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 Une bien mauvaise association [Angel]

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Yitzhak Anavim
Confrériste Delta
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Messages : 152
Date d'inscription : 04/09/2012

MessageSujet: Une bien mauvaise association [Angel]   Dim 19 Jan - 23:29

[suite d'un sujet à Central Park

Quelqu’un peut-il me dire ce que je fiche ici, devant les portes d’un grand restaurant, en costume trois pièces deux heures après avoir tabassé deux petites frappes de la mafia ? Je me déteste. Je hais cette impression de ne jamais pouvoir lutter contre mon goût du risque, les beaux garçons, et les intrigues. Quel con. Je suis prêt à rencontrer l’une des personnalités les plus influentes de l’institut Xavier pour discuter tranquillement de nos diverses méthodes de torture. Une fois de plus, je joue avec le feu et je vais encore me retrouver à aligner une série de mensonges pour essayer de profiter d’une situation improbable que j’aurais mieux fait d’éviter. A force, je crois que je me suis imaginé une centaine de personnalités plus ou moins différentes pour contourner les vérités gênantes. A force, je vais devenir dingue. Je ne sais pas ce qui me pousse à continuer à mettre ma santé mentale en danger. Si je le savais, je ne serais peut être pas là.

Après les événements de Central Parc, je ne suis pas rentré chez moi. Je me suis juste posé dans un bar pour réfléchir aux informations que j’avais recueillies, à mes actes, à la suite que je pouvais donner à tout ça, en enchaînant trois vodka redbull – ce truc est dégueulasse, je ne sais pas pourquoi j’en commande à chaque fois. J’essayais de me concentrer sur du concret, de me convaincre que je n’allais pas retourner vers le mutant ailé. Echec critique. La question du « j’y vais ? j’y vais pas ? » continuait à tourner dans ma tête. Quand je me suis redressé au bout d’une heure trente, je savais qu’il Fallait que je me pointe au rendez-vous. Et là, je serais bien ennuyé s’il fallait vous sortir une raison logique à cela. Je n’en avais pas, rien que des trucs tordus qui n’étaient pas les motifs premiers de ma motivation. Alors j’ai changé mes vêtements lambda pour une veste souple, manches trois quart en soie, un pull gris léger et un foulard rose pâle. Oui bon… Quand je dis « costume trois pièces », je me comprends. Je ne supporte pas les tenues trop guindée, comme tout entrepreneur « à la mode » d’ailleurs ! Par simple mesure de précaution, j’avais aussi passé des lentilles vertes sur mes yeux. La métamorphose est toute bête, mais, quand on vous demande de décrire une personne, vous commencez par ce genre de choses, donc, je brouille toujours quelques pistes quand je n’ai pas envie qu’on se souvienne de moi.

Devant l’entrée, j’hésite encore un peu. Au fond, j’aimerais bien que le mutant ait changé d’avis en cours de temps. Ça me simplifierait beaucoup les choses. Là, j’ai l’impression de me jeter dans la gueule du loup, et je suis consentant. Avez-vous déjà ressenti le frisson du risque lorsqu’on est sur le point de relever un défi ? J’adore cette sensation.

_________________

Scipion : Je puis nier une chose sans me croire obligé de la salir ou de retirer aux autres le droit d'y croire.
Caligula : Mais c'est de la modestie, cela, de la vraie modestie ! Oh ! cher Scipion, que je suis content pour toi. Et envieux, tu sais... Car c'est le seul sentiment que je n'éprouverai peut-être jamais. [Caligula, Camus]


Dernière édition par Yitzhak Anavim le Lun 17 Fév - 20:57, édité 1 fois
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Warren Worthington
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MessageSujet: Re: Une bien mauvaise association [Angel]   Dim 9 Fév - 21:48

Saleté de migraine. Angel rentra chez lui en taxi, trouvant à peine la force de marcher, alors voler. Habitué à sa vue d'aigle, il devait composer avec les capacités d'un myope et d'un astigmate réunis, totalement perdu. Un bain salutaire fut le seul moyen de commencer à évacuer tout le stress ainsi que l'énergie négative qui fourmillait encore dans ses muscles. Doucement le jeune homme parvint à repousser Archangel qui semblait s'être installé jusqu'au creux de ses veines. Il calma son esprit, relativisant, du peu qu'il se souvenait de cette étrange traque, rien d'extrêmement grave n'était arrivé, de plus c'était lui qui avait donné la permission au guerrier d'apparaître. Pas de réelle perte de contrôle donc, même si les conséquences de cet acte lui semblaient tout à fait anormales. Avait-il reçu un choc violent à la tête pour que ses souvenirs le fuient ? Même avec sa régénération c'était chose possible car le mental n'avait rien à voir avec de simples blessures physiques. Lorsque le cerveau en prenait un coup, la plaie tout autour se refermait, pour autant, l'organe dans sa boîte devait encaisser le choc seul, comme il pouvait. Cependant on se souvenait presque toujours du dit choc responsable, de la douleur au moins et là rien. Malgré une certaine fatigue générale, le trentenaire se sentait en forme, or son don mettait au moins des heures à agir pour des blessures assez sérieuses pour engendrer ce genre "d'amnésie ponctuelle". Autrement dit il aurait au moins retrouvé une sérieuse cicatrice entre deux mèches blondes.

Rien, ni blessures, ni souvenirs, ou tout du moins complets. Le jeune homme avachi devant son miroir secoua la tête. Repasser les scènes en boucle pour essayer d'évincer le brouillard n'était pas très constructif. En revanche ce dîner avec Yitzhak pouvait l'être. Résigné, Angel sortit un ensemble. Il avait une chemise noire, une veste grise mais ne mis pas de cravate, sa tête sous pression ne l'aurait pas supporté, déjà qu'il lui semblait s'étrangler alors que le col de frôlait son cou. Le vêtement fait sur mesure comportait des trous pour laisser passer ses grandes ailes blanches, il lui suffit de mettre son éternel grand manteau beige -enfin une copie de celui abîmé par Archangel- pour cacher sa mutation le temps d'arriver au restaurant.

Son mal de tête heureusement diminuait petit à petit, de même que la fatigue au fur et à mesure que ses muscles se déroulaient pour cette marche énergique qui le mena aux portes de l'établissement. Il y retrouva le garçon habillé d'un châle rose. Sans commentaire pour cet accessoire inutile, Warren apprécia le reste d'un regard avisé, au moins sa vision était redevenue nette. Pour le reste de la tenue, le jeune homme était tout à fait "sortable". Elle faisait même ressortir un petit quelque chose chez celui qu'Angel aurait pu trouver banal, à moins que ce ne soit ses yeux verts ? Il ne se souvenait pas de leur avoir vu une telle couleur mais étant donné qu'il ne se rappelait même plus d'une partie du combat, fallait-il s'en formaliser ?

-Bonsoir, bienvenue Itzhak -Bien sûr, appeler le garçon par son prénom était étrange mais il ne savait pas son nom, et quand bien même ce serait le cas, ils allaient discuter d'une affaire qui exigeait de la discrétion au niveau identitaire. Autant ne pas risquer la vie du jeune homme inutilement, déjà qu'il lui semblait un peu suicidaire.- au Fin gourmet [HJ: en Français]
J'espère que vous aimez la cuisine française. Entrons sans plus tarder, nous avons beaucoup de choses à nous dire.


Fit Angel d'une voix tranquille. Il proposa ensuite sa main au jeune "entrepreneur" venu dîner avec lui pour parler de son projet d'entreprise. Comme tous ces nouveaux, d'ailleurs peu nombreux car triés sur le volets, Isaac était un garçon qui devait convaincre son potentiel employeur de lui fournir de quoi monter sa société. Version habituellement véridique mais aujourd'hui seulement officielle qu'avait reçu le personnel. Ceux-ci discrètement pariaient sur le projet de ce jeune homme ainsi que sa nature. Mutant ? Humain ? Avec son joli châle et sa taille fine malgré une absence de manières féminines, ce devait être un genre de styliste, ou alors un décorateur, car leur patron ne travaillait pas dans le monde de la mode. Ou alors c'était une nouvelle filière. Toujours est-il que cette grande fourmilière se mit à arpenter le hall avec une précipitation pourtant cachée afin d'aller à la rencontre des deux hommes.

En tant que propriétaire des lieux, dans ce domaine de l'hypocrisie pure-quoique Warren était un patron généralement apprécié- le duo fut accueilli avec force de petites attentions et de soins spéciaux. Traversant le hall, leurs pas résonnaient sur le marbre. De lourds piliers issus de la même matières amenaient le regard à contempler le plafond. D'un bleu nuit tout simple si ce n'était les petites lumières dorées qui le perçaient de toutes part, reproduisant l'aspect de petites étoiles. Le dit plafond était encastré entre des murs tapissés d'un blanc crème. Les chaises étaient design, d'un noir élégant côtoyant de grands canapés en cuir. Ils dépassèrent l'entrée où se trouvait un petit salon débouchant lui-même sur une porte qui donnait accès à un bar. Après le repas, il était particulièrement plaisant de s'y rendre pour un digestif ou, parfois, des soirées endiablées qui encanaillaient ces nobles des temps modernes. Le salon était occupé par des hommes d'affaires et leurs épouses qui discutaient, assis en rond autour d'une lourde table semblant jaillir du sol, elle aussi faite de marbre.

Le restaurant s'ouvrait sur deux étages, sur les hauteurs, un couloir large permettait de circuler aisément entre plusieurs petits balcons qui donnaient une vue imprenable sur la salle du bas, tout en offrant une intimité certaines aux V.I.P. Leur regard plongeait également sur la grande fontaine du milieu, laquelle avait savamment été posée et dessinée pour faire jaillir de grandes gerbes d'eau sans pour autant mouiller les invités. En bas, le restaurant ressemblait à tout autre restaurant de luxe, des tables de qualités exemplaires, recouvertes de nappes blanches épaisses si douces au touché qu'on se sentait coupable de les salir. Sur quelques tables, des roses rouges flânaient dans leur vase de col haut transparents, d'autres fois il s'agissait d'orchidées blanches ou plus rare de roses noires. La décoration jouait sur le clair/obscur, chaque couleur rehaussant la valeur de sa némésis.

Angel choisi naturellement une place sur l'un des balcon. Isaac pouvait alors remarquer des crochets sur le faux plafond qui les dominait, comme s'ils avaient le droit à un petit bout de ciel étoilé pour eux seuls. L'un des serveurs tira sur un petite cordelette à peine visible après avoir déposé les couverts. Un lourd rideau s’abattit sur eux, leur promettant une grande discrétion. Eux en revanche pouvaient admirer les couples qui mangeaient en bas, tout en savourant leur repas à venir.

Warren soupira d'aise tout en s'installant dans un fauteuil de cuir noir aux accoudoirs pleins. Il retira son manteau et se renfonça confortablement-tout en gardant une certaine allure bien entendu- dans le dit objet. Ses plumes immaculées s'étalaient majestueusement contre lui, retenues par les accoudoirs et les recoins, formant une sorte de cape duveteuse royale autour de lui.

-Pour moi ce sera un homard Alfred.

-Bien monsieur, je vous amène de suite deux ou trois modèles afin que vous choisissiez celui qui vous convient, et que prendra ce monsieur ?

Alfred, un vieux français au ventre bedonnant mais à l'élégance rare s'inclina légèrement vers le jeune "blanc-bec". Il ne laissait rien paraître de son étonnement quant à la tenue de ce dernier, qui, bien que correcte le surprenait grandement. Dans ce monde feutré, il en fallait peu pour "choquer", surtout un vieux français toujours élevé dans le luxe, lequel avait fini par rejoindre un restaurant très réputé de New York. Professionnel, ses gestes étaient fluides, son ventre habitué à la bonne chair ne le dérangeait pas, ni les années qui pesaient sur ses épaules. A 60 ans environ, cet humain ne souhaitait pas prendre sa retraite. Que le monde se satisfasse de grands débats entre mutants et non évolués, qu'ils critiquent son patron clairement atteint par le gêne x. Qu'ils s'entretuent même, peu importe, l'homme aurait toujours besoin de manger, sapiens ou non. Qu'on le laisse à ses plats, à sa passion, qu'on le laisse à sa bulle bien calfeutrée, entre deux recoins de misère.

Angel examina un moment les deux homards qui lui étaient présentés. Même s'il n'avait pas faim, le jeune homme respectait l'étiquette de ce haut monde, bien entendu, il ne payerait probablement pas son addition mais ses parents lui avaient toujours enseigné que bien manger était primordial. Bien qu'il s'agisse d'un rendez-vous d'affaires, que le restaurant n'était qu'un genre de salle de réunion, il y avait un temps pour tout. La façon dont vous examiniez la nourriture, le vin ou critiquiez la table vous permettait parfois de gagner ou perdre votre affaire. Après s'être décidé pour le plus gros modèle des deux dont la chair lui semblait plus savoureuse, le mutant se tourna vers Itzhak, respectant le protocole nécessaire avant de se jeter dans une discussion d'affaires. Même si l'on était pressé, ce dernier devait être respecté, la conversation commençait toujours avec des politesses, un échange de courtoisie. Puisqu'ils allaient tous deux se jeter corps et âmes dans les arts de la table, il convenait de le consulter même si le jeunôt n'avait peut-être pas l'habitude d'un tel standing.

-Un petit vin blanc français pour relever tout cela vous convient-il ? Sauf si vous choisissez un plat de viande, dans ce cas nous prendrons également une bouteille de rouge.

Laissant son comparse choisir, le jeune homme se retourna vers Isaac après avoir un moment contemplé le bas de la salle. Warren prenait son temps pour entamer la conversation, il était patient, ayant appris cette vertu bien malgré lui depuis sa prime jeunesse. Ce lieu avait la capacité de l'apaiser autant qu'il le détestait étant petit. Véritable torture que ce restaurant feutré pour un enfant fourmillant d'énergie et de simplicité. Il avait souffert de la faim étant petit. Paradoxalement à son statut de gosse de riche, oui Angel avait connu ces affres. Son père lui avait expliqué une fois comment découper des carcasses de crustacés, ou manger du caviar, et il n'admettait pas que son fils se comportât mal. Si le pauvre garçonnet étant donné son âge avait le malheur d'éclabousser ses habits ou de renverser un grain de caviar, ou encore de demander de l'aide, il était tout simplement privé de repas. Contemplant de ses yeux agrandis comme des soucoupes ses parents se régaler d'un met bien trop délicat pour le palais d'un enfant qui ne supportait généralement pas toutes ces manies, toute cette patience qu'il fallait avoir pour accéder aux arts de la table.

La conversation pouvait enfin commencer après qu'Isaac ait pu -supposément- s'adapter aux lieux, apprivoiser le décor et l'ambiance. Le jeune homme rompit avec les banalités en parlant directement. Ses yeux bleus avaient regagné de leur éclat, il étudiait son interlocuteur avec attention, comme s'il cherchait à percer son identité. "Montre-moi comment tu manges ton homard, et je te dirai qui tu es."

-Alors, racontez-moi un peu, comment avez-vous découvert ce qui était probablement arrivé à votre amie ? Avez-vous mené cette enquête seul où avez-vous des amis ? Il faut être courageux et un peu suicidaire pour se lancer dans une vengeance seul.

Isaac avait-il vu trop de films d'aventures pour faire confiance à la police ? Ou bien avait-il tenté de les contacter pour mieux être rejeté ? Héros solitaire aux pouvoirs vraisemblablement félin, le garçon cherchait son amie depuis un an, une longue année... De quoi se faire repérer par la mafia et se faire placarder comme ennemi par ces derniers.

-Avez-vous déjà reçu des menaces ? Le Cartel sait toujours lorsqu'on cherche des informations sur lui, et en général, il n'apprécie guère.

La prostitution était un milieu où on ne rigolait pas. Il était curieux que ce garçon ait pu arriver aussi loin -à savoir pister deux suspects d'assez haut rang- sans être pourchassé, voir déjà au fond de son cercueil. Encore plus s'il travaillait seul ! Il avait l'air si gamin, si fragile. Bon d'accord l'apparence était trompeuse parfois, mais quand même... Ce garçon félin, seul contre tous à la Schwarzenegger, même en étant un pro de l'ordinateur craquant les sites de la C.I.A ou quoique ce soit... (d'ailleurs s'il était un crack dans le domaine, l'embaucher réellement pourrait être une éventualité intéressante.) A moins qu'il ne soit protégé par une "association" ? Le B.A.M par exemple ? Oui ils seraient bien du genre à laisser un gamin se mouiller pour eux. Ou alors quelque chose de plus frauduleux, un petit gang ? Non, plutôt le B.A.M qui l'aiderait financièrement et matériellement tout en lui promettant que s'il se faisait avoir, le service ne le reconnaitrait pas. Aux yeux du X-Men ils en seraient bien capables oui, mais peut-être était-ce lui qui avait vu trop de films.

Attendant les réponses à venir, Angel tendit le petit bol d'olives méditerranéennes à son interlocuteur avant de lui-même d'entamer son amuse-bouche destiné à les faire patienter pendant la préparation de leur plat. Mousse de crabe dans sa vérine accompagnée de ses asperges. Le tout préparé avec un ou deux toasts aux éclats de noix ou de raisins grillés.
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Yitzhak Anavim
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MessageSujet: Re: Une bien mauvaise association [Angel]   Mar 18 Fév - 0:16

Il était venu. Bien sapé, tout beau, tout propre, déjà attendu par toute une clique de domestiques qui se précipitaient pour nous faire mille courbettes, ouvrir les portes et me lancer des coups d’œil chelous. Ils ne devaient pas avoir l’habitude de voir leur patron en entretien avec une personne si jeune. Vu ma dégaine, il y avait de quoi avoir des soupçons. Les vieux lubriques me disent souvent que j’ai un air à me faire dévorer sur place, quand ils sont à peu près corrects. Bref, j’y peux rien si j’ai plus la trogne d’un gigolo que d’un type sérieux, surtout quand je m’habille bien. En plus, on me donne toujours moins que mon âge. J’ai su tirer de bons avantages de mon physique, mais je dois dire que ça m’énerve parfois. Je suppose que c’est pour ça que je prends un plaisir aussi cruel à duper tous ceux qui croient à mes petits numéros de gosse aussi innocent que délicieux. Enfin… Tout ça pour vous dire, que cette ambiance guindée, où on vous souriait tout en vous dévisageant de la tête aux pieds dans un luxe sans imagination était violemment glauque. Toutes ces manières m’étourdissaient un peu. Ça devait donner l’impression que j’étais un peu paumé, genre le roturier qui débarque dans un monde trop bien pour lui, pendant que j’hésitais juste entre l’indifférence et le mépris. Ok, je n’avais jamais mis les pieds ici. Mais j’imagine que mes parents, peut-être même mes grands-parents avaient déjà eu un rendez-vous à l’une de ces tables, vu le côté très « il faut en jeter le plus possible à la vue de l’autre » de leur milieu. Sans avoir connu un si haut standing, on m’avait déjà traîné dans des endroits assez proches quand j’étais trop petit pour jouer les absents le jour des grands repas familiaux ou des dîners avec les familles importantes qui, dixit mon grand-père, « ont des enfants adorables ». Que de la sale marmaille de riche ouais, les morveux qui pleurent leur mère quand on fait gicler un peu de potage sur leur beau chemisier blanc du dimanche. Je vomis ce monde et ces manières. A quoi ça sert d’être riche si c’est pas pour faire des soirées sous coke dans un jet privé ? Non mais, regardez tous ces gens, regardez ce gâchis d’idées et d’argent !

Mais je dois me contrôler. C’est peut-être pas le moment de me transformer en gosse de riche désabusé et sans éducation, pas sûr que Warren apprécierait de se retrouver avec une sorte de Paris Hilton au masculin à sa table. J’observe tout avec un intérêt feint. J’imagine que presque n’importe qui aurait des étoiles dans les yeux, la bouche en O, prête à former des « wahou » à chaque nouvelle découverte. Mais c’est pas mon délire. Je préfère les trucs plus modernes. Qu’on me montre un décor digne d’un vaisseau spatial avec un tas de lumières de toutes les couleurs, et là j’aurais l’air de débarquer au paradis. Ça, c’est banal. Aucune fantaisie, aucune technologie, que du vieux, du déjà vu qui me ferait presque dire « ouais, c’était branché en l’an mille ! ». De toute façon, je vous vois venir, je peux pas comprendre, j’ai mauvais goût, je devrais plutôt me dire que me retrouver dans un endroit aussi classe, avec de la cuisine française de première qualité, totalement par hasard, après avoir tabassé des mecs, c’est la grande classe, me tourner des scènes à la Scarface dans ma tête, et tout ça mais au final, précisément parce que je connais bien le monde d’Angel, ça m’angoisse.

Bon, il faut voir le positif. Le personnel est aux petits soins, je ne me suis jamais senti aussi important, on a une alcôve rien qu’à nous sur un balcon, j’ai gagné un repas aux chandelles avec un mutant plein aux as, trop beau et… ah ouais, et j’ai pas la moindre idée de ce que je vais bien pouvoir inventer pour ne pas m’embrouiller dans mes mensonges. Mon cerveau tourne à cent à l’heure pendant que le Warren choisit son homard, rien que ça. Il y a vraiment des gens qui aiment ce truc, qui trouvent sexy de voir son repas vivant – et super laid – avant de le retrouver son assiette, ou c’est juste pour faire cool ? Ils choisiraient aussi leur poulet, leur canard et leur porc s’ils le pouvaient ? Aaaah. Ça m’énerve. Mais je dois garder l’air neutre de l’enfant sage, surtout qu’on me demande ce que je veux. Mes yeux tombent sur la carte, je cherche un truc à toute vitesse, entre les plats dont je ne connais pas la moitié des ingrédients, et ceux qui contiennent des trucs que je n’aime pas, ou des mélanges bizarres qui ne m’inspirent pas. Je suis sûr qu’on mange aucun de ces plats stupides en France ! Ces menus ont toujours représenté un calvaire pour moi. Je me souviens encore de mes parents qui me mettaient en garde quand j’étais petit avec des « et surtout, tu ne demandes pas de frites », en réussissant d’emblée l’exploit de me faire bouder tout le repas et de refuser de rien avaler… sauf pour la glace à la fin, qui avait tendance à me faire oublier que j’étais censé leur signifier mon mécontentement jusqu’au bout. On ne peut pas dire que mon palais se soit affiné avec l’âge. Je mange super mal, à n’importe quelle heure, ce qui me passe sous la main, pourvu que ça soit gras ou sucré. Le seul truc qui m’empêche de grossir, c’est le sport, l’utilisation excessive de mon pouvoir (qui brûle un paquet de calories, faut le dire) et ma tendance à sauter plusieurs repas sans même m’en rendre compte parce que je suis trop occupé dans ma tête. Là, j’avoue que toute l’énergie dépensée, et les trois vodka m’ont mis un bon creux au ventre et un léger début d’ivresse. Je suppose que c’est pas la peine d’espérer un burger, donc je me rabats sur ce qui se rapproche le plus du steak frite.

- Ce sera une escalope de veau sauce menthe avec pommes de terre sautées. Je préfèrerais rester aussi au blanc cependant, il me semble qu’il conviendra aussi très bien à une viande si délicate.

Je lui tourne un sourire presque fier, moi aussi je peux maîtriser le registre des grands de ce monde si je veux, et signifier tout en subtilité qu’une bouteille de rouge ne me dit absolument rien. J’en bois quand il n’y a rien d’autre, mais ce n’est jamais mon choix premier.
On me retire déjà la carte des mains, et Angel regarde ailleurs, donnant sans doute à l’entrevu une ambiance faussement tranquille. A moins qu’il n’essaye de me tester ? En tout cas, le silence me pèse. Je ne sais pas du tout ce qui va me tomber dessus. Mais, une fois que ses yeux se reposent sur moi, j’ai l’impression d’être totalement sondé de l’intérieur, percé à jour, au pied du mur. Il faut que je tienne mon rôle. Quel rôle déjà ? Mes sentiments sont assez partagés. D’un côté, j’aimerais apprendre à connaître ce type, de l’autre, je ne peux pas trop lui en révéler, il était improbable qu’il puisse se ranger de mon côté, il deviendrait un problème plus qu’autre chose si je ne savais pas en tirer un réel avantage. Sans trop réfléchir, j’attrape la dernière phrase au vol en riant doucement, un peu désabusé.

- Courageux et un peu suicidaire, je crois que ça me définit bien.

Les points qu’il soulevait étaient très justes. Il ne serait pas simple à tromper. Je comprends très vite que, face à lui, le demi-mensonge vaudra mieux que l’affabulation la plus totale. La manière dont il m’a surpris était déjà très révélatrice de mon caractère, je n’ai pas la possibilité de me créer un rôle sur mesure. Il va falloir tailler dans le tas. Au pire, je passerai pour une tête brûlée surdouée, et ensuite ? Il n’y a aucun chef d’accusation contre moi.
Avant de parler, je fais ce pour quoi je reste le plus doué, et c’est presque inconscient. Je coince deux olives juteuses entre mes doigts, l’une contre l’index et le majeur, l’autre avec l’annuaire, et les gobe en même temps, avec une certaine langueur, en posant le bout de mes doigts sur mes lèvres. On m’a souvent dit d’arrêter avec les gestes subliminaux, même quand je fais des trucs qui, chez les autres, n’ont pas la moindre portée cachée d’ailleurs. Mais on en revient à ce que je disais avant, au fait que j’ai cette bouille de mignon qu’on imagine forcément un moment ou l’autre à genoux devant une ceinture. Je suis tellement sale. Mais, sans transition, mon expression devient plus grave. Je prends le masque de celui qui ne va rien cacher, et aussi, qui se repend d’avoir un peu menti.

- Je pense que je te dois quelques explications. J’agis seul parce que cette histoire est compliquée, personnelle, et dangereuse pour qui s’y trouverait mêlé. J’ai un passé complexe avec la mafia. Bon, soyons clair, je déteste ce milieu, mais il surgit parfois là où on ne s’y attend pas. Cette amie était née dedans, dans cette espèce de noblesse sicilienne. Elle était au début de la rébellion adolescente quand je l’ai rencontrée, et elle savait qu’elle finirait comme toutes les autres filles, plus ou moins obligée d’épouser une crapule pour permettre à sa famille de gagner de nouveaux territoires. Puis, elle s’est découvert des pouvoirs mutants, ce qui l’a rendu à la fois presque « invendable » et très précieuse pour le business. Elle ne voulait pas être utilisée, elle voulait se sauver, et je voulais l’aider. Mais on avait tout juste quinze ans, et rien d’autre que des idées. La loi était du côté de ses géniteurs, ses tuteurs légaux, on ne pouvait rien faire. Et, un jour, ils l’ont fait disparaître. Je ne sais pas ce que ça signifie exactement. Peut-être qu’ils ont fini par la tuer pour donner l’exemple aux autres adolescents tentés de l’imiter, peut-être qu’ils ont réussi à la rééduquer et, aussi, peut-être qu’ils en ont fait une sorte d’esclave mutante pour profiter de son don. Dans tous les cas, elle a souffert, ou souffre encore, ne le mérite pas, et n’avait que moi, à l’extérieur, sur qui compter à l’époque.

J’ai tout lâché d’un coup. A un détail près, il ne manque rien des grandes lignes. Je me rends compte que je n’ai jamais parlé de ça à personne, et que ça me soulève le cœur de mettre des mots sur tous les souvenirs qui jaillissent dans ma tête. J’en tremble presque.

- Au début, même si j’avais quelques pistes, j’étais trop jeune et inexpérimenté pour me lancer à sa recherche. La trace a fini par disparaître, j’ai même enterré cette histoire un temps, mais je sens que j’ai un compte à régler, puis, même si ça peut paraître loyal con, une promesse à honorer. J’ai enquêté sur ce milieu seul, appris à repérer les noms, les visages. La plupart des pistes n’ont menées à rien. Ce soir, j’ai eu la chance de filer des types qui étaient assez confiants pour mentionner le nom de quelqu’un que je savais haut placé. C’était tellement beau que j’ai foncé. J’ai oublié le danger, tout ce qui comptait à ce moment, était de ne pas laisser des indices filer.

Je tapote nerveusement sur la table. Tout se tient non ? Je peux facilement rester dans la peau du type inconscient et mal préparé, c’est ce que je suis. On passera juste sous silence l’entraînement militaire, l'étendue de ma mutation, les piratages de système internet, le fait que j’avais d’avance prévu de torturer, puis tuer les types, que je serais ravi de régler son compte à un ex au passage et, aussi, que le but final de la traque est de tous les détruire. La disparition de Vanozza est une fatalité que j'ai fini par accepter. Mais, ils devront payer.

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Scipion : Je puis nier une chose sans me croire obligé de la salir ou de retirer aux autres le droit d'y croire.
Caligula : Mais c'est de la modestie, cela, de la vraie modestie ! Oh ! cher Scipion, que je suis content pour toi. Et envieux, tu sais... Car c'est le seul sentiment que je n'éprouverai peut-être jamais. [Caligula, Camus]


Dernière édition par Yitzhak Anavim le Jeu 17 Avr - 21:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une bien mauvaise association [Angel]   Mar 15 Avr - 2:40

Angel haussa un sourcil, ne pouvant cacher sa surprise. Yizthak avait plus de raffinement qu'il ne l'aurait cru, également moins que prévu. Oui tout ça rentrait dans le même constat après avoir assisté à une jolie phrase sur l'escalope à la menthe accompagnée par du vin blanc puis, dans la minute suivante ou presque, une étrange scène avec deux olives qui semblaient avoir du mal à passer le portail de la bouche du garçon sans faire d'étranges singeries. Le jeune homme n'était pas sûr de saisir le message ou même s'il y en avait un, à moins que, question de pratique, son cerveau se soit automatiquement bloqué à l'idée naissante. Toujours est-il que le mutant eut de quoi passer à autre chose assez rapidement puisque son interlocuteur vida son sac. Le second sourcil de l'homme d'affaires prit gracieusement son envol tandis que son prédécesseur n'était toujours pas redescendu. Ce que lui avouait Yitzhak était à dormir debout, même dans un monde de mutants, c'était vraiment difficile à croire, pourtant cela paraissait trop bien ficelé pour sortir des sudios d'Hollywood, ça sonnait trop vrai pour être faux.

Angel qui avait totalement oublié les amuses-gueules contemplait son interlocuteur d'un air indéchiffrable, semblant effectivement le tester. Les expressions du visage de ce dernier se calquaient parfaitement avec le récit, peine, rage et même culpabilité (d'avoir menti ou échoué ?). Warren se sentit plus touché qu'il n'aurait voulu l'admettre, Yitzhak était un garçon plein de ressources, plus courageux et moins frivole qu'il ne l'aurait pensé, un héros ordinaire qui avait de la suite dans les idées. Maintenant le X-Man en était certain, le gosse n'abandonnerait pas sa quête, il avait sacrifié trop de temps et sûrement bien d'autres choses encore en son nom. La seule façon qu'avait Warren de l'aider était de le suivre sans avertir personne. Les missions d'infiltration des milieux mafieux recquiéraient une discrétion extrême et soit son interlocuteur était un génie, soit il avait eu de la chance jusque là. Le fait est que la mission d'Angel et la sienne s'entrecroisaient, lui aussi cherchait le dit gang, connu pour la prostitution.

Un peu à part de son équipe en ce moment, le jeune homme en avait pourtant conservé les idéaux, étant un des "fondateurs" du mouvement, il avait également l'habitude d'agir un peu comme bon lui semblait tant que ça restait dans les règles de l'équipe. A qui irait-il rendre des comptes ? Les X-Mens étaient un groupe certes mais ils possédaient une certaine marge d'indépendance, sans quoi ils s'enliseraient à l'instar des institutions gouvernementales et de toutes façons, se mêler de cette affaire n'était qu'une continuation de la mission qu'on lui avait donné à la base. Angel était conscient des risques mais ne pouvait pas laisser les choses s'enliser de la sorte pour Yitzhak. S'il ne croyait guère en l'Amour, le mutant était un fervent défenseur de l'amitié à la vie à la mort. Oui l'histoire de ces deux jeunes gens l'avaient touché, impossible de plus d'écarter celui qui était un mutant chat apparemment. Non seulement ce dernier n'en ferait logiquement qu'à sa tête après autant d'investissement, mais en plus il avait peut-être d'autres informations à lui livrer, en contrepartie des siennes bien sûr, de ce côté là on pouvait compter sur le blond, il était honnête dans ce genre. Tirer la couverture à lui ne l'intéressait pas contrairement à ce que son milieu social pourrait laisser penser ou même son attitude un peu aristocratique. En fait pour agir en héros, l'ombre était la meilleure des alliées, et quelqu'un qui avait ses idéaux profondément ancrés en lui à son instar n'avait pas besoin de briller seul sur le podium. La compétition très peu pour lui, Angel voulait juste démonter ce foutu réseau.

Choisissant donc de voir son interlocuteur comme un égal, Warren reprit la parole d'une voix profonde et calme. La situation ne prêtait certes pas à la sérénité mais tout faire dans la précipitation pourrait tout aussi bien déclencher des malentendus et autres catastrophes en chaîne. Pour l'instant, dans ce restaurant, la meilleure de choses à faire était de mettre en place certaines bases et accords. Déjà il était reconnaissant à son vis à vis d'avoir finalement été honnête, ce qui signifiait que lui aussi se devait de l'être.


-Vous n'avez donc jamais contacté personne, et personne ne vous a jamais contacté. La famille de cette fille savait-elle que vous la cotôyez ? Si les choses bougent un peu plus à cause de ce qu'on a appris ce soir, ils pourraient alors chercher de votre côté. Contrairement à certaines petites frappes, ils ne négligent aucune piste, même celles qui leur paraissent ridicules ou anciennes d'où leur dangerosité. Mais avant tout, j'avais également mon intérêt à interroger ces hommes ce soir, j'ai une bonne raison d'être après eux et je pense que votre mission croise la mienne. Accepteriez-vous mon aide ? Je n'ai pas vraiment eu le temps d'étudier le terrain encore mais j'ai sûrement accès aux dossiers des noms ou visages que vous avez retenus...

La technologie du mutant pourrait effectivement aider le garçon, tandis que l'étude d'Yitzhak pouvait rendre service à Angel. Un partenariat en quelques sortes, un échange de bons procédés bien que le mutant ne soit pas non plus totalement intéressé. Une fois les infos obtenues il voulait continuer à travailler avec le garçon chat. Ce dernier semblait majeur et de toutes façons c'était l'unique moyen de réellement le protéger. Du coup son devoir ne trouvait pas en contradiction avec son idée d'apporter son soutien à un civil pour infiltrer un réseau mafieux. La situation était vraiment particulière, elle ne plaisait pas particulièrement à Warren mais il devait faire avec.

Poussant un léger soupir, l'homme d'affaires se permit un léger relâchement, glissant un peu contre le dosier confortable de son fauteuil prévu à cet effet. Il était assez mal à l'aise bien qu'il parvienne à le cacher en partie. Cette histoire, ce garçon, tout cela le rendait un peu fébrile sans qu'il ne sache réellement pourquoi...
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Yitzhak Anavim
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MessageSujet: Re: Une bien mauvaise association [Angel]   Jeu 17 Avr - 22:48

Vous connaissez l’expression « marcher sur des œufs » ? Il semble que je sois en train d’intégrer le concept. Sceptique au début, Angel s’est laissé amadouer par mon petit numéro. A court terme, c’est une bonne chose, je viens chasser toute trace de comportement suspect de sa mémoire. Il y a donc peu de chances qu’il se souvienne de moi comme d’un mutant dangereux à épingler sur les registres de l’institut. Seulement, ma vie est compliquée et, sans tous les éléments, beaucoup de choses resteront invraisemblables. Je ne sais pas jusqu’à quel point je vais pouvoir embrouiller le x-man si la conversation se poursuit. Clairement, le coup de l’hybride loup qui, sans préparation particulière, est capable de tenir tête à tout un réseau de mafieux ne passera pas très longtemps. Il va falloir que je me mette très vite d’accord sur les aptitudes de mon nouveau personnage, et le genre d’explications à leur donner. J’ai pas tellement envie qu’il connaisse toutes les cartes de mon deck. Dans un futur lointain, nous seront probablement dans des camps opposés. Donc, ce serait un peu bête de lui offrir sur un plateau cette réplique magique : « Un seul homme est capable de faire ça, je sais qui est le coupable. » C’est vrai, j’aurais pu y réfléchir avant. Mais j’aime les défis, je ne me refuse jamais une aventure. Je suis comme ce pré-ado un peu torturé qui s’amuse à passer un doigt sur une lame de rasoir en attendant le faux mouvement qui fera couler le sang. Mes actes m’échappent de plus en plus. J’entre en collision avec mes propres contradictions, je crée des chemins inattendus, à la destination incertaine. Pendant que je raisonne, mon inconscient essaye de me dire beaucoup de choses. Je suis des impulsions dont le sens m’échappe. Et, en vérité, je n’ai pas envie de comprendre, ce serait pire. On peut avoir besoin d’un type de vie, sans le désirer fondamentalement.

Angel continue ses questions gênantes. Il s’étonne de ma discrétion, de ma survie, sans doute et me met en garde contre la dangerosité de la bande. Visiblement, il me prend toujours pour un jeune héros imprudent. Plus intéressante est sa proposition de collaboration. Maintenant que l’objet de ma lutte est moins fantaisiste, elle devient envisageable. J’aurais alors l’aide d’un expert, ce qui ne sera pas de trop. La droiture de Warren m’assurera une certaine tranquillité. Je suppose que je pourrais compter sur sa discrétion et sur le fait qu’il ne me trahira pas au dernier moment, comme n’importe quel mercenaire qui vient d’encaisser son chèque. En plus, il a des renseignements à me donner, et faire capoter l’un des plans du réseau à ses côtés m’aiderait à mettre ma stratégie de destruction en place. Mais, je risque aussi d’être limité si nos méthodes refusent de s’accorder. Si je grille une fois de plus mon tempérament sadique et violent, je doute que son esprit le laisse passer. Faire équipe trop longtemps avec lui finira par me compromettre, c’est évident. Je ne peux pourtant pas refuser la mine d’informations qu’il me tend.

- Je suppose qu’il y a mille et unes bonnes raisons de vouloir la tête de ces gus, ai-je dit simplement en gobant une nouvelle olive. J’ai déjà recensé plusieurs secteurs d’activités. Si je sais sur quoi tu enquêtes, j’ai peur être des informations à te donner et, même si ce n’est pas le cas, il n’est jamais difficile d’en obtenir lorsqu’on sait quoi chercher. – Je lui tourne un sourire complice et brize un bretzel entre mes dents. – Quel gamin n’a-t-il pas rêvé un jour d’être le sidekick d’Angel ? Si, nous sommes d’accord sur le fait que notre mission est de faire tomber une organisation criminelle, ça peut le faire. Ma seule condition serait de ne pas mêler d’autres personnes à ça, sauf si la situation l’exige absolument. Je pense que je peux te faire confiance. Et nous devrons laisser le moins de preuves possible pour que l’ennemi n’ait pas le temps de remonter jusqu’à nous.

Et voilà que je parle sérieusement. J’en oublie presque le décalage curieux que ça doit donner, le jeune post-ado qui donne des ordres au grand Warren Wortington. Il faudra bien qu’il s’y fasse s’il veut travailler avec moi. Le travail de groupe n’a jamais été mon fort. J’ai toujours besoin de tester la fiabilité de mes partenaires avant. D’ailleurs, pour en revenir à cette histoire d’enquête discrète, c’est peut-être le moment de répondre à ses dernières questions…

- Jusqu’à présent, j’ai su rester suffisamment discret pour ne pas attirer l’attention sur moi. J’ai mené mes enquêtes à distance, grâce à la magie d’internet, ou sur des postes d’observation bien cachés. Ils savaient que j’étais proche de leur fille à l’époque, mais ne m’ont jamais considéré comme une menace. J’étais trop jeune, rien de plus qu’un sale gosse comme il en existe plein, avec des idées de petit anarchiste plein la tête. Je ne pense pas qu’ils se souviennent réellement de moi. Ils doivent avoir tellement de personnes à problèmes concrètement dangereuses à ménager, qu’ils ne penseront jamais à moi sur une vague intuition. Ça fait des années, ils ont dû m’oublier. Qui s’attache autant à une amitié d’adolescence après tout ? Et même à une amitié tout court. La plupart des gens passent leur temps à faire et défaire ce type de relation. Mais moi… je n’en ai jamais connu d’autre.

Manipulation sentimentale ? Si peu, allons… Ce que j’avoue n’est pas faux et, malgré tout, j’ai l’impression de jouer un rôle. Je ne suis jamais si sincère que dans les moments où je cherche à obtenir quelque chose. Angel doit être assez touché pour y croire à fond. Parce que, évidemment, encore une fois, j’omets quelques détails. Mon ex fait parti de ce monde de crapules, il sait très bien ce dont je suis capable et, au cas où les autres m’auraient oublié, il pourra toujours leur en parler, même de manière détournée pour ne pas prendre le risque de révéler notre relation « contre-nature ». Putain, je hais ce type. C’est pour ça que je n’ai pas envie de le mentionner. C’est pas le moment de penser à lui. Je dois garder un air un peu mélancolique.

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Warren Worthington
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MessageSujet: Re: Une bien mauvaise association [Angel]   Ven 23 Mai - 15:49

"Sidekick" ? Le concerné ne put s'empêcher d'hausser un sourcil. Il n'était pas féru de ce genre de vocabulaire si bien que seul le bo nsens lui permis de saisir, avec un mini temps de retard quand même. Décochant un sourire d'oiseau moqueur à son vis-à-vis, Warren accueillit la remarque comme il se devait, avec humour. Ce jeune garçon plein de ressources parvenait à l'attendrir et à l'amuser malgré la situation qui ne s'y prêtait pas. Un grand idéaliste avant l'âge qui croyait pouvoir sauver sa copine de la mafia, des années après son enlèvement, voilà qui lui rappelait un certain X-Men à la belle époque, lorsqu'il croyait encore dur comme fer que les mots "équipe" et "courage" suffiraient à changer la face de la Terre. En tout cas s'il se mettait à la place d'Isaac, Angel avait conscience que le monde serait à jamais modifié pour celle qui allait peut-être être secourue, enfin si elle était encore en vie ou ne serait-ce que reconnaissable. Ce dont malheureusement le mutant adulte et conscient d'aujourd'hui doutait fort.

-Quels étaient... Enfin sont les manifestations de son gêne X ?

Demanda Angel en piochant distraitement dans une date enroulée dans un petit bout de jambon salé à l'espagnol. Il voulait avant tout savoir si la jeune fille avait été utilisé pour son corps, pour ses pouvoirs où les deux, après tout les deux sales bonhommes qu'ils avaient amochés semblaient tremper dans à ces deux commerces. Le blond soupira, ajouter "prostitution" aux chefs d'inculpation ne l'enchantait guère, il avait commencé à traquer des "traqueurs" de mutants, pas des violeurs et des proxénètes. L'histoire devenait vraiment délicate, car si la jeune fille n'était pas seule dans son cas, ils risquaient de se retrouver avec d'autres gosses dans la situation, si j'amais ils trouvaient la planque de ces gros bras.

-La discrétion n'est même pas une promesse, c'est une condition de survie.

Travailler avec un gosse hybride  ne plaisait pas forcément à Angel, non, pas parce qu'il sous-estimait les capacités de ce petit futé un peu trop téméraire-et trop seul comparativement à sa loyauté.- mais parce que gamin de la vingtaine qui ne se régénère pas = danger de mort. Il risquait, en l'entrainant avec lui, de l'enfoncer encore plus dans ce monde sans pitié de corruption et de violence. Mais d'un autre côté pouvait-il vraiment ignorer cet appel de détresse ? Soit Isaac continuait ses recherches et tombait sur LE filon, engageant tout seul sa vie sans aucun moyen de s'en sortir, soit c'était Angel qui le faisait tomber en lui fournissant le matériel nécessaire pour trouver les malfrats. Dilemne insoluble, mais comme finalement surveiller le gosse tout en l'aidant dans sa quête lui permettait d'accomplir deux de ses devoirs, le mutant s'engagea définitivement avec un petit soupir.

Le serveur arriva avec les plats, coupant net la conversation. Déplaçant les amuse-gueules qui n'avaient éventuellement pas été terminés, il plaça la viande d'Isaac en premier puis donna à Warren son homard. L'image fit grimacer intérieurement le X-Man. Super la métaphore du pauvre bestiau qui venait de mourir ébouillanté, pourquoi cela le ramenait-il automatiquement -et avec une rapidité déconcertante- à l'image d'un hybride aussi grillé qu'un crustacé décapode ? (Wiki Powa !)

-Je verrai ce que je peux... Nous pouvons trouver sur internet, mon entreprise dispose d'un système de recherche efficace, habituellement utilisé pour cataloguer les fraudeurs ou ennemis de la société. Malheureusement il manque de puissance car ne va pas plus loin que ce qui est légalement autorisé pour ne pas empiéter sur le FBI ou le BAM. Mais je connais un autre endroit qui pourrait valoir la capacité de recherches de ces deux organismes.

Bien évidemment, Angel pensait à l'institut. Il n'aurait qu'à interroger Cérébro si son logiciel de catalogue de "super vilains" ne détectait pas les mafiosos -s'ils avaient commis des fraudes fiscales en revanche, Warren les auraient sur le moniteur.- bien entendu, inutile de penser y emmener Isaac, tout du moins pas de cette façon. En revanche, sans vouloir l'embrigader, le blond pouvait peut-être essayer de l'aider. Le garçon se montrait particulièrement courageux mais également fragile. Sa manière de dire qu'il n'avait connu qu'une véritable amitié, amitié d'ailleurs arrachée laissait entrevoir un gamin délaissé. Angel ne se souvenait pas vraiment du moment de l'attaque des deux vilains, mais confusément, il conservait le souvenir de quelque chose de pas net. D'une manière ou d'une autre, son interlocuteur n'allait pas bien, il était déséquilibré. En même temps le drame vécu avait de quoi marquer ! Pour l'aider donc, le jeune homme décida d'évoquer l'institut.

-Mais dites-moi-Commença-t-il, annonçant un changement de sujet tout en continuant de faire l'effort d'ignorer le tutoiement intempestif de son interlocuteur.-Si vous êtes seul, n'avez-vous jamais pensé à rejoindre une institution pour vous aider ? Dans la maîtrise de votre gêne X et dans votre intégration ? Je ne dis pas que vous semblez totalement désespéré, mais entrer à l'institut Xavier maintenant, en tant que résident, permettrait d'y pallier sans pour autant trop vous y impliquer. Vous n'avez jamais songé à rejoindre un groupe de ce genre ?

La jeunesse de son interlocuteur le bluffait toujours autant. Seul, frêle avec des manies un peu étrange- référence aux olives qui avaient difficilement passées le cap de ses lèvres.- que faisait-il dehors sans personne d'autre qu'un fantôme à sauver ? Enfoncé dans ses problèmes jusqu'au cou, Isaac semblait faire face mais parfois ça ne suffisait pas, Warren le savait bien, sans compter l'attitude perdue de l'hybride qui ne faisait qu'attiser son aspect fragile. Instinctivement bien sûr, le blond avait envie de le protéger, sentant une espèce d'écho chez ce gamin trop isolé. Même maintenant le X-Man se sentait un peu dans cet état d'esprit, son mari (la bonne blague) avait disparu de la circulation, visiblement vivant mais ne désirant plus rien savoir de lui. Il s'intégrait très mal à la nouvelle équipe et perdait foi en ses idéaux. Sa seule compagnie du moment était un guerrier un peu fou à la peau bleue et aux ailes en alliage. Réjouissant. Et si plus d'un Sidekick il avait besoin d'un protégé ?

-Sans compter que nous allons nous attaquer à du gros gibier, je ne t'apprends rien, sauf qu'à deux nous risquons de remuer encore d'avantage la vase, j'aimerais autant te savoir dans un lieu sécurisé tant qu'à faire.

Ajouta le jeune homme après un bon appétit de convenance, lequel fut toutefois lancé avec plus de chaleur que prévu. Attendant que son interlocuteur commence à se manger -à défaut d'avoir une femme en face, Warren observait la règle de l'étiquette avec ce petit monsieur aux manières un peu... Comment dire, ambigües.-
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Yitzhak Anavim
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MessageSujet: Re: Une bien mauvaise association [Angel]   Dim 1 Juin - 23:37

Je sais que je ne devrais pas dire ni penser ce genre de chose, mais j’adore ces moments où mon cerveau tourne à deux cent à l’heure tellement je me suis emmêlé dans mes propres mensonges. Le but du jeu, c’est d’arriver à m’inventer une histoire crédible le plus longtemps possible. D’un point de vue extérieur, on me dira que c’est du grand n’importe quoi, qu’il faudrait être particulièrement débile pour ne pas me voir venir à des kilomètres. Erreur. Quand une personne ne sait rien de toi, qu’elle n’a aucun moyen de vérifier ce que tu lui dis et qu’elle n’est pas assez méfiante pour analyser précisément toutes tes paroles, tu peux vraiment balancer n’importe quoi. Dans la mesure du possible, j’essaye de ne pas me contredire. Mais j’ai souvent remarqué que c’était à peine dérangeant. J’ai vu des gens accepter trois explications différentes dans une même conversation parce que j’inventais une nouvelle histoire à chaque fois qu’on me posait une question sur un élément inattendu. Je ne sais pas pourquoi je fais ça. Enfin, si. Parce que j’ai compris que c’était facile, parce que je ne veux pas qu’on ait une connaissance trop précise de moi. En fait, pour tout dire, j’ai peur qu’on possède assez d’éléments sur mon compte pour pouvoir me juger réellement. Je ne crois pas que l’idée me fasse peur. C’est juste que… je n’en ai pas envie ! Oui, pas la peine d’aller chercher plus loin, désolé. Et quand l’interlocuteur repère des mensonges, il suffit d’en greffer d’autres sur le tas. Oui, à ce régime, on ne s’en sort pas. On pourra peut-être me trouver un côté de mythomane, mais ça m’a l’air moins compliqué. Je ne vois juste pas pourquoi dire la vérité serait une obligation, et pourquoi ne pas raconter une histoire inventée à la place de la réalité quand, sur le moment, l’inventée a l’air plus amusante à dire. Je joue serré, mais je m’amuse.

La seule chose gênante quand même, c’est de s’empêtrer dans des mensonges avec une personne qui devient plus qu’un « pote de bar ». Je suis parti du principe qu’Angel et moi ne deviendront jamais proches. J’ai des engagements ailleurs, si je peux lui planter un couteau dans le dos un jour pour rendre un service à mon clan, ou juste à mes idées, je le ferai. Donc, je préfère éviter qu’il ait de réelles attentes vis-à-vis de moi. Mais sur le pouvoir de Vanozza, je n’ai pas tellement de raisons de mentir. Je me suis déjà fait une fausse mutation, ce serait vraiment pas très malin d’en rajouter une autre, surtout s’il est capable de me venir en aide.

- Quand on l’a enlevée, son pouvoir commençait juste à se manifester. Elle pouvait faire des trucs comme se rendre invisible, et aussi rendre des objets invisibles je crois, mais ça a peut-être évolué depuis. En tout cas, mutation intéressante, et à la fois totalement inoffensive pour ceux qui ont mis la main sur elle. Si t’ajoute ça au fait qu’elle devenait un peu indisciplinée, ça la rendait très dangereuses pour leurs affaires. Elle aurait pu faire du contre-espionnage, les vendre à d’autres etc. Bref, ils la voulaient de leur côté, ou morte je suppose. Je ne sais pas ce qu’ils ont choisi…

En voilà une autre que sa mutation aura perdu à cause de la défiance des humaines. Une défiance toute compréhensible, soit dit en passant. Mais il y a quand même une injustice énorme dans le fait de se faire condamner pour des choses qu’on pourrait commettre. Si on prend ses précautions pour un humains avec quelques troubles psychologiques, on crie tout de suite au scandale moral, parce qu’il ne faut pas tuer les gens qui n’ont rien fait, même si tous les rapports psychiatriques portent à croire qu’ils ont de fortes chances de passer à l’acte un jour. Mais j’ai souvent essayé de poser la question sur les mutants, par curiosité. La plupart des gens vous répondrons que c’est une réaction parfaitement normale, « trop de risques ». Peut-être, au final, qu’ils disent ça parce que tuer ou violer quelqu’un est plus à la portée de n’importe qui que se rendre invisible ou faire voler des trucs ? En tout cas, Angel semble approuver mes conditions, et c’est très bien. Il va en plus mettre à ma disposition des outils vraiment utile. Sérieusement quoi ! Je prends deux blaireaux en filature, et je récupère une mine d’or d’informations dans laquelle il n’y aura plus qu’à se servir. Je peux faire un coup carrément plus gros que celui prévu. Ça ne concernera plus seulement un clan sicilien, ça pourra mettre à jour des infos encore plus précieuses, tellement protégées qu’elles seraient quasi impossibles à hacker si ça se trouve. Angel m’ouvre une porte sur le BAM. Faut vraiment pas que je déconne. Ça peut devenir plus qu’intéressant comme collaboration tant qu’il me voit comme un mutant vindicatif mais faible, en qui il peut avoir une totale confiance. Du coup, je le regarde presque avec les yeux brillants. Aucune raison de dissimuler cette impression, c’est normal d’être bluffé quand on t’annonce un truc comme ça.

- ça m’a déjà l’air carrément plus que toutes les sources d’informations auxquelles j’ai pu avoir accès jusqu’à présent. Si j’en ai la possibilité, j’aimerais vraiment y jeter un coup d’œil, je te montrerai tout ce que j’ai déjà pour optimiser les recherches.

Je pique ma fourchette dans une des pommes de terre sautée qu’on vient de me servir et, alors que je la porte juste à la bouche, la question fatale mais prévisible arrive. Evidemment, un xman comme Angel ne pourrait s’empêcher de tenter de me recruter. Et là, que dire à part improviser une nouvelle histoire ? En soi, ce n’est pas mon engagement avec la confrérie qui m’a empêché de rejoindre l’institut. Les idées ne m’attiraient pas, certes, mais j’avais surtout la tête à autre chose à cette époque. Et puis, je me suis formé à l’armée. Je ne peux absolument pas lui en parler. Sans avoir le temps de vraiment y réfléchir, je me lance dans des explications dont la fluidité me surprend moi-même.

- En fait, ma mutation n’a jamais posé de problèmes à ma famille et ne m’a jamais mis dans des situations ingérables non plus. Elle s’est révélée au début d’un tas de sales histoires avec la mafia et tout ça. Quand j’étais plus jeune, je sortais avec un type. – Je prends une autre pomme de terre et laisse passer un silence le temps de la mâcher. – Et je ne pensais pas à grand-chose d’autre que lui. Enfin… J’ai aussi été absent quelques années des Etats-Unis, parce que j’ai participé à un programme d’échange avec un lycée libanais. J’avais vraiment besoin de prendre du recul avec tout ça. Donc, non, je n’ai jamais pensé à rejoindre un groupe de mutants et je pense qu’il serait trop prématuré pour moi de le faire. Trop d’histoires à régler pour réussir à m’intégrer à la moindre communauté. Mais ne me crois pas si vulnérable, je me suis entraîné à la dure, je connais mon pouvoir, je sais me battre et utiliser des armes. Avec ce que j’ai vu, j’ai développé un instinct de survie assez tôt…

Et voilà le travail, un tas d’informations non vérifiables ni fondamentalement fausses. J’espère que ça lui fera passer l’idée de me faire intégrer l’institut pour l’instant. Non pas qu’une infiltration pourrait être sans intérêt, mais je n’ai pas non plus prévu d’aller aussi loin. J’ai beau être complètement adepte des challenges, je sais quand les choses risquent d’aller vraiment trop loin. Par jeu, et comme pour clore la discussion, j’ajoute avec un sourire en coin qui annonce avec évidence le changement de registre.

- Je ne suis pas si faible que j’en ai l’air Warren… Et promis, j’essayerai de ne pas me mettre en danger pour le simple plaisir de te voir voler à mon secours. Même si l’idée me séduit énormément.

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Dernière édition par Yitzhak Anavim le Jeu 26 Juin - 19:33, édité 1 fois
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Warren Worthington
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MessageSujet: Re: Une bien mauvaise association [Angel]   Dim 22 Juin - 2:24

Warren avait déjà conscience de prendre de gros risques avec ce garçon qu'il ne connaissait pas, aussi avait-il décidé d'avance de soigneusement sélectionner les informations qu'il pourrait lui donner ou non. La première chose à faire était de savoir où son interlocuteur en était lui-même. Sans vouloir l'utiliser, Angel n'allait pas non plus se priver d'une source d'informations, qu'elle soit mince ou répétitive en comparaison à ce que lui avait trouvé. De toutes les manières, laisser Isaac tout seul était prendre le risque qu'il continue sur sa lancée, or le jeune homme ne voulait pas avoir sa mort sur sa conscience. Il était évident qu'un garçon de son âge, aussi fragile en apparence et ce malgré son courage, périrait d'ici peu. Sa chance indécente allait bientôt s'arrêter, alors autant prendre le relais en essayant de jouer sur les deux tableaux. Si Isaac refusait déjà de venir à l'institut, il n'accepterait sûrement pas d'être protégé sans rien faire, et quelque part Angel le comprenait. Cette histoire avait commencé depuis longtemps, changeant sa vie à jamais, et il voulait donc faire partie du dénouement, reprendre son destin en main, avec celui de son amie si possible.

-Je verrai ce que je peux faire à ce propos.

Répondit sobrement Warren qui se méfiait de l'intelligence du "gamin". Non pas qu'il le pense sournois ou quoique ce soit, un peu paumé même, avec toutefois une propention à la débrouillardise inquiétante. D'un côté il avait l'air peu pourvu avec son physique de petite fille perdue, mais de l'autre il était également endurant. Warren ne pouvait pas permettre qu'un grain de sable se glisse dans sa machine déjà mal huilée. Après le coup de ce soir et son étrange perte de mémoire, l'ange peinait à réellement savoir où il en était, et il allait vite devoir reprendre la main. Se vengeant sur une pince de homard dont il délogea facilement la chair, habitué à l'exercice et aidé par le prédécoupage de la carcasse en plusieurs morceaux.

Reposant la petite fourchette prévue pour se glisser dans les interstices des crustacés, Warren réfléchit un moment, il n'aimait pas l'idée de laisser Isaac seul, aussi "protégé" affirme être ce dernier. Certes, le garçon savait se battre, Angel l'avait vu à l'oeuvre mais avec le trou noir qui s'était installé dans sa tête il se sentait légèrement perdu. Que s'était-il vraiment passé ce soir d'ailleurs ? De toutes manières le blond devait veiller sur ce mutant qu'il le veuille ou non, c'était une des conditions pour travailler avec lui, jouer à deux ou pas du tout, et jouer à deux mais à sa façon. Autoritaire en tant que chef d'entreprise, Warren n'avait pas pour habitude qu'on lui tienne tête ou que l'on refuse ses propositions, aussi se trouva-t-il légèrement dérouté par le comportement casse-cou d'Isaac. Pire encore avec sa petite remarque étrange sur le fait que voler à son secours le "séduisait". Bien sûr, Angel prit cela comme un jeu, il préférait d'ailleurs se rassurer en minimisant le sous-entendu et en le liant d'aucune façon avec les olives. L'idée qu'Isaac soit un de ces homosexuels provocateurs lui venait de plus en plus en tête toutefois, prudent quant à ce fait, le blond considéra qu'il valait mieux passer au-delà des remarques du garçon. Il était mignon dans son genre, avec un jeu particulier qui pourrait bien risquer de l'attirer, lui qui n'avait vu qu'une personne réellement oser le provoquer sur ce terrain: Lucas.

-Votre famille, qu'en est-il? -Fit-il en conservant soigneusement le vouvoiement, encore plus cette fois.- Elle pourrait aussi être en danger avec vos pérégrinations. Vous avez un autre endroit que chez vous pour dormir ? Et où avez-vous appris à manier les armes, lesquels ?

Beaucoup de questions entouraient son jeune interlocuteur, à la fois pourvu de "manières" sans équivoque mais aussi d'un certain courage que les vieux de la vieille qualifieraient de "preuve de virilité." Avec lui, Angel se rendit compte qu'il devait faire attention à ses mots. Son envie en lui demandant s'il avait un lieu ou dormir n'était pas de le ramener dans son propre appartement. Seulement, commençant à connaître Isaac il se disait que le garçon trouverait bien le moyen d'encore le provoquer à ce sujet, et comme d'habitude le thème le gênait terriblement, sinon encore plus. D'abord c'était lui qui draguait par automatisme, même si ça ne devait mener à rien... Ensuite il le faisait avec des filles et certainement plus âgés que son interlocuteur, sans parler qu'il n'y avait aucune mafia entre eux àce moment là.

-Essayer de ne pas vous mettre en danger ? Mais c'est ce que vous faites depuis le début déjà. Je veux bien croire que vous avez certaines capacités, sauf que nous allons entrer dans un monde dont vous ne soupçonnez peut-être même pas les rouages. Et si vous me dites que vous les connaissez, je veux absolument savoir votre VRAIE histoire, parce qu'il est impossible qu'avec votre version, vous sachiez plus de 5% de ce qui se passe, même en fouinant depuis des années.

Isaac avait-il été honnête avec son histoire ? Angel n'avait aucune preuve mais il commençait à trouver que pour un jeune "sans problème", bien avec sa famille et émergeant d'un lycée libanais, il en savait beaucoup sur le milieu de la mafia. Or il fallait avoir fait bien plus que de simples recherches, si poussées soient-elles pour prétendre "ne pas être si faible et manier les armes" face à la mafia. D'ailleurs le blond se souvenait vaguement d'une arme brandie par Isaac, il ne savait plus laquelle ni le réel contexte mais effectivement le mutant n'avait pas l'air réellement effrayé. En faisant de réels efforts Angel se souvenait même de sang. Qui était vraiment ce garçon à la fois si fragile et si fort.
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Yitzhak Anavim
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MessageSujet: Re: Une bien mauvaise association [Angel]   Jeu 26 Juin - 20:42

La réponse très laconique de Warren me laisse assez justement à penser qu’il faudra lui servir un peu plus qu’un regard énamouré pour obtenir ses informations. Il doit craindre l’entourloupe, et je ne peux pas lui donner tort. Je dois empester les ennuis à des kilomètres à la ronde. Mais de toute façon, ce n’est actuellement pas très grave, on ne va pas évoquer des dossiers dans ce restaurant, et il faudrait que je récupère mon ordinateur pour lui trouver toutes les preuves de ce que j’avance. On verra une prochaine fois. Ça me laisse le temps de le mettre un peu plus en confiance, si je suis capable de me repérer au milieu de cette toile complètement bordélique de fausses vérités et mensonges par omission. Toutes les révélations que le xman enregistre depuis tout à l’heure, le laissent assez perplexe. Il est songeur, face à un cas qu’il n’arrive absolument pas à cerner, et cela ne lui donne même pas goût à saisir mes plaisanteries déplacées… ou plutôt, elles ont l’air de le perturber encore plus, parce que son discours devient bizarre. D’abord, il m’assaille froidement de questions, comme un flic mal luné, et ensuite, il réagit brutalement à l’une de mes dernières répliques. Du coup, même si toutes ses interrogations me mettent en danger, je ne peux pas m’empêcher de sourire comme un petit diable avec la conviction de lui retourner proprement le cerveau. Là, j’en suis sûr, j’ai ferré quelque chose. Il ne reste plus qu’à persévérer et tendre doucement la ligne. Angel vient justement de s’énerver, en m’accusant de lui mentir. C’est peut-être le moment de lui sortir le grand jeu, celui qui fait souvent de moi un être mesquin, vil, sans fierté, etc. Mais que voulez-vous, j’adore mettre les gens mal à l’aise et passer pour la gentille victime à bichonner… Alors, je laisse mon visage se décomposer lentement, je n’hésite d’ailleurs pas à tricher en faisant très légèrement pâlir mon teint. J’ai les lèvres tremblantes, je donne des signes de nervosité.

- C’est vrai… Je n’ai pas tout dit. Ce n’était pas forcément nécessaire de le préciser, et je pense que tu regretteras de m’avoir forcé à le faire mais enfin… Ce type, mon mec, il fréquentait ces réseaux. J’ai rencontré Vanozza grâce à lui et donc, oui, les deux m’ont fait entrer malgré moi dans ces milieux. On était dans une situation dangereuse, et je me sentais trop faible pour les aider en cas de problèmes… Donc j’ai pris des cours de tir. A l’époque, ça n’a pas suffit. Je ne sais pas pourquoi j’étais fou d’Andy… C’était pas un type très clean, même pas le plus beau du monde non plus, et il était s’était attiré dans de sales histoires par lâcheté. Un jour, on l’a retrouvé mort, et je n’ai pas pu le sauver, fin de l’histoire pour lui. – Soudain, je lève un regard plus sombre sur Warren. – Tu veux savoir ce qu’ils lui ont fait avant de le tuer ? Tu veux avoir une idée de ce qu’on réserve aux traîtres pour être certain que je connais à peu près bien les pires horreurs de ce « monde » ?

Je suis tellement génial que j’arrive même à faire naître quelques larmes au coin de mes yeux. Bon… En réalité, c’est un truc que je fais très facilement. J’ai accumulé suffisamment de rage et de tristesse pour pleurer sur commande en faisant ressortir le rôle du pauvre adolescent martyrisé. Evidemment, Andy n’a jamais existé et le vrai protagoniste de l’histoire, Jason, est toujours en vie quelque part, à mener sa misérable vie d’escroc prêt à tout pour ne pas mourir. Le véritable ex, c’est moi qui vais le défoncer un jour. Et je ne vais certainement pas le dire à Warren. Vaut mieux qu’il reste dans l’idée que j’ai aimé une petite frappe sans rôle clé dans le milieu. Il ne faut pas qu’il soupçonne le feu d’une vengeance personnelle au fond de mon regard. Et, après ce petit numéro, acte deux, tenter de se reprendre. Je pique dans une autre pomme de terre, la contemple avec ennui puis la repose en soupirant.

- Ma famille… n’a aucune place dans cette histoire, dis-je lentement. Déjà, parce que je ne vois pas l’intérêt de leur apporter des ennuis. Ensuite, il y a un truc à ne pas oublier, je suis un mutant, je suis gay. Ça fait beaucoup. A la limite, s’il n’y avait eu « que ça », ça aurait pu passer, mais si tu ajoutes tous ces ennuis en plus, tu obtiens une condamnation plus rapide et un entourage qui ne veut plus entendre parler de toi. A l’époque, je passais ma vie chez Andy. Après, mes parents ont été bien contents de m’envoyer au Liban. En ce moment, j’ai une chambre d’étudiant avec un couvre-feu que je pourrais peut-être tenir si je pars hm… - Je regarde l’écran de mon téléphone. – Maintenant. Mais bon… - Je hausse les épaules, et je sers un petit sourire timide à Angel. –T’as beau me pousser dans mes retranchements, ça me fait du bien de te parler dans le fond. J’ai pas tellement envie d’abréger le repas pour aller m’enfermer dans un cagibi. Si je ne peux pas rentrer, c’est pas grave, je trouverai bien un bar ou une boîte pour veiller jusqu’à six heures.

Et je dis ça avec une telle légèreté que ça a l’air d’une pratique très fréquente chez moi. Pour ceux qui n’auraient pas tout suivi, je suis parfaitement en droit de me pointer chez mes parents à n’importe quelle heure, de braver un pseudo-couvre feu ou d’aller directement à la confrérie d’ailleurs. Mais dire la vérité ne serait pas drôle, parce que Angel m’a tendu une perche amusante, et j’espère avoir assez bien travaillé sa culpabilité pour qu’il se sente coincé. S’il ne réagit pas à mes piques trop évidentes, il y a toujours d’autres chemins à prendre ![/color]

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Warren Worthington
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MessageSujet: Re: Une bien mauvaise association [Angel]   Sam 23 Aoû - 18:21

-Non ça ira, je n'ai pas besoin de preuves de ce genre, ça ira, je vois très bien ce que tu veux dire...

Signifia Warren en balayant l'air de la main comme pour évacuer l'idée d'une démonstration. Etrangement il voulait bien croire Isaac en ce qui concernait ses connaissances sur "les horreurs de ce monde", mais justement, il n'avait pas spécialement envie d'en rajouter, surtout que le garçon paraissait être passé pro dans l'art et la manière de s'attirer des ennuis. Cela dit, la mort d'Andy l'avait rendu compréhensiblement encore plus sensible à celle possible de son amie recherchée. Warren poussa un soupir, il commençait à penser que son interlocuteur était un menteur compulsif qui tentait de s'accrocher à ce qu'il pouvait dans la vie. Peu d'amis, mal entouré, ce n'était pas le mauvais bougre, sauf que l'isolement le poussait à changer la vérité et à vivre de sacrées épopées, pour lesquelles il était encore obligé de mentir. Un véritable cercle vicieux dont le mutant félin semblait être ironiquement le serpent, celui là même qui se mordait la queue. Du coup Angel se demandait s'il avait bien fait de l'entraîner ne serait-ce que dans ce restaurant. Avec ses yeux humides, Isaac paraissait à peine adulte, pauvre victime des horreurs de ce monde qui lui tombaient dessus par hasard ou qu'il semblait chercher comme une drogue, allez savoir. Certains n'étaient décidément pas fait pour une vie tranquille.

Quoiqu'il en soit, selon les propos du jeune garçon, parler lui faisait du bien, et même si le rôle de psychologue n'était pas celui qui allait le mieux à Warren, il n'avait pas le coeur de se défaire de ce dernier. Un sourire effleura ses lèvres quand l'étudiant parut s'inquiéter de rentrer trop tard pour le couvre-feu, enfin s'inquiéter... En réalité c'était plutôt une phrase ironique qui sortait de sa bouche, typique du genre. Un gosse qui se fichait bien du confort et des prévisions, s'il fallait dormir dans un bar, peu importe, ou sur un banc dehors, tant pis. Il vivait le moment présent et là était le danger. Warren devait tenter de négocier, il voulait que l'adolescent soit en sécurité mais également éviter de l'emmener chez lui. En effet, l'ange avait peur que son interlocuteur de fasse des idées, il avait enfin fait le lien entre ses gestes "bizarres" et le récit "Andy, mon mec" couplé à son aveu direct "mutant et gay", mieux valait ne pas lui laisser sous-entendre qu'il était le prochain petit ami possible ou le type à remercier avec... Brrr, l'idée donna des frissons au jeune homme qui se tenait d'autant plus sur ses gardes qu'Isaac possédait effectivement son propre charme quand il s'y arrêtait. Ses traits fins, presque féminins tout en restant bel et bien masculin à ne pas s'y tromper, ses cheveux noirs de jais et surtout son regard tantôt égaré, tantôt trop mûr. Certes, le garçon vieillirait probablement avant lui à cause de sa régénération, mais ça n'était pas une excuse, Warren avait au moins 10 ou 12 ans de plus que lui, et de toutes façons il aimait les femmes. Isaac ne devait pas trop s'accrocher à lui en ce sens, il ne devait pas être le prochain "Andy" sous peine de briser d'avantage ce garçon qui paraissait à la fois si désabusé mais encore très naïf concernant l'Amour avec un grand A. Et puis le blond ne se considérait pas comme un homme "bien".

-Sauriez-vous où vivent les amis d'Andy ? Je veux dire, des proches, sa famille ou même des gosses de son âge du même réseau à l'époque ? En ce qui concerne votre chambre d'étudiant, si jusqu'à présent vous n'y avez pas été embêté, mieux vaut que vous restiez là-bas. Je vous emmène, à vol d'oiseau c'est sûrement tout prêt, je parcours New-York rapidement, ce qui nous donne le temps de parler jusqu'à la fin du repas en prenant notre temps puis de te ramener à l'heure. Où est-ce ?

Angel piqua lui aussi dans un morceau de chair blanche de son homard, intérieurement une envie de rire amère l'envahissait. Un étudiant ? Il s'était "acoquiné" sur cette grosse affaire avec un étudiant, c'est à dire qu'Isaac pouvait très bien ne pas être majeur s'il était en première année. C'était une catastrophe. Bon ceci emmenant cela il n'avait pas réellement eu le choix mais désormais le mutant devait faire très attention, d'autant plus que ce garçon ne semblait pas très stable. Warren voulait le soutenir mais en prenant suffisamment de distance pour ne pas confondre Isaac.

-Qu'étudiez-vous ? Et en quelle année ?

Acheva-t-il de demander tout en versant une légère pluie de sel sur son plat avant de manger une cuillérée de riz qui allait avec. Tout en souhaitant détendre l'atmosphère et en apprendre plus sur son interlocuteur, sincèrement intéressé par lui pour ne pas dire très intrigué, Warren tentait aussi de deviner quel âge il avait à peu près. Bien sûr le fait qu'il soit majeur ne changerait rien au fait qu'il tentait de résister à une idée vicieuse qui tout doucement faisait son chemin dans sa tête. Il faut dire que le côté demoiselle en détresse d'Isaac le séduisait sans même qu'il s'en aperçoive. Lui qui ne servait plus à rien ni personne, dépassé, il trouvait ici comme une réminescence de son passé glorieux de héros. Les médailles ne l'intéressaient pas, ni un besoin de renommée déjà bien comblée au vu de son parcours d'homme d'affaires. Ce qui le galvanisait c'était juste cette nécessité de l'avoir à ses côtés qu'on n'éprouvait plus depuis longtemps semblait-il. Son "mari" était parti depuis longtemps déjà et pour la seconde fois, il avait cru compter aux yeux de quelqu'un mais pensait désormais que Lucas avait simplement joué, lui offrant l'occasion d'une revanche mais l'emportant elle aussi au paradis. D'un autre côté, les nouveaux X-Mens se débrouillaient bien, voir mieux sans lui. Que restait-il à Angel ? Pour qui était-il important sans sa fortune ? Peut-être pour ce jeune en détresse qui avouait qu'il appréciait se confier, à lui et non à quelqu'un de plus charismatique comme Xavier, sinon lui, Warren Worthington.
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Yitzhak Anavim
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MessageSujet: Re: Une bien mauvaise association [Angel]   Mer 3 Sep - 22:15

Forcer une personne suspicieuse à vous croire en proposant de lui raconter une histoire absolument horrible est presque toujours payant. Il serait après tout terrible de mettre en doute la parole d’un être sincère et en détresse. En refusant d’autres preuves, Warren m’accorde une partie de sa confiance. Mon rôle est bien en place, il est peu probable qu’il tente de revenir sur toute notre conversation. A cet instant précis, il fixe mentalement mon caractère, affirme ses déductions sur mon compte, croit certainement me comprendre et identifier mes problèmes. Je dois lui paraître sérieusement cassé. Et, au fond, je le suis. S’il apprenait l’exacte vérité, il n’est pas dit que son opinion changerait radicalement, mais je ne sais pas s’il se donnerait la peine de m’écouter, de m’aider. Quand je me montre tel que je suis, je me fais presque toujours rejeter, traiter de psychopathe, de fanatique, et autres choses probablement vraies qui pourraient me qualifier dans les pires instants. Il est des vérités que les gens assimilent mal, des apparences qu’ils condamnent de toutes leurs forces de peur, je pense, de les trouver attirantes. Alors, je mens. Je sélectionne les personnalités avec lesquelles je désire être jugé. C’est à la fois lamentable et apaisant. Je ne change pas après tout. Peu importe que, dans le cas présent, Angel cherche à aider un pauvre garçon faible, victime malgré lui d’un destin cruel, il se sent solidaire vis-à-vis de moi, et c’est le principal. Je prends de « l’humain » ce qui m’intéresse, parce que j’accepte de ne pas pouvoir être aimé pour ce que je suis.

Ma petite histoire tragique n’empêche cependant pas l’homme d’affaire de continuer avec sa salve de question. Décidément, il ne lâche pas l’affaire, cherche toutes les failles possibles pour vérifier que mon histoire tient bien la route. Mais il n’est pas question que je m’enfonce davantage dans le mensonge en inventant une famille à un type qui n’existe pas tout à fait. Je retiens cependant un sourire satisfait quand il me propose de me reconduire devant mon studio étudiant à tire d’ailes. Ça c’est la classe. A défaut de m’amener chez lui – ce qui aurait quand même été un peu gros – il me laisse un large espace de manœuvre pour la suite. Je vais gérer, je dois gérer, question de fierté personnelle, et puis, autre chose, je ne sais pas exactement quoi. On va dire que même si je n’attends rien de cet homme, j’aimerais pour une fois partager quelque chose avec quelqu’un qui je ne rencontre pas complètement cramé en boîte de nuit. Je ne suis pas complètement un monstre, la solitude me pèse quand je rencontre des personnes prêtes à m’écouter, même quand elles se contente de réagir à des fables que je crée.

- Des amis ? – Je soupire avec un cynisme désabusé. – Il n’y a pas de place pour l’amitié dans ce monde là, Warren. Ou elles ne durent pas et se terminent très mal. Il n’y avait que moi pour lui accorder une attention sincère. J’ai été naïf, j’ai arrêté avec ces bêtises depuis. En tout cas, je ne connais pas précisément sa famille, mais des autres membres du réseau oui, bien sûr, si tu veux des noms, tu en auras.
Par précaution, j’essaye de ne pas trop m’enfoncer dans le misérabilisme. Pas envie que l’autre mutant me voit comme un gamin à faire suivre par les services sociaux plutôt que comme un partenaire d’une nuit potentiel.
- En tout cas, j’adorerais prendre de la hauteur avec un ange. Rien que pour ça, je suis heureux de ne pas pouvoir rentrer seul chez moi. – Je lui fais un sourire énigmatique, comme si sa proposition avait soudain balayé mes souvenirs les plus pénibles. – Je suis à Manathanville, rien de très loin hélas...

Au moins, évoquer mon retour a eu l’avantage de détourner – pour l’instant – Angel de toutes mes mésaventures (qu’elles soient réelles ou fausses). Apparemment toujours disposé à vouloir faire ma connaissance et poursuivre cet entretien quoiqu’il puisse lui en coûter, il me demande de lui en dire plus sur mes activités scolaires. C’est l’occasion de faire baisser un peu la tension en lui racontant des choses d’étudiant normal. Par contre, la question sur mon niveau d’étude m’interroge un peu. La plupart des adultes qui ne sont pas assez vieux pour courir après la jeunesse sont un peu réticents à l’idée d’aller vers des tous justes post-ados, soit pour des raisons morales inutiles, soit parce qu’ils les pensent encore trop immatures et leur rappellent une période encore récente vers laquelle ils n’ont pas encore envie de se retourner. Je ne sais si je dois être sincère ou non avec lui. Mais, après tout, j’ai peut-être déjà assez menti comme ça. Il serait un peu vain d’imaginer que m’attribuer une année ou deux de plus lui fera changer d’avis. Je vaux mieux que ça non, je peux jouer plus finement.

- Je suis en première année d’école d’ingénieur, et j’hésite encore entre sécurité informatique et bioingénierie. Mais même si j’adore bricoler sur mon ordinateur, devenir une sorte de biomécanicien pour créer des prothèses a l’air vraiment plus cool.
Un grand sourire éclaire mon visage. Je continue de me donner le rôle du gentil, je veille à la sécurité, je ne suis pas un hackeur, j’imagine des prothèses pour les handicapés, et non des armes pour tuer… Après un silence, sur le ton le plus honnête possible, je lance :
- C’est peut-être difficile à croire après toutes les histoires que j’ai vécu, et les gens me voient souvent comme une personne très torturée quand ils savent, je m’en doute bien. J’espère que tu ne me jugeras pas trop sévèrement, sur ce qui m’est arrivé. Mes résultats m’ont permis de toucher une bourse importante, j’essaye de faire au mieux pour ne pas me laisser écraser par mes erreurs d’adolescent.

Je pose sur lui un regard déterminé et encore emprunt d’une certaine fragilité. Le tout n’est pas juste de faire pitié, pas avec un homme exercé comme Warren, qui pourrait juger que mon cas est trop lourd pour ses seules épaules. Maintenant qu’il est gagné, j’essaye de lui montrer autre chose, un caractère de battant malgré des bases structurelles en miettes. Il ne faut pas qu’il croit que je m’accroche trop à lui, ne serait-ce que pour éviter de devoir répondre à nouveau à une question comme « mais pourquoi ne veux-tu pas rejoindre l’institut ? » ou me faire conseiller des psys.

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Caligula : Mais c'est de la modestie, cela, de la vraie modestie ! Oh ! cher Scipion, que je suis content pour toi. Et envieux, tu sais... Car c'est le seul sentiment que je n'éprouverai peut-être jamais. [Caligula, Camus]
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Une bien mauvaise association [Angel]
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