et se ressembler. Il parcourait tout en diagonale, marquait de post-it les choses vaguement intéressantes mais, au final, ne faisait que surveiller que les rédacteurs en chef fassent correctement leur boulot et trouvent les idées à sa place. Il était dépassé par tout ce qu’il avait acheté, et il avait l’argent, le pouvoir de décision finale, ironiquement même, la confiance des autres. Parce que sa capacité d’analyse rapide lui permettait presque toujours de trouver une solution aux problèmes qu’on lui exposait lorsqu’il s’agissait de redynamiser un titre, même si certains choix drastiques lui attiraient quelques foudres. Après tout, le patron n’était là que pour donner les directives à tous ceux qui, juste en dessous, travaillaient vraiment. Lui, il lisait, réfléchissait, faisait semblant de passer des journées harassantes, et avait toujours son esprit pour préserver les apparences ou, en tout cas, rendre la critique difficile.

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Icare
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MessageSujet: Re: The Bright young things [T]   Mar 18 Mar - 18:58

-Alors change, tu en as les moyens non ? Tu crois que tu pourrais créer une filiale de ton magazine moins... Spécialisée ? Originale ? Un genre de brocante où le point commun entre les articles seraient leur étrangeté et leur qualité. Le temps qui passe t'as rendu plus exigeant, mais du coup, meilleur lecteur dans ton domaine. Ce serait un nouveau projet sympa non ? Et je suis certain que tu pourrais déléguer les lectures ennuyeuses à un stagiaire enthousiaste...

Bien sûr tout ça n'était que théorique et le jeune mutant démontrait qu'il savait oú était sa place en parlant d'un ton détaché. Ses propositions étaient peut-être vaines, taillées dans l'optimisme de ceux qui n'ont aucune expérience et le savent mais s'amusent quand même à faire des hypothèses. Icare espérait sincèrement que Lilian ne se vexe pas à l'instar de certains, mais pour lui le garçon serait de bonne composition. Ouvert d'esprit jusque là, joueur et même provocateur ce serait un peu abusif qu'il s'offusque pour ce style de remarques. Il faut dire que l'Ange sans juger essayait justement de comprendre. Puisque son ami était clairement riche, pourquoi ne s'atelait-il pas à faire ce qu'il voulait vraiment dans la mesure du possible ? Travailler pour maintenir sa fortune à flots d'accord mais avant tout profiter de ses moyens pour trier ce qui plaisait ou pas dans la vie. C'était un peu comme tous ces hommes d'affaires qui parfois se plaignaient de la dureté de leur travail mais ne le lâchaient pour rien au monde alors qu'ils pourraient déléguer... Pourquoi bosser 72 h par semaines quand on avait des millions ? Autant conserver cette passion si rare qui avait tendance à rapidement s'éteindre.

Mais Josh avait aussi conscience de méconnaître les rouages de cette société du dessus. Il y avait sans doute une raison qui empêchait toutes ces personnes aisées de faire ce qu'il proposait. Des personnes comme Lilian étaient loin d'être stupides pour parvenir á maintenir un tel empire. Sans les envier, Josh était curieux d'en savoir plus, un peu effrayé également car il se doutait malgré sa naïveté habituelle que les rumeurs sur les horreurs de ce "monde" dans le monde n'étaient pas entièrement fausses. Si la vie était difficile pour les pauvres, elle l'était également pour les riches, les grands patrons ou ceux qui avaient eu la chance de vivre de leur passion. D'ailleurs lui-mème n'avait plus à se plaindre aujourd'hui malgré un salaire encore bien instable. Pour autant il ne se prenait pas à sourire tous les jours et d'autres soucis surgissaient. Mais bon, sans ombre le soleil de la vie s'affadirait bien vite.

Le jeune homme releva la tête, manquant de se cogner après s'être baissé pour regarder les revues, sans oser les toucher toutefois. Prêtant attention à Lilian, Icare le suivit dans les avancées lentes mais désormais régulières de son apprivoisement. Après les fables de la fontaine, ils étaient en train de jouer au "petit prince". Que de renards dans leurs histoires, sauf que cette fois ce serait plutôt lui dans le rôle du petit canidé roux.

Josh garda la main de Lilian sur sa cuisse, c'était comme si cet endroit venait de prendre tout à coup un ou deux degrés. Il sourit et se pencha pour mendier les lèvres de son ami. Ou tout du moins faire semblant puisqu'il finit par esquisser le geste lui-même, rapide et précis pour voler le dit bisou. Content de lui et un brin joueur, l'angelot s'éloigna vite fait. Il ne fuyait pas cette fois, semblant plutôt désireux de mettre un peu de piment dans cette recherche de l'autre. C'était chaste, presque enfantin mais au moins on ne saurait lui reprocher d'être passif. Un peu plus sérieux, Josh se rapprocha à nouveau, visiblement prêt à passer à un autre niveau. Le vrai baiser. Il aimait ça, prendre son temps, d'écouvrir la personne, son lieu de vie et le complément entre les deux.

-Comment tu l'as aménagé ? Petit à petit je suppose.

Pour Josh ce n'était pas une question stupide, loin de là. Construire un appartement ou du moins le décorer signifiait souvent refaire le schéma. Le schéma de sa propre construction. Il y avait ici tant de richesses, tant de savoir, comment Lilian avait pu accumuler tout ça ? Sûrement au cours de voyages passionnants. Restait à savoir si ces derniers avaient été plutôt physiques ou spirituels. Son ami avait-il déjà parcouru l'ailleurs -en tant que journaliste c'était très probable- et qu'y avait-il découvert ?

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Lilian D'Eyncourt
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MessageSujet: Re: The Bright young things [T]   Lun 7 Avr - 22:21

Il comprenait qu’Icare voulait bien faire, lui montrer qu’il était capable de s’intéresser à son travail, de s’y impliquer. Malheureusement, son discours ne fit que creuser le fossé qui les séparait. Son compagnon était semblable aux épouses incultes que les auteurs des années 1960 aimaient caricaturer, ce genre de brave femme au foyer qui ne comprenait absolument rien aux activités de leur mari mais s’échinaient à leur donner des conseils irrecevables. Evidemment, tous les magazines dans lesquels il investissait n’étaient pas orientés culture underground. Il essayait de rayonner sur toutes les communautés, maintenait le papier, développait l’e-publishing, et ne lisait presque rien. Au bas de l’échelle, se trouvaient les stagiaires, qui assistaient les correcteurs, qui recevaient les articles des journalistes ou pigistes, une fois les textes validés par un rédacteur en chef, qui établissait la ligne éditoriale en fonction des exigences de M. D’Eyncourt ou de ses associés les plus proches. Tout ce qu’il avait à faire était d’organiser des réunions régulières avec le haut du panier, et écouter les conseils avisés des directeurs commerciaux. Il vérifiait au minimum que ses indications aient été respectées en feuilletant les magazines mais, pour tout dire, il n’avait presque pas la moindre idée de ce qui se passait dans les bureaux de ses rédactions. La chaîne se contentait juste de suivre les directives puisqu’il était au sommet et pouvait couper les vivres à tout moment. Enfin… tout cela pour dire que la seule chose qui l’ennuyait réellement était le côté très répétitif de ce quotidien et l’obligation qu’il avait de se tenir informé de la réception des publications qu’il finançait et des techniques éditoriales de ses concurrents. Il venait plus ou moins de l’exprimer, mais Josh avait encore ce regard naïf d’adolescent qui peine à entrevoir toute la complexité du monde professionnelle. Il avait beau le corriger régulièrement, le jeune homme n’arrivait pas à intégrer le fait qu’il était pdg et non rédacteur en chef de quelques journaux. Comment répondre sans être vexant ? Il contempla pensivement son verre. Un jour, peut-être, le mutant ailé comprendrait. En attendant, il poursuivit l’échange en feignant de n’avoir rien remarqué.

- Je délègue déjà énormément tu sais… Je crois que demander à un petit stagiaire de se cultiver, s’informer et penser à ma place reviendrait à me suicider professionnellement, non ? Beaucoup de gens sont payés pour me conseiller, mais personne n’est jamais fiable à 100%. Je ne peux pas risquer mon argent en signant ou validant tout et n’importe quoi.

Il lui caressa distraitement la cuisse du bout des doigts. Le grand public était un peu trop nourri par les success story d’une jet set qui passait, en tout cas sur les grands écrans, plus de temps ivres et drogués qu’à travailler. Il était vrai qu’une partie de son métier consistait à se montrer, à être présent sur tous les événements importants, en particulier sur des cérémonies arrosées. Mais, dans le fond, il travaillait encore, et le jour, il devait s’occuper de travail, répondre à des centaines de sollicitations, sans trouver le temps de faire ce qu’il voulait réellement. Toujours privilégier la soirée la plus prestigieuse. Toujours lire les articles, les livres des uns et des autres, plutôt que savourer un vieux texte du XIXe siècle. Alors, oui, du point de vue de la plèbe, ce n’était rien, mais il ne connaissait pas leur échelle de valeur et, malgré sa curiosité vis-à-vis d’Icare, j’avais aucune envie de la connaître. Il était juste ridicule de croire que la vie des gens comme lui ressemblait à l’illusion dans laquelle on plongeait des célébrités éphémères le temps d’une émission de téléréalité. Il avait, bien entendu, suffisamment investi pour vivre sur ses rentes. Seulement, Lilian aimait le pouvoir, le pouvoir gagné et mérité. Il tenait à rester dans la catégorie des créateurs. Beaucoup de gens n’étaient pas capables de comprendre cela.

Il reçut avec un sourire le baiser furtif d’Icare. Faire entrer le mutant dans son monde serait compliqué et, même s’il appréciait son enthousiasme présent, qu’il aurait du mal à maintenir une place à côté de lui. Tant de bases lui manquaient. Et son ignorance lui plaisait. Il l’attira contre lui, rendit son baiser avant d’évoquer un emménagement qui risquait, une fois de plus, de le laisser perplexe :

- Je vivais officiellement à la Nouvelle Orléans depuis quelques années, et j’avais besoin d’un pied à terre à New-York. L’appartement que je possède en Louisiane est très moderne, très design. J’ai eu envie de quelque chose de différent, plus proche du manoir dans lequel j’ai grandi au Nord de l’Angleterre, que tu verras un jour peut-être... Alors, pour tout dire, j’ai demandé à un décorateur de tout aménager pour moi. Il m’envoyait des plans 3D, des photographies de mobilier ou de tapisseries, et je n’avais qu’à valider. Mis à part les livres, les vinyles et quelques tableaux, peu de choses ont une véritable valeur sentimentale ici. Mais je trouve ça suffisant, je m’y sens très bien. J’espère qu’il en va de même pour toi.

Et, pour appuyer l’invitation évidente de ses derniers propos, il embrassa le jeune homme à plein bouche en passant une main derrière sa nuque. Il ne lui laissait pas vraiment le temps de s’étonner de ses déclarations, même s’il ne doutait pas que Josh en tirerait encore quelques réflexions distrayantes.

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Icare
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MessageSujet: Re: The Bright young things [T]   Lun 12 Mai - 0:47

Le fossé entre eux tantôt se creusait, tantôt se comblait, mais même si Josh parvenait à mieux connaître le mondre de Lilian, la marque de la terre serait toujours visible. Le jeune homme avait conscience de cette différence et c'était ce qui lui plaisait. Lilian était patient avec lui, il n'avait pas l'impression de dire trop de bêtises tout en apprenant d'un autre milieu. C'était un voyage en soi, un de ceux qu'il n'avait jamais pu faire physiquement. Après les explications sommaires mais suffisantes de son ami, l'angelot hocha la tête, demeurant un instant pensif avant d'en revenir au principal intéressé. Il sentit la main se glisser sur sa cuisse, ce qui le fit sourire et rougir à la fois. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait pas joué à ça, sans parler du niveau instauré par le journaliste avec son poète d'ex adepte de certains produits. Sans avoir réellement souffert en Amour parce qu'il avait toujours pris les devants instinctivement quand c'était nécessaire, le chanteur n'avait jamais pu réellement apprécié cette danse mondialement utilisée. L'approche douce et -faussement ?- timide, patiente en tout cas qui ne faisait qu'exacerber un peu plus l'envie.

-Mais combien de nids as-tu donc ?

Lança le mutant amusé sur un ton qui n'exigeait pas spécialement une réponse. Il était juste séduit par l'idée d'un endroit qui vous attend dans toutes les villes. Sans souhaiter la même chose, cela n'empêchait pas Jay de s'imaginer avec autant d'appartements et donc de trousseaux de clés à garder. Sans compter le ménage, bien sûr c'était exagéré et Lilian avait sûrement des employés pour cela, mais l'idée aussi naïve que primaire avait quelque chose de drôle.

-Oui, j'aime beaucoup cet endroit. Si le reste est du même goût, je veux des photos.

Evidemment, le mutant n'allait pas demander à son ami de l'y emmener, il n'avait aucune envie de s'incruster pleinement dans sa vie. Le fossé restait grand entre eux, et ils avaient un certain besoin d'indépendance qui s'exprimait certes différemment, mais plutôt semblable cette fois. Icare avait perdu son amie puis avait été déçu par le "poète" qui lui avait servi de copain. Depuis il savait ne pas tout miser sur le même cheval. Sa vie d'artiste lui permettait de s'épanouir suffisamment pour être prudent et avoir quelque chose à perdre. Comme un oiseau, lui aussi avait plusieurs nids. L'institut avec ses amis, l'appartement qu'il louait en centre-ville et désormais Lilian. Une vie agréable qui laissait la place à son habituelle curiosité parfois un peu irritante. Curiosité muselée par le journaliste qui l'embrassa pleinement, laissant comprendre ce qui se passerait ensuite, sans besoin de poser des questions à haute voix. Finalement les deux garçons qui se cherchaient depuis plus d'un an déjà venaient de se trouver, jouant l'acte le plus fort de cette étrange oeuvre de théâtre en espérant que ce ne soit pas la dernière. Josh se sentait stimulé par Lilian, il éprouvait le désir de continuer l'aventure et se promis de tout faire pour cela.

Pour le moment c'était un objectif plutôt simple. Répondant au geste de tendresse du mutant, l'ange se laissa glisser sur le canapé, souriant, comme emporté par le poids de son camarade qui glissait doucement sur lui. Dans un geste de courtoisie semblant un peu décalé vu la situation, il avait pensé à retirer ses chaussures pour s'étendre sur le sofa confortable. Sans vouloir passer à l'acte sauvagement, comme ça sans se rendre, le jeune homme appréciait la sensation d'abandon sur le tissu. Il s'était laissé choir dans une lenteur calculée, gracieuse sans être vulgaire, ses ailes s'étalant sous lui, l'une se plaquant contre le recoin du canapé, pliée presque à lui faire mal s'il n'était pas plus attentif, tandis que l'autre chutait sur le sol froid. La sensation fit frissonner le jeune homme, du bout des plumes jusqu'à ses doigts, modifiant légèrement son rythme cardiaque qui subissait déjà des changements drastiques depuis le début de la soirée. Comme il était content là, juste aux côtés de Lilian et pas ailleurs, heureux l'oiseau qui s'était laissé prendre entre les griffes d'un prédateur qui pourrait dérober sa source de vie en un instant. Dans une jolie cage dorée, chacun semblait y trouver son compte. Retrouvant un plaisir dont il n'avait pourtant jamais abusé, Josh apprécia la sensation de satisfaction mêlée à la frustration de devoir attendre, attendre pour mieux jouer, que ce soit aussi agréable que rageant pour tous les deux.

Attirant le journaliste à lui; Icare prit une initiative, il était encore débutant dans cet art qui ne lui avait jamais été réellement accessible. Avec son ex, le jeune homme se rappelait être arrivé à ce point de désir, lorsque ce dernier pointait le bout de son museau. Mais après l'aube, le soleil refusait de se lever réellement. Boule de feu caricaturale qui consumait surtout le fameux "poète" trop pressé, tropinattentif à lui. De ce côté là, apporter à autrui, Icare était formé, mais il n'avait jamais compris ce que ça pourrait lui apporter, choisissant de céder aux avances parce que c'était la suite logique lorsque deux personnes se plaisaient et se courtisaient depuis un temps déjà. Pourtant aujourd'hui, les préliminaires semblaient existants, constat qui le menait directement à un autre; cela lui plaisait. On faisait attention à lui, son corps semblait plaire même sans être directement mis à nu, et pas uniquement comme un exécutoire. Une sensation qui lui donnait envie d'être actif sans l'y obliger. Encore maladroit mais plutôt volontaire l'apprenti glissa ses mains dans les cheveux de son aîné, cherchant à faire plaisir. Parce qu'il était comme ça. Faire plaisir lui procurait du plaisir.

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Lilian D'Eyncourt
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MessageSujet: Re: The Bright young things [T]   Jeu 29 Mai - 22:18

Depuis ses dix-huit ans, il avait vécu dans de nombreux endroits. La Nouvelle-Orléans n’était qu’un pied à terre plus durable qu’un autre, au milieu des marais brumeux qui, d’une certaine façon, rappelaient sa vieille Angleterre. En vérité, Lilian ne se sentait vraiment chez lui nulle part. Il essayait sans succès de créer des attachements sentimentaux, des univers autour desquels bâtir une fausse religion. Mais la pensée de voir ses « nids » détruits l’affectait peu. Il avait souvent essayé d’éprouver une attache forte avec le manoir de sa famille, mais trop d’impressions contrastées l’étreignaient lorsqu’il y retournait. Quand il arrivait à gratter les désagréables souvenirs d’enfance, il entrevoyait un passé qui ne lui appartenait pas vraiment. Les empreintes laissées par ses ancêtres, aussi fortes fussent-elles, signifiaient peu de choses. En imaginant l’un de ses espaces détruits, aucune détresse ne soulevait son cœur. Il perdrait des objets, des documents d’une valeur inestimable, et ensuite ? Ce serait triste quelques jours, ça n’aurait pas d’incidence réelle sur son existence. Il ne comprenait pas que l’on pût accorder une valeur exagérée à une relique que l’on prétendait liée à une époque particulière. Peu de gens partageaient son avis. On le disait cynique et déprimant. Probable. Il n’y pouvait cependant pas grand-chose si les circonstances ne lui avaient pas permis de développer cette partie futile de l’esprit humain. Au moins, il était à peu près certain de traiter ses relations sociales différemment, peut-être comme ces babioles dont il n’arrivait pas à saisir l’intérêt, dans le fond. Certains corps incarnaient une période précise et, les perdre de vue, lui signifiait douloureusement qu’un autre temps arrivait. La perte de Nathanaël, par exemple, évoquait la fin de l’adolescence et, lorsqu’il pensait à ses jeunes années, c’était Nathanaël, toujours, qui revenait en premier. Mélo, quand à lui, le ramenait à l’université. Il faudrait donc bien s’en séparer un jour, mais la portée de cet éloignement rendait le « divorce » douloureux. Et Icare, que finirait-il par représenter ? Les gens prenaient des places trop importantes dans son existence, il songea qu’il n’aimait pas les garder trop près de lui pour cette raison, pour éviter de garder une mémoire trop précise et mélancolique des années passées.

Mais il voulait profiter du jeune homme tant que leur relation était possible. En l’embrassant, il mettait un terme définitif aux bavardages et considérations inutiles. Icare y répondit favorablement, le cœur fiévreux, les muscles détendus. Il s’abandonna sur le canapé, le laissa venir sur lui, contre lui, dans une position où le désir ne pouvait plus se nier ni s’échapper. Lilian ne le brusqua pas. Au lit, la fureur lui était toute relative. Il se l’autorisait avec les rares personnes qui étaient ses égales, des esprits aiguisés avec lesquels tous les jeux étaient bons pour s’entredéchirer en s’amusant. Mis à part avec Delia, les cas restaient très rares. La plupart du temps, il séduisait des personnes similaires à Icare, plus fragiles, plus douces. Ceux qui attendaient la tendresse, ne se donnaient qu’après une résistance pleine de prudence. Il aimait voir céder des chairs nerveuses, peu familières à l’abandon, réussir à instaurer un climat de confiance assez fin pour les voir se glisser dans ses bras, oser, pour lui, des attentions encore inédites et, parfois, découvrir à son contact des sensations inconnues. Il ne se souciait pas des choses qu’il pouvait briser ensuite, en disparaissant parfois du jour au lendemain sans une pensée pour le désarroi dans lequel se trouverait un corps la veille encore vierge. Leur réserve, leur innocence parfois, le touchait, élevait les ébats à un niveau supérieur. Il cherchait toujours à en faire quelque chose de plus qu’une simple explosion de stupre et phéromones. Car il n’aimait pas le sexe, juste l’idée qu’il s’en faisait, et les sensations qu’il pensait deviner dans les spasmes de l’autre, qui lui donnaient aussi l’impression d’être unique. Quand le partenaire était déjà blasé, épuisé, par trop de passages à l’acte désordonnés, il lui semblait qu’il n’avait plus rien d’intéressant à éprouver, rien qui pût stimuler son esprit.

En général, il ne poursuivait pas très longtemps ses élus nocturnes. La plupart n’avaient pour eux que l’inexpérience ou la réserve, et les délaissés de l’amour ne manquaient pas, surtout dans les grandes villes où on les voyait errer comme des âmes en peine. Icare avait une candeur plus précieuse. Et son caractère associé à ses ailes, son allure androgyne, et un attrait romantique pour la mythologie chrétienne, lui donnait une valeur sacrée. Il possédait la pureté d’âme qui l’avait toujours troublé chez Nathanaël, comme si rien de ce qu’il pouvait faire n’arriverait jamais à être véritablement sale. Longtemps, Lilian n’avait possédé que les pâles ersatz d’un angélisme sublime à ses sens. Il avait préparé au mieux cet instant qui devait récompenser une attente longue et brûlante, en jouant, selon ses caprices, une comédie néoplatonicienne. C’était ce qu’il aimait dans les préceptes religieux qu’on avait essayé de lui inculquer, ces idées de péché, de blancheur immaculée, qui étaient d’une puissance érotique terrible dès qu’on les détournait pour ses propres plaisirs. Et même s’il avait souvent imaginé des étreintes enflammées avec Josh, il ne lui offrit d’abord que sa mesure habituelle, en répondant à des caresses encore vagues, et l’embrassant avec une langueur plus calculée. Il avait tout son temps, une fois tout consommé, rien ne ferait plus jamais revivre cette nuit préparée depuis des mois.

Il ne se passa pas pourtant une demi-heure pour les retrouver dans un état beaucoup moins sage. Josh avait gardé une chemise à moitié accrochée à ses ailes. Lilian portait encore son pantalon, même si quelques doigts malins s’étaient appliqués à le déboutonner. Malgré la bonne volonté de l’ange, il ne lui avait pas laissé très longtemps l’opportunité de l’initiative, préférant s’occuper de chaque partie de sa peau avec le plus grand soin. Son désir ne l’en rendrait que plus désirable. Alors que son amant soupirait, encore étourdit, il posa un baiser sur son front et, dans un sourire, tira sur ses poignets pour le forcer à se redresser.

- Que dirais-tu d’un changement de décor, je connais une pièce où nous serons plus à l’aise, souffla-t-il.

Il lui fit passer une porte pour le mener jusqu’à la chambre et un large lit baigné par une semi clarté. Les stores étaient à demi fermés, un état plus ou moins permanent. Il avait cependant fait l’effort de préparer la literie, chose qui n’arrivait qu’après les passages de sa femme de ménage, deux fois dans la semaine.

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Icare
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MessageSujet: Re: The Bright young things [T]   Lun 16 Juin - 1:08

Sa chemise retombant jusque sur ses flancs, un peu grande pour lui d'ailleurs, Josh contemplait son cher et tendre qui était à peu près dans le même état. L'odeur des draps propres devenait presque indécente, comme une proposition à elle toute seule. Icare avait suivi Lilian dans la dite chambre apres une demi-heure de prémisses qui l'avaient chauffé à blanc -et dénudé par la même occasion.-, tâchant de reprendre un peu de contenance pendant le "chemin" qui semblait tout à coup bien long. Josh n'avait pas envie de retomber éperduement amoureux comme il avait pu l'être aveuglément de son poète d'ex, alcoolique et accroc aux drogues dont il avait dû se débarrasser avant de devoir appeler le numéro spécialisé d'aide pour les femmes battues. A l'époque le mutant avait su se dépêtrer de son ex au bon moment, quand l'idylle, l'émerveillement des premiers mois avait cessé et que l'apprivoisement de l'ange s'était transformé en tentative pour le dompter de force. La famille du concerné ne savait absolument rien de cette relation, pas plus qu'ils ne connaissaient les préférences sexuelles de leur fils qui prenait le temps de s'accepter. D'abord le gêne x, ensuite les hormones, chaque chose en son temps.

Depuis sa mésaventure, Icare était devenu plus méfiant, il fallait le mériter, lui courir après un certain temps avant d'obtenir ses faveurs, ce qui éliminait déjà pas mal d'imbéciles qui voulaient juste une nuit. Sans chercher à nouer une relation cadenassée après avoir cédé, Josh entendait un minimum de respect et que son amant ne cherche pas à se défaire de lui dès le lendemain de leur première nuit. En ce qui concernait Lilian, tous deux s'étaient suffisamment tournés autour, sur une période de temps relativement longue en plus pour que le chanteur estime pouvoir céder. Mais il voulait le faire avec dignité, ne pas avoir l'air totalement sous le charme, soit soumis au bon vouloir du journaliste qui menait déjà la danse. Désormais concentré sur l'action qui se préparait à venir, Josh se plaisait à trébucher un peu pendant la "valse" pour faire languir Lilian. C'était probablement la dernière épreuve avant d'avoir accès à son corps, en plus d'un petit amusement personnel que le jeune homme s'ignorait jusque là. Comme il sentait le désir sincère du journaliste, il avait envie d'en jouer. Aussi prit-il largement son temps pour observer la chambre plongée dans une semi-obscurité apaisante qui ne laissait pas deviner grand chose en revanche. L'artiste découvrait quelque chose de nouveau, plus que les regards, plus loin que les jolis mots, il y avait le plaisir juste avant de passer à l'acte et probablement une autre sorte de désir qui l'attendait une fois que tous deux seraient nus. A une inquiétude belle et bien présente, un souhait de découverte s'invitait.

Faisant le tour du lit tel une "diva", Icare fit semblant de tester le lit, peinant à ne pas revenir vers Lilian qui lui avait tout retiré mis à part la chemise. Il faut dire que le bougre savait comment y faire pour chauffer quelqu'un et jamais l'ange n'aurait cru connaître ce degré de plaisir. Dans son "monde" il était déjà comblé, mais l'idée qu'il y ait encore meilleur le galvanisait. Cacher cela n'était pas simple mais il s'y appliquait ! Le jeune homme posa donc ses mains sur le matelas, comme pour voir s'il était bien confortable avant de se laisser tomber dessus dans un "pouf" qui le fit rebondir un peu. Légèrement enfantin sans même le vouloir, le mutant ailé prit un peu d'élan, ce qui lui fit quitter les pieds du sol sans avoir à agiter ses ailes. Il réitéra une fois l'expérience, souriant comme un gosse. Ce gosse qui n'avait jamais eu l'occasion de voir une literie d'aussi bonne qualité étant donné l'état financier de sa famille, pour le coup il avait l'occasion de s'amuser de tout et n'importe quoi, un privilège qui ne se refusait pas à son âge où les frustés étaient nombreux.

Toutefois le jeune homme n'en oublia pas pour autant Lilian ni la notion de respect minimum qui le fit se redresser pour revenir vers sa conquête-enfin, à savoir qui avait conquis qui.- et fixa la fenêtre un long instant. Comme s'il hésitait à partir à tire-d'aile, là maintenant. Mentalement Josh calcula combien de temps il lui faudrait pour disparaître, probablement moins de deux minutes si le loquet n'était pas bloqué ou la fenêtre difficile. Pour autant l'idée ne parut pas le séduire longtemps-de plus s'enfuir à moitié nu achevait de discréditer la dite idée.-, si seulement il l'avait vraiment eu, car il se concentra assez rapidement sur Lilian. Jugeant que c'était à son tour d'être un peu entreprenant et surtout de récompenser celui qui avait attendu, l'angelot se glissa contre Lilian, se lovant contre sa poitrine et posant sa tête contre son épaule. Le journaliste n'était pas exactement le type de garçon qu'Icare avait déjà imaginé lors de honteuses nuits, fort et musclé, bien viril, mais il avait cette assurance et cette puissance dans la voix qui paliaient à ce détaul, sans compter que sa silhouette restait fort agréable. Quelque part Josh devinait qu'il avait choisi un garçon peu facile à vivre, capable de trancher autant ses adversaires que lui-même le jour où il ferait une erreur mais cela lui plaisait. Peut-être était-il masochiste au final ? Comme on dit jamais deux sans trois, mutant, gay et maso...

Souriant pour lui-même à l'idée, l'angelot redressa vivement la tête, sa chevelure blonde/blanche suivant le mouvement tandis qu'il allait voler un baiser à la comissure des lèvres de son ami. A moitié joueur, à demi consummé par le désir, le mutant déplia légèrement ses ailes sans réellement s'en rendre compte. Son plumage frissonnait, ondulant imperceptiblement comme s'il y avait du vent, réagissant lui aussi aux émotions de son propriétaire. Une question surgit soudainement au creux de l'oreille d'Icare: combien d'amants et d'amantes Lilian avait-il déjà emmené ici ? Pouvait-il d'ailleurs aimer des femmes aussi ? Au fond, ils s'étaient courrus après mais ne se connaissaient pas tant que ça, ce qui était d'autant plus inquiétant et plus excitant.

Préférant stopper son imagination là, de plus très conscient que cette nuit n'était pas une demande en mariage, Icare poussa un léger gémissement, signe qu'il était d'accord pour se "mettre plus à l'aise dans cette pièce déjà destinée à leur confort" selon les propos de Lilian. Il avait envie de profiter sans se sentir coupable, de ne pas penser au lendemain et d'apprendre... Apprendre que l'acte n'était pas un devoir conjugal mais aussi un jeu en soi.


-Je sais que tu sais jouer à ça. Alors vas-y, montre-moi comment tu fais.

Autrement dit, "encanailles-moi", "séduis-moi", Josh avait l'impression d'être pleinement lui-même et d'être un inconnu à la fois. Il pouvait vivre réellement dans les bras d'un garçon, plus besoin de cacher ses préférences ou ne serait-ce que les taire parce que c'était plus simple et qu'il ne trouvait pas le moment pour en parler. Il faut dire qu'avec 10 enfants à la maison, les Guthrie n'avaient pas vraiment le temps pour écouter les grandes déclarations de ces derniers et le chanteur ne se voyait pas leur balancer ça au beau milieu d'un repas bruyant parmi les 7 cadets qui se jetaient des pâtes à la figure. Ses parents seraient forcément inquiets pour leur fils qui avait déjà causé tant d'ennuis et s'était fait tant de mal. Pour le moment Josh se contentait donc d'être le bon fils qui gagne de l'argent et aide les siens, qui s'assume en tant que mutant et sourit à la fortune qui le touchait effectivement. Il avait enfin pu accéder à son rêve de chanter, autant ne pas compliquer la chose bien qu'il lui manque une petite partie de lui aux repas familiaux, ça le gênait que personne ne le sache bien qu'il n'en ait pas non plus envie d'en faire étalage. Avec Lilian, il pouvait être lui et oser se montrer un peu coquin, comme dans ses rêves "honteux" qu'il coupait généralement avec une bonne douche. Pas de place à ce genre de ressentiment quant on avait un garçon à satisfaire.

Le rouge au joues, le jeune homme décida de faire de beaux efforts en ce sens car il souhaitait se savoir désirer, tout en évitant que Lilian lui arrache des plumes au passage d'ailleurs. Retirant sa chemise, le mutant se retrouva nu, et se cala contre Lilian, peinant à observer ses réactions alors qu'il se jouait un peu de lui en se retournant pour se présenter dos à la poitrine du garçon, lui chatouillant presque le nez du haut de ses ailes.


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MessageSujet: Re: The Bright young things [T]   Mar 24 Juin - 16:52

La timidité, la maladresse enfantine d’Icare le touchaient. Amusé, il suivit son manège, avec l’étrange impression de revivre les premières années de son adolescence. Il avait connu toutes sortes de partenaires, trop pour réussir à les dénombrer de tête, mais aucun n’arrivait à faire jaillir tant d’insouciance aux heures tendres. La manière qu’il avait de dissimuler sa gêne, de repousser au maximum le passage à l’acte, était un spectacle en soi. Il s’efforçait d’oublier la situation, feignait de s’éloigner, s’amusait de la souplesse du matelas. Mesurait-il seulement la puissance érotique de ce numéro ? Lilian l’apprécia en pliant une jambe sur le lit. Il était curieux de voir si le bel ange était assez déraisonnable (ou l’inverse ?) pour se reprendre de lui-même. Quelques questions se glissaient aussi dans sa tête. L’éphèbe n’avait, heureusement, pas l’attitude d’un jeune premier que tout effraie, il n’aurait pas besoin d’être rassuré avant chaque nouvelle pratique, mais son expérience semblait faible, lointaine. Pour continuer à savourer le mystère, il ne lui avait jamais posé de questions très précises sur son ex, et probable initiateur. Dans les premiers temps de la séduction, il s’en tenait à l’essentiel : Icare se remettait difficilement d’une liaison déséquilibrée. Dans la plupart des cas, connaître le pourquoi en détail était très secondaire, les personnes fragilisées cherchaient presque toutes la même chose, une personne de confiance sur laquelle se reposer. Il avait tenu ce rôle à chaque fois qu’ils s’étaient vus, sans tellement forcer les traits. A présent, il avançait vers des données plus inconnues. Anticiper les réactions d’un futur amant pendant les étreintes nocturnes était absolument impossible. Tellement de mauvais coups seraient évités si on le pouvait ! Cependant, Lilian n’attendait pas de prouesses. Il évaluait plutôt la qualité d’un partenaire à la puissance de ses réactions, et s’il aimait sentir un corps frémir, il me pouvait qu’être doublement troublé au spectacle d’ailes vibrant, elles aussi, de désir.  

Un sourire mutin étira ses lèvres lorsque le jeune homme, d’un coup moins innocent, l’invita à lui faire profiter de son expérience. Ce fut, en quelque sorte, le coup de feu qu’il attendait, une détonation dans son esprit qui brouilla instantanément tout ce qui se rapportait à la parole. En sentant son torse nu contre lui, il arrêta de s’intéresser à cette « danse de l’indécis » qu’Icare semblait ne plus vouloir arrêter et attira fermement son dos contre lui en lui mordillant une oreille et le couvrant de caresses, le temps de s’assurer qu’il n’aurait pas la mauvaise idée de se dérober à nouveau. Toutes les bonnes choses devaient se terminer à un moment, surtout lorsqu’il s’agissait de déboucher sur des scènes bien plus satisfaisantes. Un peu avant, Lilian redoutait sans le dire de devoir affronter un blocage, un traumatisme qui pourrait se glisser sournoisement entre eux à un point culminant. Mais il ne voulait pas se retenir plus que de raison par simple précaution. Icare, malgré ses réserves, lui avait suffisamment exprimé son envie d’aller plus loin. Aussi, les vieux réflexes lui revinrent, plus violemment que sur le canapé, et il retourna Josh sur le dos avec une vigueur toute autre, qui excluait pourtant la brutalité. Dans ce domaine, sa tendance à l’entre-deux était agréable. Il pouvait se montrer tendre, attentionné, dévoué, tout en gardant le contrôle et en adaptant ses ardeurs à ce que tolérait son partenaire. Pour l’ange, il se contenta du strict minimum, celui qui devait le rassurer en rappelant à son inconscient qu’il était le dominateur et, par extension, le protecteur.

Enfin docile, Icare ne déçut aucune espérance. Il savait recevoir avec toute l’attention et la sensibilité que Lilian aimait éprouver. Il savait rendre aussi, un peu, de manière encore très hésitante, mais avec une volonté de bien faire réellement adorable. Ils avaient pris le temps de se découvrir, il voulait rendre ce moment plus intense que d’habitude, lui donner du sens. Dire qu’il n’avait jamais vécu quelque chose d’aussi fort serait mentir. Sa construction sentimentale était assez chaotique pour le faire tomber éperdument amoureux d’une personne en une nuit et la trouver ennuyeuse une semaine plus tard. Cependant, l’idée d’Icare l’obsédait tellement ces derniers mois que personne d’autre n’avait réussi à chatouiller ses fantasmes. Ce garçon représentait une sorte de synthèse de tout ce qu’il aimait et la seule pensée de le posséder enfin le rendait complètement fou. Oh, des « Je t’aime », il lui en avait bien livré une dizaine, chose qui n’avait pas réellement de sens dans le contexte, mais qui faisait toujours son petit effet. Il ne pensait cependant pas de lasser de son nouvel amant aussi rapidement que des autres, il y avait travaillé, et il doutait retrouver une beauté aussi parfaite que la sienne.

- Tu es tellement beau, dit-il pour accompagner ses pensées en l’attirant contre lui, maintenant que la fureur laissait place à une tranquille indolence.

Il était dans cet état où il se sentait prêt à murmurer à peu près tous les compliments qui lui passaient par la tête, attitude à l’opposé total de son image connue en société. Mais Lilian n’avait jamais su gérer ses sentiments, qu’il interprétait souvent de travers ou avec excès. Beaucoup d’ex l’avaient traité de manipulateur à cause de ses beaux discours sans suite. Pourtant, il ne le faisait pas exprès. Ce n’était pas sa faute s’il pouvait être très sincère sur un temps très limité, parce qu’il voulait profiter d’un bon moment au maximum, sans s’inquiéter de savoir s’il aimerait toujours l’autre un mois plus tard. Avec Icare, ce serait différent. Il s’était promis de la garder au moins aussi longtemps qu’il avait joué à le séduire.

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MessageSujet: Re: The Bright young things [T]   Mar 15 Juil - 2:03

Lilian paraissait tellement différent. La retenue dont il avait fait preuve disparaissait pour une phrase si intense qu'elle égalait à un grand discours. Rougissant de plaisir malgré lui, le mutant qui n'avait pas l'habitude de s'arrêter au physique prit pourtant plaisir à poser coquettement. Allongé sur le dos, ses grandes ailes étalées de part et d'autre du lit, dépassant même depuis leur presque 5 mètres d'envergure. Il minauda, volontaire mais un peu maladroit, ce qui le rendait peut-être encore plus séduisant, ou pas... Tout dépendait des préférences de Lilian, à savoir s'il serait charmé par un garçon aux mains hésitantes quoiqu'imprégnées d'un désir de bien faire. Jouant de ses cheveux, le jeune homme s'étira avant d'en revenir à son ami qui semblait tout à coup transformé en un enfant -en moins innocent- devant une jolie sucrerie. Icare s'amusait beaucoup de voir Lilian si impressionnable par un simple corps que lui-même n'avait jamais estimé digne de telles envolées. Sans se plaindre car se sachant parfaitement dans la norme, Josh n'avait jamais soupesé la valeur brute de son pouvoir de séduction, il se préférait roux et depuis la perte de ses couleurs originelles, il s'était s'était senti encore plus étranger à lui-même. En deux ans, c'était peut-être la fois où il avait le plus l'impression de s'appartenir, de se voir réellement à travers les yeux de quelqu'un qui se moquait bien de la couleur de ses cheveux et se plaisait à voir l'harmonie de l'ensemble. Sans être mannequin, Josh lui plaisait parce qu'il était lui, un corps et un esprit enfin réunis le temps d'une nuit par les compliments d'un homme qui recollait les morceaux fâchés, les petits bouts cassés et dispersés au fil du temps et des souffrances ordinaires. Pour le mutant ailé, pas de grands faits sinon la mort de son ex "petite-amie", juste une suite de faits qui épuisent, des maux que personne ne lui reconnaissaient car isolés, ils semblaient inoffensifs.

Mais aujourd'hui, le chanteur était content d'être "lui", il n'aurait pas voulu avoir le corps d'un autre ou s'envoler ailleurs pour se fuir. Cloué au sol, ou plutôt au lit, fermant les yeux et rejetant le cou en arrière, Josh se plut à découvrir que l'acte n'était pas un devoir conjugal sinon l'alliance parfaite d'une entente mentale et physique. Repoussant puis attirant Lilian, profitant de cette étrange innocence pourtant expérimntée qui caractérisait son amant, il apprenait, enseignait à son tour, un véritable échange. Les mains courant de la pointe des cheveux de Lilian jusqu'à son sexe, l'ange éprouvait une félicité sans pareil à toucher du bout des doigts la satisfaction du moment présent.

Jusqu'à présent et pour le peu de fois qu'il s'était prêté au jeu, Jay n'avait jamais apprécié aller jusqu'à la pénétration, en réalité c'était même devenu un "pro" de la stratégie pour éviter cette situation le plus discrètement possible. Faire mine de jouer jusqu'à ce que son ex n'en puisse plus, simplement le guider vers un centre d'intérêt différent, et vu que ce dernier n'était pas souvent net, ça n'était pas trop difficile. Ce soir pourtant, alors que la question lui trottinait dans la tête, aussi inquiétante qu'excitante, le jeune homme avait refusé deux fois, déviant Lilian par manie avant de le laisser s'unir à lui, une fois la question évaporée, ça avait juste été dans le cours des choses.

Poussant finalement le cri ultime presque simultanément à Lilian, Josh se laissa ensuite retomber sur le matelas. N'étant pas du genre à transpirer de la même manière qu'il était dépourvu de pilosité sous et sur les bras ainsi que sur les jambes, le jeune homme sentait tout de même que son souffle s'était bien raccourci, une langueur agréable l'envahissait; une espèce de fatigue qui ne lui donnait pourtant pas envie de dormir. Peut-être juste se reposer un peu pour ensuite... Ensuite euh ? Et s'ils commençaient déjà par discuter ? Sa lassitude dans le bar espagnol l'avait quitté, mais il ne savait pas non plus de quoi parler avec un homme qui venait de lui faire l'amour. Son ex avait tendance à ressortir aussi sec avec des amis ou à tomber comme une masse, bref, un romantisme digne de son titre autoproclamé de poète. Demander à Lilian si "ça avait été bien" ou même le lui signifier lui paraissait totalement saugrenue en plus d'être inutile, dans la semi obscurité qui régnait, le résultat était bien visible.

-Je crains de devoir annuler mon cours de chant de demain, j'ai un de ces mal de tête.

Fit-il avec un petit ton malicieux et doucement ironique, preuve implicite de son bien-être. Normalement, rien ne pouvait lui faire rater un de ces cours qu'il avait eu tant de mal à se payer au final, mais demain, le jeune homme n'avait aucune envie d'exercer sa voix. Sans souhaiter pour autant coller Lilian, il voulait au moins profiter du reste de la nuit avec lui et le prolonger sur la matinée bien qu'il ignorait quoi faire, en espérant que le journaliste partageait son désir. Peut-être que Lilian était du genre à jeter ses conquêtes après avoir atteint son but, même si cela l'étonnerait ou plutôt le déchanterait tant qu'il n'osait pas l'imaginer. Pudique et bien lové dans les couvertures, les ailes toutes emmêlées dans les draps, le jeune homme jeta un regard oblique au journaliste, posé à côté de lui, le frôlant sans pour autant le toucher, particulièrement bien installé sans être réfractaire à un rapprochement non plus. En réalité il n'avait pour l'instant aucune question à formuler lui si curieux habituellement, il était bien, à attendre il ne savait trop quoi.

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Lilian D'Eyncourt
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MessageSujet: Re: The Bright young things [T]   Jeu 24 Juil - 22:29

En quelques quinze ans d’expériences, Lilian n’avait que très rarement échoué au jeu de la séduction. Il avait l’habitude de mener qui il voulait jusqu’à son lit, quitte à user parfois de tous les ressors de la manipulation, et imposait ensuite sa vision du déroulement de l’acte. Il n’agissait jamais avec l’intention de brusquer l’autre. Au contraire, il était attentif, explorait avec une fascination sans cesse renouvelée les zones sensibles de son partenaire, pour le guider là où il voulait aller. La multiplication de ses histoires sans lendemain le rendait assez peu tolérant sur les réserves des uns et des autres. Une personne qui se retenait après l’avoir suivi au lit était une personne qui demandait à être convaincue. Lilian s’étonnait toujours de toute la gêne que des adultes pouvaient éprouver vis-à-vis de pratiques sexuelles très ordinaires. La faute, le plus souvent, à une vie de couple ronflante, ou à des coups d’un soir qui faisaient trop souvent passer leur plaisir au premier plan. Mais il n’était pas de ces derniers. Tombé dans la débauche avant même de ressentir l’envie oppressante d’y plonger, Lilian avait glissé les parties à deux – voire plus – dans son quotidien. Il ne souffrait jamais d’un manque en ce domaine, et avait toujours tout son temps pour s’occuper de ses amants. Cependant, Josh parvenait à éveiller en lui quelque chose de plus violent, un désir contenu pour lui seulement. Il n’avait pas été surpris de se faire repousser quand il cherchait à le posséder. En revanche, ses sentiments s’étaient modifiés. Du froid formateur hostile à l’échec, il devenait un amant capable de mille tendresse, un homme simplement inquiet de ne pas rendre cette nuit inoubliable, et dont quelques instincts sauvages soufflaient qu’il voulait le bel ange tout entier, qu’il lui fallait le marquer, ne pas le laisser fuir tant qu’il ne s’était pas véritablement uni à lui. Ces pensées confuses le troublaient profondément. La pénétration n’avait jamais été pour lui qu’un détail parmi d’autres dans un tableau de sensations. Mais Icare rendait toutes choses différentes.

Il le veillait depuis des mois et, il le savait, le jeune homme avait gardé sa vertu tout ce temps. Se serait-il détourné de lui le cas inverse ? Il ne saurait dire. Icare était si sage qu’il n’avait jamais éprouvé le danger d’une trop longue attente. Rien qui pût le forcer à venir vers lui, sous la pulsion d’une jalousie soudaine. Il avait autant apprécié leur longue danse de séduction que leurs ébats. La réalisation d’une scène devenue presque impossible à force d’être repoussée l’émouvait. Cette relation là, il souhaitait la soigner au mieux. Ils vivaient une aventure charmante. Il refusait de la partager et il ne se souvenait pas s’être déjà attaché aussi vivement à quelqu’un, sans jeter d’ombres funestes sur un couple en pleine éclosion. Maintenant que le jeune homme s’était livré, il lui semblait que rien ne devrait le séparer de lui. Il lui appartenait. Il le garderait avec lui.
Et, tandis qu’il le couvait d’un regard paisible, l’idée de le voir avec un autre devenait de plus en plus insupportable. Il n’aimait pas éveiller ce genre de sentiment, s’attacher, et se contredire tout à la fois, puisqu’il exigeait une fidélité à laquelle il ne voulait se tenir. Vivrait-il le même enfer qu’avec Nathanaël ? Ces heures inquiètes à surveiller maladivement ses faits et gestes ? Et toutes ces disputes avec un amant trompé plus de fois qu’il n’en pouvait compter ? Non… Ils étaient plus âgés, plus mature. Il serait idiot de ne pas se donner une chance dix ans plus tard. Ne pouvait-il profiter de cet excès d’amour qui le berçait agréablement ?

Leurs souffles se régulèrent peu à peu. Et les minutes s’écoulèrent, paresseuses, silencieuses. Il lui caressait doucement la peau, puis les ailes, les cheveux… En tendant ses mains vers Icare, il remarquait à quel point sa mutation réagissait à son état d’excitation. Ses veines, toutes rouges et gonflées saillaient sur ses bras. Cela ne durerait pas, mais il espérait ne pas effrayer son amant. Parfois, son sang interprétait d’une autre manière un désir violent. Il en avait déjà fait les frais, et se contrôlait suffisamment bien pour ne pas aspirer la vie du pauvre Icare. Au bout d’une dizaine de minutes, celui-ci déclara subtilement son intention de rester ici pour la nuit, arguant une excuse hors de propos. Lilian l’embrassa sur le coin des lèvres.

- Je crois qu’il n’y a jamais eu de cours de chant, dit-il espiègle. Tu ne ressortiras pas d’ici tant que je ne l’aurai pas décidé. – Se resserrant contre lui, il murmura : - Je veux me réveiller avec toi. Avec toi, plus qu’avec aucun autre. Il y a longtemps que je n’avais plus ressenti ça.

Il joua distraitement avec les doigts de son compagnon. Les mots lui manquaient pour dire ce qu’il éprouvait. La plupart des lieux communs sentimentaux avaient été servi à ses trop nombreuses conquêtes. Il ne voulait pas trahir Josh avec une phrase usée, dépouillée de sens. Pourtant, certaines auraient été très vraies… Si seulement il avait su distinguer les aventures éphémères des passions plus sincères. Quelques jours plus tôt seulement, il s’endormait dans les bras d’une amante régulière, et ils passaient une partie de la journée du lendemain ensemble, partageant une complicité telle qu’on les confondait avec un jeune couple encore débordant d’amour. Il ne pouvait nier avoir passé des moments forts cette année ou les précédentes. Mais il les avait passé avec des personnes qu’il pouvait partager, abandonner à n’importe qui, avec des êtres aussi adorables qu’interchangeables. Ils n’étaient pas Icare.

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... Et moi je continuerai à resplendir comme une figure brillamment absurde, dans un monde sans signification ... (The beautiful and damned)
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Icare
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MessageSujet: Re: The Bright young things [T]   Jeu 28 Aoû - 3:38

-Mais je vois que tu as pris des cours de poésie, vil flatteur

Minauda Josh emmitouflé sous les draps et se laissant embrasser sur le coin des lèvres avec plaisir. Il était réellement heureux de l'instant présent, ne se préoccupant guère de ce qui pourrait advenir ensuite. Le jeune homme avait pourtant eu l'habitude de s'inquiéter pour un futur inaccessible au sein de sa famille, soit "que manger demain". Pire encore, il n'avait pas la coutume de traîner au lit, ceci étant un luxe réservé aux riches selon ses parents, qui loin d'être jaloux se montraient seulement réalistes. Pour autant la vie de leur troisième fils s'était améliorée petit à petit, lui permettant d'être identifié comme appartenant à une classe sociale moyenne voir même "privilégiée" parmi ceux de son âge. Les concerts rapportaient suffisamment pour lui laisser une petite marge contrairement aux étudiants généralement étouffés par les crédits, s'épuisant dans leurs petits travaux d'été. L'art ne faisait pas gagner son pain non plus, mais dans la situation de Jay, déjà très pauvre de base, il n'avait rien eu à perdre et son internement forcé à l'institut avait finalement été salutaire pour lui permettre de développer sa voix. L'école offrait gratuitement son aide à ceux qui la nécessitaient, n'ayant plus à courir après un salaire bien qu'il l'aurait préféré; le jeune homme surveillé n'avait eu comme réconfort que sa guitare.

Heureusement il était désormais plus stable, beaucoup plus stable même, et s'il résidait quelques petits soucis comme l'aveu de son homosexualité à ses parents, le chanteur avait une une vie qu'il estimait parfaite. Évidemment il n'oubliait pas Julia sa "petite amie" décédée, ni Samuel Paares mais il avançait désormais, plus loin que ces traumatismes "anciens" ou encore celui de sa relation avec le poète drogué.

-Hey, j'ai vraiment cours de chant demain ! Mais si tu insistes pour que je te le prouve, je n'ai qu'a finalement m'y rendre et t'y inviter.

Répondit le jeune homme d'un air malin en s'engonçant dans les couvertures comme pour se protéger de la "prochaine" attaque. Mauvais plan vu son état de fatigue avancé, Josh dû étouffer un baîllement pour sortir de son refuge, tout ça pour attaquer Lilian avec des chatouilles. Toutefois son geste s'était perdu en chemin, égaré dans les couvertures et ralenti par leurs plis ainsi que l'épuisement il s'arrêta malgré lui pour finir en douceur contre la poitrine de son journaliste préférée, poussant un soupir de contentement. Il avait conscience d'être mièvre, et que la scène qu'ils étaient en train de jouer ressemblait à un mauvais film romantique, même Lilian semblait s'être "guimauvé", mais qu'importe, une petite pause dans la vie faisait tellement de bien. Josh n'avait jamais rencontré quelqu'un d'aussi attentionné à part ses parents, mais là encore ça n'était pas pareil, Lilian possédait une capacité propre qui l'avait mené dans ce grand lit, une expérience qu'il n'était pas prêt à oublier. D'ailleurs songea-t-il avec une légère honte qu'il aurait bien replongé sous la couette s'il n'était pas aussi fatigué. Que lui avait fait Lilian ? Préférant ne pas se répondre, il décida en revanche de revenir sur les premières paroles du journaliste pour le rassurer par simple envie de prolonger l'échange, comme pour lui renvoyer l'assurance de sa présence le lendemain.

-Je serai là ne t'en fais pas.

Fit-il doucement, ravi de pouvoir compter sur Lilian pour une relation qui durerait plus qu'une nuit. Il n'était plus comme avant à se demander combien de temps exactement, ça lui était en fait égal. Pourvu que ça dure un moment. Sur ces pensées réconfortantes, l'artiste passa une main sur la poitrine de son compagnon et s'endormit paisiblement.

[HJ: Fin *_*]

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Dessin de la signature par Raythereign. Citation par Calli Kayan

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